Une fois Jésus disparu, il resta 83 fidéles  : 12 apôtres, cités par Marc, Matthieu et Luc, + 70 disciples, cités par Luc, + Paul de Tarse cité par les Actes des Apôtres. Ils n’ont pas propagé l’Évangile, sauf Paul, mais Le Signe considère son œuvre conjointement à l’œuvre de Jean comme simple livre d’homme (Signe 16/12, 35/12).
Le Sermon sur la Montagne (Matthieu ch. 5 à 7) restera lettre morte. « Jésus prêcha le Royaume  ; c’est l’Église qui apparut, » écrit Alfred Loisy. Tout ce qu’on trouve un siècle plus tard, c’est Irénée († 203), déjà un ecclésiastique dogmatique, élève de Papias, évêque d’Hiérapolis († 155). Les premiers théologiens de renom servent l’Église  : Clément d’Alexandrie († 215), Origène († 253), etc. Le christianisme pur n’a jamais existé, sauf très ponctuellement, étant sans doute inaccomplissable à l’état pur dans le contexte juridoco-politique global jusqu’à nos jours.
C’est aux Pèlerins d’Arès d’accomplir l’inaccomplissable, ce qui est une tâche existentialiste pour chevaliers de la foi (Søren Kierkegaard).

Les cathédrales portent leurs noms, mais qu'ont-ils fait en réalité ?Pas grand chose. La parole de Jésus s'avéra inacomplissable alors. Nous devons commencer l'Évangile avec deux mille ans de retard. (Source : Moscou. Musée des Beaux-Arts. )

Les cathédrales portent leurs noms, mais qu’ont-ils fait en réalité  ?
Pas grand chose. La parole de Jésus s’avéra inacomplissable alors.
Nous devons commencer l’Évangile avec deux mille ans de retard.
Source  : Domaine Public (Musée des Beaux-Arts, Moscou)

Le Signe dit  : Prononcer la Parole pour l’accomplir, voilà la vraie piété (35/6). Autrement dit, prier (12/5, 25/6, etc.) n’est pas un culte, même fervent  ; prier est voir la Parole comme une leçon objective, un plan à réaliser  ; c’est se remémorer qu’il faut changer la vie (30/11) et le monde (28/7) par l’amour.
La Parole d’Arès comme la parole de Jésus appellent l’homme à installer le Royaume ou la vie spirituelle. Comment  ? Par la pénitence (Signe 16/17, 28/25, etc.), qui est la pratique de l’amour et de ce qui en découle  : pardon, paix, liberté, et par la moisson (4/12, 6/2, etc.) de pénitents. Le peuple de sacerdoce (36/20) est le peuple de tous les « athlètes » ou héros (xxxv/4-12) de la foi, car aimer tous les hommes tout le temps est un effort constant et indispensable.
Il y a un gouffre entre l’advenu et l’enseigné comme il y a un gouffre entre religion et spiritualité.
Quatre générations ne suffiront pas (Signe 24/2) pour accomplir l’inaccompli, mais nous y parvien­drons si nous gardons l’amour (25/2-7), la mesure, la patience et la piété (39/3).
Les religions meurent lentement. Leurs adeptes, sauf les maximalistes clairsemés, sont maintenant en désarroi et ne savent pas vers où se tourner. La chrétienté comme masse dogmatisée, catholique, protestante, orthodoxe, se noie peu à peu dans la tiédeur et le doute depuis les Lumières, la Révolution Française, les guerres de 1870, 1914 et 1939. L’oumma islamique suivra, parce qu’un certain type de vision des limites entre Bien et Mal va s’évanouir lentement partout.
Le problème n’est pas, comme l’enseignent les religions, de juger entre Bien et Mal et de punir le Mal au nom des dogmes. Il est d’installer partout la pratique de l’amour, le Bien seul  ; la disparition du Mal sera alors automatique. Ce n’est ni ce qu’on croit ni la façon dont on prie qui sauvent. Le Salut résulte seulement de la somme des constituants de l’âme  : l’amour donné, le pardon accordé, la paix établie, la liberté (Signe 10/10) respectée.
Fini le temps où les hommes d’Église et leurs fidèles avaient la haute main sur l’Histoire et pouvaient feindre d’ignorer le massacre des Cathares et des Bogomiles, l’Inquisition, la complicité de la religion et de la politique, le goût de la guerre, les vices du clergé, etc. Passera bientôt aussi le temps où l’Islam ne pourra plus taire les injustices et crimes innombrables commis au nom d’Allah. Les autres religions feront aussi tôt ou tard leur aggiornamento.
En fait, les hommes n’ont peut-être pas perdu la foi  ; il se pourrait qu’ils cherchent la solution du mystère du Mal. Cette solution, Le Signe et son prophète la donnent, mais pour le monde ce n’est encore qu’un bobard de plus. Et quand le monde comprendra que c’est la Voie, nous devrons nous méfier des puissants religieux ou politiques, qui perdant leur suprématie et leur aura, feront pour mieux rebondir semblant de ressembler à la Parole d’Arès et à son témoin. Le Signe aujourd’hui ignorée déteindra un jour ou l’autre sur certains de ses adversaires qui voudront à tout prix lui survivre. Des confusions fâcheuses pourront naître alors, mais si nous gardons notre paix, notre sagesse, notre patience, nous passerons indemnes à travers ce champ de mines.
Les Enfants (Signe 13/5) de la Vie (24/3-5) ne trouveront pas la Vraie Voie en croyant rendre plus juste la loi des rats (xix/24), en forçant par des règlements la société à se bonifier, en imposant une morale, en abolissant la guerre nucléaire, en corrigeant les mauvais, en rendant plus gracieux les policiers et les juges, etc. Les Enfants de la Vie ne changeront le monde (28/7) qu’en changeant eux-mêmes leurs propres vies (30/11), quel que soit leur statut social, en effectuant une révolution spirituelle dans leur propre existence, en se changeant en êtres d’amour. On n’avancera qu’en sacralisant toute vie humaine comme image et ressemblance du Créateur (Genèse 1/26).
Oui, le monde changera si le Pèlerin d’Arès, devenu trop aimant comme le Père (Signe 12/7), se multiplie et devient le chevalier de la foi dont parle Søren Kierkegaard. Le Pèlerin d’Arès sera comme le chevalier de la foi résigné face aux circonstances, parce que conscient que son effort d’amour n’est qu’une goutte dans l’océan des efforts d’amour de générations nombreuses présentes et futures. Un Pèlerin d’Arès ne peut réussir seul le grand Dessein du Père  ; son amour du prochain l’expose à des situations difficiles, mais il contribue au gravissement des Hauteurs, qui ne se réalise qu’ensemble (25/4)  ; il sait que l’amour ne triomphera qu’en s’étendant par le nombre. Il connait l’impossible immédiat autant que le possible futur, par cet audacieux saut dans l’inaccompli qu’est la confiance en la Parole du Père. Le chevalier de la foi amoureux de la fille du roi sait son amour pratiquement impossible en sa présente vie, mais il se dit  : « J’aurai d’une autre façon celle que j’aime, parce que j’ai foi que tout est possible à Dieu. » C’est la vision profondément existentialiste de la vraie foi. Le chevalier de la foi amoureux sans espoir de la fille du roi faisait l’admiration de Kierkegaard. Il faut, pensait celui-ci, force, énergie et liberté d’esprit pour construire sur la résignation. Mais tout est possible à qui sait que c’est sur la résignation que germe et fleurit le miracle. Le prodige censé être au-dessus des forces humaines est pourtant raisonnablement envisageable. Kierkegaard s’écria  : « Par la foi je ne renonce à rien. Je reçois tout comme par la foi Abraham non seulement ne renonça pas à Isaac, mais l’obtint. »

Commentaires et réponses d’origine
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.

© Michel Potay 2022 — Tous droits réservés