Travaillant depuis plusieurs mois sur la préparation de l’édition du cinquantenaire du Signe, prévue en 2024, j’ai voulu une fois de plus décrire brièvement non seulement les événements surnaturels comme je les ai vécus à Arès en 1974 et 1977, mais encore écrire, tout en respectant la vérité autant que je pouvais, pour un monde qui ne lit presque plus et dont la possibilité d’accepter un témoignage transcendant, serait-il des plus sincères, ne dépend que très peu d’un récit vrai, mais beaucoup plus de l’enjeu attaché au sens du témoignage.
Qui ne remarque qu’il y a des sujets passionnellement neutres, parce qu’ils parlent de faits inattendus, dont les vivants débattent très souvent en matérialistes, en désapprobateurs, parfois en moqueurs, rarement en intéressés sincères, très rarement en personnes qui s’engagent.
Le Signe
soulève des thèses différentes. Dès qu’on aborde certains sujets, comme le surnaturel, l’intelligence a du mal à raisonner normalement, parce que les tendances individuelles naturelles, les intérêts personnels, les habitudes, l’invérifiable, etc., mettent à l’épreuve la raison.
Tout devient délicat ou conflictuel quand on doit envisager l’existence d’une Puissance gérant l’Univers (12/4). Les passions sont alors plus fortes, parce que ce qui est en jeu, ce n’est pas la connaissance, mais la vie même. Devoir reconnaître, en conclusion d’une lecture, que l’on pourrait obéir à d’autres forces que celles de la physique matérialiste, des idées reçues ou de la psychologie de base est comme une remise en cause fondamentale de l’autonomie humaine.
Innombrables sont les humains pour qui le désir d’être libre de penser, de décider seuls des voies qu’ils prennent est fondamental. Leur moi profond se sent agressé non pour la recherche de la vérité, mais pour la défense, jugée prioritaire, de la liberté de penser, de la libre expression de celle-ci, du choix du destin.
Il n’est pas étonnant que Le Signe suscite des réactions qui vont de l’indifférence générale à la dérision, au mépris, voire même à la violence d’un petite nombre, au lieu de la réflexion. Pour le matérialiste chercher des signes lointains de vie extraterrestre semble plus « scientifique » ou raisonnable que lire un Message venu de l’Univers, mais surtout ne demande pas une remise en question existentielle. Au contraire, ne pas refuser de prendre conscience que Dieu existe — pas le Dieu de la religion mais la Vie (38/5) étalée (ii/4) sur l’infini, en même temps nous entoure et vit au fond de l’humain, ne se fait pas sans risque d’un grand bouleversement intérieur. Les idées préconçues, les passions, la quête de la tranquillité d’esprit, etc., empêchent d’accepter la vérité surtout quand celle‑ci remet en cause la conception de Tout.
En réécrivant totalement les annotations pour l’édition du cinquantenaire du Signe j’ai veillé à ne jamais militer pour une religion, pas plus que de m’engager dans des développements sur la nature de Dieu. Ce que j’écris porte surtout sur la nécessité d’aimer, de pardonner, de faire la paix, de trouver l’intelligence spirituelle, d’être libre de tous préjugés, c.‑à‑d. porte  sur ce que Le Signe appelle pénitence, et surtout le courage de chercher au-delà du « patent », c.-à-d. d’entrer en métaphysique.

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Mais si un des grands livres de la Vie reste une porte fermée, quel malheur pour l'humanité !

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Mais si un des grands livres de la Vie reste une porte fermée, quel malheur pour l’humanité !
(Photo : , Pixabay)

Face à l’indifférence à laquelle se heurtent en général les apôtres du Signe et face à la censure des réseaux sociaux, comment présenter un événement comme celui d’Arès ?
On ne sait pas, parce que le vu et l’entendu est Un comme Fond des Fonds (xxxiv/6), mais innombrable comme démonstration parce que les sentiments qui ont traversé le Témoin ne sont que rarement ceux qui traversent les auditeurs ou lecteurs du Témoin. C’est conscient de cette immense problématique que j’ai travaillé sur la préparation de l’édition du cinquantenaire du Signe.
Dieu s’est exprimé en 1974 et 1977 en France où existe la liberté d’expression, mais la liberté d’expression signifie seulement le fait de pouvoir parler et éditer. Or, il faut aussi donner au public la possibilité de s’engager dans le sens voulu par l’évènement et ça, ce n’est jamais gagné d’avance.
La liberté de dire la vérité, quand celle‑ci contrariait les idées reçues était autrefois menacée par le pouvoir d’État et les autorités établies. Aujourd’hui, la liberté de dire la vérité est prise en otage par deux mouvements opposés. D’un côté on assiste, au nom de la liberté, aux expressions les plus extrêmes de l’intérêt, de l’indifférence ou du rejet. D’un autre côté, on constate des contrepoints inspirés par des courants idéologiques contraires, parfois très fortement contraires, colportés par l’état d’esprit dominant, qui veut imposer sa conception de ce qu’on peut dire et de ce qu’il faut taire.
Les pressions contre Le Signe ne viennent plus tant d’autorités ou d’institutions se nommant officiellement que de groupes ou d’institutions secondaires qui procèdent par intimidations ou barrages difficiles à vaincre.

Le seul grand bienfait de la liberté d’expression, c’est de permettre la diversité des opinions à l’exclusion des opinions déclarées délictueuses, mais la liberté d’expression n’est pas la garantie qu’un message universel puisse sortit de l’ombre facilement. On peut avoir la conviction que Michel Potay est bien le réceptacle d’une Parole Divine et l’on peut la défende ardemment, bien sûr, mais on ne peut pas enlever aux autres humains la possibilité de s’y opposer, même de mauvaise foi. L’enseignement du prophète Jésus n’a commencé à changer quelque chose dans le monde romain que plus d’un siècle après la croix.

Il faut se confronter à l’adversité pour défendre ses propres valeurs et il faut être très patient.

J’ai été, depuis un peu moins de cinquante ans, confronté à des pressions et intimidations de toutes sortes, mais j’ai généralement gardé ces adversités pour moi, en me disant que mes frères trouveraient eux-mêmes le meilleur moyen de faire connaître Le Signe tout en sachant que c’est, de toute façon, difficile. Je pense que dans l’ensemble ils ont jusqu’à présent fait tout ce qu’ils ont pu et que s’ils ont obtenu des résultats très modestes, c’est parce qu’il faut, d’une part, beaucoup de missionnaires et beaucoup de temps, et d’autre part parce qu’il y a un temps pour tout dans l’Histoire. Si l’on se réfère à l’Histoire on voit d’assez nombreux exemples de retards entre une cause et ses effets. C’est lorsqu’il est libre que le débat contradictoire peut conduire à une forme d’expansion spontanée de la compréhension de la Parole, mais contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas encore le cas. Le moment approche toutefois. Les contre-vérités et les refus finissent toujours par être modulés par le prisme des incapacités adverses.
Nous n’avons pas accès à la parole publique (radio, télévision, etc.) qui aujourd’hui partagent toutes les mêmes modes opératoires. Dans nos sociétés pluralistes et fragmentées ce ne sont pas seulement des arguments qui s’affrontent, ce sont aussi des rêves — Voyez les écologistes, les wokistes, etc ! —. Il n’y a pas non plus de présentations de courant d’idées sur les réseaux sociaux. Les plates-formes que choisissent les programmateurs médiatiques sont liées à l’usage d’algorithmes qui mettent en avant les messages les plus partagés par la politique, le commerce, la science, etc. souvent émotionnellement très chargés, notamment de colère, d’envies ou d’idées fixes. Cela produit une distorsion qui rend difficile la compréhension du Signe.

Nous sommes confrontés à un dilemme. À peu près partout la politique fait des lois pour prévenir toute resurgence de la foi uniquement fondée sur l’amour. Nous vivons, de ce fait, dans une société de censure, parce que nulle part sur Terre la loi n’est fondée sur la bonté, le pardon, la générosité, etc. La loi est partout fondée sur la rétribution : telle faute égale telle punition. Je repense à la phrase de Tocqueville : « Je vous avais laissé traitant des abus de la liberté et je vous retrouve sous les pieds d’un despote » qui semble prophétique. Mais si l’Etat ne fait rien, les volontés d’hégémonie des différents groupes de pression en conflit risquent de conduire au chaos. Bref, la marge de manœuvre est limitée de tous les côtés.
Une bonne voie, pensent certains, consisterait à mettre en avant l’importance de débattre, car c’est là qu’il est possible de discuter et de s’opposer à armes égales. Mais comment discuter des « Paroles » toutes prétendument venues de l’Éon infini ? Engager le débat ne peut pas être une solution ; la liberté d’expression ne mène nulle part, quand il n’y a que des convictions dominantes.
Une certaine dose, pas très grande, de débat peut être une part de solution. Des associations s’efforcent de la rétablir sur le Web. Ce sont généralement des utilisateurs des réseaux sociaux, certains d’avoir un certain rôle à jouer pour aider à la rencontre d’idées proches qu’on croyait auparavant très distantes. Une condition indispensable serait l’oubli de la concurrence, qui n’existe pas aujourd’hui. Il ne peut y avoir de liberté d’expression quand la Parole que vénère chaque religion ou sous-religion en lisse veut absolument dominer. Il faut simultanément accéder à d’autres types d’échanges sociaux. La liberté d’expression, je le redis sans cesse, est le problème mais est aussi la solution si le débat n’est pas faussé par des tricheries. En résumé, la liberté peut provoquer des excès de bruit dans les propos mais c’est aussi le seul moyen de combattre ce bruit même.
Ce n’est qu’avec lenteur et progressivité qu’on achèvera et quittera la Genèse. Impossible de quitter la caverne (cf. Platon) à laquelle s’enchaîna Adam autrement qu’en tâtonnant avec humilité. Entre autres lourds gauchissements des conditions de vie que l’homme s’est infligés se distingue le temps (Signe 12/6). Le temps a rendu lent tout changement et a fait que rien de vrai et efficace ne vient rapidement à l’esprit. On tâtonne, on trébuche dans l’ascension toujours difficile du Bien. Le Bien n’a pas de sommet parce que toujours inatteignable, il est encore la Vie, le Père, le Saint, si lointains. Il est le Bien inaccessible parce qu’il ne cesse pas de monter, de s’étendre, de s’étaler (ii/4) et qu’il n’atteint jamais de paroxysme, parce qu’il n’en a pas. Le Bien sur Terre c’est déjà ce qui ne se vend pas, ce qui ne résulte pas de lois, de modes de vie, c’est ce que ne peuvent donner ni la religion ni la politique, ni la morale. Le Bien doit être un besoin inné de l’homme comme il est Besoin inné et éternel du Père. C’est cet illimité et immensurable Bien qui échappe à toute description et qui, entre autres mystères, fait que ce qui se passe après la mort reste totalement inconnu, inénarrable : les descriptions que le Coran fait du paradis ou de l’enfer ne sont que contes pour enfants. C’est l’illimité et immensurable Bien qui fait que Dieu, Réacteur permanent du Bien, est tout à la fois l’Éternel Fugitif et l’Éternelle Vie.
De même que l’homme cultivé est celui qui a le goût et le temps de se cultiver, l’homme spirituel exponentiel est celui qui a la volonté de se dépasser dans le domaine de l’amour, qui est créateur. On n’est plus là dans le Bien à usage interne de l’aimant minimal, mais dans le Bien à usage externe de l’aimant maximal.
L’homme peut devenir un actif en création générale, un co-créateur au sens suprême et éternel. Au sens matérialiste, intellectuel et mortel n’est conjointement, ou totalement, qu’une sorte d’agnostique.
L’agnostique dit : « La Création peut être comprise comme l’insertion de la durée dans les chaos… » La Bible elle-même peut s’interpréter dans ce sens, car elle en parle en termes voilés : La terre était informe et vide,  les ténèbres survolaient l’abîme (chaos de la matière) et l’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux (durée qui y apporte l’ordre) (Genèse 1/2). Le commencement n’est possible que parce qu’il y eut un soir et un matin, le premier jour (Genèse 1/4). Le lendemain il y aura un deuxième jour ; le surlendemain un troisième et ainsi de suite. Ainsi de suite c’est Dieu, car créer c’est faire succéder. » (Emmanuel dans « Pour commenter la Genèse »).

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