En ce jour de 2008 où l’église commence à méditer la passion du Christ, je ne compare pas Ingrid Bétancourt à Jésus. Si je les cite ensemble, c’est parce que nous savons maintenant que si Mme Bétancourt retrouvait sa liberté et sa place dans la politique, elle se vouerait au soulagement des crucifiés de la terre, dont elle côtoie depuis six ans un échantillon, les FARC qui la gardent prisonnière et otage.

Rassemblement de soutiens d'Íngrid Betancourt, le 03 juillet 2008 devant l'Hôtel de Ville de Paris, au lendemain de l'annonce de sa libération.(Photo : Nikeush, Wikimedia)

Marche pour la libération d’Ingrid Betancourt, sur la photo Cristina Fernández (présidente de l’Argentine), Astrid Betancourt (sœur d’Ingrid) et Lorenzo Delloy (fils d’I. Betancourt).
Photo  : Presidencia de la Nación Argentina (Wikimedia)

Depuis des années j’affirme que plus on réclame haut et fort, dans des manifestations impressionnantes, la liberté d’Ingrid Betancourt plus on donne de prix à l’otage qu’elle est et moins les guérilleros colombiens n’accepteront de se séparer du bouclier qu’elle constitue contre l’armée qui les traque.
Mais il y a autre chose :
Luis Eladio Perez, ancien parlementaire récemment libéré par les FARC, révèle qu’il a beaucoup parlé avec Ingrid Betancourt. Elle a énormément médité et changé, dit-il. Notamment, elle a réalisé et admis que la révolte et la violence des FARC ne résultaient pas de l’ambition politique de quelques meneurs d’hommes, mais de causes humaines infiniment plus profondes et largement partagées. Du fond de sa jungle-prison, Ingrid Betancourt, bien que subissant privations et humiliations, prévient qu’il n’y aura pas d’issue militaire à cette rébellion et qu’il faut négocier avec elle sur des bases d’humanité.
M. Perez affirme qu’Ingrid Betancourt depuis son enlèvement consigne ses pensées par écrit et que les FARC lui laissent ses notes. Elle admet qu’il y a deux Colombie : une Colombie urbaine et riche et une Colombie de la misère (schéma retrouvé dans un nombre considérable de nations de la terre) et que rien de ce qui les oppose ne sera résolu par les projets politiques traditionnels.
Ingrid Betancourt aurait élaboré un programme de paix plus proche de l’amour et de la sagesse que des lois. Aurait-elle compris ce que Le Signe nous dit du commencement à la fin, que la politique comme sa génitrice, la religion, en dépit de bonnes intentions, fait plus de mal que de bien, parce qu’elle repose sur un système qui ne tient que par la loi et la répression des indociles ?
Peut-être la passion douloureuse que subit Ingrid Betancourt aboutira-t-elle à une solution heureuse du problème que posent les FARC au pouvoir central de Colombie et, par extension, à des mesures heureuses à l’égard des crucifiés de la terre, notamment dans d’autres parties de l’Amérique Latine.
Nicolas Sarkozy, informé par Luis Eladio Perez des espérances d’Ingrid Betancourt, aurait proposé que la France accueille les guérilleros de la jungle colombienne, si leur pays craignait de les réintégrer après qu’ils aient déposé leurs armes.

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© Michel Potay 2008 — Tous droits réservés