La Genèse parle par paraboles.
Dans la parabole de l’arbre fruitier interdit (Genèse 3/4-5) le serpent dit à la femme : « Dieu a dit que vous mourriez
si vous mangiez ce fruit, parce qu’il a peur que vos yeux s’ouvrent et
que vous deveniez comme des dieux maîtrisant la question du bien et du mal. »
Ainsi le Mal commença-t-il par un mensonge.

Tableau célèbre de Cranach ( (1472–1553(Crédit : Yelkrokoyade, Wikimedia)

Tableau célèbre de Cranach  (1472–1553)
Source : Yelkrokoyade (Wikimedia)

Péché est un nom collectif, quelques formes que le péché prenne, désignant tous les comportements humains incom­patibles avec le Dessein du Créateur. Le Dessein est le Bien. Est homme du Dessein (Signe 28/27) quiconque s’efforce d’abandonner le péché (39/6), de restaurer en soi l’image et ressemblance (Genèse 1/26-27) du Bien.
Il arrive dans la Parole d’Arès que le mot péché désigne des formes particulières du péché comme le péché d’adoration (39/4), le pire des péchés (29/5), les péchés d’Adam (28/8), etc., mais il s’agit de caractérisation, non de hiérar­chisation. Ainsi le péché des péchés (38/2) ne désigne-t-il pas le péché devenu plus inhibiteur du Bien et plus stimulateur du Mal, mais le péché quand plus aucun humain n’essaiera de s’en corriger.
Le mensonge n’est donc pas une forme du péché plus dangereuse qu’une autre, mais une forme plus préoc­cu­pante actuellement.

Pour le Père, qui est hors du temps (Signe 12/6), toutes les formes du péché nuisent à la vie spirituelle, au Bien donc. Mais pour l’homme, l’Adam qui entra dans le temps (12/6) en usant des dons de créativité et de liberté qu’il avait reçus du Père, rejetant le Dessein, se créant ses propres valeurs, son propre dessein et s’en étourdissant tellement qu’il en meurt (2/5), les formes du péché ont varié en fréquence. Il fut un temps où, l’avidité matérielle dominant la vie, les formes du péché les plus fréquentes furent le vol, le meurtre, l’esclavage, la conquête, bref, la barbarie. Aujourd’hui, l’avidité intellectuelle domine et le mensonge paraît la plus fréquente forme du péché. C’est toujours la barbarie, mais en forme de rose, parfois même avec un délicieux parfum.

Si la contre-vérité est aveugle ou passionnée, elle n’est qu’erreur. Si la contre-vérité est lucide, elle est mensonge. Avant que Jésus me parle en 1974, je vivais dans l’erreur. Après, mon erreur serait devenue mensonge, si je n’avais quitté l’Église et entrepris de changer ma vie (Signe 30/11). Même si, né dans une génération hyperpécheresse, je reste imparfait, je n’ai jamais eu la mauvaise foi de l’homme qui se perpétue sur une idée satisfaisante de lui-même. Il n’est pas de plus pernicieux mensonge que le mensonge sur soi.
La construction la plus sacrée du Bien est celle de la Vérité. Dans le verset  : La Vérité, c’est que le monde doit changer (Signe 28/7), Vérité ne désigne pas un état, mais une lente et constante quête. La Vérité pour Dieu est donc action, quelque chose qui commence, qui évolue de génération en génération (24/2-4) et qui enfin se change en ce merveilleux Jour du Père (31/8), quand le monde redevient le jardin qui ne fane pas (xvi/17)  : Éden. C’est assez dire que le mensonge est actuellement le plus fréquent tueur d’avenir.
Je me souviens, parce qu’ils formaient un mensonge caricatural, des propos de M. François Hollande au cours de la campagne électorale de 2012. Dans un face-à-face télévisé, exprimant son profond mépris pour Nicolas Sarkozy, il promit de renverser le cours des choses, d’éradiquer le chômage, la dette française, etc. Nul n’aurait pu plus mensongèrement s’affirmer comme un phénix et débiter autant de projets irréalisables, mais il faut admettre que le résultat allait être des plus heureux pour le trompeur. Il fut élu Président de la République. Un tel exemple présente le mensonge comme un moyen officiel, reconnu, de réussite. Aussi serait-ce, inversement,  leur franchise qui nuit à nos missionnaires  ?
Cela pose une question terrible  : le mensonge serait-il aujourd’hui l’expression de la vérité  ?
Depuis très longtemps mensonge et séduction ne font qu’un, parce que le mensonge peut se travailler, se polir, sonner plus vrai que le vrai, tandis que la vérité vraie est souvent déplaisante, invraisemblable, voire sonne faux. C’est dans ce sens qu’Érasme écrivit dans « Stultitiæ Laus » (Éloge de la Folie)  : « L’esprit humain est fait de telle sorte qu’il est moins séduit par la vérité que par le mensonge. » Dans les années 90 un pèlerin de passage à Arès me dit  : « Votre mission est très maigrement fertile. Pourquoi racontez-vous que Jésus et Dieu vous ont apparu et parlé  ? Ces faits sont invraisemblables. Éditez Le Signe sans en préciser l’origine surnaturelle. Laissez chaque lecteur en imaginer l’auteur, qui ainsi peut être vous-même, ou un rêve que vous avez eu, ou le fruit d’une longue réflexion, ou Dieu pour quelques rares qui voient clair. Taire la vérité n’est pas mentir et l’apostolat aura de moins maigres résultats. » Je lui répondis  : « Laisser les autres se mentir est mentir. Voyons donc  ! Jésus m’apparaît et me parle dans son corps transfiguré et le Créateur descend de l’Infini, se réduit à un gros clou (Signe ii/21) pour me parler et je cacherais ces extraordinaires événements surnaturels qui sont déjà eux-mêmes un Message  ? »
S’il y a un problème du mensonge, je ne crois pas qu’il soit dans le choix entre une vérité déformée, une menterie vraisemblabilisée, un mensonge « qui dit la vérité ». Le problème se situe dans la noyade de l’esprit par les mensonges qui ont inondé le monde. L’esprit noyé a perdu sa perspicacité, il n’est plus capable que de scepticisme ou de sa forme extrême  : l’incrédulité ou pyrrhonisme absolu. De là viennent d’innombrables maux comme dans la vie spirituelle l’indifférence du public devant Le Signe et notre mission, comme dans la vie démocratique le fatalisme des électeurs qui ne sont pas dupes des mensonges des candidats qu’ils élisent. Tout le monde se dit, les électeurs comme les élus  : « Que les choses continuent par la routine — routine du mensonge comprise — plutôt qu’elles ne tombent dans le chaos  ! » Et nous avançons tous lâchement, presque aveuglément ainsi. Je sais que le chaos serait bien meilleur pour tout remettre à plat, stopper le mensonge, repartir de la seule vérité, mais pour l’heure je me meus dans la grisaille de l’à-peu-près. J’ai laissé voler comme des vautours les mensonges des candidats que j’ai élus en 2012, m’assurant seulement qu’ils ne nuiraient pas à notre mission. Je bats ma coulpe d’homme imparfait réduit à se débrouiller dans un monde mensonger.

La seule alternative absolue au mensonge est le silence, quoiqu’une alternative acceptable puisse être l’inexactitude. On sait, par exemple, que si j’ai écrit les « Récits, Notes et réflexion du témoin » à propos du Livre (voir les éditions de 1987 et 1995 du Signe, http://www.adira.net), c’est sur l’insistante incitation de mon épouse Christiane, alors que je voulais rester silencieux à propos du surnaturel pour moi indescriptible, relevant d’une physique pour laquelle nous n’avons pas de mots. Aujourd’hui je suis trop heureux de l’avoir fait, même si ce n’est qu’une approximation. Parfois l’inexactitude est vérité. Cela me conduit à penser que nous sommes tous menteurs par insuffisance des moyens de la vérité, parfois aussi par peur, par délicatesse, par défaut de mémoire, etc. Quand Isaïe décrit sa vocation (Isaïe 6/1-13), il est, c’est évident, inexact, voire inventif, parce qu’il raconte l’irracontable. Quand nous racontons quoi que ce soit nous sommes tous inexacts, incomplets, parce que le dire ou l’écrire ne peut pas rendre compte de l’agir ou du voir. Quand chaque jour je dis à sœur Christiane : « Je vous aime, » je mens, parce qu’aucune parole ne peut décrypter l’émoi qu’elle cause en mon cœur. Il faudrait pour dire « aimer » mille mots. Alors, je comprends l’ermite qui se retire au haut d’une montagne dans le silence total et cependant je ne l’approuve pas, parce qu’il se dispense égoïstement et coupablement de répéter aux hommes qu’ils doivent fouiller leur désert spirituel pour y retrouver la Vie (Signe 24/4).

Cependant, je trouve regrettable et nocif que des hommes doctes disent que « condamner le mensonge sans discernement empêche de l’étudier. » Pourquoi étudier le mensonge  ? Ce n’est pas plus nécessaire qu’étudier l’assassinat ou le vol. Les politiciens et les marchands sont particulièrement menteurs, tellement que depuis longtemps rien de ce qu’ils disent ne paraît incontestable. La créativité mensongère est détestable. La possibilité de mentir qu’a seul l’homme parmi tous les vivants terrestres ne m’intéresse pas, elle me fait même peur très souvent. L’inclination de l’homme au mensonge porte beaucoup de monde à s’écarter des idéologues, des publicitaires, des religieux, bref, des beaux parleurs. Mais il y a des parleurs qui parlent sans mentir, et même parler est leur seul moyen de mettre les hommes en garde contre l’erreur. Je suis dans ce cas.
Depuis quarante-deux ans des personnes me disent ou m’écrivent  : « Vous êtes un menteur tellement chevronné que vous avez fini par croire à vos mensonges. » Je ne peux que leur répondre : « Je dis la Vérité qui ne correspond pas à votre vérité. » Du reste, même beaucoup de ceux qui m’ont honoré de leur confiance ne m’ont pas suivi. Combien d’anciens amis me dirent dans les années 70 et 80  : « Les visites de Jésus et de Dieu à Arès sont sûrement vraies, mais ça ne me concerne pas. »
Alors, çà et là, je me tourne vers le Père et lui dit  : Quelle tâche terriblement ingrate tu m’as confiée là  ! Le Fond de ma tâche prophétique est tapissé d’invraisemblance, de vérités que rejette la culture, parce que dans ce monde il y a des événements étiquetés « Croyez-y  ! » et d’autres étiquetés « N’y croyez pas  ! », et parce que les vrais menteurs sont tellement habiles que le mensonge est devenu la vérité du monde  ; toutes les oreilles s’ouvrent au mensonge avec confiance, mais se ferment à moi avec méfiance. » Comme l’avait observé le Docteur Freud, je ne peux que répéter sans relâche — sans me lasser, dit Le Signe (26/15) — ce que je ne pus pas dire une bonne fois pour toutes, parce qu’alors le silence aurait depuis longtemps anéanti le Message du Père aux hommes. Je répète sans relâche la Vérité, je ne la maquille jamais, je ne l’invoque jamais par prétérition. Je vis dans l’espérance qu’en me tenant à ma mission, elle réussira avec l’aide de mes frères et sœurs.

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