La Parole parvient aux hommes de deux façons  :
D’abord, telle que son témoin auriculaire ou dépositaire, le prophète, La perçoit et La transcrit, donc telle que l’homme La lit,
Ensuite, telle que le prophète, qui est son premier exégète, l’enseigne (Signe 28/10, 32/8, 35/4, 36/20, 39/1).
Le prophète ne rabâche pas  ; il sait.

Le prophète a la Parole et le sens de la Parole (Photo : Photoscene via Pixabay)

Le prophète a la Parole et le sens de la Parole
Photo  : Photoscene (Pixabay)

Le péché a réduit la créature humaine (Signe 2/1-5) à tel point qu’une vastité de brèches mentales la sépare du Créateur. Obscur et frêle est devenu le fil qui rattache encore la brève vie anthropique à la Vie (Signe 24/3-5) Éternelle.
Depuis des temps immémoriaux, la Vie ne S’ouvre plus à Ses Enfants (Signe 13/5) en langage céleste qu’ils ne comprennent plus. La Vie ne s’exprime plus que dans l’inapte parler humain par des Appels, des Exordes, des  Prolégomènes, jamais par des développe­ments. La Vie (24/3-5, 25/3, 38/5, 39/5, xix/26) elle-même n’est plus qu’un Mystère (33/19) réduit à un Nom (3/6, 28/4, 28/10, 31/1-2, 39/9, xv/5, xviii/2-4) parmi les Noms  incomptables et intraduisibles de la Sainteté, Puissance et Lumière (12/4). La Vie est tout Un en Soi avec l’Univers et tout ce qui s’y trouve.  L’humain ne peut plus L’atteindre. Le Logos à l’état pur ne serait plus  pour nous qu’une aria imperceptible. Seul un court transcodage parvient à la Terre.
La lecture de la Parole ne suffit donc pas au croyant. Le croyant doit apprendre du prophète.

La Vie, le Père, l’Éternel, Dieu, le Créateur, le Très-Haut, etc. — donnez-lui le Nom que vous voulez — fait au prophète deux dons fondamentaux  : Sa Parole et le charisme qui l’ouvre au sens profond de Sa Parole. La Parole ou Écriture prend le temps de sa lecture, mais en enseigner (Signe 39/1) le sens demande toute une vie, parce que le prophète vit dans le temps — la Vie seule a le savoir intégral immédiat, parce qu’elle est hors du temps (12/6) —. De plus, même si le prophète est doué du charisme d’enseignement de la Parole, il reste un individu tributaire des aléas de la vie terrestre  : Jésus est crucifié avant d’avoir eu le temps d’enseigner tout ce qu’il a à enseigner  ; Muhammad en butte à des difficultés politiques doit faire la guerre et meurt avant d’avoir trouvé le temps d’être un enseignant complet. L’homme Michel (1/1, 2/20, 3/9, etc.) semble être le premier qui dispose des décennies nécessaires.  Tous les prophètes n’en reçoivent pas moins, dans tous les cas, l’autorité magistrale.

La Parole vue comme une suite de mots sur du papier n’est entre la Vie et l’Enfant (Signe 13/5) qu’une frêle passe­relle, au millieu de laquelle l’Enfant est assis.
Photo  : Kate Andreeshcheva (Pexel)

Le Signe n’a qu’une Source  : la Vie (Signe 24/3-5), mais a coulé jusqu’à moi en deux flux distincts  :
Premier flux en 1974  : L’Évangile Donné à Arès m’est venu par les lèvres du Messager (32/2) Jésus revêtu d’un corps d’homme d’où sortait le bruit naturel du langage humain. C’était comme tout bruit humain un langage dit littéral, inévitablement incomplet, partial, restreint  ;
Second flux en 1977  : Le Livre m’est venu par la Voix, qui n’est pas le bruit (Signe vii/4). C’était une sémiotique complexe entrant en moi (vii/5) au sens le plus total et simultané du verbe entrer  : le son par mes oreilles, des ondes par toute la surface de ma chair. Le Livre sortit en sons et en ondes d’un bâton, que je pourrais aussi appeler antenne, de Lumière, guère plus haut qu’une canne. J’ai essayé de faire comprendre cela en écrivant entre parenthèses ce qui entrait en moi par mon être entier et en écrivant sans parenthèses ce qui entrait par mes oreilles, encore que ce ne fut pas toujours bien dissociable. La pauvreté des moyens typographiquess m’empêcha de mieux faire partager au lecteur l’expérience implexe de cette « écoute ». Je peux toutefois affirmer que, sur l’instant, je comprenais tout ce que le Père me communiquait d’une façon ou d’une autre.
Dans ma perception sensorielle ou extra-sensorielle sans faille du Signe j’ai bien retrouvé la distinction faite depuis longtemps par les exégètes entre le sens plénier et le sens typique (typique au sens de symbolique) de la Parole. J’y ai ajouté le sens métaphysique.

La Parole vue comme une suite de mots sur du papier n’est entre la Vie et l’Enfant (Signe 13/5) qu’une frêle passe­relle, au millieu de laquelle l’Enfant est assis. La Parole n’est pas achevée en Soi  ; elle s’achève dans l’homme. C’est une fruste passerelle  : suite de planches sur un câble au-dessus de l’abîme, ou un simple pain  : farine, eau, sel, levain mêlés et cuits. Très simple en soi, difficile à réussir. Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé (Matthieu 13/33, Luc 13/20-21). La Parole embrasse en son entier toute la Création, mais le lecteur n’est qu’un léger fil dans l’un des torons de l’amarre qui arrime la Vérité ou l’Univers au monde pécheur qu’il faut changer (28/7). C’est le prophète le passerellier et le boulanger.
Les exégètes ont parlé de sens plénier comme compréhension moins grossière du sens littéral toujours faible. Le sens plénier met un peu d’ordre dans les débris de Vérité du sens littéral, débris parce qu’on reste dans le domaine des mots. Le sens typique va plus loin en profondeur  ; on sort des mots. Au-delà c’est le sens métaphysique.
Abraham va-t-il sacrifier Isaac  ? Beaucoup de lecteurs en restent au sens littéral  : Abraham, Isaac, le couteau, l’ange qui ordonne à Abraham d’arrêter, le bélier sacrifié à la place (Genèse 22) et, au plan moral, applaudissent l’obéissance d’Abraham à Dieu , point. Le sens plénier, lui, ne sort pas des mots, c’est toujours Abraham, Isaac, le couteau, l’ange, etc. mais pose une question importante absente du texte, seulement sous-jacente  : « Pourquoi ne pas faire confiance à l’Éternel en toutes circonstances  ? » Le sens typique, lui, est plus profond  : le lecteur sort carrément du cadre littéraire, de la scène historique, va au Fond  : Il n’y a pas de limite à l’effort de pénitence, parce que c’est par là que commence la seule vraie fusion avec la Vie (Signe 24/5). Et puis il y a enfin l’évasion métaphysique, car le lecteur mourra un jour tôt ou tard et ce qu’il vivra de l’autre côté est physiquement inconnu, indicible sans être irréel, parce que ce qui se vivra  n’est pas moins Vrai que l’imaginable  : Abraham va tuer Isaac, la mort est donc déjà virtuelle  ; la métaphysique c’est l’anticipation raisonnable d’une fin dernière qui échappe totalement à la substance présente  : L’âme va-t-elle suivre une trajectoire jusqu’aux étoiles ou va-t-elle s’étaler sur l’univers  ? Va-t-elle se fondre dans d’autres âmes et  ne former qu’une âme  : la polone (Signe xxxix/12-13), avec toutes les âmes  ? Va-t-elle ne plus faire qu’un (xxiv/1) avec la Vie  ? Tout est imaginable dès qu’il n’y a plus d’yeux, d’oreilles, de cerveau, de conscience, mais ça n’en est pas moins Vrai. Les parenthèses du Livre sont pleines de métaphysique, d’indicible Vrai. Abraham sur le point de tuer Isaac n’est qu’une parenthèse dans la Bible.

 

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