Le maître religieux, politique, idéel, technoscientifique, etc. — a fait du monde un champ de bourrins attelés à leur destin cyclique, à leurs pensées en boucle,  à leur ennui et à leurs jeux comme les bourrins à leurs charrettes.
Le fouet de la vie tanne le cuir humain et nous cherchons comment faire bruire la Vie (Signe 24/5) plus que le fouet qui claque.
L’esprit oublie qu’il fut l’ultime refuge des grandes espérances. L’amour du prochain, le changement du monde (Signe 28/7) ne soucient plus qu’une poignée de perclus maladroits, c.-à-d. nous qui ne formerons une puissance apostolique qu’après des générations. Mais nous commençons ; nous n’arrêterons plus.
Les technosciences ont vidé, pénétré et curé comme un puits la psyché humaine, mais nous ramenons goutte à goutte l’Eau dans le monde.

Bourrins(Photo : Hamdigumus)

Bourrins
Photo : Hamdigumus (Unsplash)

Le Père à Arès me parla, non parce que je serais meilleur qu’un autre, mais pour qu’une voix humaine, un quasi-bourrin hennissant pris au hasard, rappelle au monde, qui déjà pâtit et meurt du péché, qu’il s’achemine vers le pire : le péché des péchés (Signe 38/2).
Le Signe rappelle (7/5, 16/15, 21/3, etc.) à l’homme qu’il est né d’un Dessein (Signe 28/27. 36/8). Ce Dessein, l’homme est libre (10/10) de l’oublier, mais s’il persiste dans cet oubli et ne change (Signe 28/7) pas en Bien, il tourne en épais écheveau de souffrance, décline, revient à l’animalité.
Le Signe
appelle au moyen simple et unique pour maîtriser le Bien : la pénitence ou l’amour accompli (35/6).
Changeons le monde
non par la loi, la police, la cour de justice, l’école, la prison, mais par la bonté. Par la pénitence, l’observance du Sermon sur la Montagne (Matthieu ch. 5 à 7) chaque humain peut redevenir le Bon (Signe i/5-9, ii/ 3-19, viii/3, xiii/4-17, etc.) ou le christ (32/2). Changer sa vie (30/11), c’est-à-dire aimer, pardonner, faire la paix, avoir l’intelligence libre de préjugés, c’est retrouver la Vie (24/5).
Certains me lancent : « Cessez de vous répéter ! » Je réponds : « Je me répèterai ainsi jusqu’à mon dernier souffle et même en deçà. Mais cette insistance ne m’animalise pas ; elle m’humanise même extrêmement au sens où elle me déifie (Genèse 1/26). Déifiez-vous de même ! Ne vous laissez pas empailler par les technosciences qui prennent la place de la vie cherchant à installer le transhuma­nisme, l’intelligence artificielle, etc. Quand je répercute le Cri (Signe 23/2, 28/11, ii/19) du Père : « Changez de vie ! », je veux dire : « Soyez les vivants ! »

Notre esprit n’est pas un moteur qui obéit au pilote comme un bourrin obéit au cocher. L’esprit est un flux vivant, infiniment riche, créateur, libérateur. Aucun esprit parmi les huit milliards d’esprits de la Terre n’est autosuffisant et ne peut se passer des 7.999.999.999 autres esprits de la Terre. En fait, nous sommes Un tous ensemble (Signe xxiv/1) les hommes.

Filippo Lippi (Spolète, Cathédrale)

Filippo Lippi (Spolète, Cathédrale)

Une pensée n’est pas nécessairement un reniflage de bourrin dans le concert de tous les reniflages de bourrins ; une pensée redevenue normale, bonne donc, rejoint l’unique souffle créateur de l’unique immense tissu humain. C’est pourquoi une seule vie qui change, qui devient amour, a un effet infiniment plus grand qu’elle ne croit sur le tissu humain général. Quand Filippo Lippi peint la merveilleuse « Vierge » de la cathédrale de Spolète, pour nous image subjective, symbolique, de la phase maternelle de l’invisible Père-Mère, il n’est que l’aboutissement d’une œuvre de l’humanité entière, vue comme l’Enfant du Père (Signe 13/5), parce qu’il n’aurait pas pu arriver seul à cette beauté sans l’apport notionnel des générations qui l’ont précédé, qui lui sont contemporaines ou qui vivront après lui.

Le monde, pour l’heure, n’est pas dans l’agir, mais dans l’agitation. L’agitation provoque le démantèlement. Un démantèlement sans bruit, parce qu’il est lent et n’inquiète apparemment personne ; l’homme suit un train-train animal, qu’il qualifie de normal. Quand nos missionnaires, ceux de la première génération, se heurtent au désintérêt, à l’apathie, au silence, c’est à l’aboulie sous-jacente à l’agitation du monde qu’ils se heurtent. Pourtant les gens abouliques, éteints, que rencontre l’apôtre, se sentent libres et parfois le disent. Ils appellent erronément liberté leur soumission heureuse au carcan conceptuel qui les emprisonne ; ils ignorent leurs colliers, leurs harnais, leurs mors comme les chevaux d’attelage. C’est ce que j’appelle la narcose du pâtir.

Pâtir n’est pas agir. Nos apôtres font l’expérience du refus inconscient, quasi insensible, des gens de rencontre, de Monsieur et Madame Tout le Monde, de donner suite à la révolution intérieure qui pourrait refaire d’eux des âmes innovantes, des créateurs d’un autre monde. Il nous faut réveiller chez les mortels la conscience qu’ils sont autre chose que des egos sans suite, parce que, contrairement à ce que croit l’humain, s’isoler dans son égo incapabilise ; l’homme ne retrouve sa capabilité absolue qu’en comprenant que son ego est le Créateur et que tous les humains, ses frères, sont les composants du Créateur, et que la Puissance, la Sainteté et la Lumière (Signe 12/4) créatrices sont fondées sur l’amour, qui n’est qu’un, par quoi réapparaît la Vie. On comprend que quatre générations ne suffiront pas (24/2) pour faire sortir le monde de l’écurie où il est enfermé, pour lui faire reprendre conscience de son destin.
Bourrin est l’homme dont l’ego est produit de l’autosatisfaction personnelle, il reste seul dans son piètre égotisme à claquer du sabot sur le pavé entre ses brancards. Mais si l’égo réalise qu’avec tous les egos de l’immense Univers il forme la Main du Créateur, il devient la racine d’entreprises heureuses. Le bon égo de l’un est l’égo de tous. Tous les bourrins de la Terre réunis ne peuvent sentir cela. Seul l’homme connaît cette multiplication infinie du Soi.

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