Le silence des media :
Complot ou paresseuse sagesse des nations ?

Que nous vivions dans une société de communication, tout le monde l’admet… Et pourtant notre société a basculé dans la communication de rien… On n’a jamais tant donné la parole aux gens — mais à des gens qui n’ont rien à dire… Des gens… qui ont des choses extraordinaires à dire n’ont jamais la parole… Et moi, simple designer dont les faits d’armes sont une brosse à dents, un hôtel, une fusée ou une moto, j’ai l’impression de vivre dans une bulle de totale impuissance… C’est pourquoi quand « Télérama » m’a fait l’honneur de m’inviter à la confection de ce numéro anniversaire (numéro fêtant les 60 ans du magazine) j’ai répondu : « D’accord, mais écoutons ceux que l’on n’entend jamais… » Sortons des idées préfabriquées, ouvrons l’horizon. Invitons les scientifiques à nous parler de leur discipline…
Philippe Starck, designer, éditorialiste du n° 3155 de « Télérama » du 3 juillet 2010.
Photo : geralt (Pixabay)
D’abord, je fus enchanté qu’un média de masse ait laissé un créateur mondialement connu déplorer que les gens « qui ont des choses extraordinaires à dire… n’ont jamais la parole. » Je pensai : « Irait-on vers un journalisme impartial et généreux ? »
Puis je réalisai que l’éditorial invitait « les scientifiques à nous parler » sans ajouter « les scientifiques entre autres gens qui ont des choses extraordinaires à dire. » Il semble donc que Philippe Starck tend, consciemment ou non, à faire comme les media son tri du publiable et de l’impubliable.
Je me remis à réfléchir au silence des media sur Le Signe depuis trente-six ans.
Même s’ils préfèrent le silence à l’inféodation aux pouvoirs, à l’intellectuellement correct, au religieusement correct et au scepticisme populaire, les media ne pourraient-ils pas introduire Le Signe sous forme de questions comme : Ce livre est-il un gros bobard de plus ou un événement majeur de l’Histoire ? Michel Potay est-il un imposteur, une crapule, ou un prophète biblique ? Mais c’est peut-être, entre autres raisons, parce que de telles questions me permettraient de répondre publiquement, au nom du droit de réponse, que les media ont choisi d’ignorer Le Signe.
On me dit : « Les mass media ignorent Le Signe et son témoin, mais hors media on entend dire sur eux beaucoup de niaiseries et calomnies. Vous ne pouvez pas y répondre tant que vous êtes condamné à l’isolement, exclu des conversations, sans prise sur les rumeurs, mais l’Internet… Là vous pourriez répondre, en tout cas plus que vous ne le faites. »
Voilà ce que j’en dis : « Sur l’Internet mes réponse aux vilipendeurs ne font pas plus d’effet que ne font les vilipendeurs eux-mêmes. L’Internet héberge quelques mass media, mais l’Internet n’est pas en soi un mass media. L’Internet n’est qu’un immense bavardage. La nature d’un mass media est de fonctionnement, donc d’ordonnance des thèmes et des idées. L’Internet, c’est tout différemment l’emmêlement de propos en tous sens, c’est le brouhaha de la rue ou d’un hall de gare. S’il en était autrement, les pouvoirs auraient partout mis l’Internet sous contrôle. Dire tout et le contraire de tout à bâtons rompus neutralise tout, n’a jamais fait ni mal, ni bien, ni rien fait avancer, ni rien reculer. Si les pouvoirs ne bâillonnent pas l’Internet, c’est parce que son influence sur les esprits est statistiquement insignifiante. »
Mais il y a autre chose concernant le silence des media.
Parfois survient un événement comme Le Signe qui décontenance ou qui fait penser ou rêver, assez inattendu pour être longtemps inassimilable. Il tient du coup de cœur ou, inversement, du coup de colère ou de désarroi. L’inadéquation entre la modernité matérialiste et un événement surnaturel de cette altitude peut embarrasser même des journalistes cyniques, taupes habiles à fouir, mais pas aigles pour deux sous, au point que, pour un temps, ils ne peuvent le traiter. D’où peut-être un trouble du comportement journalistique face à un événement si gros que les media se diraient : « Et si le public mordait à ce Signe après qu’on l’eut dénigrée ? Et si le public la rejetait après qu’on l’eut ménagée ? » Incertitude totale ! Le Signe provoque des émois contradictoires. Qui n’a pas rêvé un jour de changer le monde (Signe 28/7) et de changer la vie de l’homme (30/11) pour le bonheur définitif ? Qui, inversement, n’a pas rêvé de régler leur compte aux idéologies, aux espérances folles et à la foi ? D’où, pour finir, le silence prudent des media, qui ne reflète peut-être que la paresseuse sagesse des nations. D’où notre ingrat travail, notre apostolat pour secouer cette paresse et tous les préjugés qu’elle prend pour excuses et rallumer le Feu au cœur de l’homme.
Tout bien considéré, nous seuls, Pèlerins d’Arès, pouvons briser le silence de la bonne façon.
© Michel Potay 2010 — Tous droits réservés


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