Deux êtres dissemblables et même, par bien des côtés, contradictoires, et pourtant unis sur un même axe  : la quête d’un humain bon, le changement du monde en Bien. Sois Un dans toi par le Bien accompli, dit Le Signe (xxiv/1).
Ces deux-là sont d’abord violents  : Francesco di Pietro Bernardone, futur François d’Assise, est soldat et prisonnier de guerre  ; Louise Michel est communarde en uniforme et condamnée à la déportation. Puis ils changent. À sept siècles d’intervalle, ils revêtent, chacun selon son mode d’agir, un manteau neuf (Signe 1/1). Tous deux alors sans être proscrits sont moralement mis en cage. Qui voit la cage  ? (Signe xxxvi/3) Leurs zélateurs et admirateurs respectifs, peu nombreux.
La presse moderne met en avant les assassins, les violents, les scandaleux, la police, la justice, mais elle parle peu des acteurs du Bien. Même situation pour nous Pèlerins d’Arès qui travaillons, chacun comme il peut, pour que l’humain change (Signe 30/11) et que le monde change (28/7) en Bien.
La fidélité au Bien paiera, néanmoins.

Francesco di Pietro Bernardone, alias François d'Assise (1182-1226) (Phhoto : Didier Descouens)

Francesco di Pietro Bernardone,
alias François d’Assise (1182-1226)
Annibale Carracci – gallerie Accademia-Photo  : Didier Descouens (Wikimedia)

Le Père appelle jars (Signe xxxvi/3) Francesco du Pietro Bernardone, dit François d’Assise, parce que le jars est combattif. François est un opiniâtre lutteur à sa manière. Son refus des ordinations mineures ou majeures est une de ses stratégies contre le dommage religieux qui a profondément blessé le très simple Fond de la spiritualité de Jésus. François lutte contre lui-même et contre les tentations mondaines pour rester « l’époux de dame pauvreté et de dame simplicité » et pour aimer tous les vivants, « frère loup » compris.
Louise Michel, dite Enjolras, anarchiste pugnace et franc-maçonne, est une autre sorte de jars en lutte contre la forte emprise du mal. Elle aussi refuse tous honneurs et grades et ne cesse de lutter par la plume et le verbe pour la liberté absolue dans laquelle elle voit la seule vraie dignité et la seule suprême supériorité de l’homme sur le monde vivant.
De tous temps on a vu des humains prendre le sentier de l’homme nouveau. Le Signe demande aux Pèlerins d’Arès, eux-mêmes très hétérogènes, de prendre la suite des bâtisseurs du Bien libre afin de changer le monde (Signe 28/7). Nous vivons une aventure autre que celles de François et de Louise, mais parallèle.
J’ose penser que ces deux Enfants de la Vie ont eu le même destin. Ces deux  grands humbles, apparemment très dissemblables, ont été des lutteurs de la grandeur libre de l’homme. Ils ont été conscients, chacun à sa façon, des dépassements possibles le long de la Voie Droite. Chacun de François, moine humble, doux et pieux, et de Louise, libre, combative, verbeuse, trouve son sentier. Sentier de dépouil­lement et d’amour pour l’un, sentier libertaire pour l’autre. Mais les deux brûle d’un même feu, le feu de la transcendance qui seule mène à la transfiguration.
Il n’existe pas de Bien modéré ou excessif et de Mal modéré ou excessif  ; il n’y a que Bien ou Mal tout court. Depuis des millénaires, la bonne vie est réduite au bon fonctionnement de l’humain tel que l’envisage pour lui le pouvoir accroché bec et ongle au besoin de se faire craindre, aux lois qu’il impose et à ses privilèges, maître-à-danser, juge et exécuteur de ses volontés de puissance. Le pouvoir a parfois engendré des progrès, mais il demeure l’axe du Mal. Partout la justice n’est que vengeance sans fin (Signe 27/9), la guerre est toujours envisageable, les libertés sont rognées.

Louise Michel,alias Enjolras (1830-1905) (Photo : J.M. Lopez)

Louise Michel, alias Enjolras (1830-1905)
Photo  : J.M. Lopez (Wikimedia)

De temps immémorial, depuis que le triste sire Adam inventa le pouvoir de quelques uns sur tous les autres (Signe 2/1-5, vi/7-13), ces autres sont figés et muets de peur, « la vie ne vit pas », comme dit Adorno. Ici et là des audacieux se sont risqués à réprouver et braver le pouvoir, religieux, politique ou autre, de sorte que l’ultime refuge du Bien est toujours l’humain, jamais le prêtre, le politique, le juge, l’administratif, bref, jamais le pouvoir manipulateur qui toujours chosifie l’humain sous sa loi. Or, le Bien qui a valeur absolue ne se réalise pas sans liberté absolue (Signe 10/10), laquelle est le risque à courir pour changer le monde.
François d’Assise et Louise Michel, chacun à sa façon, ont lutté contre l’empaillage de l’homme par les sciences (Signe 33/8, 38/5) théologiques, politiques, sociales, économiques, etc. Visiblement ou invisiblement la religion comme la politique ont toujours tenté de fossiliser la psyché humaine. Malgré les plus tyranniques procédés, le siège des affects et des pensées de l’humanité de base reste incontrôlable dans son substrat. Jamais au cours des millénaires religion et politique n’ont réussi à stabiliser la soumission de leurs fidèles ou citoyens  ; tout est toujours à refaire à chaque nouvelle génération. L’Histoire n’est faite que de rebiffes ou de menaces de rebiffe  ; c’est ainsi que l’espérance reste vivante. Comprenant cela, ces grands vivants de François et de Louise ont reconnu en l’amour la seule voie vers le Bien.
Je ne peux pas dans une brève entrée sur un aussi vaste sujet aborder les biographies respectives de deux humains aux vies si différentes. Je m’en tiens à leur impalpable similarité, au delà des faits de vie  : la transcendance. Bien que Dieu, unique Mer sur Laquelle voguait François, eût disparu du discours de Louise, c’est à leur similaire dépassement que je pense ici, car la transcendance nous questionne aujourd’hui et questionnera tous les combattants du Bien jusqu’au Jour (Signe 31/8). Il faut opter pour la transcendance, tapis volant vers l’infini, et ne pas se laisser distraire par l’éblouissant monde visible où nous séjournons quelques décennies. La transcendance est de plus en plus nécessaire en des temps où le matérialisme lourd, mesurable, palpable, gouverne les pensées. Jusqu’en 1974-1977 la transcendance relevait du religieux, mais depuis Le Signe on sait que Dieu n’est pas le seul objectif de la foi. L’objectif est le Bien auquel conduit l’amour. La Parole d’Arès appelle cela pénitence, de sorte que le concept de Dieu s’élargit immensément, s’évanouit même, pour une notion infiniment plus large  : la Vie (24/3-5), dont nous sommes des atomes. Ce n’est pas Dieu qui assure le salut, c’est le Bien accompli, parce que c’est à travers le Bien que Dieu apparaît tel qu’Il est  : la Sainteté, la Puissance et la Lumière (12/4) de la Vie (24/3-5). Par ce fait même, une femme comme Louise Michel, quoiqu’incroyante, entre dans le panthéon des faiseurs de Bien, de sorte que la notion de Salut s’élargit immensément. François comme Louise sont prophètes au sens heureux et actif du mot.
Le prophétisme naît de la liberté et de l’audace de l’amour  ; il ne naît pas d’une doctrine.

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