L’anarchie est un sujet difficile.
À la question : « Que sont les Pèlerins d’Arès ? »
je réponds par deux mots plurivoques et ressentis comme contradictoires : « Une anarchie de pénitents, »
et dans les regards je vois la peur, ou l’enthousiasme, ou l’embarras ; je vois rarement la quiétude.
Pourtant, Le Signe dit : Tu ne seras le chef de personne (16/1), Tu ne commanderas à personne (36/19),
ce qui est la définition de l’anarchie.
Mais nous vivons dans le temps (12/6), le changement de vie (30/11) ne peut être que progressif.
De plus, beaucoup de Pèlerins d’Arès qui exercent un pouvoir peuvent, sans perdre leur gagne-pain, le changer en savoir et responsabilité.

Fusil brisé et anarchisme (graffiti).
Ce logo n’évoque pas la pénitence, il n’est pas le nôtre, mais il faut savoir que par l’amour nous rejoindrons un jour d’autres qui pour l’heure progressent par la colère.
Source : Designer IA (Microsoft)
Par nature prophétique, le petit reste (24/1, 26/1, 29/2, 33/12), ébauche du monde changé à venir, ne cessera pas de se déployer en suivant l‘enseignement du Signe développé par le frère aîné (16/1) ou juste prophète (xxxvii/2), dont la parole est la Parole (i/12). Le petit reste restera le modèle de base de l’organisation sociétale de petites unités d’humains, dont le plus grand nombre possible sera constitué de vrais pénitents et anarkhistes (chefs de personne), quelles que soient leurs familles d’affinités. Dans d’autres petites unités — respect de la liberté oblige — les organisations seront non-arésiennes et diverses, mais tendront à l’anarkhisme du fait de leur petitesse sociétale.
L’anarkhia, un ingrédient dans l’accomplissement du Signe, ne peut être introduit dans les grandes masses, dont la paix et l’ordre reposent sur des pouvoirs et des lois politiques. L’anarkhia ainsi que la vie pénitence dans la joie et la fête (Signe 30/11) n’est possible, que dans de petites unités d’humains. C’est donc dans la direction de l’éclatement des grandes masses en petites unités d’humains libres que nous envisageons notre ligne d’action dans les affaires publiques. Nous rejetons la politique qui toujours recherche le pouvoir, fabrique ses lois, offense la liberté, même dans les démocraties qui sont des dominations d’élus sur une majorité d’électeurs adverses + abstentionnistes.
Une anarkhia (grec ἀναρχία) est une société organisée et gérée sans gouvernement où nul ne prétend avoir un pouvoir sur l’autre. Proudhon en 1840 : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité. » Ces mots sont pour nous acceptables, si la loi qu’évoque Proudhon est la Loi Qui sera (Signe 28/8), la pratique universelle de l’amour, du pardon, de la paix, de l’intelligence (32/5) spirituelle libre (10/10) de tous préjugés, que Le Signe appelle pénitence. Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. » Léon Tolstoï, également anarchiste, à propos de la morale sociale : « (Seule) la révolution personnelle, la métamorphose de chaque individu au quotidien (la pénitence) doit être la règle en société. Et Jacques Ellul à propos de la religion chrétienne : « Le conformisme, le conservatisme social et politique des Églises, le faste, la hiérarchie, le système juridique des Églises, la prétendue morale chrétienne, le christianisme autoritaire et officiel des dignitaires des Églises, etc., c’est la socio-institution de l’Église. Ce n’est pas la foi chrétienne. Et les anarchistes ont raison de rejeter ce christianisme-là. » Chacun à sa manière, ces auteurs et beaucoup d’autres, que faute de place je ne peux citer, rejoignent Le Signe sur de nombreux points.
Quand Le Signe dit : Sois Un dans toi ! (Signe xxiv/1) il sous-entend que l’Univers, les créatures et leur Créateur ne sont qu’Un. Le Créateur entend même crier la pierre (xiv/6), laquelle a donc une vie autre que ce que la science appelle vie : la Vie (24/5) dans son universelle extension. Si dans l’état actuel des choses l’homme, l’étoile et la Main de Dieu (xiv/9) du Père ne font pas qu’Un, c’est parce que le Père a fait l’Enfant libre à Son Image et Ressemblance (Genèse 1/26) et que l’Enfant a fait librement de ses religions, politiques, pouvoirs, lois et cultures des briseurs d’Unité. Ainsi cette poussière paradoxale qu’est la Jument qui pue (la Terre, xix/15) empoisonne-t-elle l’Univers infini. Comment s’aimer et se comprendre, comment l’harmonie peut-elle s’étendre à tous les humains, mais aussi des humains à tout le reste, si l’on n’a pas le même concept du Vrai (Signe xxxiv/1-4), base de la raison gérée par l’anarkhia ?
La variété des sociétés humaines et le débridement des débilités morales, non seulement jamais soignées ni corrigées, mais vues comme normales, voire géniales, est source de contradictions et conflits sans fin. Les religions, pour ne parler que d’elles sont tantôt monothéistes — judaïsme, christianisme, islam —, tantôt autres — hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme, etc. — , et à l’intérieur de chaque religion des variétés considérables. Aucun œcuménisme, lui même toujours autoritaire, ne résoudra jamais cela. Les variétés de foi tuent la très simple Vérité qu’est le Bien accompli, à quoi tout doit revenir. Les politiques sont à la tête d’autres formes de religions. Bref, le monde s’est gâté de telle sorte que tous les hommes intelligents en quête d’unité, quelle que soit leur culture, savent que l’anarkhia n’est pas une idéologie parmi d’autres mais qu’elle est la sagesse primordiale de l’humanité qu’il faut retrouver comme on retrouvera la Vie (Signe 24/5]. Shankara, évoqué dans mon entrée 171 « non-dualité », disait : « L’âme est par nature pure, éveillée et libre. » Tant qu’un grand nombre d’humains n’auront pas d’âmes, le désordre, l’injustice, la violence et les pouvoirs qui prétendent les contrôler mais qui sont tout autant des causes de désordre, injustice et violence, ravageront ce monde.
La presse, le discours politique, les papiers administratifs, les lois, les sermons religieux sont pour moi un chant barbare, rempli de bruit, de menace, de brutalité. S’y entrechoquent ordres, mises en demeure, polémiques, louanges, intimidations, pathos, souffrance, esclavage, résignation. Alors, je sais que c’est seulement hors du bruit, hors du compte, bref, dans l’anarkhia que je retrouverai le Vrai et sa sagesse.
Moïse ne fut le chef de personne. Il fut seulement un guide. Il donna Aaron à ceux du peuple exilique qui voulaient un chef, mais c’était provisoire dans son esprit.
Quand l’anarkhia couronnera la pénitence, la délivrance, la réalisation de l’homme, la fin de l’Histoire chaotique des pouvoirs seront proches. L’anarkhia aura déjà régné assez longtemps quand disparaîtra, au Jour du Père (Signe 31/8), l’alternance millénaire de la vie et de la mort et apparaîtront le Bien et la Vie (24/5), tandis que s’évanouiront dans l’espace comme des aérolites mous les derniers de ceux qui parlent de dessus l’œil (xix/7). Le tupha ne pourrira plus (xix/11); il fleurira comme d’immortels et superbes nénuphars sur les fleuves d’Éden.
Rien ne peut arriver de mieux au monde que l’anarkhia, fleur et fruit de la pénitence. Le monde du Bien sera géré, bien géré même, mais anarkhique. Visons à un monde changé sans chefs malgré les arguments massues qu’on va nous opposer en nous traitant de fous !
Ceci dit, la violence meurtrière des anars historiques m’a toujours étonné. Comment ces assassins pouvaient-ils croire que tuer les puissants empêcherait qu’on les remplace ? Ils ignoraient naïvement la soif de pouvoir que la culture a introduit dans l’homme ; ils ignoraient que la pénitence seule peut éteindre cette soif. Seul un travail apostolique de longue haleine sera efficace.
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© Michel Potay 2016 — Tous droits réservés


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