papou désorienté (avant d'être enchanté) au milieu des musiciens hilares

Papou désorienté (avant d’être enchanté) au milieu des musiciens hilares [DR]

Samedi 3 avril. La mission parisienne des Pèlerins d’Arès donne une fête au son de « Pious Gens » (Pieuse Gente, Signe xLv/12-16), groupe créé par Daniel, l’un de nos frères, qui chante Le Signe sur une musique et des rythmes très dans le vent qui, pour finir, vont m’enchanter ce soir.
« Pour finir, » dites-vous  ?

Oui, parce que la préparation de cet événement puis cet événement lui-même ont fait de moi successivement un papou primitif et naïf en 2009, un papou surpris et désorienté le 3 avril 2010 à 19 h 15 et un papou enchanté le même jour à 22 h 30.
J’avais été, depuis plusieurs mois déjà, invité à rejoindre « Pious Gens » par Daniel son leader et par Jeff, un de ses supporters. Deux frères de foi. L’idée de départ  : Une mission spirituelle mettant en commun musique et chansons sur le thème du Signe + petit(s) laïus par le Frère Michel.
Me sentant tout à fait inadapté à pareille aventure, je dus y réfléchis plusieurs mois durant.
D’un côté, comme mes frères ne m’avaient jamais invité à parler en public dans un cadre convenant à la nature sacrée de mes propos, je me dis qu’être invité à parler depuis les guitares, saxos, piano, batterie, chanteurs et chanteuses, à un public venu s’amuser valait mieux que d’attendre de mourir tout seul dans mon coin sans parler au monde.
D’un autre côté, je ne jouais d’aucun instrument, ni ne chantais, ni ne dansais. Que pourrait faire au milieu d’une soirée olé olé ou branchée (comment dit-on ?) un vieil homme de Dieu  ?
Je finis par souffler l’idée d’une fête musicale expérimentale avec public restreint  : les Pèlerins d’Arès de Paris et à leurs invités. Expérimentale… une prudence de chasseur de kangourou, que me souffla Aguéla (Signe xxxi/13), mon ange accompagnateur qui savait bien, lui, que je restais un vieil archaïque isolé dans la prière, la méditation et le courrier spirituels, inconscient d’un fait capital, à savoir que je ne pouvais pas plus me représenter une soirée de concert vroum !-vroum ! qu’un papou au fond de sa forêt de Papouasie ne peut se représenter les USA à la seule vue d’une carte postale de New York.

Samedi 3 avril, 19 h 15. J’entre dans la salle et recule aussitôt d’un pas  : « Pas de chance  ! Une panne d’électricité  ! » marmonné-je. On me rassure : « Mais non, c’est comme ça. Ça se fait dans le noir. » « Ah bon  ? » J’avance à tâtons au milieu d’ombres caquetantes. Le papou primitif surpris par une éclipse du soleil. Dieu serait-il tombé sur la tête  ? On me fait asseoir dans l’obscurité et soudain, du fond de cette forêt noire une escadrille vrombissante de jets, les tuyères en feu, les mitrailleuses en action, surgit en rase-mottes sur ma forêt papoue. La musique est partie. Le chant suit, dont pour commencer je ne distingue aucune parole. La salle, elle, semble tout piger, aussi à son aise qu’un agglomérat de vers de terre dans leur tunnel. Dans cette forêt papoue sous éclipse je devine que certaines ombres me saluent, que je ne saurais identifier. Mais comment m’identifient-elles  ? Comme robotisé je rends aux ombres leurs saluts.
Après un premier entracte, on a baissé un peu le son et je comprends les paroles, qui commencent à m’enchanter tandis que la musique commence à me plaire. Beaucoup. Je me sens bientôt un emballement de jeune homme sage qui découvre la vie du monde, en l’occurrence, un potentiel artistico-spirituel (il y a sûrement un meilleur mot : rock-spirituel  ?). Je sens dans ce divertissement une expression artistique certes très spécialisée, faite pour un public ciblé, jeune, par là pas vraiment le « tout public » que cherche l’apôtre, mais je devine que je vais y réfléchir.
Après le deuxième entracte on m’invite à dire quelques mots au public. Je monte sur scène, désorienté, parce que rien de ce que j’aurais pu préparer à dire n’a sa place ici. Alors j’improvise un petit speech qui me semble coller à l’esprit de fête, ce qui me passe par la tête et qui, j’espère, ne passe pas au-dessus des têtes nombreuses dans la nuit noire face à moi.

Pour finir, donc, je suis sorti enchanté de cette expérience. Si sœur Christiane, mon épouse, ne m’avait pas tiré dehors à 22 h 30 sous prétexte que ma santé ne me permet pas d’en supporter plus, je serais bien resté jusqu’au bout et j’aurais même dansé… enfin, je me serais avec tout le monde agité, trémoussé, tortillé — Je ne sais comment dire  ; dans ma jeunesse il fallait connaître parfaitement les pas de valse, de tango, de fox-trot, ou s’abstenir… De là vient que je m’abstiens de danser depuis 80 ans.
Bref, je n’ai vu aucun mal à cette façon de danser, ni à la musique, ni à rien qui a fait cette belle soirée de fête. Bravo, mes frères parisiens, vous avez bien réussi cet événement. Vous m’avez permis de vérifier ce que je soupçonnais un peu déjà, qu’il y a dans un divertissement populaire un moyen de diffuser la Parole du Créateur.
Après tout, les psaumes du roi David ne furent peut-être en leur temps rien d’autre que ce que sont aujourd’hui les chansons de Daniel dirigeant « Pious Gens », excellent groupe.
« Pious Gens », un nom à retenir  ! Allez-y quand vous voyez ce nom à l’affiche !
Que le Père, le Grand Espérant, bénisse tous ceux qui chantent l’Espérance d’une façon ou d’une autre, alleluia !

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