« L’Évangile de Judas fait fureur dans les tchattes. S’il vous plaît, parlez-nous en ! » me disent des messages d’usagers de ce blog.
Eh bien, allons-y ! L’Évangile de Judas, écrit en copte (langue dérivée de l’égyptien pharaonique), n’est pas nouveau. Le papyrus dont vous parlent les journaux fut découvert voilà une trentaine d’années, mais l’existence d’un évangile de Judas est connue depuis le 2e siècle ! De nombreux évangiles circulaient alors, les uns de piètre valeur ou intérêt comme cet évangile de Judas, les autres de grand intérêt comme ceux attribués à Jacques, Barthélemy, Nicodème, Thomas, bien qu’ils ne fussent pas choisis comme sources canoniques. Ce que l’évangile de Judas a de très particulier est son total ésotérisme, sans parler de ses vues totalement opposées et incompatibles avec les autres sources : Judas présenté comme un héros, Jésus comme une entité caractérielle : tour à tour railleur et coléreux, surnaturel et agacé. « Le christianisme tombé sur la tête, » dit l’historien religieux Ehrman. D’autres commentateurs, par contre, voient cet évangile comme « une des grandes découvertes du 20e siècle, » et « susceptible de mettre la foi chrétienne en crise. »
Mon opinion personnelle ne s’attarde pas à de grands commentaires. Pour moi il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans cet évangile de Judas.

(Source : Web Gallery of Art, Wikimedia)

Source  : Web Gallery of Art (Wikimedia)

L’Évangile de Judas n’est pas du tout un évangile. C’est un poème abscons sur le thème d’un Jésus sans rapport avec le Jésus de la Bible. Il commence peu de temps avant le dernier et fatal voyage de Jésus à Jérusalem. Avant de dîner les disciples récitent les grâces. Jésus rit d’eux. Tous sauf Judas en sont contrariés, mais Jésus leur dit qu’il a seulement voulu rire de leur ridicule désir de plaire à Dieu. Alors Judas lui déclare : « Toi, tu es du royaume immortel de Barbelo, » nom que donnaient les gnostiques à une soi-disant « mère céleste. » Jésus répond : « Judas, écarte-toi des autres que je t’enseigne les mystères du Royaume. »
Les choses deviennent alors carrément contre-évangéliques. Jésus explique que Barbelo, au royaume de laquelle il appartient, situé au-delà des étoiles, a une progéniture, notamment l’Autogénéré, le vrai bon Dieu, qui n’est pas l’éternel de l’Ancien Testament, pas le Dieu de la Bible, qui n’est pas ami de l’homme, mais bien plutôt la cause des souffrances humaines. La mission de Jésus est de préconiser aux hommes, à ceux assez heureux pour comprendre qu’il faut abandonner l’éternel biblique, de rejoindre le royaume béni. Nous réalisons que Jésus a ri des disciples parce qu’ils priaient encore le Dieu de Moïse, qui n’a jamais fait le bonheur des hommes. Jésus consacre en quelque sorte Judas en lui ordonnant : « Lève les yeux vers les étoiles. La principale parmi elles est ton étoile ! » puis Judas accepte de livrer Jésus au grand prêtre, ce qui n’est pas une démarche tragique, mais une mission divine, et probablement inutile, puisque Jésus semble être un pur esprit et sa crucifixion présumée indolore. L’auteur de cet évangile délire complètement. Imaginez seulement Jésus dépeignant à Judas l’organisation quasi bureaucratique du royaume immortel. Mais le côté le plus contre-évangélique du document réside en ceci que l’on n’a pas à aimer son prochain, mais seulement à chercher son étoile.
Je ne crois pas que l’Évangile de Judas, histoire abracadabrante, soit « susceptible de mettre la foi chrétienne en crise. » Il se peut cependant qu’elle renforce les arguments athées, notamment en apportant une preuve de plus de la fragilité des bases des religions, dont les fondements scripturaires sont instables et discutables, puisque des variantes paradoxales de leurs sources sont régulièrement découvertes. Cet argument athée n’est pas infondé, reconnaissons-le. Ceci rend Le Signe plus important encore, puisque je peux en garantir l’authenticité et la pureté.

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