Le Signe ne fonde pas de religion ; il demande à l’humain de se penser autrement.
Homme, pense-toi autrement que comme sujet des princes du culte religieux, du culte politique, du culte financier.
Fuis ces dominateurs et spoliateurs (27/9) par la pénitence (change ta vie !) (30/11). Tu peux gravir les Hauteurs du Bien par de nombreux sentiers (25/4-5), entre lesquels tu es libre (10/10) de choisir le tien.
Voilà bien qui te donnerait, à toi qui attends toujours des lois précises et des directives détaillées, une impression d’incertitude !
Mais tout ce qui est formaliste, détaillé, situationnel dans l’Écriture n’est que parole ou livre d’homme (16/12, 35/12), aliénant, réducteur, contraire à l’amour et à sa miséricorde.
Homme, aie la certitude de l’incertitude ! L’incertitude te laisse un large espace de liberté, elle est un libérateur fort, elle est le grand propulseur vers l’heureux changement du monde (28/7).
Sept milliards d’humains déjà ! Il faut changer de civilisation.

Jésus le libérateur voit comme impossible de changer de vie (30/11) sans grande latitude ou incertitude
à l’égard de la religion.
Source : Helena, Pantocreator (Domaine Public, Wikimedia)
Le 18 mars le peloton des jeunes missionnaires de Bordeaux a fait cercle autour de moi à « L’Eau Forte », rue Montbazon. Nous parlons de points d’apostolat, quand entre, venant de la rue, un scandalisé* (Signe 28/3-4). Je l’invite à s’asseoir parmi nous. Aussitôt il me fustige. J’écoute avec une attention fraternelle cet objecteur, en qui je vois le Français railleur et aporétique que rencontre la mission dans la rue tous les jours. Sorte de Candide à l’envers, après son débit de sarcasmes, que nous lui pardonnons sans hésiter, il nous donne l’occasion d’aborder des points du Signe dont on parle rarement, notamment celui de l’incertitude comme socle de la Parole d’Arès. À un certain moment, un des jeunes frères demande en substance : « Faut-il exécuter à la lettre Le Signe ? »
Je réponds : « N’avez-vous pas remarqué que Le Signe ne précise rien qu’il faille exécuter à la lettre ? On n’y trouve pas ce que la Bible appelle lois — les Dix Paroles (décalogue), la Thora —. La Parole d’Arès fait apparaître aussi soudainement que clairement que ces lois ne sont qu’initiatives humaines (Signe 16/12,35/12). Le Signe, pure Parole du Créateur, indique seulement une direction : Il faut principalement changer sa vie, faire pénitence (31/11) et accessoirement faire mortification pour les défunts (33/34), prier sur les époux (33/22). Mais comment ? Elle ne le dit pas. Elle demande au prophète d’en décider avec mesure (12/1). »
J’ajoute : « C’est un des problèmes difficiles sur lesquels j’ai buté pendant les mois qui suivirent les apparitions de Jésus. J’ai finalement décidé que j’en resterais à l’enseignement de Jésus, puisque c’était Jésus que le Père m’avait envoyé. Ainsi ai-je commencé à recommander de faire du Sermon sur la Montagne la base de la pénitence. Mais incertitude = latitude. L’incertitude dans quoi la Parole d’Arès a voulu baigner ses auditeurs pare ses indications d’une indubitable souplesse. Si vous, mon frère, étiez bouddhiste avant de devenir Pèlerin d’Arès, vous pourriez adapter dans votre pénitence les sutras du Bouddha. Le Père nous sort des religions, Il relativise la façon de prier, n’impose de sentier à personne pour atteindre le Bien, parle de sentiers au pluriel (Signe 25/5-6). Il fait de nous des croyants libres (10/10). »
La foi n’est pas repliement sur soi ou intériorisation du Créateur comme les mystiques, parmi d’autres, le pensent. La foi est au contraire un déploiement de la pensée d’espérance, fondée sur le Bien, étalée (xLii/13) sur l’immense surface de liberté spirituelle qu’ouvre devant nous Le Signe (10/10). Ce n’est pas quelques chose d’aisé à expliquer aux gens du dehors, qui culturellement voient la foi comme dogmes et règles, jamais comme activité libre. Le Pèlerin d’Arès se pense tout autrement, il a compris que Dieu — l’Indescriptible qui décrit si peu — vient s’intégrer à lui ; l’image et ressemblance (Genèse 1/26) se reforme en lui ; il retourne au Tout, à la Vie (24/5) qui va de Dieu à lui.
Ce que le monde appelle l’Ordre, que réclament tant d’humains, n’est qu’un leurre : Le monde est guerres, rivalités, querelles, conflits d’intérêts, etc. Le monde ordonné ne sera pas le monde d’ordre, mais le monde d’Amour.
Là, nous tendons à un tout autre mode de penser la relation de la créature au Créateur. Le pénitent tend vers l’Être Unique : Sois Un dans toi ! (Signe xxiv/1). Le Pèlerin d’Arès se réclame d’un déploiement de soi en Dieu. C’est ce que disait le rishi Sandilyia : « Au fond de moi je suis l’Être universel, » qui ainsi dépassait l’hindouisme, atteignait la Vérité universelle retrouvée dans Le Signe et toute Parole d’ordre supérieur. L’Être universel ne peut être qu’un Être d’amour.
Différent du Christ de Jean l’Évangéliste, qui n’est que le Verbe fait chair (Jean 1/14), le Christ de Maître Eckart, lui, est éternellement engendré dans l’âme et nous rapproche du Souffle du Signe, Parole en relation directe à tout humain qui s’en pénètre. Le Christianisme des théologiens fit de Jésus Dieu incarné, mais en fait ce sont l’amour, le pardon, le fait de s’interdire de juger (Matthieu 7/1, Signe 36/16) qui font de chaque pénitent Dieu incarné, un Christ, qui qu’il soit. Tout pénitent est Moi né de Jésus né de Marie (la phase maternelle du Créateur, 32/2). Lamennais dans son « Essai sur l’Indifférence » rappelle qu’en sanskrit, notre langue-mère, dont l’étude est fondamentale dans le cadre de la linguistique comparée, « l’Être Suprême, Dieu, a divers noms Swayambu, Swayambuva, Vishna-Karma (le Grand Ouvrier), Pradshapati (Seigneur de la Création), » lequel un jour reçoit Indra (roi des dieux) qui vient apprendre le Soi. Indra est renvoyé deux fois comme cancre puis apprend enfin que « le Soi est un sommeil profond et sans rêve, le Soi est ainsi l’Être immortel, universel. » Indra dit : « Mais alors, ô Pradshapati, aucun humain n’est capable de dire de Soi : C’est moi ! » Pradshapati lui répond : « C’est cela. » Voilà pourquoi notre chair aveuglée par le péché ne voit pas Dieu, ne peut faire l’expérience du Tout et tombe soit dans la religion, soit dans l’incroyance. Voilà pourquoi la seule certitude que nous ayons d’en sortir repose seulement sur l’incertitude d’avoir une âme. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende (Matthieu 13/9).
Mais Pradshapati, Indra, Bouddha, ne sont que des noms et des entités présentant sous un jour non biblique des réalités communes à tous les humains de la Terre. Nous n’enseignons ni l’hindouisme, ni le bouddhisme, ni aucune des innombrables religions, mais seulement la simplicité de l’amour, du pardon, de la paix, de l’intelligence spirituelle, de la liberté absolue, bref, de la pénitence. Autrement dit, nous nous pensons tout autrement.
* Scandalisé : Certains m’ont reproché de ne pas traduire en anglais scandalisé par scandalized man, mais l’anglais n’a pas de mot pour traduire scandale au sens qu’a ce mot dans les Évangiles. À preuve, « The American Bible » de Catholic World Press traduit scandale par sin (péché), « The New American Standard Bible » de Tyndale House Publishers le traduit par obstacle, « The Jerusalem Bible » de Darton, Longman & Todd le traduit par stumblig block (pierre d’achoppement). Dans l’édition 1995 du Signe publié sous le titre La Révélation d’Arès, j’ai traduit scandalisé par une périphrase : the man whom the mighty and merchants, princes and priests, have led to lose faith and righteousness (l’homme à qui puissants et marchants, princes et prêtres, ont fait perdre foi et droiture).
© Michel Potay 2017 — Tous droits réservés


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