Job vécut au Moyen Orient à Hus. Où se trouvait Hus ? Quand ? Personne ne sait, parce que Job est de toujours et de partout. Job est un livre de la Bible écrit en mauvais hébreu entaché d’araméen, mais d’une belle inspiration spirituelle. C’est l’histoire d’un Job, ex-riche devenu miséreux et affligé de maux douloureux, qui n’a pour seul bonheur que l’espérance. L’histoire du juste démuni et exposé à la douleur dans ce monde de péché, monde qu’il faut changer (Signe 28/7), rebondit sans cesse ; elle va de l’antiquité lointaine au Jour de Dieu.
J’ose délaisser l’analyse classique du Livre de Job et comparer Job à Basile le Bienheureux, autre paumé vivant nu en Russie au début du XVIe siècle, peu connu en Occident, dont une cathédrale porte le nom à Moscou. On me contestera en les déclarant dissemblables. Ils ne le sont pas pour moi. Le monde sera rempli de Job et de Basile jusqu’au Jour de Dieu (Signe 31/8).

Les donneurs de leçons Éliphaz, Bildad et Sophar qui sermonnent Job ne sont que des échantillons des donneurs de leçons de toujours religieux, politiques, moralisateurs, etc.
Source : Luca Giordano, Public Domain (Wikimedia)
Les versets 1/6-2/10 du Livre de Job mettent en scène Satan, que Dieu aurait autorisé à éprouver Job, mais ce n’est qu’un ajout humain, un livre d’homme (Signe 16/12, 35/12). Non seulement Dieu n’éprouve pas l’homme — c’est l’homme qui s’éprouve lui-même toujours —, mais encore Satan n’existe pas ; c’est l’humanité l’agent de son destin, donc de son propre mal (2/1-5, vii/7-11).
Rien ne dit que Job n’est pas un renonçant en des temps immémoriaux tout comme en Russie Basile le Bienheureux est un renonçant de 1486 à 1551. Job est un homme de cœur et d’humilité (Job 42/2-6), qui a très bien pu renoncer à la richesse, subir ou choisir la misère, s’exposer ainsi à la maladie.
On ne sait si Job est hébreu, arabe, babylonien, perse, etc. Il n’est que l’homme face aux hasards ou aux choix de sa condition de pécheur, dont il prend conscience dans le Livre de Job. Il ne perd ni sa foi ni sa piété, et surtout — apothéose du Livre — il découvre que la « justice », que chaque religion attribue à la divinité qu’elle vénère ou que la politique attribue à sa loi, n’a rien à voir avec ce que la Parole appelle Justice (Signe 1/5, 22/12, 35/9, etc.), qui n’est que ce qui est juste au sens de vrai.
Qu’un sage tombe ou ne tombe pas dans la misère, la souffrance et l’anxiété n’est pas le problème du monde. Le problème du monde est le péché, le manque d’amour, la vengeance, le mensonge, l’orgueil, la cupidité, etc. Job proteste de sa droiture. Quatre de ses amis, Éliphaz, Baldad, Sophar et Élihou, tentent de le ramener à leurs moralisme et conformisme, mais ils ne sont que les importuns outrecuidants qui depuis des millénaires veulent gérer le monde et que chaque jour je vois réapparaître dans la presse, à la télévision, à la radio.

Basile le Bienheureux,
à jamais nu sur les icônes
(Source : Cathédrale Saint Basile)
Dans la Bible le Père ou la Vie s’adresse à Job du milieu de la tempête : Quel est celui qui obscurcit Mon Dessein par des paroles d’ignorant ?.. Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? (Job 38/1-4). Job, alors, écoute la Voix de la Vie, peut-être exactement comme je L’écouterai 3.000 ans plus tard à Arès — 3.000 ans ? Guère plus que 3.000/92=32 vies comme la mienne ! —. Pas plus que moi à Arès Job ne perçoit la Vérité dans ses totales ampleur et profondeur, parce qu’elle est depuis trop longtemps oubliée par l’humain, désapprise par atavisme et culture qui vont de pair, mais il en capte une lueur : le Vrai. Le Vrai du Livre dans Le Signe (xxxiv/1-4, xxviii/21). Job comprend que, même si ses amis ne sont que des ratiocinateurs qui l’ont injustement blâmé, il n’a pas plus qu’eux le pouvoir de comprendre l’incompréhensible Amour Qui gère tout et de se mesurer aux Sainteté, Puissance et Lumière (Signe 12/4). Il ne peut que s’écraser devant la Vie ; il fait acte d’humilité et de confiance.
La souffrance du juste restera mystérieuse et inadmissible aussi longtemps que les pécheurs refuseront l’évidence, à savoir que l’homme continue de rejeter le Dessein Créateur, quoiqu’il leur reste possible, même petitement, en rampant sous la Lumière, de ranimer au fond d’eux quelque chose des racines divines et de revenir à l’image et ressemblance du Père (Genèse 1/26-27) au prix de pénitence, d’amour qu’ils peuvent encore donner à leur échelle humaine.
Les humains d’aujourd’hui, quelque 3.000 ans ou davantage après qu’eurent disparu Job et ses sermonneurs d’amis, ne comprennent toujours pas que le bien ou le péché d’un seul humain retombe au hasard sur toute l’humanité, nouveaux-nés et innocents compris, parce que les humains, quels que soient leur nombre et leurs races, ont entre eux un lien de parentage existentiel. En fait, il n’y a qu’un seul homme par milliards, comme il n’y a qu’une seule Vie (Signe 24/3-5) en billions de billions d’atomes. Ce chapelet de grains bons et de grains mauvais qui se suivent dure depuis Adam (Signe 2/1-5) et s’étend sur la totale longueur du temps (12/6).
La grippe covidienne a mystérieusement fait disparaître Job de Bordeaux. C’est le gris augure que long et dur va être notre apostolat. Job, figure centrale du refus de ce monde, manque à l’espérance, à mon espérance du moins. Place Gambetta, elle nous manque la crasseuse clocharde sans âge assise entre ses deux ballots sur la plinthe de la boutique Hermès — contraste saisissant entre la cage du luxe et la liberté de l’oiselle —, qui invectivait les passants : « Va donc, hé ! tordu, enfoiré, salope, etc. » puis nous voyant approcher, Christiane et moi, irradiait tout à coup de bonheur comme par miracle et nous disait bonjour avec une politesse exquise et raffinée… Et nous étions comme gênés d’être encore trop bien vêtus. Il nous manque, cours d’Albret, le vieux squelettique assis sur la margelle d’une banque, autre clochard sans âge crachant ses poumons (j’avais de ma jeunesse au sanatorium gardé le souvenir de l’écho creux des phtisiques vidant par tout petits bouts leurs cages thoraciques). Nous lui parlions ; il avait l’extrême gentillesse éraillée d’un vieux petit enfant. Il y aura des Job, des rappels qu’il nous faut être autres, aussi longtemps que le monde ne changera pas. Et quand le monde changera, ce sera le Jour où les Job, qui croisent comme des beaux voiliers là-haut sur la Mer d’étoiles, redescendront des Hauteurs Saintes (Signe 31/11) avec la Vie (24/3-5).
© Michel Potay 2021 — Tous droits réservés


Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.