Photo : "Coquelicot" par Sœur Pascale B.

Photo  : « Coquelicot » par Sœur Pascale B. [DR]

La première quinzaine du Pèlerinage d’Arès et les sept jours préparatoires de la seconde quinzaine sont derrière moi.
Depuis le 19 juin je n’ai pas eu, comme on dit, le temps de respirer. Dans mon EmailBox gît depuis mi-juin une centaine de commentaires de l’entrée 118  ; je n’aurai jamais le temps de les lire et de mettre les plus intéressants en état de publication. Je dois avancer, ne jamais arrêter. Chers commentateurs, pardonnez-moi  !
Tout comme ma pendule de bureau et mes deux bras ne peuvent pas, hélas, s’étendre aux 48 heures par jour et aux 2 mains par bras qu’il me faudrait, ma pénitence ne peut pas aller plus vite. Elle doit ne jamais arrêter, donc.
Et cependant, pour être bon pénitent il faut peu de choses  : La foi en Dieu et en l’homme, l’horreur du mal et la joie (Signe 30/11) d’aimer, de pardonner, d’avoir un cœur intelligent et être libre (10/10) de tous préjugés et de la peur du monde. Tels sont le besoin élémentaire du pénitent et, partant, sa force incomparable, puisqu’il n’aura besoin de rien d’autre pour faire son âme, son salut et contribuer au salut du monde… quelque chose comme recréer l’univers, si l’on songe qu’une minuscule petite tache de mal, la terre des hommes, semble, aux yeux de Dieu, enlaidir et comme compromettre le destin de l’immensité spatiale.
Pour atteindre cet objectif démesuré, pas besoin de privations. Il suffit d’être bon et pour cela d’étouffer le dorlotement et la pitié de soi, laisser le vent du bien intérieur et gratuit emporter son petit égoïsme et ses plaintes.

Lénine, qui mit la Russie en prison plus durement encore que le tsar ne l’avait fait, murmure sur son lit d’agonie  : « Que faire  ? » Si j’étais à côté de lui dans cet instant fatidique, je lui répondrais  : « Faire pénitence. Oublier les raisons du monde, toutes conflictuelles, rivales, et se fondre dans l’Un, le Bien supérieur  ! Aimez tout et tous  ! Dans vos dernières secondes de vie soyez l’homme frère absolu (Signe xLiii/8),et vous recevrez le salaire de l’ouvrier de la onzième heure (Matthieu 20/9). »
À moi le Père impose de vivre encore. Combien de temps  ? Je l’ignore, mais je sais que je n’ai que la pénitence comme moteur de salut, c’est-à-dire comme moteur de tout ce que je fais. En deux secondes, comme Lénine si j’avais pu lui parler, ou en deux décennies la pénitence dissout les poisons que grand-papa Adam (2/1-5) et le monde à sa suite nous ont fait boire.

Je sais… Je sais… Je suis insensé… Les Pèlerins d’Arès sont insensés. Fuyant l’obéissante et sécuritaire contemplation des grands, brillants muraux politiques, religieux, académiques, commerciaux, artistiques, qui décorent les murs de notre prison terrestre, nous Pèlerins d’Arès nous nous évadons par les toits, sous le Ciel du Signe, notre seule force d’équilibre sur ces pentes.
Dieu — écho du monde  : Tiens  ! il existe encore celui-là  ? — fouille les fonds du destin humain pour les redynamiser. À cela le prisonnier multimultiplié du monde réagit par  : « On n’en a rien à foutre  ! Ici on est bien abrités, bien nourris, laissés libres de râler et on a la télé  : Le mal  ? Ça nous botte. Ça distrait, ça intéresse. Le bien fait suer et d’ailleurs y’en a pas à la télé, preuve que ça n’intéresse personne. »

C’est pourquoi la prison du mal impose ses normes. Le prisonnier peut même jouer à être en colère ou à applaudir. Du moment qu’il ne casse rien et qu’il rentre le soir, par milliards, dans sa cellule, tout va bien. Le mal a même sa musique. Sa ligne mélodique est de notes hautement morales (qui oserait dire que le mal n’est pas moral  ?), tandis que son contrechant titille les ventres par toutes les virtuoses croches et doubles croches du mal  : mensonge, crime, sexe, guerre, escroquerie, calomnie, mesquinerie, vacheries entre rivaux, bêtise. Sa basse chiffrée en longues rondes graves et coulées joue des solutions pas moins titillantes  : procès où tout est étalé au grand jour, condamnations, punitions, révocations honteuses, expulsions, descentes de police, interventions armées, discours vengeurs, etc. Qui oserait dire que la prison du mal n’est pas un lieu de vie bien réglée  ? Que peut contre cette riche excitante musique la pauvre récitation ennuyeuse de la Parole de Dieu  ?

« Dieu propose d’être libre (10/10), mais libre de quoi  ? » demande-on dans les cellules. « Libre de se faire une âme, d’aimer des gens détestables et d’abandonner toutes les nerveuses jouissances du monde, qui nous attendent à la sortie  ? À la sortie, mais pas sur les toits  ! » Toute la prison rigole, tôlards, tôlardes, matons et matonnes.
Mais où ces rieurs ont-ils vu que Dieu confisque à l’humain toutes les jouissances du monde  ? Ne les leur ai-Je pas données déjà (Signe 26/8-9)  ? Et même sur les toits la pénitence donne du bonheur et permet de voir au loin Éden, l’immortalité. « Foutaise  ! » résonne l’écho de cellule en cellule.
Oh là là  ! Je suis bien conscient que ce que recherche le prisonnier multimultiplié, ce n’est pas d’être libre de travailler au fond de soi à restaurer l’image et ressemblance de Dieu (Genèse 1/26) et la Vie (Signe 24/4-5), mais une petite vie pépère. C’est pas toujours folichon folichon, pense le prisonnier, mais mieux vaut être sous les toits que dessus  ; c’est du sûr.
Pense-t-il vraiment ça, le prisonnier  ? Je veux dire  : Pense-t-il tout court  ? Non. Il ne se fiche pas de faire par la pénitence l’expérience d’une autre vie, car s’en ficher serait encore y penser. Il n’entend même pas le mot pénitence. Et se moque-t-il vraiment de notre foi en Dieu, de notre amour du prochain, de notre pardon des offenses, de notre souci pour l’âme, pour la liberté spirituelle, pour le salut  ? Mais non, il ne sait même pas de quoi on parle. L’existentiel est moins pour lui que les extraterrestres en caoutchouc du cinéma  ; Le Signe, c’est pour lui un film d’images blanches sur fonds blancs, un film invisible comme le monde invisible derrière ses murs de prison.

Mais la pénitence que je fais pour moi, je la fais aussi pour lui. Ma vie là-haut sur les toits ruissellera par les gouttières et réveillera un jour, dans cent ans ou demain, sa vie en-bas, dans sa sombre cellule, parce que Dieu s’est semé (Signe 5/1, 6/2) dans ses profondeurs obscures et le grain semé là germera sous mon eau, qui est aussi l’Eau de Dieu, dont le prisonnier n’a pas plus conscience que de son propre sang. Ma certitude que le prisonnier multimultiplié du monde changera est le moteur de ma pénitence.

Commentaires et réponses d’origine
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.

© Michel Potay 2011 — Tous droits réservés