Je m’enhardis une dernière fois à caresser en esprit ton image,
J’use toute ma force à raviver un songe, je me complais, non sans chagrin ni craintes,
à évoquer ce qui fut notre amour.
Nos années fuient, nos années vont changeant et changent tout, et nous changent nous-mêmes.
Pour moi qui te chantais hier encore, tu es voilée d’une ombre sépulcrale,
Pour toi l’ami d’hier n’est plus qu’un feu éteint.
Accueille, ô ma compagne pour toujours distante, ces adieux que t’adresse mon cœur,
comme ferait une épouse endeuillée ou un ami qui étreint son ami
sans dire un mot au seuil d’une prison.

Ce poème est de Pouchkine  ; il pourrait être une Parole du Père rappelant à l’humanité, l’Enfant qui L’a abandonné (Signe 2/1-5, vii/7-11), qu’ils se sont aimés autrefois. Lequel du Père ou de Pouchkine s’inspire de la poétique de l’autre  ? Rien ne le dit nulle part, mais je pense que c’est le poète-homme qui reproduit le Poète-Dieu parce qu’il en est l’image et ressemblance (Genèse 1/26). La poésie donne une preuve de plus de la parenté entre Vie (Signe 24/3-5) et vie.
Au reste, la Parole est nécessairement poésie, parce que la poésie ajoute aux mots qui s’arrêtent au cerveau un chant qui descend jusqu’au cœur. Or, le cœur est siège de la vie, miroir de la Vie (Signe 24/3-5).

la poésie est éternelle quête du dépassement(Photo : Library of Congress, Unsplash)

la poésie est éternelle quête du dépassement
Photo  : Library of Congress (Unsplash)

Pablo Neruda, poète chilien marxiste, dans son discours à l’Académie Nobel, dit  : « Le poète n’est pas un petit dieu. Son destin n’est pas supérieur à celui de gens d’autres métiers. Le meilleur poète est l’humain qui nous fournit notre pain quotidien  : le boulanger. » Propos de rationaliste, mais que tourmente le dépassement, qui sent le vent de l’amour dans le souffle chaud et parfumé du four à pain qu’on ouvre. Ses poèmes « Cien sonetos de amor » à la femme qu’il aima, Matilde Urrutia, sont d’une beauté qui dépasse le métier  ; par là Neruda réveille le Père qu’il a assommé au fond de lui. Sa poésie le purifie, l’étale comme l’Étalé (Signe ii/4) au-delà de la matière, le propulse entre l’ici et l’infini.
La poésie étant le seul moyen qu’a l’homme, croyant ou incroyant, de dépasser son parler insuffisant pour manifester son espoir d’un monde de bien, le Père le premier ne peut qu’en employer le langage. Assez longtemps le Message lapidaire des Théophanies (1977) m’avait dérouté jusqu’à ce que je compris sa nature formelle  : C’est un poème. Ceux qui aujourd’hui le trouvent incompréhensible, cacophonique, doivent aussi comprendre sa nature poétique.
Quel autre moyen a la Parole d’émouvoir la créature humaine dans un cadre hautement dramatique  ? La Vie doit ramener l’être rebelle à l’Être fidèle par excellence. La Vie y met du dépassement donc et la poésie est dépassement.
Je ne suis pas poète pour un sou. Pourtant le triste béotien que je suis aime aujourd’hui la poésie que m’a fait découvrir la vraie Parole. Avant 1974 cette poésie ne me manquait pas, je n’en rêvais pas  ; je n’étais pas sensible à la poésie biblique. La poésie de la Parole d’Arès m’est tombée dessus comme l’éclatant reflet de la Lumière de la Vie, Qui en des temps immémoriaux maintint proba­blement Éden sans jour ni nuit comme redeviendra la Terre des hommes le Jour (Signe 31/8) où le règne du matérialisme borgne, du rationa­lisme et de l’humanisme truqués aura disparu. Le Bien règnera de nouveau. La science-reine n’est que faible lueur changée en impérieuse folie — qui ne le voit en nos temps de covid  ? —; elle n’est qu’une ridicule bougie face au soleil. La quête active de la vérité sur la vie humaine — d’où vient-elle, où va-t-elle  ? — mourut avec Socrate. Platon en fit tinter les cloches une dernière fois et, même s’il y en a eu quelques échos par la suite (Bouddha, Adi Shankara, Spinoza, etc.), elles ne sonneront à nouveau à la volée, comme un sublime poème, que lorsque nous aurons dissipé les ténèbres où nous rampons.
La poésie de la Parole est plus que tournure d’écriture ou de récitation comme porteuse de sens  ; elle apporte la Vie, rend Vivant le langage en lui donnant ce que Platon appelait « formes » ou « idées » quand il écrivit que « d’abord existe ce qui reste identique à soi-même en tant qu’idée, qui ne naît ni ne meurt, ni ne reçoit rien venu d’ailleurs, ni non plus ne va nulle part, qui n’est accessible ni à la vue ni à un autre sens et que seule l’intelligence perçoit  ; ensuite ce qui tout en ayant même nom et en étant semblable, reste sensible, naît, se meut sans cesse, surgit et disparaît, est accessible à l’esprit et s’accompagne de sensation » (Timée). Autrement dit, la poésie n’a ni jeunesse ni vieillesse  ; indéfiniment pêchue, elle vit au-delà du temps  ; c’est tellement évident chez Homère, chez David (psaumes), tous deux poètes à la même époque, ou chez Mouhamad, mais encore poètes aujourd’hui, inusables aèdes.
L’antique amour de la sagesse (φιλοσοφία, philosophie), qui était toujours poétique, a été remplacé par l’autorité des raisonnements plats et sans lumière et des bavardages codés entre lettrés, politiques, administrateurs, scientifiques, juges, religieux, etc., ce qu’on appelle les gens sérieux parlant un langage sérieux. Je sais que comme Le Signe je tourne à vide dans ce monde qui ne sait pas quoi faire de ce Livre et de moi, témoin de Son Messager, le Vivant Jésus (1974), et de la Vie (1977). L’intelligence n’est pas hors-jeu dans notre activité de pénitence et de moisson de pénitents, bien au contraire. Mais dans le béton du monde où la Parole d’Arès perce lentement, la poésie, pas forcément en mots, mais au moins en vie, lui permet de faire son chemin. Dans cette obscurité nous sommes encore presque invisibles et insonores. Même chose pour le Père, Créateur,  Vie, Dieu, Tout Autre, Logos, Éternel, Je-suis-qui-est, Qui sait que s’Il ne met pas dans Sa Parole de la poésie, Il ne sera pas entendu du tout.

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