Héraclite(Auteur : John William Cook, Welcome Gallerie, Wikimedia)

Héraclite
Auteur  : John William Cook (Welcome Gallerie, Wikimedia)

La foi que Le Signe réveille repose sur deux faits  :
Un fait établi  : Le mal (23/1, 39/3) ou la bête (22/14), rejeton de l’humanité (globalisée sous le nom d’Adam, 2/1-5), rencontre de moins en moins d’obstacle et passe même pour une norme avec ses normativistes (princes du culte religieux, du culte politique, du culte économique, 2/9-17, 4/9, etc., roi blanc et roi noir, xxxvi/14, etc.),
Un fait à établir  : Le Bien, enfant de Dieu, qui reviendra dans l’humanité par une seule action  : la pénitence. Autrement dit, l’humanité ne peut échapper au péché des péchés (38/2), qui est régression définitive à l’animalité d’avant Adame (vii/1), que par la pénitence, laquelle peut la ramener au Jour (31/8) où le jardin d’Éden refleurira et la mort elle-même sera vaincue.

Le Signe, comme toute l’Écriture correctement lue, va à l’encontre de la mentalité rationaliste, politique  et même religieuse qui, quelle qu’elle soit, se fixe dans des dogmes, mais l’énorme force de Le Signe est de ne pas être sans rapport avec la philosophie, qui est recherche continuelle, donc mouvement non seulement de l’esprit, mais aussi de la vie.
Je n’ai jamais cessé de souligner l’existentialisme de Le Signe. Mais un existentialisme pour quelle existence  ? Pour celle dont l’apothéose lointaine sera le Jour, certes très lointain, mais qui dès aujourd’hui se construit, évolue, est donc mouvement vers ce Jour-là, mais mouvement qui a un résultat immédiat  : le Salut.
Le fait établi  : le Mal, notre invention humaine, perdra le monde par stagnation et fixité.
Le fait à rétablir  : le Bien, est mobilité, changement ou mouvement pour échapper au Mal  ; ce mouvement de pénitence produit déjà à lui seul le salut.

Justin(Source : auteur inconnu, public domain, wikimedia)

Justin
Source  : auteur inconnu (Domaine Public, wikimedia)

Le mouvement doit naître. Il faut faire le chemin ou sentier du fait établi au fait à rétablir, de l’humain à l’image et ressemblance de son Créateur (Genèse 1/26-27).
Le moteur de ce mouvement du Mal au Bien est la pénitence mais le lien de l’un à l’autre peut s’appeler Logos.
Héraclite, qui vécut voilà vingt-six siècles, passe pour athée, alors qu’il n’était simplement pas religieux comme nous Pèlerins d’Arès ne sommes pas religieux. Il voyait le Créateur comme le montre le Livre  : Je cours encore et je fais mille nouveaux soleils (Signe xxii/12), toujours en mouvement. Héraclite utilisa le mot grec logos — intraduisible parce qu’il a trois sens  : « parole », « discours » et « raison » — pour écrire sans ponctuation  :
« Le logos \ ce qui est toujours \ les hommes sont incapables de le comprendre. »
Pour Héraclite le monde normal devait être sans cesse en mouvement, en état permanent de flux ou de devenir, et nous comprenons aujourd’hui que c’est ce mouvement que veut redonner à l’homme Le Signe pour le décoller des fixités religieuses, politiques, sociales et de leurs dogmes, et le relancer, par la pénitence, vers une autre vie, créatrice, sans quoi il ne retrouvera pas l’Éden initial.
C’est dans le triple sens de logos  : « parole », « discours » et « raison », qu’il faut lire le fameux prologue de Jean, dont l’évangile n’est pas une Parole de Dieu (Signe 16/12), mais est déjà un développement philosophique  : « Au début était le Logos et le Logos était avec Dieu et le Logos était Dieu… »
La Parole substantielle de Dieu était conçue comme sa Raison créant le monde et marquant la pensée humaine.

Dès le 2ème siècle, les écrivains chrétiens appelés apologistes, parce qu’ils s’efforçaient de présenter la foi chrétienne d’une façon acceptable pour la pensée gréco-romaine, ont utilisé le terme Logos pour faire comprendre aux païens qu’ils avaient eu une part du Logos, exprimé par leurs grands philosophes, mais que Jésus leur apportait la part manquante. Notamment Justin, philosophe et martyr chrétien écrivit  : « Ceux qui avant que ne vint Jésus vécurent une Vie accompagnée de raison (logos) sont déjà des chrétiens, eussent-ils passé pour athées, comme Socrate, Héraclite et d’autres. » Ici une parenthèse pour rappeler que Justin  mourut fouetté à mort par les païens en leur disant que la violence détruisait la raison d’être même de leur foi, car la vraie foi ne peut être que recherche de la Vérité (28/7) comme chemin de Salut, tandis que le mensonge  : la religion, la politique, la loi, ne peuvent exister que par la violence.

Voilà pourquoi la pénitence dont parle Le Signe n’est pas remords, pas expiation ou retour sur soi, mais au contraire mouvement en avant dans la joie et la fête (Signe 30/11) pour retrouver l’amour, le pardon, la paix, l’intelligence et la liberté spirituelles, qui sont des dynamiques, jamais des états fixes ou rétrogrades.
Voilà pourquoi la pénitence est fruit du Logos, fruit de la Raison contre le péché qui est l’ignorance même de cette Raison.
Une évolution importante est à noter entre ce que les moines de l’antiquité chrétienne appelèrent philosophia et ce que Le Signe, quoiqu’il n’utilise pas ce mot, inspire à son lecteur comme philosophie.
« Je meurs chaque jour, » pensaient les premiers chrétiens et de nos jours nous pensons  : « Je revis chaque jour. » Il s’est toujours agi, depuis Platon, de dépasser le monde pratique et de retrouver la vie spirituelle, mais seul le christianisme a pu, au début, faire adopter ce mode de vie à des masses populaires. C’est pour cette raison que Nietzsche disait « Le christianisme n’est qu’un platonisme pour le peuple. » (« Par delà le bien et le mal »). Autrement dit, à l’irruption du Royaume, c.-à-d. de la vie spirituelle, dans la prédication de Jésus s’ajoute dans Le Signe l’idéal de notre association avec le Créateur par la pénitence.
La vie de foi est la vie de l’âme, née de pénitence et immortelle après la mort.
Il ne s’agit pas de fuir la vie terrestre, mais d’allier l’âme à la chair et à l’esprit avec pour trait d’union entre elles le Logos pour faire de l’ensemble une réalité intelligible et transcendante.

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