Après des mois de labeur et de souci, et la fatigue consécutive, nous sommes partis nous détendre trois jours auprès de notre fille Anne en Languedoc.
Comme nous aimons beaucoup, sœur Christiane et moi, les coquelicots qui répandent leur somptueux feu de printemps sur les champs, nous nous sommes arrêtés au bord du premier pré tapissé de rouge.
Aussi éphémères sous les intempéries de ce printemps gris qu’est éphémère la vie d’un homme sous le péché de l’humanité, les coquelicots nous font méditer sur les causes de nos trop brefs bonheurs et de notre déclin.

Mais, si tout sur terre est destructible ou mortel, comme les coquelicots, il est des choses et des êtres promis à échapper à la mort quand le Feu du Bien s’est allumé au fond d’eux.

© Christiane et Nina Potay

Le Signe est réédité avec de nouvelles annotations et sous une nouvelle présentation (voir entrée 0095).
Un grand chantier de huit mois s’achève à Arès après avoir mis nos saints lieux sans dessus dessous.
Il nous faut maintenant tout remettre en ordre, nettoyer les lieux, les préparer pour le Pèlerinage qui s’ouvrira le 21 juin. Les Pèlerins ne doivent pas s’apercevoir que bulldozers, pelleteuses, bétonnières, camions de brique, de bois de charpente et de pavés sont passés par là.
Quand nous changeons quelque chose ou quand nous nous changeons nous-mêmes, nous devons le faire pour le bonheur des autres, pas pour notre bonheur égoïste. Quand les choses et les êtres changent pour le Bien, c’est comme des coquelicots qui ne seraient déjà plus tout à fait éphémères, que leurs minces tiges relieraient à une éternité heureuse qui court déjà sous la terre, comme aspirés dans le sillage de Dieu. C’est pour cela qu’ils reviennent chaque année, les coquelicots  ! Un jour, ils ne mourront plus. Notre pénitence les aura sauvés et aura sauvé le monde.
Tel est le sens profond de tout ce que je m’efforce de faire pour que tout de la mission que le Créateur m’a confiée débouche sur la durée.
Un livre n’est qu’écriture sur du papier et un lieu de Pèlerinage n’est qu’apparence dans le paysage, mais quiconque est allé loin au fond de sa chair comme de son esprit ou de son âme en quête du Bien sait que les choses les plus fragiles et ordinaires peuvent avoir, ici et maintenant, un sens profond et durable.
Un livre, un lieu, quand ils sont des ponts jetés vers la Vie par-dessus le gouffre sans fond de l’Histoire et de la précarité humaines nous relient sans cesse à notre enfance. Cela nous sauve de la mort — Soyez comme les enfants (Signe 33/8).
Aucune enfance n’est coupée de la vie contrairement à beaucoup d’adultes que la routine, la médiocrité et le scepticisme de « ceux à qui on ne la fait pas » ont déjà tués debout. Pour l’homme d’espérance comme pour l’enfant rien n’existe qui sente la mort. C’est pour que nous restions des enfants que le Père nous donné les coquelicots et les petits cailloux. Le Petit Poucet semait ses petits cailloux pour se repérer. Les pages du Signe et nos saints lieux d’Arès sont nos petits cailloux sur les chemins du Ciel. Il me faut bien les polir et les laver pour que les générations à venir s’y retrouvent.

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© Michel Potay 2009 — Tous droits réservés