Si je suis assez pénitent pour m’être fait une âme, mon âme souffre (Signe 4/5). Cette voile qui m’éloignera des rivages de la douleur aussi longtemps que mes os pilés (17/4, 18/4) attendront de revivre (31/11), la douleur la griffe comme une peau. Je comprends mieux le mécanisme de sentiment chez Jésus quand, devant moi en 1974, il semblait parfois tellement indisposé. Même lui ressuscité et transfiguré, son âme souffrait, mais elle, elle souffrait d’amour et noblesse écœurés par la crasse et le remugle de mon pauvre cœur de « chrétien » autosatisfait.
Ma petite âme à moi souffre moins glorieusement du remords de n’avoir pas encore moissonné (Signe 6/2, 31/6) assez de pénitents pour avoir pu éviter à 34 enfants la peur et la mort sous les bombes aujourd’hui à Cana, Liban. Je connus aussi la peur sous les bombes en 1943 et 1944. Je sais cette horrible anxiété que même un enfant éprouve sous le vrombissement de la force aveugle qui va tuer au hasard, on ne sait qui, on ne sait quand, on ne sait où.
J’aurais voulu que ce blog fût souvent, disons, une fois sur deux, une joyeuse alternative au parfois trop grand sérieux de la foi et aux inquiétudes que nous donnent les dures réalités terrestres, mais en ce moment ? Au Moyen Orient ce concentré de douleur et de mort en Palestine, en Israël, au Liban, en Irak, en Afghanistan, ce maelstrom de problèmes pour l’heure insolubles entre des mentalités encore incompatibles culturellement, tourmentent mon âme. En créant ce blog je cherchais seulement à partager mes pensées avec mes sœurs et frères sans leur prendre la tête, je visais à rester présent dans l’assemblée tout en laissant une fenêtre ouverte sur moi pour les étrangers de passage (Signe 25/3-4). Je me disais que, puisque le monde doit changer (28/7), il faut aussi lui laisser le temps de s’y décider, ne pas le rebuter en lui reprochant ses péchés sans cesse, lui nourrir l’esprit avec mesure et douceur (25/9) sans oublier de l’amuser parfois. Hélas, je n’y arrive pas. Aujourd’hui 30 juillet Israël a bombardé Cana au Liban et y a tué d’un coup 54 frères humains, dont 37 enfants. Comment faire un choix équilibré entre entrées graves et entrées divertissantes ? Une fois encore, j’ai pleuré…

(Source : Magne Hagesæter, Wikimedia)

Photo  : Magne Hagesæter (Wikimedia)

Mais, si triste je suis, je ne suis pas désespéré. Je ravaude ma voile, mon âme se gonfle du vent de la foi et de la raison. Elle ne se laissera pas pousser trois pattes et trois ailes comme la grue qui ne peut plus courir ni voler — la religion et la politique, Néro, quoi ! — (Signe XXII/1-2). J’ai un blog, un blog qui ignore les distances, non ? Mon âme de blogger rejoint les bloggers qui, là bas entre le Liban, la Palestine et Israël s’envoient non des bombes et des missiles, mais des messages. Tous ces messages ne sont pas aimables, mais beaucoup, paraît-il, ne sont pas négatifs. Oui, des bloggers dans leurs forums et leurs tchattes échangent des messages d’espoir, par-dessus ces pauvres cocons plastifiées que sont devenus les enfants de Cana (photo). Des bloggers par centaines se disent leur espérance d’une cohabitation possible sur la terre que les religieux et les politiques se disputent. Alors, quoiqu’un peu frustré de ne connaître ni l’arabe ni l’hébreu pour parler avec mes frères du Levant, je suis rassuré d’apprendre que des bloggers juifs et arabes là-bas voient les choses avec plus d’intelligence que leurs chefs.

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© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés