Depuis longtemps, surtout depuis le rejet de la constitution européenne, les émeutes des banlieues et les défilés anti-CPE, je guette l’apparition d’un projet de société, logiquement attendu dans des moments de faiblesse politique. Mais rien. Dimanche je lus une interview de Daniel Cohn-Bendit en me disant que l’homme qui fut une star de Mai 68 pouvait bien, lui, avoir un projet de société.

Photo : Kenji-Baptiste OIKAWA, Paris février 2006, Wikimedia

Photo  : Kenji-Baptiste OIKAWA, Paris février 2006 (Domaine Public, Wikimedia)

Cohn-Bendit dit : « Mai 68 était offensif et explosif idéologiquement[, mais le mouvement anti-CPE] est exempt d’idéologie… [Il est seulement] défensif. La France de mai 1968 connaissait le plein-emploi… 100.000 chômeurs au maximum… Il s’agissait alors de lutter contre les institutions dans leur ensemble, de déconstruire le gaullisme et le communisme. Un autre société était possible, pensait-on. Ces repères ont disparu. Aujourd’hui les jeunes ont [seulement] peur […] Il y a en France une culture de la révolte… La culture de la négociation a du mal à émerger. Tout se joue dans les rapports de force. On avance par à-coups… Un jour, dans un débat, une [Française] quadragénaire m’a lancé : J’ai un besoin existentiel de dire non ! » Il ajoute : « Que pouvais-je répondre à ça ? » De Cohn-Bendit on aurait attendu qu’il propose à cette femme un projet société où elle pourrait enfin dire oui.
Cohn-Bendit poursuit : « [J’aurais volontiers] pris part aux manifestations anti-CPE… Avec cette loi, une nouvelle fois, ce sont les mêmes qui prennent les risques : les salariés… Les jeunes se trouvent licenciés sans motif alors qu’ils ont justement besoin d’explication. » C’est vrai, mais Cohn-Bendit ici encore est sans projet. Puisqu’il ne propose rien à la place du CPE, il pourrait conseiller aux jeunes d’y voir une porte ouverte vers l’emploi, mieux que rien, mais d’exiger de savoir pourquoi ils ne font pas l’affaire. Il dit seulement ceci : « La France a besoin d’être mise en confiance… La société française est tellement bloquée qu’il ne suffit pas d’avoir raison pour pouvoir la réformer. » Ce qui est un aveu d’impuissance. Il ajoute pour finir, et c’est plutôt maigre : « Le problème des employeurs n’est pas de pouvoir licencier. [Leur problème,] c’est le coût du travail. »
Bref, Cohn-Bendit n’a pas de projet de société. Si j’écoute le gouvernement et les partis majoritaires, je ne discerne pas de projet de société. Si j’écoute les politiques et les syndicalistes de l’opposition, ils ont des revendications, mais pas de projet de société. Chez les religieux même absence de projet. Le temps des projets de société semble révolu. Sans doute parce que l’histoire a montré qu’aucune société politiquement et/ou religieusement structurée n’a été réellement adaptée à l’idée que l’homme se fait du bonheur. C’est toujours l’homme qui a dû s’adapter à l’idée que la société, qu’elle qu’elle soit, se fait d’elle-même par le discours de ceux qui l’administrent.
Le Signe a donc raison. Si le monde change (28/7), ce ne sera pas par des changements de sociétés, mais par le changement de l’individu. C’est l’individu qui doit changer sa vie (Signe 30/11), car l’homme heureux sera seulement celui qui aime son prochain, pardonne, fait la paix, devient libre de préjugés et de dépendances, retrouve l’intelligence spirituelle, dans n’importe quelle société.

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