© Christiane et Nina Potay

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Des messages dans ma mail-box disent : « Dites-nous deux mots du mondial , surtout de la finale… » Deux mails ajoutent : « Et le coup de boule de Zizou ? »
Ma grand-mère maternelle appelait ça le foteballe. Quant au « coup de boule », elle ne savait probablement pas ce que c’était, mais si elle avait visionné la scène, qu’aurait-elle vu ? Sur la fin du dernier match d’un long championnat, des joueurs épuisés — La fatigue ôte l’esprit à l’homme (Signe 35/8) —. Un foteballeur blanc frappa de la tête (pas si sauvagement d’ailleurs, j’avais vu beaucoup beaucoup plus efficace au cours des bagarres de mon enfance) le sternum d’un foteballeur bleu, qui fit semblant de tomber sous le choc avec le regard (hagard, très photogénique) de circonstance. L’arbitre ne vit rien, mais les cafteurs, peut-être rusés compères de la provocation (pardi, le foteballe est un spectacle), virent tout. L’arbitre envoya le foteballeur blanc au piquet, spectaculairement, d’un bras impérial. Ma grand-mère avec sa petite voix d’oiseau (mais elle avait son côté Ma Dalton) aurait dit : « C’est tout ? Mais si le grand a insulté le petit, il méritait qu’on l’assomme ! » (Assommer, c’était son mot). D’une génération où on ne faisait pas toute une histoire pour un coup de manche à balai ou un crêpage de chignon, elle aurait ajouté : « Ça vous fouette un peu le sang, » sur le ton de « C’est bon pour la santé. » Mais j’apprends à l’instant que Materazzi (la victime) avait insulté trois fois les femmes de la famille Zidane (l’agresseur). Ma grand-mère aurait donc plutôt dit : « Cet Italien méritait d’être assommé trois fois. » Comme vous voyez, j’ai été très mal élevé.
Seulement, le Créateur m’a rééduqué à Arès, mais tout aussi mal rééduqué, parce que dans le coup de boule de Zidane quelque chose me plaît — quelque chose de différent de ce qui aurait plu à ma grand-maman, toutefois —. Je ne parle pas de la violence : Zizou aurait mieux fait de tendre l’autre oreille aux insultes de Materazzi comme on tend l’autre jouemais la violence était très mesurée… Il n’écumait pas de rage et la « victime » ne semblait pas beaucoup souffrir. Je parle du côté libéré, de l’homme qui choisit librement son destin. Par ce coup Zidane disait : « Après tout, ce n’est que du foteballe… Le règlement, je m’en fiche. » De la part d’un champion, c’est grand ! Cet homme ferait peut-être un bon pénitent, dont la première tâche consiste à renoncer à beaucoup de principes. Zidane, Le foteballeur déculturé. Alors, ne soyez pas étonnés si je vous dis qu’à mes yeux il n’y a pas dans tout ça de quoi fouetter un chat.
De toute façon, le foteballe étant un spectacle, il développe, c’est normal, tous les trucs de la comédie.

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© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés