Les faits historiques les plus fatidiques ne sont pas proportionnés à leur surface  : La Grèce antique, toute petite, peu peuplée, a marqué par sa philosophie, son art, sa politique, la vaste civilisation occidentale et le tout petit peuple hébreux a été la racine de l’immense monothéisme  : Judaïsme, Christianisme, Islam.
Pareillement, dans le glissement de certaines idées reçues vers les idées apportées par Le Signe, on voit qu’elle marque déjà sensiblement la vie spirituelle et morale universelle et qu’elle ne s’en tiendra pas là.

(Photo : vinay kumar, Unsplash)

Photo  : vinay kumar (Unsplash)

Pourtant, les Pèlerins d’Arès ne constituent encore qu’une toute petite bassine d’Eau, et encore  ! pas encore aussi claire (Signe xLix/6) qu’elle devrait être, dans le grand lac sombre de l’humanité.

Cependant, le courant issu du Signe présente une particularité  : son afférence* par contraste avec l’efférence* des grand courants précédents.

Auparavant, des courants prophétique d’importance fatidique comme celui parti de Moïse, celui parti de Jésus, celui parti de Mouhamad ou d’autres, naissaient et se développaient en concentrations fraternelles locales, puis seulement ensuite essaimaient, efférents.
Le courant prophétique parti du Signe est inverse. Il est afférent, parce que Le Signe fut d’abord lue et en quelque sorte naquit dans un public lointain et éparpillé. La librairie, le courrier postal et récemment l’Internet ont étrangement formé une multitude de points de départ distants et clairsemés. Dispersion étrangement plus facile, et de beaucoup, que la prédication sur place. Désavantage ou avantage — c’est à nous d’en décider  ! —, la grande dispersion des Pèlerins d’Arès va durer Dieu sait combien de temps avant d’aboutir, par propagation à l’envers, à des confluences ou concentrations importantes. De là la solitude de la plupart d’entre nous sauf quelques minorités qui ont, ici et là, le bonheur de partager leur foi active.
Pénitence, piété et moisson doivent être pratiquées dans l’isolement et peuvent être très difficiles pour certains d’entre nous comme ceux qui vivent dans l’hostilité ouverte de leurs entourages. Ce maillage très lâche en solitaires clairsemés, par quoi débuta et se développe encore la foi arésienne, explique pourquoi bon nombre de Pèlerins d’Arès ne se rangent pas vraiment derrière moi, conçoivent la Parole d’Arès différemment de moi, bref, ne sont pas du petit reste que je suis envoyé rassembler (Signe 24/2).

Pour le Pèlerin d’Arès du petit reste la solitude est doublement douloureuse. Non seulement elle rend difficiles la pénitence et la moisson, mais elle est une anomalie spirituellement très paradoxale pour le salut qui dans Le Signe, à l’inverse du salut personnel que prêche la religion, est fondamentalement collectif, puisque la Vérité, c’est que le monde doit changer (Signe 28/7).
L’accent mis sur le salut collectif n’est pas la moindre des caractéristiques nombreuses — la foi libre (10/10), la foi d’accomplissement (35/6) mais non foi de mots, de loi ou de supplication, l’absence de glose ou de dogme (10/10), l’absence de chef (16/1), la piété libre, etc. — qui détachent résolument la foi arésienne de la foi religieuse, judaïque, chrétienne, musulmane ou autre. Le pénitent solitaire, qui rêve de pénitence collective et qui ne peut pas l’expérimenter dans cette génération, souffre encore plus de devoir moissonner les pénitents d’un monde où les fidèles des religions aussi bien que les athées vivent contradictoirement leurs convictions individualistes dans l’agglutination.
Après tout, beaucoup de Pèlerins d’Arès pourraient bien ne pas souffrir de cette solitude paradoxale comme j’en souffre. Je m’exagère peut-être l’indissolubilité du lien entre salut du pénitent et salut de la race, quoique ce lien réponde tout à fait à l’amour du prochain comme seule base civilisatrice révélée. Suis-je excessif en me disant chaque matin  : « Mon gars, tu ne te sauveras qu’en aimant assez les autres pour les sauver »  ?
Je ne souffre pas de solitude par absence d’entourage — Mon épouse vit auprès de moi, mes enfants ne sont jamais très loin, je fais mes courses en ville parmi la foule —. Je ne souffre pas par peur de l’isolement — Si je devais un jour me trouver en total isolement physique, je m’en accommoderais en homme qui prend toujours la vie du bon côté —. Je ne souffre pas non plus au sens métaphysique — L’image et ressemblance du Père (Genèse 1/26-27) est vivante en moi.
Je souffre de solitude au sens prophétique, existentiel. Je souffre d’être loin de mes frères et sœurs, les Pèlerins d’Arès, de ne pas pouvoir leur donner avant la mort tout ce que je pourrais leur donner, même si ce sont eux qui dans leur majorité n’ont pas ressenti, quand il en était temps, la nécessité de vivre avec moi, parce qu’ils suivaient le réflexe culturel et pensaient que Le Signe et la foi leur suffiraient.
J’aurais aimé que nous partagions nos vies pour bien nous connaître et partager nos efforts en vue d’une efficacité prophétique optimale, sinon toujours ensemble, ce qui est pratiquement impossible, du moins souvent et systématiquement. J’avais imaginé mes frères et sœurs comme les godets d’une noria puisant à tour de rôle en moi l’Eau dont le Père m’a fait le puits (b’her xxvi/7). Sur cette idée de noria reposait le projet de la «  Maison des Faucons » dans les années 80.
La « Maison des Faucons » n’ayant pu naître, je me suis efforcé en écrivant et publiant de compenser ce que je n’ai pas pu donner par le partage de la vie. Mais l’écriture ne laisse que des mots, alors que la vraie foi que réveille Le Signe requiert le bien actif, une vie d’accomplissement, une des caractéristiques qui nous différencient de la religion. Toute religion est religion de mots, alors que la foi du Pèlerin d’Arès est foi vécue, vécue dans la pénitence et la moisson de pénitents.

L’isolement des Pèlerins d’Arès est aggravé par la décomposition de la vie sociale moderne. Aujourd’hui chaque individu vit, sinon effectivement, du moins affectivement, séparé de son voisin, conçoit sa vie seul. Même insatisfaits de cette solitude que la compétition pour les carrières ou pour les subventions, la télévision qui cloue le regard à l’écran, etc., favorisent, tous les hommes modernes finissent inconsciemment par considérer le calamiteux individualisme comme un progrès.
Tous les pouvoirs, religieux, politiques, commerciaux, ont favorisé évidemment cette aptitude à la solitude de l’homme moderne, qui leur permet de toujours plus facilement « diviser pour régner ». C’est, je crois en définitive, la raison pour laquelle mon projet de « La Maison des Faucons » n’a pas pu voir le jour. Les atomes dispersés ne peuvent pas encore d’eux-mêmes converger pour former une seule matière humaine, une seule chair (Genèse 2/24), divinisée (Signe 2/13). Les frères, chacun étant prisonnier de son ego, n’ont pas encore compris que pour que nous nous regroupions il leur faut être absolument libres — ils croient plutôt le contraire —, vu qu’être libre absolument (Signe 10/10) est l’acte vital le plus typique du Créateur dont l’image et ressemblance dort encore au fond d’eux.
Mais ne lisez pas ces lignes comme pessimistes. Lisez-les comme réalistes  ! Nous sommes clairsemés et c’est dans cet état de dispersion, avec l’afférence qu’elle impose, que nous devons réussir. Il faut désormais réfléchir en tenant compte de cette réalité pour innover, trouver ce qui n’a encore jamais existé dans l’Histoire. N’est-ce pas ainsi que nous ralentirons puis arrêterons l’Histoire, la Bête (Signe 22/14)  ?

Nota *  :
Afférent est ce qui va de la périphérie vers un centre.
Efférent est ce qui, inversement, va d’un centre vers la périphérie.

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