Cette entrée ne parle pas de la liberté en général ou absolue qu’évoque Le Signe 10/10.
Liberté absolue… Archipel aux innumérables îles, Salive (viii/11, xxx/8) du Père couvrant l’Univers. Cette liberté-là a disparu de la Terre sous la censure de la religion et de sa fille, la politique, dont le prime souci est que le peuple leur obéisse au doigt et à l’œil. Religion et politique ont laissé croire que Dieu ou la loi, vue comme sacrée après la « mort de Dieu », exige du peuple une obéissance totale et charge religion ou politique de punir les insoumis. Nous Pèlerins d’Arès ne pouvons pas nous abandonner à ce simplisme qui empêche toute évolution depuis des millénaires.
Cette entrée parle seulement ici d’une liberté parmi d’autres, la liberté de contestation. Pèlerins d’Arès, nous formons l’inverse d’une religion. Comment serions-nous pénitents, c.-à-d. comment aimerions-nous, pardonnerions-nous, ferions-nous la paix, ignorerions-nous les préjugés, retrouverions-nous l’intelligence du cœur et rendrions-nous les hommes absolument libres, si nous faisions taire nos contestataires en les condamnant, les rabaissant ou les honnissant  ?

Marguerite Porete

Marguerite Porete
(Auteur inconnu, Domaine public)

Il y a peu, un commentateur de Picardie m’apprit que « beaucoup de divisions fleurissaient tristement sur Youtube au sujet du Signe » (221C42) et probablement aussi au sujet de son témoin. Au moment où j’écris cette entrée, je ne sais pas de quoi ce commentateur voulait parler, mais je ne cherche pas à connaître les détails de ces « divisions », inévitables autour de la Parole d’Arès ou de moi. Je ne veux pas non plus prendre absurdement la défense de nos contestataires. Je veux seulement rappeler à mes frères et sœurs que c’est dans la paix, l’humilité, le respect de leur liberté et avec intelligence spirituelle que nous devons leur répondre, quand répondre paraît nécessaire non pour convaincre le contestataire qu’on ne convainc pratiquement jamais, mais pour l’enseignement de ceux qui observent la rencontre, pour que vive l’humilité qui est lumière.
On ne sort pas de la nuit du péché simplement en soufflant des chandelles sous prétexte qu’elles n’ont pas la bonne couleur. Le contestataire n’a pas forcément raison  ; il n’est qu’une erreur parmi les erreurs que sont même ceux qui s’efforcent de garder sous leurs pieds le sentier très simple, mais rocailleux (25/5) de la pénitence. Le contestataire n’est qu’une voix plus forte, qu’elle dise vrai ou faux, du peuple (Isaïe 9/1) monté des profondeurs (Psaume 129 ou 130/1) où nous vivons tous, pécheurs. C’est un cri déchirant parmi tous les cris déchirants qui ponctuent la vie humaine. La douleur des uns ne guérit pas les douleurs des autres. Nous Pèlerins d’Arès contestons beaucoup  ; il est normal qu’on nous conteste. Ce monde n’est finalement que de contestation  ; on peut n’y voir qu’un problème, mais moi j’y vois sa richesse
Je cite une contestataire  : Marguerite Porete, dite la Porette, béguine du XIIIe siècle, auteur du livre  : « Le miroir des âmes simples et anéanties, » qui proclamait avec un sens aigu du brouillard métaphysique et un courage rare qu’on pouvait être chrétien sans besoin d’Église, laquelle Église la fit brûler vive le 1er juin 1310. Si l’Église avait laissé Marguerite Porete contester, elle aurait tout à la fois fait preuve d’amour selon le Sermon sur la Montagne et gardé à l’esprit que le dogme n’est qu’une ombre, un repère provisoire sur le sentier de la pensée vivante, parce que le Vrai est vivant, le glaive (Matthieu 10/34) dans sa lutte incessante contre le péché. L’Église aurait progressé en intelligence (32/5). Je pourrais aussi citer Michel Servet et son rejet de l’invention de la trinité, qui lui valut, dans des circonstances particulièrement cruelles, le bûcher à Genève le 27 octobre 1553, et tant d’autres contestataires que toutes les religions ont torturé et fait périr. Crimes atroces qui n’ont fait qu’épaissir la nuit de la barbarie et de la sottise.
« L’homme a plus de traits admirables que de traits méprisables »  ; il y a du vrai dans cette pensée d’Albert Camus. Ne perdons jamais de vue qu’il y a chez le contestataire ou le diffamateur du bon comme du mauvais, même si, contrariés par ses critiques, nous ne voyons pas de prime abord qu’il s’exprime en vertu de la liberté (10/10) que la Vie lui a donnée. Le contestataire ou diffamateur n’a pas forcément raison dans le cadre très étroit de nos possibilités humaines, mais soupesons honnêtement le pour et le contre et, même s’il a tort, gardons-le dans notre amour (Matthieu 5/44), parce qu’il est lui aussi image et ressemblance (Genèse 1/26) du Créateur et que le mystère de la contradiction dépasse le pauvre entendement d’un seul pécheur.
Tous les hommes, même ceux qui ont l’air saint, ne mangent jamais que le pain de l’exil spirituel où les a envoyés le péché. Aussi, qui ayant quelques restes d’intelligence, conscient de ses propres brumes, n’écouterait la voix du contradicteur quand elle fuse sans prévenir à travers le brouillard  ? Écouter n’est pas forcément approuver, mais l’écoute fait parfois dans le brouillard quelques déchirures par où peuvent passer, pourquoi pas  ? quelques parfums du Ciel. Il arrive aux dénigreurs et aux contestataires de dire deux ou trois choses utiles.
Clémenceau rappela un jour à la tribune de l’assemblée nationale  : « On proclama les Droits de l’homme et le lendemain on dressa la guillotine. » Mais ce fut bien avant la Révolution française, en des temps immémoriaux, que les puissants n’hésitèrent plus à se contredire, que disparut le respect entre points de vue divergents et que cessèrent les débats quiets et intelligents. Or, l’intelligence spirituelle (32/5) autant que l’intelligence intellectuelle, la paix et l’amour dans le débat sont nécessaires, parce qu’aucun humain dans ce monde pécheur ne dispose des moyens de tout savoir, tout comprendre, tout maîtriser. Quand les débatteurs cessent de s’informer réciproquement, de s’écouter avec attention, de faire grand cas les uns des autres, l’affichage du schéma réflexif disparaît, son socle s’efface sous leurs pieds  ; il risque fort de ne rester que ce qui oppose. Quand n’apparaît entre les débatteurs qu’approximations grossières, intuitions plus caractérielles que fondées et apriorismes, c’est tôt ou tard la colère ou, du moins, une forte contrariété qui prend le dessus, bref, l’obscurité. Il vaut mieux dans ces conditions que le débat se close.
La liberté est un os que tous les vautours, nous compris si fiers de nous-mêmes, n’ont pas fini de picoter et d’écurer. Même si Le Signe le pulvérise en Parole, l’os de la liberté absolue n’est encore qu’une poudre mythique. Nous Pèlerins d’Arès savons qu’il ne sert à rien de discuter l’existence d’un Créateur, ou de la Vie (24/3-5), ou du péché comme fléau, ou du Bien comme psychopompe, ou de l’honnêteté de leur témoin, etc., parce que c’est aussi vain que de discuter dans un cimetière, un jour de funérailles, du destin de l’enterré. Ce genre de discussion écrase l’humain sous son étroitesse. Comme des marins de l’espace, prenons le large  ! Que nos regards se portent sur les grands horizons  ! Que nos pensées prennent leur envol sans nous préoccuper des contestataires, parce que la généreuse Parole d’Arès dit que croire ou ne pas croire ne conduit nulle part et que seul faire le bien ramène au Père par affinité ou homogénéité. Marguerite Porete, dite la Porette, perçut cette affinité avec la Vie, le dit dans son nébuleux français moyen-âgeux et l’Église l’a tuée peut-être plus par peur de n’y rien comprendre que pour l’hérésie.
Le Dessein de la Vie pour l’homme a été gommé. Nous ne sommes plus depuis longtemps libres au sens absolu du verset (10/10) du Signe  : Ma Parole comme un poulain agile courant vers son but, libre du harnais que lui mettent les docteurs, des haies que dressent devant lui les princes du culte (religieux, politique, idéologique, financier, etc.), tous ceux qui tirent bénéfice de le dompter et de l’atteler à leur char.
La parole de Paul de Tarse n’est pas Parole de Dieu, elle n’est que livre d’homme (16/12, 35/12), mais elle nous intéresse, parce qu’il fut apôtre. L’Épître aux Romains 7/19 dit  : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. » Paul pose ainsi le problème ultime de la conscience humaine, celui de la liberté. Il sait qu’il n’est pas libre (10/10) puisqu’il ne peut pas faire tout le Bien qu’il voudrait, mais il voudrait au moins faire au mieux. Nous aussi.
Contrairement à celle de Paul, ma parole de prophète est la Parole de Dieu (i/12, xxxi/10)  ; pour autant je ne peux pas la suivre à la lettre  ; elle reste l’étoile sur laquelle je m’oriente comme le marin sans l’atteindre.  Je veux être au minimum libre de suivre l’étoile. Je n’ai pas la prétention de m’identifier au Bien absolu, mais je veux être au moins libre de m’identifier au Bien relatif  ; c’est sous cet angle spirituel que j’évoque ma liberté, même si comme tout humain soumis au système politique je suis partiellement privé de cette liberté-là.
Beaumarchais rusa avec la monarchie absolutiste  ; Flaubert nargua l’ordre moral du Second Empire  ; Oscar Wilde défendit son droit d’être  ; Soljenitsyne poursuivit un long duel contre le totalitarisme soviétique  ; Kundera incarna la figure du dissident. Salman Rushdie défia le fanatisme. C’étaient des combattants des libertés, mais ils ne réclamaient que le droit d’être eux-mêmes  ; il y avait dans leur quête de la liberté quelque chose comme un sens unique. Nous, nous avons compris que l’enjeu de notre mission est tellement grand qu’il nous impose d’accepter les libertés d’autres de nous contredire, parce que personne ne peut être assez intelligent pour tout comprendre  ; il vaut mieux ne pas fuir nos détracteurs, sans les rechercher, car tout ce qu’ils disent n’est pas nécessairement faux.

Ecoutez cet article au format audio

Commentaires et réponses d’origine
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.

© Michel Potay 2020 — Tous droits réservés