Je me méfie des termes bizarres comme « droit au logement opposable. » J’ai toujours peur qu’ils cachent quelque chose de tordu.
Opposable à quoi et par qui ? Pour moi on a droit ou on n’a pas droit au logement, un point c’est tout.
Et puis, pour commencer, un droit à quel logement ?

(Photo : alq666, Wikimedia)

(Photo  : alq666, Wikimedia)

Si ce droit au logement se fait par une loi, donc avec date-butoir et contraintes pressantes, je crains qu’il aboutisse à ce qu’on veut éliminer à jamais : les « logements sociaux » de type clapier à lapins, qu’on a justement commencé à dynamiter un peu partout.
Une assistante sociale parisienne m’a communiqué des statistiques établies non à partir de formulaires administratifs « à cocher », mais de contacts les yeux dans les yeux. Parmi les sans-logis qui, pendant les fêtes de fin d’année, campèrent le long du canal st-Martin à Paris (photo) moins d’un sur trois était en besoin primaire de « toit » ou « d’abri. » Les autres, plus de deux sur trois étaient en grand besoin de « domicile, » de « chez-soi, » d’un « p’tit coin sympa. » Cette nuance, essentielle, signifie que le problème se situe moins côté murs que côté cœur.
Des maisons telles que le cœur les conçoit, ce ne sont pas des escaliers, des portes et des plomberies empilés. Ce sont des lieux de joie et de bien. Des lieux de bonheur. Le Père y a pensé voilà des millénaires déjà, il l’a rappelé en 1974 : Mais qu’offre-t-il le tentateur qui ne peut rien créer, ni joie ni bien ? Qu’offre-t-il que je ne donne déjà ? N’ai-je pas construit des maisons chaudes (Signe 26/8)?
Les maisons chaude ne sont pas des logements où le chauffage central, quoiqu’apprécié, serait fondamental. Ce sont des maisons où règne la chaleur de l’amour, de la paix, de la liberté. Des maisons où il fait bon vivre et qui ne répondent pas nécessairement aux normes des services technico-sanitaires. Quelle loi, quel « droit au logement opposable » pourrait garantir un logement où il fait bon vivre ? Aucune loi, aucun droit, parce que le bonheur échappe aux définitions des codes. Mais le bonheur n’échappe pas aux définitions qu’en donne Le Signe pour qui ne se contentera pas de le feuilleter.
Donc, beaucoup des sans-logis, hôtes des « Enfants de Don Quichotte, » association louable, n’étaient pas des animaux à la recherche de cages propres, mais des hommes à la recherche du foyer devant la porte duquel l’enfant crie de joie (Signe XXVII/10), serait-ce la porte d’une cabane ouverte sur la Création magnifique, environnée d’âmes, de bonté, de générosité, de rire, de miséricorde, de liberté, d‘intelligence spirituelle. Les HLM de plâtre et d’acier, beaucoup de sans-logis les ont habités, ces HLM que leurs jeunes locataires, toujours plus démonstrativement révoltés par l’absence de beauté (Signe 12/3), taguent vite pour qu’ils ressemblent à autre chose qu’une prison. Les HLM, c’est souvent ce qui a porté les sans-logis à être sans logis.
Ce qu’il y a ici « d’opposable » au « social » des discours politiques, c’est tout ce que nous Pèlerins d’Arès préconisons au monde de voir, de comprendre et d’être. Notre mission n’ignore pas les problèmes sociaux, elle les spiritualise pour une humanité dont le fond est, pour le Créateur et pour nous, irrémédiablement spirituel.

 

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