Une fois Jésus disparu, il resta 83 fidéles : 12 apôtres, cités par Marc, Matthieu et Luc, + 70 disciples, cités par Luc, + Paul de Tarse cité par les Actes des Apôtres. Ils n’ont pas propagé l’Évangile, sauf Paul, mais Le Signe considère son œuvre conjointement à l’œuvre de Jean comme simple livre d’homme (Signe 16/12, 35/12).
Le Sermon sur la Montagne (Matthieu ch. 5 à 7) restera lettre morte. « Jésus prêcha le Royaume ; c’est l’Église qui apparut, » écrit Alfred Loisy. Tout ce qu’on trouve un siècle plus tard, c’est Irénée († 203), déjà un ecclésiastique dogmatique, élève de Papias, évêque d’Hiérapolis († 155). Les premiers théologiens de renom servent l’Église : Clément d’Alexandrie († 215), Origène († 253), etc. Le christianisme pur n’a jamais existé, sauf très ponctuellement, étant sans doute inaccomplissable à l’état pur dans le contexte juridoco-politique global jusqu’à nos jours.
C’est aux Pèlerins d’Arès d’accomplir l’inaccomplissable, ce qui est une tâche existentialiste pour chevaliers de la foi (Søren Kierkegaard).
Les cathédrales portent leurs noms, mais qu’ont-ils fait en réalité ?
Pas grand chose. La parole de Jésus s’avéra inacomplissable alors.
Nous devons commencer l’Évangile avec deux mille ans de retard.
Source : Domaine Public (Musée des Beaux-Arts, Moscou)
Le Signe dit : Prononcer la Parole pour l’accomplir, voilà la vraie piété (35/6). Autrement dit, prier (12/5, 25/6, etc.) n’est pas un culte, même fervent ; prier est voir la Parole comme une leçon objective, un plan à réaliser ; c’est se remémorer qu’il faut changer la vie (30/11) et le monde (28/7) par l’amour.
La Parole d’Arès comme la parole de Jésus appellent l’homme à installer le Royaume ou la vie spirituelle. Comment ? Par la pénitence (Signe 16/17, 28/25, etc.), qui est la pratique de l’amour et de ce qui en découle : pardon, paix, liberté, et par la moisson (4/12, 6/2, etc.) de pénitents. Le peuple de sacerdoce (36/20) est le peuple de tous les « athlètes » ou héros (xxxv/4-12) de la foi, car aimer tous les hommes tout le temps est un effort constant et indispensable.
Il y a un gouffre entre l’advenu et l’enseigné comme il y a un gouffre entre religion et spiritualité.
Quatre générations ne suffiront pas (Signe 24/2) pour accomplir l’inaccompli, mais nous y parviendrons si nous gardons l’amour (25/2-7), la mesure, la patience et la piété (39/3).
Les religions meurent lentement. Leurs adeptes, sauf les maximalistes clairsemés, sont maintenant en désarroi et ne savent pas vers où se tourner. La chrétienté comme masse dogmatisée, catholique, protestante, orthodoxe, se noie peu à peu dans la tiédeur et le doute depuis les Lumières, la Révolution Française, les guerres de 1870, 1914 et 1939. L’oumma islamique suivra, parce qu’un certain type de vision des limites entre Bien et Mal va s’évanouir lentement partout.
Le problème n’est pas, comme l’enseignent les religions, de juger entre Bien et Mal et de punir le Mal au nom des dogmes. Il est d’installer partout la pratique de l’amour, le Bien seul ; la disparition du Mal sera alors automatique. Ce n’est ni ce qu’on croit ni la façon dont on prie qui sauvent. Le Salut résulte seulement de la somme des constituants de l’âme : l’amour donné, le pardon accordé, la paix établie, la liberté (Signe 10/10) respectée.
Fini le temps où les hommes d’Église et leurs fidèles avaient la haute main sur l’Histoire et pouvaient feindre d’ignorer le massacre des Cathares et des Bogomiles, l’Inquisition, la complicité de la religion et de la politique, le goût de la guerre, les vices du clergé, etc. Passera bientôt aussi le temps où l’Islam ne pourra plus taire les injustices et crimes innombrables commis au nom d’Allah. Les autres religions feront aussi tôt ou tard leur aggiornamento.
En fait, les hommes n’ont peut-être pas perdu la foi ; il se pourrait qu’ils cherchent la solution du mystère du Mal. Cette solution, Le Signe et son prophète la donnent, mais pour le monde ce n’est encore qu’un bobard de plus. Et quand le monde comprendra que c’est la Voie, nous devrons nous méfier des puissants religieux ou politiques, qui perdant leur suprématie et leur aura, feront pour mieux rebondir semblant de ressembler à la Parole d’Arès et à son témoin. Le Signe aujourd’hui ignorée déteindra un jour ou l’autre sur certains de ses adversaires qui voudront à tout prix lui survivre. Des confusions fâcheuses pourront naître alors, mais si nous gardons notre paix, notre sagesse, notre patience, nous passerons indemnes à travers ce champ de mines.
Les Enfants (Signe 13/5) de la Vie (24/3-5) ne trouveront pas la Vraie Voie en croyant rendre plus juste la loi des rats (xix/24), en forçant par des règlements la société à se bonifier, en imposant une morale, en abolissant la guerre nucléaire, en corrigeant les mauvais, en rendant plus gracieux les policiers et les juges, etc. Les Enfants de la Vie ne changeront le monde (28/7) qu’en changeant eux-mêmes leurs propres vies (30/11), quel que soit leur statut social, en effectuant une révolution spirituelle dans leur propre existence, en se changeant en êtres d’amour. On n’avancera qu’en sacralisant toute vie humaine comme image et ressemblance du Créateur (Genèse 1/26).
Oui, le monde changera si le Pèlerin d’Arès, devenu trop aimant comme le Père (Signe 12/7), se multiplie et devient le chevalier de la foi dont parle Søren Kierkegaard. Le Pèlerin d’Arès sera comme le chevalier de la foi résigné face aux circonstances, parce que conscient que son effort d’amour n’est qu’une goutte dans l’océan des efforts d’amour de générations nombreuses présentes et futures. Un Pèlerin d’Arès ne peut réussir seul le grand Dessein du Père ; son amour du prochain l’expose à des situations difficiles, mais il contribue au gravissement des Hauteurs, qui ne se réalise qu’ensemble (25/4) ; il sait que l’amour ne triomphera qu’en s’étendant par le nombre. Il connait l’impossible immédiat autant que le possible futur, par cet audacieux saut dans l’inaccompli qu’est la confiance en la Parole du Père. Le chevalier de la foi amoureux de la fille du roi sait son amour pratiquement impossible en sa présente vie, mais il se dit : « J’aurai d’une autre façon celle que j’aime, parce que j’ai foi que tout est possible à Dieu. » C’est la vision profondément existentialiste de la vraie foi. Le chevalier de la foi amoureux sans espoir de la fille du roi faisait l’admiration de Kierkegaard. Il faut, pensait celui-ci, force, énergie et liberté d’esprit pour construire sur la résignation. Mais tout est possible à qui sait que c’est sur la résignation que germe et fleurit le miracle. Le prodige censé être au-dessus des forces humaines est pourtant raisonnablement envisageable. Kierkegaard s’écria : « Par la foi je ne renonce à rien. Je reçois tout comme par la foi Abraham non seulement ne renonça pas à Isaac, mais l’obtint. »
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© Michel Potay 2022 — Tous droits réservés


Sur le vrai christianisme, qui n’a jamais été vécu
Je parle du "vrai christianisme" — et j'en parle depuis quarante ans — parce que le vrai christianisme, qui est en effet la vie spirituelle et non une religion, n'existe pas et que Le Signe nous donne, à nous Pèlerins d'Arès, la lourde charge de l'accomplir. Ce que les Églises, qui en effet constituent une religion, appellent christianisme n'est pas le vrai christianisme qui n'a jamais été vécu — sauf par des chrétiens exceptionnels et rares comme le jars (François d'Assise, Le Signe xxxvi/3) —. Le christianisme dont se réclament les Églises est fondé sur une théologie trinitaire et dogmatique qu'elles croient lire dans les Écritures néotestamentaires, mais que "réfutent", en effet, Le Signe et les Pèlerins d'Arès et d'autres chrétiens, dont certains ont été condamnés au bûcher au cours de l'Histoire.
Les Évangiles Palestiniens n'ont jamais été mis en application de façon sociétale importante. C'est notre travail que de l'accomplir. C'est notre travail apostolique que de leur donner vie dans la société des hommes. Il y a plus de quarante ans que je l'enseigne.
On pourrait me dire : Il est convenu dans ce monde pécheur d'appeler christianisme la religion des Églises, et donc nous devrions trouver un autre mot pour désigner ce que Le Signe et les Pèlerins d'Arès prêchent. Mais pourquoi, sous prétexte que la religion s'est emparée (Le Signe 1/7) d'un mot auquel elle a donné un sens impropre, ne pourrions-nous pas conserver ce mot en lui donnant son vrai sens ? Le Signe ne parle-t-il pas du Christ par deux fois : 30/16 et 32/3 ? Le mot christianisme est légitime et nous avons pour mission de lui donner son vrai sens. [238C1*18/02/2022]
Sur les mots choisis sur les tracts
Ce tract a le défaut de presque tous les tracts. Il est trop bavard. Même expurgé, il dit encore trop de choses que le destinataire, même épi mûr — sauf exceptions de plus en plus inusuelles — ne comprend ou n'accepte sur l'instant que de plus en plus rarement. Nous commençons à réaliser que des termes comme pénitent ou pénitence, etc., effarouchent au premier contact et même dans les premiers contacts si l'on revoit les destinataires. Or, le tract est par excellence le premier contact. Il faut réserver des mots comme Dieu, péché, pénitence, etc. à des relations plus avancées.
La rédaction de ce tract est bonne et je l'apprécie, mais je vous propose de la simplifier encore. Par exemple :
Au recto :
Dans le cercle orange : Changer sa vie en Bien, Se donner une âme, Changer le monde.
À droite du cercle orange : Le bonheur peut revenir sur terre.
À la place de "Invitation, Présentation de la... etc.", mettre : Posez-nous des questions ! Ça en vaut la peine !
Supprimez : "Blog du témoin..." ; mettez : "Contact libre : revelation-ares-strasbourg@hotmail.com”
"Depuis 1974 nous sommes des Pèlerins d'Arès, mouvement spirituel libre sans lois, ni dogmes, ni hiérarchie et nous prêchons la recréation heureuse de l'homme par lui-même."
Au verso :
"Nous ne sommes pas seuls dans l'univers : la Vie, qui n'est ni roi, ni juge, est partout jusqu'à l'infini et nous a donné la vie. Bons ou mauvais, notre chair meurt et à tout âge, mais l'âme que donne l'amour ne meurt jamais.
Vous survivez par l'amour, vous disparaissez par l'égoïsme et la perfidie. Qui ne sait qu'il vaut mieux être bon que mauvais ?
Il faut changer ce monde ! Qui n'en est pas d'accord ! Rejoignez-nous !"
Mettez l'adresse du blog et l'adresse de michelpotay.info, si vous voulez, mais en petits caractères à la fin du tract.
Crédit : Collection personnelle [DR]
[238C2*18/02/2022]
Sur le retour à la Vie après la mort
Tout homme meurt comme individu charnel et pécheur, mais il renaît dans l'au-delà comme âme, comme dépositaire de l'amour, car lui seul peut aimer comme la Vie Aime.
La Vie se réjouit de ce retour vers Elle sous forme d'amour humain de l'Amour qu'Elle a donné. Il faut que par le sens de son amour et de sa responsabilité vis à vis de toute l'humanité, que doit ressentir tout homme digne de la Vie, tout homme de cœur et de foi ne se laisse pas engloutir par les maux de toute l'humanité. C'est quand il ne se laisse pas engloutir par la banalité malsaine de ses semblables que l'homme retrouve l'image et ressemblance du Créateur. Changer le monde c'est faire en sorte que des humains aussi nombreux que possible s'extirpent du béton que le Mal a fait de l'humanité. La force d'extirpation est contenue dans le seul amour du prochain, levier puissant et idéal.
La vie d'un homme est d'un seul tenant en ceci qu'elle est l'exact miroir de la Vie éternelle et infinie ; un homme aimant, ou mieux encore trop aimant (Le Signe 12/7), ne meurt pas ; il aime pour tous ceux qui n'aiment pas. L'idée selon laquelle la mort de Jésus a sauvé l'humanité est très schématique, mais elle n'est pas fausse. À ceci près qu'il y a autant de Christs que d'hommes aimants. On entre là dans une métaphysique difficile mais nécessaire. Il faut comprendre tout autrement qu'on ne le fait tous les arcanes de l'existence ; nous sommes bien les générateurs d'une autre civilisation.
[238C3*18/02/2022]
Sur ces opposants que nous ne jugeons pas
Je ne connais que quelques-uns de nos opposants et qui, je suppose, sont nombreux. L’un d’eux ne faisait que croire autre chose que ce que Le Signe et mon enseignement portent à croire. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas ce qu'on croit qui sauve, c'est ce qu'on fait de bien dans l'ordre de l'amour, et l'amour du prochain est peut-être le principe de base de la vie de cette personne-là. [238C4*19/02/2022]
Sur Søren Kierkegaard
Comme je cite Søren Kierkegaard, je vais parler de lui, même si je ne suis pas son disciple, il a quand même été ce que j'appelle dans mon jargon un théo-philosophe. Søren Kierkegaard a eu une influence majeure dans le développement des idées qui accompagnent la foi au cours des XIXe et XXe siècles. Il mourut jeune en 1855, à 42 ans, mais il vécut assez pour être considéré comme le père de l'existentialisme. Or, la foi que promeut Le Signe m'a toujours paru fondamentalement existentialiste.
Kierkegaard se concentra sur l'individu par rapport à Dieu, pour lui seulement vérité subjective. Pour lui, la partie humaine des vérités transcendantes dépendait du vouloir-être humain, donc de l'existentialisme ou, si vous préférez, du fait que l'humain forme l'essence de sa vie par ses propres actions, celles-ci n'étant pas prédéterminées par des doctrines théologiques, philosophiques ou morales. L'existentialisme considère chaque individu comme un être unique maître de ses actes, de son destin et des valeurs qu'il décide d'adopter. C'est une des raisons pour laquelle le Père nous envoie non convertir, mais chercher des épis mûrs, des humains qui déjà veulent être au sens profond d'être, notamment être image et ressemblance (Genèse 1/26) de la Vie Créatrice. Kierkegaard s'attaqua à la "chrétienté" et au "christianisme" qui ne sont plus vus que comme politiques et sociaux. Sa cible : l'Église qui avait donné aux humains une foi paresseuse, les "chrétiens" n'ayant pas la moindre idée de ce que signifie être chrétien.
Søren Kierkegaard obtint son diplôme de théologie et pouvait être pasteur, mais il décida d'être plutôt philosophe, parce qu'il aspirait à la liberté et voulait écrire "sans autorité au-dessus de lui". Il ne croyait pas en Jésus que comme autorité en matière de foi personnelle. Il était contre toute idée de "nouvelle religion" et pensait que l'essence de l'univers est la vie de la totalité de toutes choses, non leur somme — La Vie selon Le Signe en somme —. Par extension, pour Kierkegaard la vie d'un homme n'est pas la somme de ses fonctions corporelles et mentales, l'homme tout entier est présent dans chacune d'elles, de même que l'univers est omniprésent dans chacune de ses parties.
Søren Kierkegaard estimait que Dieu vivait dans l'individu unique, et que c'était là la place de Dieu. Ce n'est pas "là dehors quelque part". Pour Kierkegaard le lieu de Dieu, vu comme Événement, est uniquement l'individu. Kierkegaard a accusé les institutions religieuses chrétiennes de ne pas être spirituelles. Les érudits de la religion et de la philosophie examinaient les Évangiles d'un point de vue objectif prétendument plus élevé afin de démontrer comment un raisonnement correct peut révéler une vérité objective. Pour Kierkegaard c'était faux et même scandaleux, parce que ça présupposait qu'un Dieu infini et sa sagesse infinie pouvaient être saisis par une compréhension humaine finie. Kierkegaard croyait — et là il rejoignait par avance Le Signe — que le christianisme n'était pas une doctrine à enseigner, mais une vie à vivre.
Le public religieux de Kierkegaard était principalement constitué de lecteurs chrétiens, en particulier de ceux qui ne comprenaient pas ce qu'était le christianisme. Il n'essayait pas de convertir les non-chrétiens au christianisme, bien que la plupart des écrits religieux de Kierkegaard aient finalement séduit des lecteurs non-chrétiens. L'auditoire de Kierkegaard était n'importe quel humain qui s'efforce de devenir ce que Dieu veut qu'il devienne. Son invitation à une allocution spirituelle était tout simplement : "Venez ici, vous tous qui peinez et êtes accablés (qui vous interrogez sur le sens du mal)." Pour Kierkegaard la distinction entre chanceux et malheureux n'était qu'une plaisanterie, il ne distinguait pas entre eux.
Pour lui Jésus Christ était le prototype de ce que signifie être un être humain. Son propos était à peu près ceci : "Pourquoi l'oiseau n'a-t-il pas le souci de gagner sa vie ? Parce qu'il ne vit que dans l'instant, parce qu'il n'y a rien d'éternel dans l'oiseau. D'autre part, pourquoi surgit le souci de gagner sa vie ? Parce que l'éternel et le temporel se touchent dans une conscience ou, plus exactement, parce que l'être humain a une conscience. Dans sa conscience, il est éternellement loin, bien au-delà du moment. Aucun oiseau n'a volé si loin. L'humain, lui, prend conscience du danger que l'oiseau ne soupçonne pas ; c'est pourquoi l'être humain a un ennemi dangereux que l'oiseau ne connaît pas : le temps, dont il ne peut éviter la poursuite et l'association, car il a l'éternité dans sa conscience et doit donc tout mesurer." Le souci de gagner sa vie semble infiniment éloigné de l'éternité. Dieu a élevé l'être humain bien au-dessus de l'oiseau au moyen de l'éternité dans sa conscience, puis il l'a enfoncé, pour ainsi dire, au-dessous de l'oiseau par sa connaissance du travail bien fait, que l'oiseau ignore. Oh ! combien il semble noble pour l'oiseau de ne pas avoir le souci de gagner sa vie, et pourtant combien plus glorieux pour l'homme est le fait de l'avoir ! Quand Jésus dit que les oiseaux ont des nids et que les renards ont des trous, mais que le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête, il s'agit d'un état qui est plus impuissant que celui de l'oiseau mais dont est conscient l'humain. Mais alors, avec la conscience d'être sans nid, d'être à l'abri des soucis, c'est le prototype divin de la haute création, de l'être humain.
Deux des idées maîtresses de Kierkegaard sont basées sur la foi : le saut dans la foi et le chevalier de la foi. Certains considèrent Kierkegaard comme un chrétien universaliste qui pouvait écrire : "Si d'autres vont en Enfer, j'irai aussi. Cela suscite ma plus grande stupéfaction," mais qui aussi pouvait voir les choses tout autrement. Il présupposait que l'homme qui a décidé de devenir un vrai chrétien a un intérêt à le devenir et est suffisamment intéressé pour tenter de développer une relation avec le Christ. Cet aspirant au vrai christianisme a suffisamment de foi pour croire que la possibilité s'étend à tous les individus de manière égale. La foi est ce qui rend chaque individu égal devant Dieu ; il l'a exprimé ainsi dans ses Quatre Discours édifiants de 1844 dits "Contre la lâcheté".
Maintenant, il est vrai que le bien, le bien vraiment grand et noble, est différent d'une personne à une autre, mais la résolution, qui est la véritable reconnaissance, est toujours la même. Quiconque veut construire une tour s'assoit et réfléchit à la hauteur qu'il peut donner à sa tour. S'il ne fait qu'une estimation irréfléchie et grossière, il n'y a pas de résolution et il n'y aura pas de tour. La bonne résolution est toujours de vouloir faire tout ce qu'on peut au maximum de ses capacités. Il faut faire tout ce qu'on est capable de faire ; ce n'est qu'au moment de l'estimation qu'il y a une différence. Considérez quelqu'un qui veut faire un acte de miséricorde, peut-il faire plus que donner tout ce qu'il possède ? Et la veuve de l'Évangile n'a-t-elle pas donné infiniment plus que le riche n'a donné ? Les circonstances peuvent déterminer qu'un centime ne signifie guère plus que ce qu'il vaut habituellement, mais si quelqu'un veut faire quelque chose de merveilleux, il peut faire en sorte qu'un centime signifie autant que tout l'or du monde réuni, s'il le donne par compassion !
Kierkegaard a écrit : "J'ai au moins compris que la seule haute trahison impardonnable contre le christianisme est le fait que l'individu seul considère sa relation avec lui comme allant de soi. Je dois donc très respectueusement refuser toutes les aides théocentriques et l'aide des aides-aidants pour m'aider à entrer dans le christianisme de cette manière. Je préfère rester où je suis, avec mon intérêt infini, avec l'enjeu, avec la possibilité. En d'autres termes, il n'est pas impossible que l'humain qui s'intéresse à son propre bonheur éternel puisse un jour devenir éternellement heureux."
Le fait que Platon ait appliqué le terme "idées" non aux choses et pensées mais aux réalités invisibles mais réelles qu'inspirent les choses et les pensées, a conduit nombre de ses interprètes et admirateurs à concevoir sa philosophie en termes purement ou fondamentalement intellectuels. C'est d'autant plus surprenant que peu de philosophes, et même Augustin et Ambroise, ou Rousseau et Kierkegaard, dont les arguments reflètent la dialectique de Platon et dont les enquêtes font écho aux questions ironiques de Socrate, ont consacré plus de réflexion que Platon aux ressorts non rationnels de l'action humaine et aux ressorts non intellectuels. Un aperçu des valeurs transcendantes — à l'amour, à la poésie, à l'ivresse, aux perceptions mystiques de l'intuition et de la religion —. Le thème de l'amour, plutôt que l'Idée du Bien, ou de l'Un, ou du Beau, convient à la focalisation de l'action humaine sur la motivation et l'inspiration plutôt que sur l'analyse rationnelle des moyens et des fins ; et les techniques de la poésie, de la religion, de la rhétorique, qui trouvent leur perfection dans la dialectique et la philosophie, sont appropriées pour attirer l'attention sur la persuasion des hommes à l'action plutôt que sur l'analyse des vérités par lesquelles l'amour opère et par lesquelles il trouve son justification ultime. Abraham croyait en la réalité de Dieu quoiqu'il ne pût rien en dire ni artistiquement ni éthiquement. Pourtant, Abraham n'est pas le prototype du chrétien, car le chrétien suit le Christ comme exemple.
Plus grand encore est le chevalier de la foi qui ose dire au noble qui veut le pleurer : Ne pleure pas sur moi, mais pleure sur toi-même. (Luc 23/28). Est-ce si simple de ne pas se tromper ? N'est-il pas terrifiant que cet homme, n'importe lequel, se promenant parmi les autres soit Dieu ? N'était-ce pas terrifiant de s'asseoir pour manger avec lui ? Est-ce si facile de devenir apôtre ou prophète ? Soit Abraham était un meurtrier voulant sacrifier Isaac, soit nous nous trouvons devant un paradoxe supérieur à toute médiation. L'histoire d'Abraham contient donc une suspension téléologique de l'éthique. Comme individu unique, il est devenu supérieur à l'universel. C'est le paradoxe, qui ne peut être médiatisé.
La foi est une merveille, et pourtant aucun être humain n'en est exclu ; car ce qui unit toute vie humaine est la passion, et la foi est une passion. L'objet de la foi n'est pas une doctrine, car alors la relation serait intellectuelle. L'objet de la foi n'est pas de donner des leçons, car lorsque l'enseignant donne des leçons, la doctrine est plus importante que l'enseignant, et la relation est intellectuelle. L'objet de la foi est la réalité de l'enseignant, le fait que l'enseignant existe réellement. Donc, la réponse de la foi est absolument oui ou non. La réponse de la foi n'est pas en relation avec une doctrine, qu'elle soit vraie ou non ; elle est la réponse immédiate à la question : Acceptez-vous comme fait qu'il existe vraiment autre chose ? La réponse, notez-le bien, est nécessairement passionnée. À propos d'un humain, il est inconsidéré d'accorder autant de poids au fait qu'il ait existé ou non. De ce fait, si l'objet de la foi est un humain, tout cela est une farce idiote qui n'a même pas saisi l'esthétique et l'intellect. L'objet de la foi est donc l'actualité de Dieu — ou de la Vie — au sens de l'existence. Mais exister signifie d'abord être un individu particulier, et c'est pourquoi la pensée doit faire abstraction de l'existence, car le particulier ne peut être pensé ; seul l'universel peut l'être. L'objet de la foi est l'actualité du Dieu, Père, Vie, Très-Haut, Créateur, Éternel existant. Le christianisme n'est pas une doctrine sur l'unité du divin et de l'humain, sur le sujet-objet, sans parler du reste des paraphrases logiques du christianisme. En d'autres termes, si le christianisme était une doctrine, alors le rapport avec lui ne serait pas un rapport de foi, puisqu'il n'y a qu'un rapport intellectuel à une doctrine. Le christianisme n'est donc pas une doctrine mais le fait que Dieu, Père, Vie, Très-Haut, Créateur, Éternel existe. La foi est une sphère à part. La marque d'identification immédiate de toute méconnaissance du christianisme est qu'elle le transforme en doctrine et l'entraîne dans le champ de l'intellectualité. Pour finir, la propre réalité éthique de l'individu est la seule réalité.
Abraham n'a pas pu prouver qu'il avait entendu la voix de l'Éternel, pourtant il a eu la foi, il a risqué son fils unique sur la base de cette foi. Le paradoxe d'Abraham est que le croyant agit et risque beaucoup sur une connaissance moins que complète. C'est pourquoi Kierkegaard dit qu'il faut croire en la vertu de l'absurde, c'est-à-dire qu'il y a contradiction dans la foi. Le Créateur dans le temps est un paradoxe tout autant que l'affirmation selon laquelle "Dieu est Amour" est une parodie pour un individu existant dans le temps. Était-ce si facile pour Abraham, Job et l'apôtre Paul de croire que Dieu est Amour ? Non. Kierkegaard insiste sur la tension entre le moi intérieur et le moi extérieur devant Dieu. Ce qu'un être humain sait par lui-même sur l'amour est très superficiel ; pourtant, il doit arriver à connaître l'amour le plus profond dans l'abnégation, il doit devenir ce que tout être humain peut devenir (puisque l'abnégation est liée à l'universellement humain et se distingue ainsi de l'appel et de l'élection particuliers), un instrument pour Dieu.
Ainsi, chaque être humain peut tout savoir sur l'amour, tout comme chaque être humain peut arriver à savoir qu'il est, comme tout être humain, aimé de Dieu. Le travail sur soi de l'amour doit être fait extérieurement dans un désintéressement total. Par l'abnégation, un être humain acquiert la capacité d'être un instrument en se faisant intérieurement un rien du tout devant Dieu, puisqu'il est Dieu. Intérieurement, l'homme ne devient pas important, puisqu'il n'est rien, et extérieurement il ne devient pas non plus important, puisqu'il n'est rien devant Dieu et il n'oublie pas que là où il est, n'importe où, il est toujours devant Dieu.
"Ma pensée est un élément de l'absolu, disait en substance Kierkegaard, et là est la nécessité de ma pensée, là est la nécessité avec laquelle je la pense." Il en est autrement du bien. Le bien existe parce que je le veux. C'est l'expression de la liberté, et il en est de même pour le mal : le mal n'existe que dans la mesure où je le veux. Cela ne réduit ni n'abaisse en aucune manière les catégories du bien et du mal à des catégories purement subjectives. Au contraire, la validité absolue de ces catégories est déclarée. Le bien, c'est l’être-en-soi--et-pour-soi, posé par l'être-en-soi-et-pour-soi, et c'est la liberté. Il peut sembler douteux d'utiliser l'expression "se choisir soi-même absolument", car cela pourrait sembler impliquer que j'ai choisi à la fois le bien et le mal tout aussi absolument et que le bien et le mal m'appartenaient tout aussi essentiellement. "C'est pour éviter ce malentendu, dit Kierkegaard, que j'ai utilisé l'expression : Je me repens de toute l'existence." Le repentir exprime spécifiquement que le mal m'appartient essentiellement et exprime en même temps qu'il ne m'appartient pas essentiellement. Si le mal en moi ne m'appartenait pas essentiellement, je ne pourrais pas le choisir ; mais s'il y avait en moi quelque chose que je ne pouvais pas choisir absolument, alors je ne me choisirais pas du tout absolument, alors je ne serais pas moi-même l'absolu mais seulement un produit.
La plupart des gens ont probablement une idée, parfois une idée vive, à des moments précis un sentiment fervent, que Dieu est Amour ; et pourtant il y a peut-être beaucoup de gens qui vivent de telle sorte qu'il leur semble vaguement que si telle ou telle chose horrible, qu'ils redoutent particulièrement, leur arrivait, ils devraient renoncer à leur foi, lâcher Dieu, le perdre. Mais y a-t-il quelque chose de plus indéfendable que de continuer à vivre ainsi ? Vicier la passion la plus haute dans une semi-somnolence entre doute et confiance, afin que l'individu ne fasse jamais face à l'ennemi insidieux qui suce le sang de son être intime, de sorte que, pensant qu'il n'est pas au désespoir, il ne vient jamais à cette condition, car il s'est assoupi de désespoir ! Dieu n'est pas celui qui perd quoi que ce soit à cela, mais le dormeur, celui qui pèche vraiment en dormant, perd tout, perd ce sans quoi la vie n'est vraiment rien. De même que l'Écriture parle de faire le naufrage de la foi, de même il faut dire de celui qui a renoncé à sa foi en l'Amour de Dieu qu'il fait le naufrage de la joie de vivre de l'éternité.
Ceux qui ne sont pas intéressés à devenir chrétiens prétendent qu'ils ne peuvent pas comprendre le christianisme et assez souvent ils se réfèrent à des événements historiques pour justifier leur position. Kierkegaard est contre le fait de fonder la croyance chrétienne uniquement sur des événements extérieurs, car cela conduit au doute, parce que les extérieurs sont en constante évolution. Le doute mène à la spéculation et cela dissuade l'individu de prendre la décision de devenir lui-même un Christ. Kierkegaard voulait être connu comme le philosophe de l'intérieur et était contre les preuves scientifiques du christianisme à travers l'Histoire, l'anthropologie, la philosophie et la création d’une théologie systématique. Devenir chrétien est une décision à prendre dans le temps, pensait-il, tout comme devenir bon est une décision/résolution prise dans le temps, et pas seulement pour considération parce que l'individu s'offre à Dieu. Kierkegaard a dit que Socrate était son maître autant que le Christ était son maître. Quand Socrate croyait que Dieu est, il tenait ferme l'incertitude objective avec toute la passion de l'intériorité, et la foi est précisément dans cette contradiction, dans ce risque. Maintenant il en est autrement. Au lieu de l'incertitude objective, il y a ici la certitude que, vue objectivement, c'est l'absurde, et cette absurdité, tenue dans la passion de l'intériorité, est la foi.
Qu'est-ce donc que l'absurde ? L'absurde est que la vérité éternelle est venue à l'existence dans le temps, que Jésus est venu à l'existence, est né, a grandi, est venu à l'existence exactement en tant qu'être humain individuel, indiscernable de tout autre être humain. La croyance chrétienne en l'idée absurde que Dieu s'est fait homme nous sépare du monde de telle manière que le chrétien est séparé du monde. Le monde croit que la raison guide toutes nos actions, ou devrait, et ne peut pas accepter le christianisme et est donc offensé et le chrétien ne peut pas accepter la raison du monde et est donc offensé par le monde. Kierkegaard l'a exprimé ainsi : "Un chrétien au sens du Nouveau Testament est littéralement un étranger et un pèlerin, il se sent étranger, et chacun sent involontairement que cet homme lui est étranger. Désespoir et péché !" Kierkegaard affirmait que le soi est la liberté. Pas seulement la liberté de choisir, mais la liberté de créer des choix pour soi. Par conséquent, les êtres humains ne sont fondamentalement ni leurs pensées ni leurs sentiments, mais ils sont eux-mêmes, ils sont des êtres au sens métaphysique le plus profond. Le moi se rapporte directement à lui-même ; il n'est soumis à personne et il est soumis à tout le monde en même temps. Or ce moi est ce qui est en relation avec son corps et son âme, selon Kierkegaard. L'esprit constitue la relation dans laquelle le moi est établi en totalité par et envers Dieu, et envers son corps et son âme. Son corps est son être dans le monde, ses actions et ses décisions exécutées, et son âme est sa conception de soi (ce qui détermine ses actions), et son esprit est le soi qui relie l'âme et le corps, et donc lui-même, à Dieu.
Lorsqu'une personne n'arrive pas à une pleine conscience d'elle-même, on dit qu'elle est désespérée. Tout comme un médecin pourrait dire que personne n'est en parfaite santé, il s'ensuit que les êtres humains doivent désespérer à certains moments de leur vie. Être désespéré, c'est réfléchir sur soi. Si quelqu'un ne s'engage pas dans l'art du désespoir, alors il ou elle sera bloqué dans un état d'inertie sans progression ou régression effective et c'est le pire état de tous. Kierkegaard appelle ça la maladie de l'esprit. Il a écrit ce qui suit : "Nous avons laissé le religieux dans la crise de la maladie ; mais cette maladie n'est pas mortelle. Nous allons maintenant laisser le religieux se fortifier par la même conception qui l'a détruit, par la conception de Dieu. D'abord et avant tout, dans chaque génération, il n'y a certainement pas beaucoup de personnes qui souffrent même au début de la relation religieuse absolue ; et ensuite, qu'un commencement dans le milieu-existence est tout sauf quelque chose qui se décide une fois pour toutes, parce que ce n'est que sur le papier qu'on en a fini avec la première phase, et qu'ensuite on n'y a plus rien à faire. La décision absolue dans le milieu d'existence n'est encore et ne reste qu'une approximation, car l'Éternel vise d'en haut la personne existante, qui en existant est en mouvement et donc au moment où l'éternel toucher est déjà à un petit moment de là. Le début de la décision absolue dans l'existence est surtout une fois pour toutes quelque chose d'accompli, parce que la personne existante n'est pas un inconnu abstrait qui accomplit quelque chose et qui va ensuite plus loin, traverse la vie, si je puis dire façon, non digéré ; mais la personne existante se concrétise dans ce qui a été vécu, et au fur et à mesure qu'elle avance, elle l'a avec elle et peut le perdre à tout moment. Il l'a avec lui, pas comme on a quelque chose dans sa poche, mais à travers cela, cette chose spécifique, il est ce qu'il est plus spécifiquement défini et perd sa propre définition plus spécifique en la perdant. Par la décision de l'existence, une personne existante, plus spécifiquement définie, est devenue ce qu'elle est.
Kierkegaard a écrit : "La coutume et l'usage changent, et toute comparaison est boiteuse ou n'est qu'une demi-vérité ; mais la coutume de l'éternité, qui ne devient jamais obsolète, est que vous êtes un seul individu, que même dans la relation intime du mariage, vous auriez dû être conscient de cela. L'éternité ne vous demande pas si vous avez élevé vos enfants comme vous avez vu les autres le faire mais vous demande en tant qu'individu comment vous avez élevé vos enfants. Dans l'éternité vous êtes un seul individu, et la conscience, quand elle vous parle, n'est pas une troisième personne, pas plus que vous n'êtes une troisième personne lorsque vous parlez avec la conscience, parce que vous et la conscience êtes Un ; elle sait tout ce que vous savez, et elle sait que vous le savez. Ne vivez pas dans un endroit isolé du monde, si vous vivez dans une ville très peuplée et que vous tournez ensuite votre attention vers l'extérieur, prêtez attention aux gens et aux événements avec sympathie, gardez à l'esprit, chaque fois que vous vous rapportez vous-même de cette manière au monde extérieur, que dans cette relation vous êtes. Vous n'êtes pas obligé d'avoir une opinion sur quelque chose que vous ne comprenez pas. Non, au contraire, vous êtes éternellement exempté, mais en tant qu'individu vous êtes éternellement obligé de rendre compte de votre opinion, de votre jugement. Et dans l'éternité, on ne vous demandera pas de manière indiscrète et occupée, comme par un journaliste, s'il y en avait beaucoup qui avaient la même opinion fausse, mais seulement si vous l'aviez ; si vous avez gentiment habitué votre âme à juger avec légèreté et sans réfléchir avec les autres parce que la foule a jugé sans réfléchir ; si vous avez peut-être corrompu la meilleure partie de vous en vous vantant avec la foule que vous étiez nombreux et que vous étiez justifiés parce que vous étiez nombreux, c'est-à-dire que vous étiez nombreux à avoir tort. Dans l'éternité vous vous demanderez si vous avez peut-être nui à une bonne cause parce que vous avez aussi jugé avec ceux qui n'ont pas compris comment juger mais qui avaient le pouvoir considérable de la foule au sens temporel, pouvoir négligeable au sens de l'éternité."
Kierkegaard a dit aussi : "La conscience du péché appartient définitivement à la conscience du pardon du péché. Pourquoi quelqu'un s'assoirait-il et réfléchirait-il sur le péché à un point tel qu'un bonheur éternel s'échange contre un malheur éternel ou même un malheur temporel ? Cette réflexion se fait dans le temps mais la conséquence de la réflexion conduit à perdre espoir en la possibilité de tout bien venant de soi." Kierkegaard dit que le christianisme invite l'individu seul à participer non seulement à la conscience du péché mais aussi à la conscience du pardon, mais nous semblons nous concentrer sur la première à un degré remarquable. "Les gens voient Dieu dans les grandes choses, dans la rage des éléments et au cours de l'Histoire ; ils oublient tout à fait ce que l'enfant a compris, que lorsqu'il ferme les yeux, il voit Dieu. Lorsque l'enfant ferme les yeux et sourit, il devient un ange. Hélas, quand l'adulte se retrouve seul devant le Saint et se tait, il devient pécheur. Tout d'abord, soyez seul ; alors vous apprendrez vraiment à adorer Dieu, à penser haut et bas à Dieu et à vous-même — pas plus bas que votre voisin, comme si vous étiez le distingué — (mais rappelez-vous que vous êtes devant Dieu) — pas plus bas que votre ennemi, comme si vous étiez le meilleur (car rappelez-vous que vous êtes devant Dieu) ; mais humble de toi-même. Quiconque pense ainsi au péché et souhaite dans ce calme apprendre un art — quelque chose que vous, mon auditeur, ne dédaignez pas, l'art de s'affliger de vos péchés — découvrira certainement que la confession du péché n'est pas simplement un compte de tous les péchés particuliers mais c'est une compréhension devant Dieu que le péché a une cohérence en lui-même. Trois discours sur les occasions imaginées. Acceptez l'invitation, afin que l'invitant puisse vous sauver de ce dont il est si difficile et dangereux d'être sauvé, afin que, sauvé, vous puissiez être avec celui qui est le Sauveur de tous, de l'innocence aussi. Car même s'il était possible que l'innocence la plus pure se trouve quelque part, pourquoi n'aurait-elle pas aussi besoin d'un Sauveur qui pourrait la protéger du mal ? L'invitation se trouve à la croisée des chemins, là où le chemin du péché se transforme plus profondément en péché. Venez ici, vous tous qui êtes perdus et égarés, quels que soient votre erreur et votre péché, que ce soit aux yeux humains plus excusable et peut-être plus terrible, ou soit-il aux yeux humains plus terrible et pourtant peut-être plus excusable, qu'il soit révélé ici sur terre ou qu'il soit caché et pourtant connu dans le ciel, et même si vous avez trouvé le pardon sur la terre, mais pas de paix à l'intérieur, ou si vous n'avez pas trouvé de pardon, parce que vous ne l'avez pas cherché, ou parce que vous l'avez cherché en vain. Oh ! retourne-toi et viens ici, voici le repos ! L'invitation se tient à la croisée des chemins, là où le chemin du péché s'éteint une dernière fois et disparaît de la vue, en perdition. Oh ! fais demi-tour, viens ici ; ne recule pas devant la difficulté de la retraite, aussi difficile soit-elle ; n'aie pas peur du rythme laborieux de l'acquisition de la foi ; elle conduit au salut, tandis que le péché avance avec une vitesse ailée, avec une hâte croissante, ou il descend si facilement, si indescriptiblement facilement, en fait, aussi facilement que lorsque le cheval, complètement soulagé de tirer, ne peut, même de toutes ses forces, arrêter le chariot qui le précipite dans l'abîme. Ne désespérez pas de chaque rechute, que le Dieu de la patience a l'inlassable patience de pardonner et sous laquelle un pécheur doit certainement avoir la patience de s'humilier. Non, ne craignez rien et ne désespérez pas ; celui qui dit : "Viens ici" est avec toi en chemin ; de lui vient l'aide et le pardon sur le chemin de la conversion qui mène à lui, et avec lui est le repos.
La personne qui souhaite le Bien pour une autre personne le souhaite pour elle-même ; celui qui le souhaite pour lui-même le souhaite pour tout autre être humain, car ce par quoi un autre a la foi n'est pas ce par quoi il est différent de lui, mais c'est ce par quoi il est comme lui ; ce par quoi il la possède n'est pas ce par quoi il est différent des autres, mais ce par quoi il est tout à fait semblable à tous. C'était ce genre de souhait que cherchait l'homme perplexe, un souhait qu'il pouvait souhaiter pour une autre personne de tout son cœur, de toutes ses forces et de toute son âme, un souhait qu'il oserait continuer à souhaiter, toujours plus ardemment, même à mesure que son amour devenait de plus en plus fervent. C'était le souhait qu'il souhaitait.
Kierkegaard a souligné que Jésus a mis fin à la loi avec sa loi d'amour. "Essayez simplement, que vous trouviez ainsi la somme, peu importe combien de temps vous continuez à compter, et vous verrez que c'est un travail inutile, car le concept de l'amour doit être inépuisable, illimité, sans fin dans ses dispositions ; toute disposition engendre d'elle-même une disposition encore plus précise, et à son tour une disposition encore plus précise par référence et par rapport à la nouvelle disposition, et ainsi de suite infiniment. Le rapport de l'amour à la loi est ici comme le rapport de la foi à l'entendement. L'entendement compte et compte, calcule et calcule, mais n'arrive jamais à la certitude que possède la foi ; de même la loi — la Loi Qui sera, dit Le Signe — définit et définit mais n'arrive jamais à la somme, qui est l'amour. Nous souhaitons non seulement que nous puissions avoir l'amour et la paix, mais que notre prochain puisse avoir la même chose parce que c'est un don gratuit de Dieu. Les temps sont révolus où seuls les puissants et les éminents étaient considérés comme des êtres humains, alors que les autres étaient vus comme des serviteurs et des esclaves. Cela est dû au christianisme, mais il s'ensuit que la proéminence ou le pouvoir ne peuvent plus devenir un piège pour une personne afin qu'elle s'éprenne de cette dissemblance, qui endommage son âme et oublie ce que c'est que d'aimer le prochain. Si cela se produit maintenant, cela doit certainement se produire de manière plus cachée et secrète, mais fondamentalement, cela reste le même. Que quelqu'un savourant son arrogance et son orgueil fasse ouvertement comprendre aux autres qu'ils n'existent pas pour lui et, pour nourrir son arrogance, veut qu'ils la ressentent alors qu'il exige d'eux l'expression d'une soumission servile, ou qu'il soit sournoisement et exprime secrètement qu'ils n'existent pas pour lui simplement en évitant tout contact avec eux. L'inhumanité et le non-chrétien ne consistent pas dans la manière dont cela est fait, mais dans le fait de vouloir indépendamment nier la parenté avec tous, avec chaque personne inconditionnellement. Ah ! ne pas être souillé par ce monde est la tâche et la doctrine du christianisme, mais s'y accrocher d'une manière mondaine comme s'il s'agissait de la plus glorieuse des dissemblances, c'est une souillure.
La corruption distinguée apprendra au distingué qu'il n'existe que pour les distingués, qu'il ne doit vivre que dans l'alliance de leurs cercles, qu'il ne doit pas exister pour les autres, comme ils ne doivent pas exister pour lui. Lorsque vous allez avec Dieu, vous n'avez besoin de voir qu'une seule personne misérable et vous ne pourrez pas échapper à ce que le christianisme veut que vous le compreniez. Aimer le prochain est une tâche ingrate. C'est une chose de laisser les idées rivaliser avec les idées, et c'est une chose d'argumenter et de gagner dans un différend ; c'est autre chose d'être victorieux de son propre esprit quand on se bat dans la réalité de la vie. Quelle que soit la force d'une idée en conflit sur une autre, toute cette lutte est encore à distance et ressemble à du shadowboxing (le shadowboxing est la boxe contre un adversaire imaginaire ; le boxeur qui s'entraîne bouge, fait des cercles tout en frappant dans le vide). D'un autre côté, la mesure de la disposition d'une personne est la suivante : à quelle distance est-elle de ce qu'elle comprend et de ce qu'il fait ? Quelle est la distance entre sa compréhension et ses actions ? Un enfant ainsi que la personne la plus simple et la plus sage comprennent le plus haut, comprennent exactement la même chose, car c'est, si j'ose le dire, une leçon qui nous est assignée. Mais ce qui fait la différence, c'est si nous le comprenons à distance — pour que nous n'agissions pas en conséquence, ou à portée de main — pour que nous agissions en conséquence et "ne pouvons pas faire autrement", ne peut s'empêcher de le faire, comme Luther, qui a compris de très près ce qu'il avait à faire lorsqu'il a dit : "Je ne peux pas faire autrement. Que Dieu m'aide ! Amen."
Considérons maintenant la dissemblance de l'humilité. Les temps sont révolus où ceux qu'on appelle les plus humbles n'avaient aucune conception d'eux-mêmes ou seulement la conception d'être des esclaves, non seulement d'être des êtres humains humbles, mais de ne pas être des êtres humains du tout. La rébellion féroce, l'horreur qui a suivi cette horreur, sont peut-être aussi terminées, mais je me demande si la corruption ne peut pas encore se cacher dans une personne. Dans ce cas, l'humilité corrompue amènera l'humble à croire qu'il doit voir son ennemi dans les puissants et les éminents, dans tous ceux qui sont favorisés par quelque avantage. Mais soyez prudent, comme le dit l'adage, car ces ennemis ont encore tellement de pouvoir qu'il pourrait être dangereux de rompre avec eux. Aucune force ne doit être utilisée ; il ne faut pas qu'il y ait une rupture dangereuse, mais il faut un secret d'exaspération cachée, un abattement douloureux à distance insinué transformera le pouvoir, l'honneur et l'éminence en une affliction pour les puissants, les honorés et les éminents, qui ne pourraient toujours pas trouver quoi que ce soit de précis à se plaindre.
Je viens d'écrire d'une traite quelque chose que je sais être difficile à lire, mais la métaphysique est un travail de l'esprit difficile. Même si beaucoup de ce que je viens d'écrire vous échappe, vous en gardez une imprégnation et quelque chose comme un instinct nouveau naît en vous. Il nous faut sortir des raisonnement simples du quotidien et, si cette réponse que je vous fais ici est longue et par endroits obscure, même si vous l'assimilez mal, elle montre que nous avons quand même été précédés par des penseurs, des hommes de foi courageux et inspirés, et que l'immense tâche devant nous : Changer cette civilisation, ce à quoi visait déjà Jésus, est une tâche que ceux qui nous suivront continueront, creuserons, rendront plus claire pour nos frères humains, car ce que La Révélation d'Arès nous demande est de procéder à un renversement radical de la téléologie actuellement en vigueur, un renversement radical de l'homme. Dieu et nous c'est la même chose. J'approche de ma fin et je trouve nécessaire pour moi de porter mes frères et sœurs vers un retournement complet de leur pensée sur ce point pour ouvrir la porte à la Lumière. [238C5*19/02/2022]
Sur la foi qui est toujours un saut dans l'absurde
Dans son livre "Crainte et tremblement”, Kierkegaard explore l'étroit chemin de la foi et ses vicissitudes inévitables. Il suppose qu’un jeune homme pauvre et sans avenir, quoique chevalier, tombe amoureux de la fille du roi, qui est une princesse. C’est là un amour impossible, qui ne pourra jamais se réaliser du fait de la différence de leur condition sociale. Il s’agit là d’un amour impossible, et le chevalier se résigne à cette impossibilité, mais il restera fidèle à son amour : il ne cesse pas d’aimer. Le chevalier ne possèdera jamais sa bien-aimée ; il accepte cette situation, s'y résigne, mais il pensera à la princesse jusqu’à son dernier souffle. C’est là sa sagesse, et la ferveur de son amour dévoile toute la beauté de la situation, parce qu'il continue de vivre comme si cet amour devait se réaliser.
Autrement dit, sa résignation vient de sa raison qui sait l'impossibilité d'un mariage avec la princesse, mais sa pensée, elle, poursuit sa foi mise dans un mariage impossible dans le temps terrestre imparti à un homme, mais qui devient possible en pensée par un saut dans l’absurde, car la foi est toujours un saut dans l'absurde. Il dit : "Je ne cesse de croire que j’aurai celle que j’aime, en vertu de l’absurde, en vertu de ma foi que tout est possible à Dieu." La seule chose capable de sauver le chevalier, c’est l’absurde, c'est ce qu’il conçoit par la foi. On peut aussi dire qu'il reconnaît l’impossibilité et en même moment il croit en l’absurde avec raison. C'est la position du moissonneur arésien. Il sait que sa moisson ne peut pas en l'état actuel des choses rassembler le petit reste (Le Signe 24/1) et changer le monde (28/7), il sait pertinemment l'absurdité d'une pareille réussite si on la veut rapide, mais il n'abandonne jamais sa mission.
C’est cela qui suscitait l’admiration de Kierkegaard. On peut donc voir qu’il faut de la force, de l’énergie et de la liberté d’esprit pour faire le mouvement infini de la résignation. Mais il y a quelque chose de stupéfiant, c'est que cette résignation ne l'empêche pas d'aller de l'avant, d'être jusqu'au bout un apôtre, un héros, parce que sa foi immense fait de l'absurde de sa résignation une action qui à terme sera une réussite. Il suffira d'être patient, patient de génération en génération. L’absurde sera vainqueur en fin de compte. Ce sera un prodige.
C’est au-dessus de ses forces, mais il gagnera : "Je peux renoncer de moi-même à la princesse, mais par la foi, je me marierai avec elle un Jour en vertu de l’absurde ou du déraisonnable que défend la foi”. Celui qui est capable de ça est grand !
Ce ne fut d'ailleurs pas par hasard que Kierkegaard prit l’exemple d’un amour impossible pour illustrer le phénomène de la foi. C’était une allusion à la rupture de ses fiançailles avec une jeune femme qu'il aimait : Régine Olsen, survenue deux ans auparavant. C’est d'ailleurs Kierkegaard qui avait décidé de mettre fin à cette relation, lui renvoyant la bague de fiançailles, probablement parce qu’il sentait que la profonde mélancolie qui le tenaillait depuis l’enfance constituait un danger pour leur liaison. Mais il continua à penser à elle et rêva de la retrouver, malgré cette rupture, ce qui constituait une impossibilité de fait.
On comprend que Kierkegaard écrivit dans son Journal intime : "Si j’avais eu la foi, Régine serait restée mienne”. S’il avait eu confiance en lui, s’il avait par un acte de foi dépassé cette impossibilité : on ne peut vivre en couple lorsqu’on est si malheureux, s’il avait su dépasser cette pensée parfaitement logique et même magnifique d’un point de vue éthique, une histoire d’amour aurait pu avoir lieu, et se développer harmonieusement, contre toute logique. Si donc il décrivit avec tant de douleur cette impuissance de l’esprit, cette incapacité à s’élever au stade spirituel, c’est parce qu’il l’avait lui-même vécue, et que cette douleur avait joué un rôle essentiel, fondateur, dans sa propre existence.
Maintenant qu’on a une conception plus élaborée du stade religieux, on est en mesure d’examiner la dialectique qui est à l’œuvre au cœur même de la foi, un travail qui permettra, promet Kierkegaard, de voir quel paradoxe inouï est la foi, paradoxe qui peut être même capable de faire d’un crime un acte saint et agréable à Dieu, paradoxe que ne peut réduire aucun raisonnement, parce que la foi commence précisément là où finit la raison raisonnante.
Kierkegaard nous entraîne à des raisonnements qui nous paraissent idiots, mais qui forment la seule possibilité d'accomplir l'inaccomplissable.[238C7*19/02/2022]
Sur l’influence de Kierkegaard
Ce matin, j'ai relu mon texte sur Kierkegaard. Je me demande, ce matin, comment j'ai pu me laisser aller à un tel débit de mots dans une réponse. Débit que je trouve à la fois trop court et trop long. Kierkegaard est tellement riche que l'on ne sait jamais comment parler de sa pensée. Je me suis aussi demandé si je ne ferais pas bien de raccourcir ce texte démesuré et chronophage peut-être déraisonnable dans un blog. Il faut le dire tout de suite : Søren Kierkegaard est difficile à lire ; c'est une pensée complexe, peut-être une de celles qui dans le monde montrent de façon aiguë l'insuffisance du langage humain pour s'exprimer dans les grandes profondeurs.
Peut-être Kierkegaard et Dostoïevski sont-ils les penseurs chrétiens qui s'expriment de la façon la plus fine, mais ipso facto la plus brumeuse, voire même équivoque tant qu'on n'a pas fait le passage de nos pensées vers la sienne, contre la barbarie arriérée de la théologie ecclésiale. Kierkegaard avait de Dieu le concept d'une entité transcendante et inaccessible. C'est le fond de notre foi arésienne. Quand, après les théophanies de 1977 à Arès, on me demandait : "Qu'est-ce que Dieu pour vous qui l'avez rencontré ?" je répondais : "Avant les Théophanies j'avais une idée de Dieu. Maintenant je n'en ai plus ; je ne sais plus ce qu'est Dieu. Est-ce moi, est-ce l'humain, est-ce l'Univers et tout ce qui s'y trouve ? Je ne sais pas." J'ai seulement plus que jamais la certitude qu'Il existe. Je comprendrai peut-être dans l'au-delà, si comprendre a un sens dans l'au-delà bien sûr." Pierre Boutang, titulaire de la chaire de métaphysique à la Sorbonne de 1976 à 1986, disait que Kierkegaard avait rejoint les pères de l'Église dans leurs tentatives d'exposer ou camper Dieu dans l'optique d'une métaphysique honnête. Kierkegaard ne tenta jamais de décrire Dieu ; comme moi il Le laissa précautionneusement non-décrit.
C'est la notion de l'absurde chez Kierkegaard qui est devenue une catégorie importante pour la philosophie existentialiste au XXe siècle. Kierkegaard a notamment influencé Martin Heidegger, qui a utilisé des concepts-phares très kierkegaardiens comme l'angoisse ou la répétition. En général la théologie chrétienne voit Kierkegaard comme un théologien ennemi du rationalisme (surtout athée), et la pensée de Kierkegaard est souvent considérée comme "laïcisant" la foi, un peu comme la pensée de Pascal le fut en son temps aux yeux de certains.
Kierkegaard a influencé les philosophies analytique et postmoderniste. Il a indiscutablement influencé Chestov, Deleuze dans le cadre de la recherche existentielle. Kierkegaard est ainsi souvent rapproché de Nietzsche, parce qu'il combat l'hyperrationalisme, réhabilite la notion de "devenir", qui nous est chère à nous Pèlerins d'Arès, revalorise l'homme contre la masse, la critique, l'hypocrisie morale et l'idolâtrie de la religion. Paul Feyerabend, philosophe des sciences d'origine autrichienne, naturalisé américain, avait noté (il est décédé, je crois) : "’N'est-il pas possible, a demandé Kierkegaard, que mon activité d'observateur objectif [ou rationnel] de la nature affaiblisse ma qualité d'être humain ?’ Je me doute que la réponse à quelques-unes de ces questions est affirmative, et je crois qu'une réforme des sciences qui les rende plus anarchistes et plus subjectives (au sens de Kierkegaard) est urgente et nécessaire." Jacques Derrida a aussi évoqué Kierkegaard pour sa méditation profonde sur la mort et le cas d'Abraham. Kierkegaard est une présence constante dans la pensée de Deleuze, comme je l'ai déjà dit. La pensée de Kierkegaard a influencé de nombreuses générations de philosophes français. Ce n'est pas seulement l'existentialisme qui a essayé de coopter Kierkegaard pour ses propres fins ; il a aussi influencé presque toutes les écoles modernes de pensée française : phénoménologistes, féministes, structuralistes, sémiotiques, déconstructeurs, etc. Enfin, Kierkegaard a particulièrement influencé Jacques Ellul, qui a écrit : "Si nous voulons retrouver une espérance, il nous faut, sur le plan intellectuel, spirituel et social retrouver l’authenticité de la vertu... De tous les auteurs chrétiens, Kierkegaard est celui qui a le mieux rendu compte de la réalité existentielle de la foi."
Nous vivons des temps où les habitudes de penser et de parler sont tellement objectivées que nous avons perdu le sens du labyrinthe de la vérité, que nous ne savons plus exprimer, parce qu'elle est toujours cachée derrière les mots. Mais c'est d'importance secondaire : Il faut aimer et ça suffit. [238C10*20/02/2022]
Point commun et différence avec Spinoza
Kierkegaard et Spinoza ont de commun qu'ils savaient l'un comme l'autre que faux sont les concepts enfantins de Dieu dans les grandes religions que sont le Judaïsme, le Christianisme d'Église et l'Islam, mais chacun évoluait dans une façon de voir très différente. Je ne vais pas m'étendre sur ce vaste sujet dans une réponse de blog. Kierkegaard espérait le prophète décisif et j'ignore si je suis ce prophète ; ce qui n'était pas le cas de Spinoza.
[238C13*22/02/2022]
De Kierkegaard au Signe, une même difficulté d’être compris
Kierkegaard n'est ni facile à lire ni facile à comprendre, mais c'est un des esprits les plus libérés du poids de la théologie "chrétienne" ecclésiale. Le vrai, pur et simple chrétien, que chacun de nous s'efforce d'être — on pourrait définir la pénitence comme le vrai, pur et simple christianisme vécu — n'est bizarrement pas le mieux placé pour expliquer ce qu'est le vrai christianisme, celui du Sermon sur la Montagne. Mais celui qui se dit "chrétien" et qui est clerc ou fidèle d'une des nombreuses Églises dites "chrétiennes" ne fait que dresser des cathédrales intellectuelles dont il est difficile de s'évader. J'en sais quelque chose ; j'ai eu tant de difficultés après les apparitions de Jésus, en 1974, à me délivrer du poids d'un savoir factice qui ne me menait nulle part. La simplicité — ce n'est pas ce que tu crois, mais c'est ce que tu fais par amour, qui te sauve — du sentier qu'il faut emprunter pour atteindre les Hauteurs Saintes, est à l'inverse des idées reçues : Il est beaucoup plus difficile d'être très simple que d'être compliqué. C'est si difficile que l'on ne comprend pas grand-chose à la pensée de Kierkegaard.
Pour cette raison nous sommes des apôtres... disons... apophatiques, c'est-à-dire, des prêcheurs de ce qui n'est pas plutôt que des prêcheurs de ce qui est, parce que la plupart des épis mûrs — la plupart insoupçonnés — ont l'esprit encombré d'idées inutiles. Ce qui n'est pas étant infiniment plus lourd et encombrant que ce qui est, il est difficile à déblayer devant la porte de l'interlocuteur. C'est peut-être aussi pourquoi Jésus disait : Je suis la porte étroite (Luc 13-24-29)... La porte est encombrée et s'ouvre difficilement. Le Signe est une grosse gomme de tout ce qui a été déblatéré. Il n'y a rien de divin ni rien d'humain sans amour ; c'est pourquoi l'amour est par excellence le trait d'union entre tout. L'amour aime la beauté (Le Signe 12/3). Et contrairement à ce qu'on pense, la beauté n'est pas plus facile à définir que l'amour. Notre mission n'est pas facile, parce que la religion ne parle pas comme ça, mais les gens qui nous écoutent nous prennent pour des religieux, et quand ils perçoivent que nous ne sommes pas vraiment cela, ils ne comprennent rien à ce qu'on dit. [238C16*23/02/2022]
Sur cette affinité fondamentale qui rapproche Kierkegaard du Signe
Il est évident que Kierkegaard est un commentateur du flou, car le Vrai est flou.
Kierkegaard, bien qu'il ait obtenu tous les diplômes qui lui permettaient de devenir pasteur, ne voulut pas être ordonné pasteur, parce qu'il voulait, dit-il, rester libre de s'exprimer. À mon avis (ce n'est pas l'avis de tout le monde), c'était parce qu'il avait compris que la Vérité n'est pas accessible aux pécheurs qui peuplent la Terre, et que le peu qu'on peut saisir de cette Vérité est un flou. Aller voir ce qui est dans ou derrière ce flou est très difficile ; il faut parler ou écrire beaucoup et ce beaucoup reste insatisfaisant. Moi-même, j'ai toujours dit qu'avant les Théophanies je pensais savoir ce qu'était et qui était Dieu, mais qu'après les Théophanies je ne savais plus. Les Théophanies m'avaient fait entrer et rester dans ce nuage qu'est le flou de Celui Qui ou de Ce Qui m'avait parlé à Arès. Le langage humain n'est pas l'outil qu'il faut pour dire le Vrai ; notre langage ne fait que tourner autour.
Depuis longtemps la foi est confrontée aux défis intellectuels que posent la précision et la scientificité que l'humain croit devoir mettre en tout. Or, on ne peut pas honnêtement préciser ce qu'est Dieu, le Père, l'Éternel, la Vie, le Créateur, la Sainteté, la Puissance, la Lumière, etc., etc. Il faut pour aborder la question de Dieu autant que la question de nos rapports à Dieu ce qu'un théologien dont j'ai oublié le nom appela un "agnosticisme héroïque". C'est pourquoi il m'est arrivé de dire que nous Pèlerins d'Arès sommes des agnostiques, ce qui n'est pas vrai si l'on prend le terme agnosticisme au sens de scepticisme, mais qui est vrai au sens d'inaccessibilité à l'inconnu. Là aussi il manque un mot... Comme Søren Kierkegaard ou comme Max Weber je suis moi aussi "sans talent musical pour la religion" depuis que j'ai rencontré le Père. Le Signe m'a rendu incapable de faire ne serait-ce qu'un début de construction religieuse. Au contraire ; j'ai compris que tout est flou, indistinct, indéfini, parce que la finitude de Dieu n'est pas dans ce qu'Il est, mais dans cette brume sans limites, qui remplit tout l'espace, y compris ma propre personne, la vôtre, tout humain, et qu'on résume en quelques mots insuffisants mais qui sont les seuls que notre langage nous suggère : Puissance, Sainteté, Lumière... le Père de l'Univers, quoi !
J'ai donc résolu depuis bien des années de ne pas me tourmenter la cervelle avec toutes les imprécisions qui forment le cadre brouillasseux de ma foi, parce que comme pécheur je ne peux pas avoir une conception plus précise de ce que je peux croire, et c'est évidemment pourquoi je répète sans cesse que notre salut n'est pas ou bout de ce qu'on croit, mais c'est au bout de ce qu'on fait. Je pense que Kierkegaard en était là, lui aussi, avec cette différence qu'il l'a dit avec d'autres mots et en danois. [238C33*28/02/2022]
Sur notre recherche du Fond commun de la Vie
Kierkegaard devait beaucoup à Hegel, qu'il admirait. Je crois me souvenir, d'ailleurs, que Kierkegaard lisait couramment l'allemand et lisait Hegel dans le texte.
Mais Kierkegaard, Hegel, qu'importe ! Ces penseurs ne peuvent que faire notre admiration par la pure sincérité de leur recherche du Fond commun de la Vie qui gît dans l'homme. Ils étaient en quête de radicalisme fondamental sur quoi repose l'être<-->Être, en quête du point de rencontre, des forces profondes de la nature humaine qu'égare son apparence animale et qui en oublie ses racines divines. C'est de notre passion pour cette même recherche que poussent nos racines... Je crains toujours d'aller trop vite ou trop intellectuellement, parce que je pense à ceux de nos frères et sœurs qui peut-être ont du mal à me suivre et à suivre nos frères intellectivement moins ignorants (car ignorants nous le sommes encore tous, de toute façon), mais (peut-être seulement pour me rassurer) je me dis qu'ils apprennent quelque chose qui affûte (même confusément) leur métaphysique. Car de la métaphysique tout le monde en a.
Nous vivons dans un monde qui considère comme progrès le constant accroissement de la technologie et de la production et j'ai pour mission de lui enlever de l'idée que c'est là la recherche la plus digne de l'intelligence, car il faut au contraire développer l'intelligence du cœur (Le Signe 32/5). Qu'importe que je ne comprenne pas pourquoi mon voisin est méchant, je dois pour autant l'aimer de tout mon être. [238C38*04/03/2022]
Sur le changement du monde par la vie spirituelle et non par la révolution
Nous reprenons la "période axiale" que le christianisme d'Église et l'Islam ont interrompu pendant quelque dix-sept siècles. La religion chrétienne tombe en quenouille. Cela prendra un certain temps à l'Islam, quoiqu'il prenne des allures d'infirme, mais Le Signe, dont le monde en général est très loin d'évaluer l'importance et plus loin encore de comprendre le sens, commence d'exercer une influence sensible sur la façon d'envisager le fond métempirique ou transcendant de l'humain. Ceux qui prennent la révolution, sous quelle que forme que ce soit, sauvage ou intellectuelle, comme la forme la plus aboutie de la radicalisation du progrès, sont dépassés ; ce n'est pas par une ou des révolution(s) que la vie spirituelle telle que l'envisage Le Signe changera le monde, c'est par l'entrée en forme dans la pensée humaine d'une autre façon de voir l'humain et sa destinée. Pas besoin d'une nouvelle bataille de la Rivière Froide pour faire changer les croyances ; c'est par la raison, je dirais même l'évidence, que le changement se fera. Notre mission a pour but de faire comprendre à l'homme qu'il va vers sa véritable vocation et non vers une autre idéologie. Il n'y aura pas de conflit, parce qu'on ne peut pas entrer en conflit avec l'amour dans une totale liberté d'échanges. Nous n'arrivons pas avec une doctrine qui s'oppose à une autre, nous n'avons pas de doctrine, donc pas de discussion avec d'autres idées que les nôtres, nous n'avons qu'un seul "tapis volant", comme je dis parfois en riant, c'est l'amour. Nous ne sommes pas des révolutionnaires, nous sommes des mutants par l'amour.
[238C6*19/02/2022]
Sur la nécessité absolue de passer à autre chose que la religion
Rien n'a purifié le Christianisme d'Église. Ce qu'on a appelé la Réforme — avènement du protestantisme — malgré la méfiance de celui-ci à l'égard des rites, cultes, sacrements et autres formes superstitieuses n'a pas écarté la théologie trinitaire qui soumet toute la Chrétienté d'Églises des plus anciennes aux plus modernes à des croyances rattachées au paganisme antique : Dieu à trois têtes (Le Signe 23/7, xx/18), etc. Il faut absolument passer et passer entièrement à autre chose, autre chose de très simple. C'est ce que nous faisons. Les rites dont parle Le Signe (20/9) sont justement le contraire des rites d'Église, comme la pénitence est le contraire de la pénitence-confession, etc. Mêmes mots, mais en leur tournant le dos, en cessant de fixer la magie et en recevant la Lumière. Car tout vient de la Lumière.
Nous ne cherchons pas des idéaux, mais seulement le Vrai. [238C8*19/02/2022]
Sur le ski et la montagne
Je n'ai jamais fait de ski dans le Jura. Ma station de prédilection était Val d'Isère en Savoie. J'ai skié là aux "Espoirs de France" quand j'étais jeune ingénieur à Lyon. J'étais bon, mais pas assez bon (chamois vermeil, oui, mais à Val d'Isère, pas aux Rousses où l'ouvreur doit être un ramollo) pour devenir un champion (Val d'Isère était le village de Jean-Claude Killy) ; alors j'ai skié plus tard à Tignes, à Courchevel, et plus tard encore dans les Pyrénées, mais là il n'y avait pas ces grands espaces qui permettait dans les Alpes ces longue descentes enivrantes en virages christiania « pur (je n'ai jamais "dévalé les pentes", ça c'était pour les barbares ou les descendeurs-suicide genre sœurs Goitschel ou Isabelle Mir), ces superbes virages en rotation du corps et flexions... Le snowboard n'existait pas. Maintenant je commence à avoir quelques difficultés pour marcher — j'aurai 93 ans cet été — alors... le ski c'est loin derrière moi. [238C12*20/02/2022]
Sur la foi comme vertu créatrice
Le mot “foi” est de ces mots très insuffisants du langage humain.
La foi n'est pas une faculté ; c'est une vertu, parce qu'elle demande à l'homme de foi une volonté, un acquiescement, une adhésion qui est aussi une adoption. Ma foi personnelle a quelque chose d'un acte de volonté, car elle ne m'est pas venue naturellement à la suite des visites de Jésus en 1974. Je n'ai évidemment jamais douté des visites en question : Jésus était bien venu me parler à trente-neuf ou quarante reprises à Arès et j'avais bien noté ce qu'il m'avait dit, mais allais-je et comment allais-je donner suite à cet événement surnaturel ? Car c'est là que se situe la foi comme vertu créatrice. C'est pourquoi je dis que ce n'est pas ce qu'on croit, mais c'est ce qu'on fait qui sauve. Ainsi la foi n'est-elle pas seulement corrélative de l'événement qui l'a provoquée, elle est décision active de l'être. J'ai entendu la Parole, mais que veuillé-je être à sa suite ?
L'Église enseigne que l'inverse de la foi n'est pas l'absence de croyance, par exemple le refus de croire que Jésus a ressuscité ; pour l'Église l'inverse de la foi est le péché et là elle se trompe complètement. Le péché, en réalité, est l'absence d'amour, l'absence de mise en œuvre du Sermon sur la Montagne. Croyez ou ne croyez pas que Jésus a ressuscité ; croire ou ne pas croire cela est sans importance : ce qui est décisif dans l'économie du salut, c'est l'amour. Aimez tous les hommes, même vos ennemis.
[238C14*22/02/2022]
Sur le bonheur et la souffrance
Quand on s'interroge sur le sens de la vie et sur les apports heureux de l'espérance, on voit bien que la question de l'amour fraternel est centrale et commande toutes les autres questions. En tout état de cause, il faut toujours se tourner vers l'amour, car c'est ce qui touche l'humain le plus profondément, tant celui qui donne que celui qui reçoit. La souffrance n'exclut pas le sentiment de bonheur et le bonheur est nécessaire à la réalisation de tout bienfait. Le bonheur est cependant toujours intermittent en ce monde, et parfois aussi rare qu'il est sans prix dans ce monde déchiré par l'indifférence, l'égoïsme, l'incrédulité, le mépris, l'aveuglement, etc. N'est-il pas choquant de manifester un esprit de festival ou de bamboche quand d'autres traversent des tunnels de douleur ou d'inquiétude ?
Cette question est grave, parce qu'elle serre de très près le sens même de l'existence. On ne peut pas y répondre seulement par la charité ou par des leçons d'altruisme. En fait, qu'est vraiment le bonheur ? On sait quand même que le bonheur est quelque chose de perceptible, voire même parfois d'intelligible, et qu'il a un sens : si l'homme n'est pas né pour être heureux, quel sens à la vie humaine ? Dans la vie courante on parle de bonheur quand on traverse un temps de bien-être. Mais si l'homme n'attend de la vie qu'un sentiment de bien-être, il n'est guère plus qu'un daim broutant son herbe avec satisfaction. De plus et en général, ce sentiment de bien-être n'est pas permanent. Même l'homme de très grande foi ou de très grand bonheur par l'amour traverse des moments à vide, parfois même les tourments du doute ou les tourments du chagrin. Il y eut en Inde, au XVIIe siècle, un empereur moghol nommé Shah Jahan qui aima à la folie une jeune femme, dont certains disent qu'elle fut une simple inconnue, d'autres qu'elle était une princesse, connue sous le nom de Mumtaz Mahal (l'élue du Palais), qui lui rendit son amour, également à la folie. Il l'épousa, quoiqu'il ait déjà été marié à la princesse Kandahari Begum, fille d'un descendant d'Ismail Ier Shah de Perse. Le mariage de cet empereur avec Mumtaz Mahal fut comme un magnifique et indépassable rêve d'amour ; ils eurent quatorze enfants. Mumtaz Mahal mourut en donnant naissance à leur quatorzième enfant, une petite fille. Mais avant de mourir, elle fit promettre à son mari, l'empereur, deux choses : la première fut qu'il conservât sa promesse de fidélité et ne se remariât pas, la seconde fut de lui édifier un petit mausolée. Shah Jahan, désemparé et dévasté par la mort de sa femme fit alors construire un bâtiment fantastique pour montrer au monde entier combien il avait aimé Muntaz Mahal. Ce mausolée où elle repose est connu du monde entier ; c'est le Taj Mahal. Eh bien, même cet immense bonheur se termina par la mort en couche de la femme heureuse d'un époux heureux et par le chagrin ; la beauté extraordinaire du mausolée n'efface pas les peines du chagrin. Même l'élément central de l'éthique et de la sagesse de Spinoza, considéré comme une félicité apothéotique, n'est pas le bonheur intégral. Bref, j'abrège, le bonheur intégral n'est pas possible sur terre à cause du péché qui traverse le monde de part en part et empêche même les non-pécheurs de connaître autre chose que des moments de relatif bonheur.
Le bonheur n'est pas une valeur parmi d'autres. C'est quelque chose de très particulier ; c'est le but incluant tout ce qui crée la béatitude qui rassemble toutes les autres fins et qui sera le but ultime du bonheur (Le Signe 36/23, xxvi/12) au sens que donne à ce mot Le Signe, l'objectif ultime. [238C15*22/02/2022]
Chacun fait comme il a envie
Le fait d'être anti-vaccin radical et que je ne sois que “vaccin-bof !” n'entre pas dans nos considérations spirituelles. Je me dis que la très grande importance de notre mission est sans commune mesure avec le très peu d'importance qu'a le vaccin pour l'avenir de l'humanité. Chacun fait comme il en a envie, mais si le refus de me faire vacciner entraîne l'impossibilité de remplir ma mission, alors non ! je me fais vacciner, même si, comme je l'ai dit plusieurs fois et même bien avant qu'on le constate, le vaccin ne me paraît pas la solution du covid. Mais si le vaccin me donne un laissez-passer ou si vous préférez la liberté, si le vaccin me permet d'aller et venir, alors je me fais vacciner. Au reste, je suis actuellement en voyage et je peux aller à l'hôtel et au restaurant grâce à mon pass vaccinal, même si je ne crois pas personnellement à la nécessité de ce papier. Je n'ai plus l'âge de dormir dans ma voiture en hiver et de manger des sandwichs assis sur un banc. [238C17*23/02/2022]
Sur l’attestation
Je me trouve moi-même de temps en temps face à des procédures informatiques auxquelles je ne comprends rien et je me trouve ainsi en carafe devant des façons de faire sans nul doute très simples, mais pour moi infranchissables. Je suis comme une poule devant un cyclotron. Par exemple, je n'ai pas encore bien compris (et mon épouse n'a de même pas encore bien compris) comment enregistrer et, surtout, faire réapparaître l'espèce de gribouillis (le carré plein de taches noires) censé faire preuve que nous sommes vaccinés, quand nous entrons dans un restaurant, dans un hôtel ou tout autre lieu où l'on nous demande notre "pass vaccinal" (quel mot barbare). Nous montrons nos gribouillis sur le papier d'attestation que nous a remis le vaccinateur ; ce papier se détériore par usure à force d'être déplié et replié. Nous sommes des nouilles, des dindes, des ballots, etc. [238C30*27/02/2022]
Sur le dogme de la rédemption par la croix
Si étant en mission vous traversez une rue pour aller au-devant d'un passant ou d'une passante sur le trottoir d'en face et êtes heurté par un autobus (un camion, une camionnette, un tracteur, une voiture-poubelle, une Ferrari, etc.) qui vous écrabouille — ce sera votre crucifixion à vous — vous êtes mort pour sauver des frères ou des sœurs humains. Vous vous êtes, dans l'exercice de votre apostolat, exposé à un "sacrifice-salvateur". Si une infirmière, un médecin, reçoit sur la tête une tuile qui la ou le tue un jour de grand vent alors qu'elle ou il vole au secours d'un blessé ou d'une victime d'infarctus, même chose. Jésus a été arrêté et crucifié en plein exercice de son prophétisme ; il est donc bien mort lui aussi, victime des aléas de la vie de société, pour sauver des humains du péché.
Ce qu'affirment les missionnaires évangélistes est donc juste quand ils disent que "Jésus est mort pour nous sauver". Par contre, ce qui est faux quand ils parlent du dogme de la rédemption par la croix est leur affirmation que Jésus serait Dieu Lui-même venu sur Terre dans l'intention de se faire crucifier pour vaincre le péché, ce qu'il n'a à l'évidence pas fait d'une part car le péché demeure, et qui est complètement idiot d'autre part, car il y avait d'autres moyens moins compliqués d'assurer la rédemption des pécheurs, s'Il avait voulu l'assurer. [238C18*23/02/2022]
Pourquoi ai-je écrit "Jésus est mort pour nous sauver" ?
Pourquoi ai-je écrit "Jésus est mort pour nous sauver", et pourquoi n’aurais-je pas plutôt dit : "Jésus est mort en voulant nous sauver" ? Mais pour une raison très simple. Jésus n'a pas "voulu nous sauver" par la croix, parce qu'il n'est pas allé à Jérusalem parce qu'il a voulu y mourir, mais il y est simplement allé pour fêter la Pâque en bon Juif qu'il était. Son arrestation, son jugement expéditif et son exécution étaient certes un risque qu'il pouvait toujours courir en dehors de la Galilée et il n'était pas sans ignorer ce risque, mais il n'a pas "voulu" cette fin tragique. Il l'a subie. La subissant, il a lancé sans le vouloir un mouvement de foi et de pensée qui sauvera l'humanité au-delà de la judaïcité qu'il avait visée pour sa part, puisqu'étant un prophète, un homme quoi ! il n'avait qu'un horizon pratique limité. [238C47*09/03/2022]
Sur l’enseignement du prophète comme échafaudage
Au fond, j'ai toujours eu depuis quarante-huit ans plus à faire que je n'aie pu faire en réalité, j'ai toujours été dépassé, et cependant, comme vous dites, j'ai quand même, pour finir, enseigné autant qu'il le fallait. Mon épouse Christiane me dit souvent : "Vous n'avez pas idée de la somme d'enseignement que vous avez pu diffuser à tous les vents grâce à votre blog ! C'est à croire que l'Internet a été créé et installé par le Père pour que vous, son prophète, puissiez dire au monde tout ce que vous aviez à dire."
Le Signe parle d'échafaudage (voir Veillées 17 et 18), mais qu'est-ce qu'un échafaudage sinon une structure légère provisoire permettant l'accès aux différents niveaux d'une construction, que ce soit la construction ou la réparation d'un navire ou d'une tour. Le mot échafaudage n'a pas, dans Le Signe, le sens figuré d'une élucubration de l'esprit, d'un ensemble d'idées peu réfléchies, qui pourrait s'écrouler devant les faits. L'échafaudage dont parle Le Signe permet l'édification de quelque chose de solide. Ainsi mon enseignement à travers le blog est-il un échafaudage par le fait qu'il est un assemblage d'éléments espacés à travers le temps, mais il permet de se faire une idée aussi précise que solide du sens de la Parole d'Arès et de notre mission dans le monde.
[238C19*23/02/2022]
Je suis saisi par une tristesse infinie, qui me fige
La Russie a, sur l'ordre de Vladimir Poutine, lancé son armée en Ukraine ce matin vers 04 :00. L'aviation militaire russe a attaqué plusieurs objectifs ukrainiens. Un grand nombre de civils ukrainiens fuient. C'est l'exode du côté du Dniepr. J'ai vécu l'Exode depuis Paris en 1940 après que j'eus entendu bien des personnes de ma famille maternelle (ma mère était vosgienne) raconter leur exode en 1914, la destruction de leurs biens sous les obus. J'ai entendu mes oncles raconter la boue et la mort dans les tranchées. J'ai vécu toute l'occupation allemande à Paris de 1940 à 1944, les bombardements par les alliés (toutes les nuits sur la fin), les arrestations de Français juifs, les salves des pelotons d'exécution dans les fossés du Mont Valérien (j'habitais Suresnes). Plus tard, étant militaire et marin, j'ai connu la guerre d'Indochine. Bref, j'ai vraiment cru ensuite que je ne reverrais jamais ça. Et voilà, tout à coup, que les Russes en 2022 croient qu'ils vont régler un problème "historique" en faisant à nouveau la guerre. L'infernal bruit des diesels des blindés et le vrombissement des avions les enivre. Les hommes en sont encore là... Je suis atterré et triste. [238C21*24/02/2022]
Ce qu'on redoute dans la guerre, plus encore que les morts humains, c'est la mort de l'amour !
Je suis sûr que nombreux sont ceux et celles des nôtres qui sont "atterrés et profondément tristes." La vie humaine est déjà conflictuelle sans guerres meurtrières, mais quand un conflit devient destructeur et sanglant on assiste à la reprise la plus vile et basse de la vengeance sans fin (Le Signe 27/9).
Mais il n'y a pas que les bombes et les missiles qui créent des dommages matériels et humains considérables. Les Russes envahissent l'Ukraine comme si les Ukrainiens y étaient des intrus, mais, par exemple, en 1961 la population de Kothie au Gujarat, région natale du Mahatma Gandhi et de Muhammad Ali Jinnah (fondateur du Pakistan), fut chassée de ses terres ancestrales. On y construisit le gigantesque barrage hydro-électrique Sardar Sarovar d'une puissance de 1450 mégawatt, haut de près quelque 160 mètres et long de 1.200 mètres. Ce barrage n'a jamais fourni l'énergie qu'on en attendait. Même les organisations humaines à prétentions de progrès mènent la guerre à l'humanité, laquelle n'est pas leur première préoccupation, loin de là. Les habitants sacrifiés de cette région ne furent pas tués à coups de bombes, mais furent battus, incarcérés, traités d'agents anti-indiens. Une femme de lettres indienne, Arundhati Roy (chrétienne, je crois), assez peu connue en France, mais très connue dans les pays anglophones et considérée comme un des plus grands écrivains de langue anglaise au XXIe siècle, a pris la défense des sacrifiés de la vallée de la Narmada. Je me souviens de phrases fortes de cette femme que je lus en anglais (je traduis) : "Nous devons rester visibles même quand nous perdons. Il n’y a pas de limites à la résistance de l'amour."
La paix elle-même peut être une guerre, une bataille quotidienne contre la pauvreté, parfois même la misère, le mépris, la violation des droits et de la dignité. Mais où est le problème de Fond ici ? Le voici :
Notre mission ne vise pas comme but ultime la justice matérielle sur Terre. Notre mission vise à autre chose : le Jour de Dieu, la résurrection, le bonheur perpétuel, l'achèvement de la Création. En attendant, il nous faut tous mourir un jour ou l'autre, personne n'en réchappe. La mort n'est donc pas le pire malheur de l'humain et l'on peut dire que les morts des guerres vivent plus heureux dans les étoiles que sur terre, mais ce qu'on redoute dans la guerre, plus encore que les morts humains, c'est la mort de l'amour ! Et ça, c'est terrible, parce que le Jour de Dieu reculera aussi longtemps que l'amour ne triomphera pas. La vie sans amour c'est comme la vie sans feu ; sans feu il faut souffrir du froid, il faut tout manger cru, il faut renoncer à la métallurgie, sans feu c'est la vie animale. Nous vivons comme des animaux, quand nous devrions vivre comme la Vie dans la Sainteté et la Lumière (Le Signe 12/4). C'est le peu d'amour, mais amour quand même, sur Terre qui nous donne une vie acceptable en attendant que nos cœurs s'arrêtent, mais quand ce peu d'amour disparaît quelque part, ce quelque part entre dans un grand malheur. [238C22*24/02/2022]
Les gens de mon âge savent ce que sont la guerre, l'exode, etc.
Pour le moment les présentateurs et invités de la télévision ergotent sur ce qui se passe sans rien savoir de ce qui se passe vraiment. Je trouve ça assommant et j'ai fermé ma télévision. Quand j'entends une présentatrice demander "comment les Polonais accueillent-ils les réfugiés ukrainiens ?" je soupire... Les gens de mon âge savent ce que sont la guerre, l'exode, etc., toujours la même chose : "On donne un abri et de quoi manger aux réfugiés, c'est tout." Pas la peine de mobiliser les réseaux hertziens pour ça. Donc, pour l'heure, on ne sait pas grand-chose et ce que racontent nos satellites et autres avions d'observation qui regardent tout ça de là-haut est réservé, il va sans dire, à nos états-majors et gouvernements, qui n'en disent mot. Autrement dit, tout ce qu'on peut en dire pour l'heure prendrait tout au plus... disons... dix minutes.
Je sais quand même que les Américains ont envoyé, "les machines sur le pont" (jargon de marins pour dire : à toute vitesse), en Adriatique un ou deux porte-avions et nous-même, Français, avons fait appareiller le "Charles De Gaulle" pour rejoindre également l'Adriatique le plus vite possible et tenir ses "Rafales" prêts à intervenir. Je crois que les Britanniques ont aussi fait appareiller des porte-aéronefs. Tout ne fait que commencer et j'ai aussi appris que depuis hier des centaines d'arrestations de protestataires ont été effectuées en Russie... M. Poutine n'a donc pas que des supporters en Russie ; tout ne va pas être tout rose pour lui. [238C26*25/02/2022]
Une guerre, qui n'est qu'une croisade de plus…
Que cela me plaise ou non, je suis le témoin de la Parole que les générations qui viennent accompliront, celui dont la parole est la Parole, Justice de juste (Le Signe xxxi/10). L’Ukraine est bien, en dépit du tonnerre des canons et des bombes, de l'effroi et des larmes des fugitifs, qui nous émotionnent beaucoup, un "combat mineur".
Quand les grands esprits s'interrogent sur le sens de la vie et sur les faits valables de l'existence, ils voient comme idéal les belles morale, justice et quiétude. La plupart des philosophes en sont là ; nous-mêmes en sommes là, préférant voir les bons moments toujours brefs plutôt que voir qu'en fait nous naissons pour vieillir, nous débattre dans les peurs et les soucis, subir vieillesse et maladie, mourir. Cette vie charnelle n'est qu'un souffle certes très émouvant, mais qui passe. Si l'on ne comprend pas cela, on ne comprend pas "l'Ukraine", l'irrévérence et même l'indifférence avec lesquelles Vladimir Poutine l'attaque. Nous crions à l'horreur. Poutine voit ça comme un "combat mineur".
Vladimir Poutine au visage lunaire se voit comme le roi ou le césar (c'est le sens de tsar) de l'Ukraine, non par infatuation, mais par conformité à la pensée de Paul de Tarse pour qui les dirigeants étaient élus de Dieu — l'Église Orthodoxe Russe est très paulinienne —. Poutine, grand croyant et même bigot, est un ami personnel du patriarche Cyrille et fait des retraites régulières dans des monastères russes. Il me paraît probable qu'il envahit l'Ukraine, berceau du christianisme russe, par conviction sacrée, pour rendre aux Ukrainiens ce qu'il pense être les morale, justice et quiétude réservées aux appelés. Les journalistes et politiciens français, laïcs jusqu'à la mécréance, n'en parlent pas, mais pour moi, ancien clerc orthodoxe, Poutine se prend très sérieusement pour un élu. Aussi longtemps qu'on ignore cela, on ne voit pas la mécanique profonde de cet homme, qui n'est au fond que la mécanique du monde que nous devons changer (Le Signe 28/7).
Nous Pèlerins d'Arès savons que le bonheur terrestre, au sens de quiétude bonasse que donne à ce terme le monde pécheur, n'est pas ce qu'envisage Le Signe. Il n'envisage pas le bonheur sacré des Enfants du Père avant que le Jour ne se lève sur l'Espace infini. Aussi pour l'heure les morts que l'envahisseur russe fait en Ukraine, poussière à l'échelle cosmique, ne sont-ils qu'un dégât "mineur" en effet ; ce sont des âmes qui rejoignent le Ciel d'attente des étoiles. Ce qui pour le commun des émotifs mortels est terreur, deuil, bonheur volé aux Ukrainiens par la violence et la tragédie, n'est qu'une égratignure sur la Terre pour le Russe Poutine, c'est un fait moins grave à ses yeux que le fait de ne pas conserver l'Ukraine comme une relique sacrée, la genèse de l'Orthodoxie : Vladimir Sviatoslavitch, dit "le Beau Soleil", Vladimir 1er plus connu sous le nom de Vladimir le Grand, le Prince de Kiev, saint Vladimir, qui régna de 980 à 1015, premier Chrétien des Slaves. Pour Poutine, il ne semble ni cynique ni criminel de répandre le sang et les ruines dans ce but, bien au contraire. Pour nous Pèlerins d'Arès ce n'est qu'une croisade de plus, une misérable guerre au nom de Dieu ; ce n'est pas un recul, c'est un acte bestial normal dans un monde bestial, c'est une bulle de barbarie crevant à la surface de la bouilloire que le péché a fait du monde. Nous gardons notre sang froid : le monde est ainsi fait pour l'heure et c'est bien pourquoi il faut le changer. Nous sommes au cœur d'une situation qui demanderait qu'on y plonge avec une forte soif métaphysique, un dépassement créatif, au lieu de raisonner selon la logique pratique d'une idéologie politique ou religieuse (c'est à peu près la même chose). Nous vivons une heure tout à la fois très grave, étonnamment stupide, et pour nous très instructive.
Le fond de l'énorme difficulté que nous rencontrons, et qu'on voit bien dans cette guerre d'Ukraine, repose sur le fait évident que les déterminations de ce que l'homme est d'une part et de ce qu'il croit d'autre part ne sont pas indépendantes les unes des autres. On ne peut jamais, même face à des athées ou des agnostiques, dissocier le fond de la pensée où réside toujours une foi mise en quelque chose et les déclarations qui se font sur une idéologie qui est généralement connue contrairement à la foi profonde et très souvent secrète. La religion n'est pas nécessairement un phénomène humain apparent : Staline ou Napoléon n'étaient pas des croyants au sens évident du mot, mais ils n'étaient pas neutres vis-à-vis du sentiment qu'ils avaient nécessairement de leur dépendance d'un fait ou d'un être invisible. Autrement dit, être sceptique, critique, voire même ennemi de la foi, ne signifie pas qu'on ne croit à rien.
Entre les extrêmes que forment une critique acerbe de la religion et une approbation béate de la foi, il existe une riche histoire, non racontée, de la vaste secrète pensée humaine, qui n'est souvent qu'une agitation d'idées, mais qui est, nécessairement. En réalité, la seule donnée factuelle qui joue un rôle central, presque toujours floue, brumeuse, est cette cuisine intérieure de l'homme qui aboutit à un idéal, même s'il n'est qu'une tendance. Tout humain a un idéal, même celui qui le noie au fond de son verre ou celui qui affirme ne pas en avoir, et cet idéal est au minimum ce que chacun estime bon ou juge mauvais. Notre idéal à nous Pèlerins d'Arès est tout à la fois beaucoup plus élaboré et beaucoup plus simple ; il est mis dans l'amour de tous les hommes, le pardon de toutes les offenses, la paix avec tous, la liberté absolue, la discipline de l'intelligence spirituelle, mais parvenir à cela impose de chasser de sa pensée tout sentiment, tout ce qui empêche ce comportement bien équarri. C'est un état auquel très peu d'humains, d'humains connus tout du moins, sont parvenus, mais que quantité d'humains ont plus ou moins approché. C'est pourquoi il existe, qu'on le veuille ou non, qu'on prétende ou non la vivre, une métaphysique, serait-elle grossière. L'homme ne procède pas forcément à une évaluation ontologique de lui-même, mais il procède toujours, même vaguement, à une évaluation axiologique de la vie sur Terre en général. C'est peut-être ce qui distingue le plus l'homme de l'animal, du reste.
[238C34*02/03/2022]
Les ressorts profonds qui jettent des hommes les uns contre les autres
C'est de nouveau la guerre. Enfant, j'entendais des vieilles personnes de quelque 85 ou 90 ans, que ma mère rencontrait parfois : M et Mme Duduyer, parler de la guerre de 1870, le siège de Paris, les fortifs, etc., guerre à laquelle M. Duduyer avait participé, jeune homme. J'entendis aussi, enfant et adolescent, ceux de mes oncles qui avaient fait la guerre de 1914-1918 raconter Verdun, la boue des tranchées, l'enfer de l'artillerie, les attaques meurtrières, mon oncle Daniel Guitton, sergent dans un régiment de zouaves, avait eu quatre capitaines qui s'étaient succédés en un mois, tués les uns après les autres ; sa croix de guerre pendait au bout d'un long ruban où étaient agrafées plusieurs palmes. Puis ce fut la défaite de 1940 et je vécus à Paris sous l'occupation allemande et sous les bombes qui tombaient sur ma banlieue usinière. Puis quand vint mon propre temps militaire, que je fis dans la Marine, je fis la guerre d'Indochine.
Alors, je dirais que la guerre faisait en quelque sorte partie de ma culture, mais s'il est une chose que j'ai, en même temps, pris en horreur, c'est bien la guerre. Je n'ai jamais cessé de réfléchir à cette plaie de l'humanité qu'est la guerre et, réfléchissant, j'ai aussi cessé de ressentir les malheurs, souffrances et blessures de la guerre avec émotivité ; j'ai cherché les ressorts profonds qui jettent des hommes les uns contre les autres.
Je fus frappé par la scène du film Les plus belles années de notre vie de William Wyler, dans lequel un ancien aviateur militaire américain du conflit Sino-Américain, infirme de guerre, est après l'armistice devenu gardien d'un cimetière de bombardiers quelque part aux USA. Un jour gris, alors qu'il déambule en claudiquant dans le triste cimetière d'avions, il passe devant un bombardier B17 dont la trappe circulaire, par où l'équipage se hissait dans l'avion, est ouverte. Dans un irrésistible élan, il laisse tomber sa canne et réussit à se hisser dans l'appareil. Il gagne la poste de pilotage et s'assied. Alors, il part en rêve... Le ciel de gris devient bleu et lui est aux commandes au-dessus de l'océan Pacifique ; il entend les moteurs, il vole à 450 km/heure, il arrive sur l'objectif, il va larguer ses bombes... Il éclate en sanglots : jamais il ne serait plus heureux qu'en ces jours de guerre. Cela me rappela l'ivresse des branle-bas de combat sur nos navires, la formidable discipline : chacun à son poste après la course dans les coursives, les ordres qui fusent, les canons qui crachent leur feu. Je compris que la guerre est quelque chose d'ensorcelant surtout quand règnent l'impavidité et la bravoure. Je compris ce jour-là ce qu'était le plus grand danger de la guerre : c'est que les hommes aiment la guerre, parce que le soldat se sent soudain, comme on disait autrefois, "en même temps le plus élevé des hommes et le plus bas des dieux", une mise entre parenthèses du mot mortel, il y a du viking prêt à entrer dans le Walhalla chez maint soldat.
La période axiale au cours de laquelle les philosophes mirent le feu à la pensée humaine et firent avancer les grands concepts n'entraîna pas une très grande accalmie de l'ardeur guerrière. Pourtant, après la seconde guerre mondiale et ses hécatombes : 26 millions de morts chez les Soviétiques, 6 millions de morts chez les Allemands, plus de 2 millions chez les Japonais, etc., on pouvait penser que le monde avait crié : "Pouce ! On ne joue plus." Mais non ! Voilà que M. Poutine lance quelque 200.000 soldats sur l'Ukraine et des milliers de chars... Les fauteurs de guerre sacralisent toutes leurs attaques, que ce "sacré" soit déiste ou seulement idéologique. On continue de donner à tous les massacres, toutes les destructions, un caractère sacro-saint. Ceux qui disent : "Plus personne ne veut faire la guerre," se trompent et doivent faire preuve de prudence. Il y a deux jours j'ai entendu à la télévision parler un jeune caporal de Chasseurs Alpins arrivé en Roumanie avec son unité (du reste, que vont-ils faire là-bas ? mystère) dire, d'une voix décidée : "Quand faut y aller, faut y aller !" J'ai dit à mon épouse : "C'est l'enfant de chœur de la messe guerrière. Mais du côté russe c'est la même chose."
[238C35*02/03/2022]
Il faut abolir, abolir tout ce qui sépare les hommes politiquement, religieusement, culturellement, linguistiquement
Нет войне ! c'est "plus de guerre !" ou "pas de guerre !"
Comme tout le monde, Vladimir Poutine a été enfant. Je n'ai encore jamais visité la page Wikipedia consacrée à l'intéressé. En fait, pour moi Poutine est un pur Russe, c'est tout ; il ne m'intéresse pas particulièrement. C'est sans doute pourquoi je n'ai jamais visité sa page Wikipedia.
Pour moi Poutine n'est rien, rien dans le sens où la Fédération de Russie aurait un autre président qui ferait exactement la même chose que Poutine, si le président actuel n'était pas Poutine. Certes, Poutine semble un esprit plutôt démodé, mais démodé l'est-il vraiment ? Pas sûr. Pour moi ce qui se passe en Ukraine est la démonstration, s'il fallait encore faire des démonstrations, que tout chauvinisme, toutes frontières, tous drapeaux, toute Histoire nationale érigée en catéchisme sont vraiment à bannir une fois pour toutes, parce qu'ils forment un obstacle majeur à l'amour entre les hommes que nous avons la tâche de rappeler et de propager.
L'Église Orthodoxe, la Russie, l'Ukraine sont des institutions culturelles qui ont créé chez tous ceux qui naissent dans leur cadre des certitudes qui sont autant de guides de leurs conduites particularistes, même quand ils se font la guerre comme c'est le cas, aujourd'hui, de la Fédération de Russie et de l'Ukraine qui n'auraient jamais dû se séparer, ni même se séparer du reste des humains, mais n'anticipons pas !
Je ne dis pas que Poutine a raison d'attaquer l'Ukraine, mais je dis que cette guerre absurde est le résultat malheureux d'une séparation plus qu'anormale, bizarre. De là, évidemment, les sentiments très mitigés des troupes russes qui trouvent étrange de devoir venir à Kiev à bord de chars d'assaut au lieu d'y venir en train ou en voiture en touristes comme des Parisiens trouveraient bizarre de devoir aller en Picardie à bord de véhicules blindés et à coups de canon au lieu d'y aller en T.E.R. en dérangeant les ronds de cuir qui avaient trouvé dans l'intérêt de leurs grattages de papier que ces territoires culturels soient séparés sous des drapeaux différents.
Rien n'est plus facile que d'opposer à une réalité son contraire et on le voit bien dans toutes les différences qui font du monde des intérêts antagonistes qui tous sont contre-nature. Je ne parle pas de gouvernement mondial et d'une nation "monde", car plus la masse est grande plus sévère est la dictature qui gère l'ordre. Je parle d'une planète d'amour. Rien ne nous montre mieux la nocivité des nationalités, des frontières, des patriotismes, bref, de toutes les oppositions qui font de cette humanité un champ de concurrence ou de bataille. Rien ne nous prouve mieux qu'il faut abolir, abolir une fois pour toutes, tout ce qui sépare les hommes politiquement, religieusement, culturellement, linguistiquement. Le doute radical sur tout ce qui sépare les humains est le premier acte de libération ; c'est le nôtre. L'amour et les petites (voire toute petites) unités humaines confédérées sur la Terre entière sont les deux moteurs de ce rassemblement de l'humanité.
Marx a dit : "L'essentiel, c'est l'homme". Dieu le dit autrement : "L'essentiel c'est mon Enfant." Et nous voyons bien que, pour l'heure, l'homme ou l'Enfant est un être en devenir et que c'est à nous, premiers Pèlerins d'Arès de la Terre, qui ne cesseront de croître en nombre, qu'il revient de changer le monde (Rév d'Arès 28/7) en une Unité : Sois un dans toi (xxiv/1) ! Homme, sois unique sur Terre ! Il faut sortir le monde de la profonde corruption dans laquelle il est tombé.
Crédit : Auteur inconnu, Wikimedia [DR]
[238C37*04/03/2022]
Une interview de Jean-Pierre Le Goff, très proche de ce je pense moi-même de Vladimir Poutine
Voici une interview de Jean-Pierre Le Goff, sociologue, qui me paraît très proche de ce je pense moi-même de Vladimir Poutine. C'est, à mon avis, un document très intéressant.
Jean-Pierre Le Goff a été autrefois maoïste comme j'ai été moi-même communiste et nous avons noté, lui comme moi dans ce monde communiste, la place du mensonge comme outil conversationnel à utiliser sans trop de scrupule dans les débats politiques et diplomatiques, place que Poutine semble par moments perpétuer avec un mélange, au reste maladroit, de rouerie mêlée d'une sorte de vocation de la tragédie historique. C'est un personnage pas vraiment cynique, mais d'une grande complexité psychologique pour qui, c'est le moins qu'on puisse dire, le mal et le bien ne sont pas ce que nous Pèlerins d'Arès appelons mal et bien. [238C42*06/03/2022]
Il n’y a pas d’excuse à la violence, la guerre est un péché absolu
Qu'importent les bonnes raisons qui me feraient agresser quelqu'un, quelque groupe humain ou quelque pays qui ne m'agresse pas physiquement en tuant sa population, démolissant ses villes et ses installations, en le jetant dans la terreur et la détresse. Il n'y a pas de bonnes raisons au meurtre, à la destruction sauvage, au malheur et à la douleur qu'on cause. Oui, la guerre, comme je l'ai dit, est "un péché absolu" et la Russie, en tout cas le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine commet actuellement un péché absolu.
Si quelqu'un me crie : "J'encule ta mère" et si je lui fiche mon poing dans la figure, lui cassant le nez, c'est moi qui ai totalement tort de frapper. Pour moi il n'y a pas d'excuse à la violence, même s'il y a une explication. [238C44*07/03/2022]
La raison de l'attaque russe sur l'Ukraine
La raison de l'attaque russe sur l'Ukraine ? Je ne fais pas de politique, mais elle me paraît très simple et fondée sur deux causes qui se combinent :
1. L'attachement sacré qu'un Russe très pieux a pour la terre d'Ukraine, mère de la Russie (les tsars de Russie ont été longtemps couronnés et sacrés à Kiev),
2. La peur, non la peur que l'Ukraine s'allie de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, mais la peur que l'Ukraine ne soit pas un rempart efficace contre cette Organisation.
Oui, pour moi Poutine a peur. Sa peur n'est pas vraiment déraisonnable, mais en aucun cas elle ne justifie ce que cet homme inflige actuellement à l'Ukraine. Il a peur de quoi ? De l'Occident en général et de l'O.T.AN. en particulier. Il ne faut pas oublier que la Russie européenne est petite et la Russie asiatique immense ! La Russie s'est toujours sentie plus orientale ou asiatique qu'occidentale. Pour l'heure l'O.T.A.N. va jusqu'à la Pologne, donc jusqu'à la frontière polono-ukrainienne.
Or, depuis plusieurs années les Ukrainiens dans leur grande majorité sont plus attirés par l'Europe que par l'Asie : l'Europe est plus démocratique, plus techniquement évoluée, plus riche, moins rustre, ses lois sont moins rigides, bref, l'Europe est plus plaisante à fréquenter que la Russie. Depuis plus de vingt ans, la Russie voit de moins en moins d'Ukrainiens travailler ou venir en vacances chez elle et de plus en plus d'Ukrainiens partir en vacances ou travailler à l'Ouest. L'attraction de la France, de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne, de la Grande Bretagne, etc. est très forte chez les Ukrainiens. De ce fait, l'Ukraine très très copine avec l'Occident a considéré comme de plus en plus inutile d'entretenir une armée capable de résister à l'O.T.A.N ; là est le gros point d'inquiétude de Vladimir Poutine.
Poutine se dit depuis des années, et il ne s'en est jamais caché, son souci de voir cet état tampon qu'est l'Ukraine entre O.T.A.N. et Russie se ramollir, se désarmer (les Ukrainiens ont même rendu à la Russie toutes les bombes atomiques qu'ils avaient détenues au temps de l'U.R.S.S.), bref, n'avoir aucun besoin de former un avant-poste militaire solide contre l'O.T.A.N. L'Ukraine aurait-elle dû s'inquiéter de l'O.T.A.N. à sa frontière, du reste ? Non, elle n'avait aucune raison d'inquiétude. Mais tel n'est pas l'avis de Poutine, un peu paranoïaque quand même, qui se dit que si l'O.T.A.N. l'attaquait, l'armée de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord traverserait l'Ukraine comme du beurre et se trouverait aux frontières de la Russie en deux jours. Poutine s'est dit : "Autant que j'aille moi-même jusqu'à la frontière polono-ukrainienne pour former un avant-poste militaire solide." À mon avis, Poutine veut purement et simplement annexer l'Ukraine pour cette raison. Poutine se fiche de démolir plus ou moins l'Ukraine dont il n'a besoin que comme glacis, non comme région slave prospère, car l'Ukraine est un beau pays où il fait bon vivre. L'Ukraine n'a pas attaqué la Russie ; la Russie n'avait aucune raison de saccager ce pays et d'en chasser les habitants et si l'Ukraine a en son sein quelques néonazis (il y en a partout) c'est l'affaire des Ukrainiens, pas celle des Russes. Volodymyr Zelensky est juif, semble-t-il... Un juif néonazi ? Ça ne tient pas debout.
Je résume, Poutine veut tout à la fois recoller l'Ukraine à la Russie en raison de leur Histoire qui a tant de points communs mais surtout faire de l'Ukraine un avant-poste militaire solide contre l'O.T.A.N. Selon toute apparence, ce que pensent les Ukrainiens modernes de ce double projet indiffère complètement Vladimir Poutine. Je pense que le président Zelensky aurait proposé à Poutine d'organiser un référendum en Ukraine pour savoir ce que désirent les Ukrainiens, mais Poutine savait que les Ukrainiens auraient choisi l'indépendance et les échanges avec l'Europe Occidentale. Je ne crois pas une seconde que Poutine pensait que l'armée russe serait accueillie à bras ouverts, comme certains pensent ; c'est pourquoi il a tout de suite envoyé une énorme armada de chars T72, T80 et T90 et de lance-engins et 200.000 soldats.
Reste quand même à savoir si l'Armée, l'Aviation et la Marine Russe dans leur ensemble se sentent assez zélées pour aller jusqu'au bout. Les temps ont quand même changé depuis la seconde guerre mondiale. [238C44*07/03/2022]
Enchevêtrement de conflits : nous sommes tous pêcheurs !
https://odysee.com/@H%C3%A9ra:c/XavierMoreau:d
Je me suis fait un devoir, après avoir lu le commentaire d’un frère, d'ouvrir le site Odysée dont il me recommande l'écoute. Je ne connaissais ni Odysée, ni Xavier Moreau et je me suis mis à son écoute, intéressé et sans aucun apriorisme.
Dès les premiers instants du propos M. Moreau dans cette vidéo de la chaine Odyssée, il dit deux choses qui sont tout à fait sujettes à caution : d'une part, il dit que la Russie n'attaque pas, mais qu'elle "libère l'Ukraine", ce qui à l'évidence est contraire à ce qu'on voit ; d'autre part, il ne parle pas de la langue russe des Russes "vivant aujourd’hui et depuis plusieurs décennies sur le sol ukrainien" ; il parle du russe comme langue des "ancêtres" des Ukrainiens, ce qui est rigoureusement faux. J'ai aussitôt compris que ce M. Moreau, dont je ne discute pas la sincérité, commet dès le départ des erreurs qui me paraissent conséquentes. Pourquoi écouter ce qu'il dit après "plus d'une minute" ? Si tout est à l'avenant, je suis en droit de craindre de perdre mon temps en écoutant le reste.
Je le répète, je ne fais pas de politique ; je n'ai pas de parti pris. J'ai de la compassion pour les femmes ukrainiennes qui s'enfuient avec leurs enfants et je déplore la violence, d'où qu'elle vienne. Je désapprouve donc les misères que les autorités ukrainiennes ont fait subir aux Ukrainiens russophones du Donbass. Je n'ai jamais compris pourquoi le gouvernement ukrainien n'avait pas abandonné à la Russie la région des séparatistes russophones. Il faut dire que c'est un bassin houiller d'importance économique.
Toujours est-il que, quelles qu'en soient les raisons, il m'est impossible de croire que les Russes tuent des Ukrainiens et bombardent leurs maisons et leurs sites industriels pour les "libérer", comme dit M. Moreau. "Zelenski, acteur, a-t-il pour le peuple qu'il représente tant d'amour et de compassion que cela ?" Je n'en sais rien et je n'ai jamais dit ou écrit ça. Je pense quand même que c'est le président élu de l'Ukraine (élu par 73 % de voix quand même !) et qu'il essaie de faire bonne figure.
Il me semble enfin, sans parti pris, simplement parce que c'est ce que je crois voir, que l'Occident abandonne l'Ukraine à son sort et qu'elle a raison d'éviter le déclenchement d'une nouvelle guerre mondiale, mais qu'il est néanmoins bien triste de laisser l'Ukraine ainsi sombrer et sa population vivre un exode tragique, qui me rappelle l'exode tragique que j'ai vécu avec mes parents et ma sœur Cécile en 1940.
Nous sommes tous pêcheurs. Nous avançons pour atteindre dans les générations qui viennent un affranchissement de toutes formes de mal dont l’amour du prochain est le principal levier. [238C45*08/03/2022] et [238C55*10/03/2022]
Nous voyons mieux que jamais que ce n'est pas ce qu'il croit, mais c'est ce qu'il fait qui fait progresser l'homme
Quand actuellement je pense, la nuit, le jour, aux misères que Vladimir Poutine fait vivre aux Ukrainiens, je ne peux que repenser aux "Poèmes Tragiques" de Leconte de l’Isle :
Mes frères égorgés, rougissant nos vallons
De leurs membres liés aux crins des étalons,
Et leurs crânes pendus à l'arçon des Suèves ?
Moi-même, un chef m'a prise, et j'ai, durant six ans,
Sous sa tente de peaux nettoyé sa chaussure.
Vois ! n'ai-je point gardé l'immonde flétrissure
Du fouet de l'esclavage et des liens cuisants ? (extrait de "La mort de Sigurd")
Nous quittons une période de longue paix pour une tragédie : le maître des Russes, qui vraisemblablement ne croit pas en la démocratie et qui se comporte comme un tsar aussi bigot et terrible que Ivan IV, j'en ai peur, replonge son coin de la Terre dans une période obscure et tragique. Je ne mets pas en doute la sincérité de Poutine ; je mets en doute sa lucidité. Peu de traces nous apparaissent déjà des conséquences terribles de ce qui se passe, mais tôt ou tard nous les mesurerons. Pour moi ce qu'il y a de plus cruel ici, c'est que l'humanité recule. Qu'importe qui a tort et qui a raison ; tuer et détruire c'est reculer et notamment reculer spirituellement, parce que même si nous sommes faillibles, fragiles et mortels à cause du péché, ce que nous faisons durer dans la paix et l'amour sur cette Terre est une préannonce, une effort d'espoir que les temps d'éternité sont quand même accessibles si nous rétablissons peu à peu l'amour comme règle de vie humaine. Conserver la vie et le bonheur ici-bas, même si ce n'est que tant bien que mal, même si ce n'est que pour quelques décennies, est prémices du Jour (Le Signe 31/8) après lequel la vie humaine retrouvera la Vie Éternelle ; c'est un acte de foi policée triomphant de la foi rustique.
Nous revoilà dans les pires secousses du politique. Nous devons en appelant à l'amour, serait-ce qu'un peu d'amour seulement au début, viser à une dynamique sociale, vraiment civilisatrice, qui vient de sombrer dans l'agressivité guerrière et meurtrière. La paix est le seul ciment avec lequel on peut construire. Je me réjouis que cet avis soit partagé par une majorité d'humains sur Terre actuellement. Poutine doit avoir des approbateurs — il y en a toujours — mais on remarque qu'ils sont très peu nombreux. L'émotion de la majorité des humains face à ce qui se passe en Ukraine est tout à l'honneur de l'humanité et j'espère qu'elle réveille l'émotion de tous ceux qui ne voient même plus tous les conflits armés sur Terre actuellement.
Approchée dans ces circonstances, notre action missionnaire apparaît comme un moment privilégié dans l'action difficile qu'est le changement du monde. Notre apostolat vient d'une lente maturation que la Parole du Père s'efforce de provoquer depuis des siècles dans l'humanité ; nous voyons mieux que jamais que ce n'est pas ce qu'il croit, mais c'est ce qu'il fait qui fait progresser l'homme. Alleluia !
[238C46*08/03/2022]
"Il se dit qu'il s'anéantirait s'il ne pensait qu'à son propre salut"
Le Signe (30/4) dit : Mes Plaies ne guériront pas si l'homme ne se guérit pas. Moi-même je suis sans cesse en train de me reprendre, de m'interdire de penser comme un homme de France et de mon temps. Il me faut tuer au fond de moi ce péché qu'est le sursaut instinctif de l'humain que je suis, quand je me sens bouillir intérieurement face aux souffrances des Ukrainiens et me dis : "Il faut voler au secours de ces frères humains qu'on massacre et chasse de leurs maisons." Alors, je me sens non plus comme le chevalier de la foi de Kierkegaard, mais comme le chevalier sur son destrier et l'épée à la main. Il me faut me reprendre et je repense aux lignes fameuses de la "Vita beati Romualdi" (vie de Romuald de Ravenne) de Pierre Damien : "Une grande tristesse pénétra son âme après qu'il fut chassé du monastère qu'il avait lui-même construit et il allait se promettre de ne plus penser au salut des autres, quand il se ravisa. Une crainte envahit son âme ; il se dit qu'il s'anéantirait s'il ne pensait qu'à son propre salut."
Je me ravise moi aussi ; je me promets de ne plus causer de plaies à la Vie, de ne plus travailler qu'au salut de tous. [238C48*09/03/2022]
Il n'y a ni tort ni raison ; il n'y a que l'absolue nécessité de l'amour
Nous avons tous tendance, par habitudes culturelles, à prendre parti, à nous sentir d'un côté de la guerre plutôt que d'un autre, mais quand on y regarde de près, il n'est pas d'humains qui vaillent plus que les autres humains. Selon les circonstances nous avons tous l'air bon ou nous avons tous l'air mauvais. Dès qu'on voit la violence comme une fatalité, on est inévitablement tantôt la victime, tantôt l'agresseur, tout à tour. L'Histoire n'est qu'une suite de défaites et de victoires.
C'est la violence, les armes et tout ce qui peut faire mal qu'il faut éradiquer. La seule gloire qui mérite qu'on en parle, si tant est que la gloire terrestre soit quelque chose de convoitable, c'est d'être pacifique, d'aimer, de pardonner. Il n'y aura jamais de renouveau spirituel sans paix totale. En quoi devons-nous changer le monde (Le Signe 28/7) ? En une réalité eschatologique, un monde des fins dernières de bonheur, d'amour et de paix, un monde dont aura disparu à jamais la vengeance sans fin (27/9).
C'est seulement sur un tel monde que se lèvera le Jour du Père (Le Signe 31/8).
Alors, qu'importe que la Russie ait tort ou que l'OTAN ait tort ; toute l'humanité a tort d'être ce qu'elle est, toute l'humanité doit changer. Notre mouvement spirituel place l'élan du cœur au centre de la relation à la Vie. Notre foi est positive, toujours positive, jamais négative.
C'est un domaine dans lequel notre conversion n'est jamais achevée, parce que trop proches encore des principes de torts et de raison qu'il faudrait soi-disant absolument maîtriser. Il n'y a ni tort ni raison ; il n'y a que l'absolue nécessité de l'amour.
[238C49*09/03/2022]
Père, donne-nous la force d'être des hommes d'amour !
Tous les villages de France, ou presque, ont eu leurs victimes de la guerre 1914-1918. Et pourtant, que reste-t-il des cris de rage, de douleur, des gémissements, du tintamarre des armes, des bombardements de cette tuerie ? Une stèle de pierre sur laquelle sont gravés des noms avec au-dessus un soldat de bronze à jamais figé et silencieux. Que reste-t-il en effet des joies, des rires, des plaintes, des clameurs, des geignements des hommes ? Rien que quelque chose de froid, de muet et d'inerte. Où seront partis les échos de la guerre Russo-Ukrainienne, quand elle se terminera ? Car elle se terminera. On n'est sensible à la vie que quand il y a vie. Après, c'est l'âpre silence des souvenirs, quand les hommes se demandent : Pourquoi s'est-on tué ici et là à telle ou telle époque ? Car la vie, la vraie, n'est pas faite de manuscrits, de livres, d'images, de portées musicales ; elle est faite de frissons, de peurs, de courage qui n'est que de la peur surmontée, de râles de plaisir ou de souffrance ; la vraie vie et ses joies ou horreurs ne sont faites que de brefs moments. Ce qui est passé devient impénétrable à tous ceux qui l'évoquent. Au fond, ce qui empêche les hommes d'évoluer, c'est le temps ; le temps est le plus affreux écrin des événements humains ; c'est le plus grand empêcheur de prise de conscience. Nos vies sont trop courtes pour ne pas recommencer les erreurs du passé ; ce sont toujours nos enfants et petits enfants qui recommencent les erreurs... et les horreurs des aînés. Socrate, le sage, avait été hoplite dans sa jeunesse, c'est-à-dire soldat d'une unité militaire athénienne d'élite, pendant la guerre du Péloponnèse. Combien de guerres la Grèce fit-elle encore par la suite quand les horreurs des guerres précédentes furent et furent très vite oubliées ? Même le plus pieux des puissants ordonne des horreurs... Louis le Pieux (mort en 840), réputé pour sa piété et sa sagesse, ne fait-il pas crever les yeux de son propre neveu, le roi des Lombards Bernard d'Italie, tout simplement parce qu'il a bravé son autorité ? Poutine aussi est un homme pieux qui pourtant n'hésite pas à massacrer les Ukrainiens.
Père, donne-nous la force d'être des hommes d'amour ! [238C50*10/03/2022]
L’Ukraine aurait-elle pu se laisser envahir ?
L'intelligence intellectuelle dictait aux Ukrainiens de laisser entrer sur son territoire l'armée russe envoyée par Poutine pour l'envahir, pour ensuite entamer des pourparlers et une procédure portant sur le respect de la liberté des Ukrainiens. Mais je pense que cette éventualité n'a pas pu être réalisée, parce qu'avant même de faire passer la frontière par ses chars M. Vladimir Poutine avait déclaré haut et fort, d'une façon qui m'a personnellement choqué, que le président Volodymyr Zelensky et son gouvernement n'étaient que des fantoches néo-nazis et qu'il les éliminerait et les remplacerait sans délai. Les Ukrainiens ont trouvé, non sans raison, cette prétention de M. Poutine inacceptable. Les Ukrainiens avaient élu Zelensky avec 73% de leurs voix et ils aiment et respectent leur président, cela paraît évident. C'est cette déclaration de M. Poutine dont le discours, c'est le moins qu'on puisse dire, est celui d'un tranche-montagne va-t-en-guerre, qui a empêché l'Ukraine de "se laisser avaler par l'ogre Russe" pour ensuite "de l'intérieur influencer le cours de l'histoire vers plus de liberté."
Je ne vois pas en quoi M. Zelensky est "dangereux" ; pour moi il est dans le rôle qu'il a reçu électoralement... On est démocratique ou on ne l'est pas. [238C54*10/03/2022]
Sur les torts partagés et la violence, toujours à bannir
Je n'ignore rien de la situation au Donbass. Je n'ai jamais dit que le peuple ukrainien était un peuple de petits saints. Quand l'Ukraine devint une nouvelle fois indépendante en 1991 — elle avait été indépendante du IXe au XIIe siècle, puis de 1917 à 1922) avec la dislocation de l'URSS, tout le monde sait que cette dislocation s'est faite à la va-comme-je-te-pousse, dans une pagaille-monstre. Je me suis alors étonné que le Donbass, qui a toujours été de culture dominante russe, fît partie de l'Ukraine et je me souviens avoir dit à mon épouse que les choses n'en resteraient sûrement pas là. Cette région a pour nom russe Донецкий каменноугольный бассейн, c'est-à-dire "bassin houiller du Donets", et on y parle russe, mais c'est évidemment une région économique et culturelle importante de l'Ukraine à laquelle elle était rattachée au temps de l'URSS. Le Donbass se divise en deux provinces, appelées oblasts : l'oblast de Donetsk et l'oblast de Louhansk, voisines de l’oblast de Rostov en Russie. Après le départ du président ukrainien Ianoukovitch en 2014, le Donbass a été le lieu d'un conflit armé inévitable entre les séparatistes russophones. Je n'ai jamais très bien compris pourquoi l'Ukraine n'avait pas organisé dans cette région un référendum pour savoir si une majorité de Donbassiens voulaient retourner à la Russie dans laquelle ils vivaient depuis 1770. On ne connaît pas, en effet, la proportion d'habitants de ces oblasts qui veulent redevenir russes. Mais, de toute façon, la violence qu'y a exercée l'armée ukrainienne était inacceptable.
Ceci dit, on est quand même loin de la disproportion gigantesque donnée par M. Vladimir Poutine à la guerre qui a actuellement lieu sur tout le territoire ukrainien.
Il y a, de toute façon, "absolue nécessité de l’amour", La violence est toujours à bannir.
[238C53*10/03/2022]
L'achèvement de la Création dépend-t-il de la grâce de Dieu ou des actes de l'Enfant (Le Signe 13/5) du Père ?
Où est la logique dans ce conflit russo-ukrainien meurtrier et douloureux ? La logique est là, mais elle gît comme les mille morceaux d'un vase brisé. Quelles passions animent les hommes en lice, Poutine, Zelensky, etc. ? Les Russes aux commandes de leurs chars ou de leurs avions et les Ukrainiens qui se terrent pour se défendre pied à pied ? Quatre grandes valeurs, je n'en doute pas, animent les hommes qui s'affrontent, les mêmes de chaque côté : la vérité, le bien, le beau, l'amour et tout ce qui en dérive ! Oui, des deux côtés les hommes sont capables de vérité, de bien, de beau et d'amour. Mais alors, pourquoi se déchirent-ils, se tuent-ils ? C'est parce qu'ils ne sont plus capables, à cause de la vasteté de leurs territoires, de se voir les uns les autres sur des horizons transcendantaux. Le péché a brisé entre eux l'intersubjectivité. Le péché a brisé le sens commun entre eux. C'est entre autres raisons évidentes pour rétablir entre les hommes le sens commun que je préconise les petites unités humaines, connues en Bretagne sous le nom de PUCS ; les PUCS formeront des terrains où l'homme réapprendra l'homme. Les valeurs culturelles, les valeurs morales, les valeurs spirituelles gisent éparses sur la Terre. Elles ne savent plus ce qu'elles ont en commun. Sois un dans toi, nous crie Le Signe (xxiv/1). L'humanité n'est plus que des morceaux d'elle-même. Il n'y a plus la Vie, il n'y a plus que des vies... des vies qui se regardent en chiens de faïence.
Le fond de ce problème réside dans une question : L'achèvement de la Création dépend-t-il de la grâce de Dieu ou des actes de l'Enfant (Le Signe 13/5) du Père ? La formulation théologique, intellective, des Églises a dit : C'est la grâce ! La formulation naturelle du Signe dit : Ce sont vos actes. Ce n'est pas le Père qui intervient, c'est celui à qui profite sa propre intervention : l'homme. Ce n'est pas la foi, mais c'est la pénitence, qui sauve. [238C59*14/03/2022]
Sur la réussite de la mission des Pèlerins d’Arès
Nous Pèlerins d'Arès et les principes de Vie que nous répandons par nos missions qui font sourire les grandes intelligences qui nous gouvernent, nous réussirons en croissant en nombre, mais pour les grandes intelligences qui, imbues de leurs propres idées, lesquelles enflent chaque jour comme des baudruches, nous sommes tout juste bons à porter au passif du progrès, car selon eux le progrès ne peut se faire par l'amour, mais par la loi (s'il se fait, bien sûr). L'idée qu'ils se font de nous est réduite à l'opinion que nous sommes des dingues pas méchants mais illuminés et adversaires du progrès.
Nous sommes rétrogrades pour les messieurs et les dames à lunettes d'or derrière leurs grands bureaux, qui signent des papiers "sérieux". Ce sont leurs équivalents du côté de Moscou qui ont lancé une armada de missiles, d'artillerie, de blindés vers l'Ukraine. Une fois de plus dans l'Histoire, des rêveurs innocents comme nous ou comme les heureusement assez nombreux mouvements de paix et d'humanisme sont implacablement réduits à l'impuissance apparente qu'a l'amour face aux projectiles explosifs ou incendiaires, mais ça ne durera pas.
Pourtant, au bout du compte, c'est nous qui gagnerons. Nous ne sommes ni écrasés ni brisés, mais seulement réduits au silence le temps que les obus, les balles, les fusées, les bombes s'épuisent, car ils s'épuisent toujours, tandis que l'amour, lui, est inépuisable et attend son heure. La violence est plus efficace que la non-violence, mais pour un temps, car la violence développe une énergie qui s'épuise ; la non-violence ne s'épuise jamais et c'est pour cette seule raison que ce monde tout en étant dangereux et criminel n'est pas l'enfer et même qu'il s'achemine peu à peu vers la Bien absolu, qui surviendra un jour.
Ce matin j'étais figé par la peine ; ce soir je retrouve ma confiance. Courage et patience ; nous finirons par gagner ; j'en ai la certitude. [238C23*24/02/2022]
Sur l’assistance des anges et l’invocation de la Parole
Nous les moissonneurs, qui, étant moissonneurs non pour un parti, ou pour une religion, ou pour une idéologie, mais seulement et purement pour la Vie que nous avons retrouvée (Le Signe 24/3-5), nous n'avons plus de race, plus de nationalité, plus de culture, plus d'âge, mais sommes des hommes, simplement des hommes, des Enfants de Dieu (13/5), et nous sommes tous assistés tous les jours (31/6) par ces puissantes étincelles de la Vie que sont les légions célestes. Nous avons une sœur pakistanaise : Malala Yousafzai, qui a aujourd'hui 25 ans et qui a été Prix Nobel de la Paix à 17 ans, dont l'anniversaire tombe un jour après le mien, qui avait écrit, étant collégienne, le "Journal d'une écolière pakistanaise", publié en ourdou sur un blog de la BBC, journal dans lequel elle revendiquait contre les talibans sa liberté d'être éduquée à l'école comme les garçons. Un jour qu'elle était dans l'autobus de son collège elle en fut tirée au-dehors par des talibans qui lui tirèrent une balle dans la tête. Emportée par avion en Angleterre elle y fut opérée et survécut. C'est un miracle de l'assistance des anges.
Rabindranath Thakur plus connu sous le nom de Tagore, autre prix Nobel, mais de littérature, a écrit cette belle invocation inspirée d'une Upanishad :
Il est l'Un lumineux, le Créateur de Tout, le Mahatma,
Toujours dans le cœur des peuples,
Révélé par le cœur, par l'intuition, par l'intelligence,
Celui qui Le connaît devient immortel.
N'importe quel homme au monde, où qu'il soit né dans le monde, peut faire sienne cette très belle et très juste invocation de Tagore, que j'aime et prononce moi-même, que ce soit au Pèlerinage d'Arès, chez moi ou n'importe où ailleurs. Cette invocation rejoint toutes les invocations semblables dans le monde, toutes les déclarations du cœur de ceux qui ont fondé, comme vous et les vôtres, leur vie spirituelle sur la Parole pure sans religiosité, la Parole de la pénitence universelle, du Vrai de partout et même de l'Univers jusqu'à l'infini.
Tandis que le monde des ratiocineurs débat toujours pour savoir s'il existe ou non une vie après la mort, nous savons, nous, qu'il y a une vie après la mort, simplement par le fait, comme disait Albert Einstein, que la vie est énergie et que l'énergie ne meurt jamais. Mais cette vie après la mort épouse la teinte que la très brève vie terrestre lui a donnée pour une raison simple : le Créateur a créé l'homme d'un animal pensant sur Terre et c'est encore aujourd'hui ce qui se passe pour l'homme, dans l'homme, avec l'homme, par l'homme sur Terre, qui fait que l'homme se crée lui-même soit bon, c.-à-dire âme autrement dit atome de la Vie, soit rien, c.-à-dire spectre autrement dit vague pas-grand-chose, soit mauvais, c.-à-d. rien comme le rat, le pou, le tyrannosaure abruti, qui ne sont que des estomacs sur pattes et qui disparaissent sans laisser la moindre trace. Nous sommes, tous nos frères et sœurs Pèlerins d'Arès et moi, comme des ombres qui vivaient dans une pièce obscure où Quelqu'un vient d'entrer pour tirer les rideaux et ouvrir les fenêtres sur un superbe Ciel. [238C24*25/02/2022]
Sur la difficulté de notre mission face à l’inversion prescriptive du monde
Nous vivons dans un monde qui, depuis... disons... mille trois-cents ans, vit dans un processus d'inversion prescriptive et vit toujours, en somme, dans ce que j'appelle parfois un faux porte-à-faux. D'abord l'église se fabriqua une inversion prescriptive en passant du Message Évangélique qu'elle avait jusque-là défendu tant bien que mal à la Puissance Politique, puis depuis le XIXe siècle c'est l'État Politique civil qui passa des principes strictement gouvernementaux à une sorte d'imitation de l'Évangile (socialisme, marxisme, etc.) opérant ainsi une inversion prescriptive inverse. C'est à mon avis une explication du fait que les gens que rencontre notre mission ne comprennent pas ce que nous voulons dire en parlant de bonté, d'attention portée au prochain, etc. puisque même les athées dans notre monde pratiquent la charité, l'aide aux démunis, etc., qui étaient autrefois l'apanage du christianisme. Déjà Charles Péguy avait noté ce phénomène d'inversion et déclarait hypocrite et dangereux ce monde moderne athée et antichrétien qui s'appropriait ce qui était quand même resté plus ou moins basal dans les Églises. Cela je l'ai assez souvent expliqué, sans être toujours compris d'ailleurs, mais peut-être ne l'ai-je pas écrit ou pas assez écrit. J'ai parfois utilisé une image pour décrire cela, disant que l'Église ressemblait d'un côté à un curé qui se défroque et qui déménage en emportant les meubles du presbytère tandis qu'un collectiviste entrait eu presbytère avec ses meubles à lui, clouant le drapeau rouge au mur et chantant l'Internationale au lieu du Te Deum.
Le monde moderne mécréant est, en fait, assis sur des principes pour beaucoup empruntés au Message Évangélique sans s'en rendre compte. Nous vivons en somme dans une société humaine qui vit sur les restes des repas d'autrefois, restes barbares d'un côté, restes pieux d'un autre, sans plus distinguer entre eux. L'athéisme vit sur des principes qu'il n'aurait pas pu inventer lui-même et les Églises essaient de s'en sortir sur des principes que leurs bases évangéliques ne leur permettaient pas d'inventer non plus, parce que Jésus se fichait complètement de la politique. Le monde moderne s'affranchit du spirituel mais ne peut le faire qu'en s'appuyant sur l'héritage spirituel. Et nous, nous arrivons au milieu de toute cette hypocrisie bilatérale en essayant de remettre le spirituel, le vrai, sur ses rails. Notre tâche est donc très difficile, mais nous avons tout le temps, nous allons disposer de générations et de générations pour refaire de l'homme l'Enfant du Père. [238C25*25/02/2022]
Sur la remise en question de l’ordre des veillées de L’Évangile donné à Arès
Changer l'ordre dans lequel a été entendu une Parole venue de la Vie, du Père, du Très-Haut, etc. est quand même plus ou moins une désacralisation du Message. C'est, je pense, la raison pour laquelle "aucun de mes frères et sœurs Pèlerins d'Arès n'a encore relevé ma proposition". C'est une affaire très délicate. Je me souviens, alors que dans une librairie proche de l'Université de Harvard à Cambridge, banlieue de Boston, Massachusetts, je feuilletais des traductions du Coran en anglais (il y en a beaucoup), être tombé sur un Coran qui se présentait non dans l'ordre traditionnel qui est d'ailleurs celui de la Bible (par ordre de longueurs de textes prophétiques), mais dans l'ordre historiquement chronologique des révélations reçues par Mouhamad. De ce fait, les Sourates courtes qu'on trouve généralement à la fin du Coran traditionnel se trouvaient au début. L'effet produit sur le lecteur était très différent. Je n'ai pas acheté ce Coran, car mes moyens financiers étaient limités alors, et je le regrette aujourd'hui. J'aurais peut-être trouvé une autre façon de présenter le texte d'Arès. Mais, de toute façon, l'ordre dans lequel j'ai édité Le Signe est réellement l'ordre dans lequel je l'ai reçue. Il suit une logique qui avait son sens dans un Message reçu par un clerc de l'Église Orthodoxe à laquelle j'appartenais alors. Je suis toujours très perplexe concernant cette question. [238C28*25/02/2022]
Sur les difficultés rencontrées par les apôtres de Jésus
Les apôtres de Jésus se sont égarés sur les friches païennes [Le Signe 5/5] en croyant bien faire, mais aussi peut-être parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Je n'oublie pas que leurs vies étaient menacées en Palestine ou à proximité de la Palestine. Ils ont pu s'égarer sur les terres païennes, comme dit Le Signe, en désespoir de cause. N'oublions pas que l'apôtre Jacques avait été décapité : Il (Hérode) fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean (Actes des Apôtres 12 :2), et qu'Étienne avait été lapidé.
[238C29*25/02/2022]
Sur la dissociation de la conscience et du statut social
Karl Marx disait (et cette phrase est fameuse) : "Ce n'est pas la conscience qui détermine l'homme ; c'est inversement son être social qui détermine sa conscience." Marx n'avait pas tort en pensant que, d'une façon générale, si l'individu a une conscience de prolétaire, c'est parce qu'il est, socialement, prolétaire et que si un capitaliste a une conscience capitaliste, c'est parce qu'il est, socialement, capitaliste. Cela tombe sous le sens si l'on réduit l'humanité à ses pratiques strictement factuelles ou "mécaniques". Marx avait la vue courte. Nous Pèlerins d'Arès sommes à l'opposé de cette pensée marxiste, parce que nous savons que, si nous le voulons, nous avons une conscience différente de notre statut social. Autrement dit, nous apprenons par la pénitence à dissocier notre place professionnelle, responsable, intellectuelle, etc., dans la société, de la place que nous donnons à notre statut humain comme être sacré, comme être appelé à se fabriquer une âme par la pratique de l'amour.
Tout est en effet religion, si l'on ramène l'être à sa mécanique culturelle. Je fais bien, j'attends une récompense ; je fais mal, j'attends une punition. Mais si je ne me laisse pas fonctionner comme une machine, si ma conscience apprend à ne plus suivre les engrenages de mon train-train quotidien et à régir mon être autrement que voudrait le faire ma mécanique socio-professionnelle, je peux, sans nul doute sentir naître mon âme et me sentir collaborer au changement du monde. [238C31*27/02/2022]
Sur la tiédeur qui peut être sagesse quand elle accompagne la prudence (35/10)
Nous ne lisons ni l'évangile de Jean ni l'Apocalypse attribuée à Jean et nous ne pensons pas que "Dieu vomisse les tièdes". Ces mots, du reste, ne sont pas exactement ceux de l'Apocalypse. La phrase exacte est, je crois (Apocalypse 3/16) : "Puisque tu es tiède, n'étant ni froid ni chaud, je vais te vomir (dit l'Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la Création de Dieu, Apocalypse 3/14)".
Dieu ne vomit personne, parce qu'Il est l'Amour. C'est l'homme brutal qui se vomit ou qui vomit ceux qui ne le suivent pas, qu'il traite de lâches. Des hommes qui aiment leur prochain, comme nous Pèlerins d'Arès nous essayons de le faire, parce que nous sommes pénitents, ne vomissent personne. Dans ce monde pécheur la faiblesse affecte énormément de nos frères et sœurs humains, et donc les "tièdes", les peureux, les indécis, les perplexes sont légion, et nous qui sommes de même pécheurs pourquoi les vomirions-nous ? La tiédeur peut même être sagesse ; elle accompagne la prudence (Le Signe 35/10). [238C32*28/02/2022]
Sur le passage du l’antagonisme à l’unicité
Il est inévitable que ce monde soit plurivoque. L'humanité est frappée au coin d'une multiplicité d'idées qui est le résultat de millénaires d'égarements en tous sens. Du jour où Adam a librement — dame ! il avait été créé libre (Le Signe 10/10) — opté pour un autre genre de vie que celui que lui avait proposé le Créateur (2/1-5, vii/1-16) les humains se sont réfugiés dans quantités de systèmes, de modes d'existence, d'espérances, de religions, de civilisations, etc. et il est inévitable que nous nous retrouvions avec des visions fort variées de manières de penser, de réagir, etc. Ce qu'à mon sens Le Signe vient dire, c'est que l'humanité ne peut plus se résoudre à vivre dans l'antagonisme, et qu'elle ne voit qu'un seul moyen de retrouver son unicité — sois Un dans toi (xxiv/1) — ou la Vie (24/3-5), c'est la pénitence. La pénitence, je ne vois pas qu'elle soit autre chose que la vie selon le Sermon sur la Montagne (Matthieu ch. 5 à 7).
[238C32*28/02/2022]
Sur ce blog, devenu la plateforme du Prophète
Certains jours, la sœur Christiane me dit : "Je crois que c'est pour vous, son prophète, que le Père a créé l'Internet et donné à l'homme le moyen du blog. Vous êtes un homme isolé, qui a essayé de s'organiser pour transmettre au plus grand nombre possible de frères et de sœurs tout ce que vous aviez à enseigner (Maison des Faucons, Installation à Paris, etc.), mais vous n'y êtes jamais parvenu. Grâce à votre blog, vous pouvez transmettre votre enseignement à tous ceux qui souhaitent le recevoir." Mais j'admets qu'en commençant mon blog en février 2006, de façon hésitante et maladroite, je ne me doutais pas moi-même de la résonance qu'il aurait quelques années plus tard.
[238C40*06/03/2022]
Sur Ernest Renan et les interactions du Créateur et de l’homme au cours de l’Histoire
En écrivant l’entrée 238 je pensais à Ernest Renan, ce Breton de Tréguier fils et petit-fils de marins pêcheurs, car je crois qu'autant sinon plus que beaucoup d'autres le sujet "accomplir l'inaccomplissable" l'aurait particulièrement intéressé. Mais je me suis dispensé de le citer, le penseur qu'il était n'étant pas encore complètement rangé dans le placard de la quiétude, parce que la tempête soulevée par sa fameuse "Vie de Jésus", dans laquelle il affirmait avec justesse qu'il fallait voir Jésus non comme un Dieu, mais comme un homme — ce que nous Pèlerins d'Arès voyons bien —, n'est pas encore complètement apaisée.
Renan comprit bien la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin et s'y rallia, mais il ne l'appliqua jamais à l'ordre social. Il était avec raison inquiet pour l'avenir de l'humanité, avertissant que si on ne comprenait pas que l'homme n'était pas un animal mais qu'il était un être au destin transcendant, "sa mort viendrait par épuisement de la générosité des cœurs, comme celle de l'industrie viendra peut-être par épuisement du charbon." Renan ne se rallia jamais à une philosophie de la vie fondée sur la seule réussite matérielle : "J’aime mieux un yogi, j’aime mieux l'ermite Siméon le Stylite se desséchant sur sa plateforme en haut d'une colonne, qu’un industriel matérialiste qui suit toute sa vie une même pensée de fortune." Il comprenait qu'accomplir l'homme dans sa transcendance était une œuvre autrement plus difficile. "Qu'importe que mille humanités meurent ! Une humanité réussira," écrivit-il encore. Si ma mémoire est bonne, Charles Péguy écrivit aussi quelques pensées similaires.
Donc, Le Signe ne nous apporte pas une absolue nouveauté ! Il ne fait que reprendre, mais cette fois avec les accents du Créateur, une perspective déjà inspirée à des hommes tout au cours de l'Histoire et depuis très longtemps. C'est d'ailleurs Charles Péguy qui disait que "Platon est indépassable" et que "sa pensée est impérissable". Mais oui, et cependant la vie telle que la voyait Platon et, un peu plus tard, la vie telle que le voyait Jésus n'ont pas encore apparu sur Terre. Mais, après tout, ce n'est pas si vieux ; à l'échelle cosmique c'était hier. Il nous faut nous y mettre. [238C40*06/03/2022]
Sur le cœur humain attendri par l'amour comme ambassadeur sur Terre de l'Amour du Créateur
Nous Pèlerins d'Arès nous ne nous foutons pas des guerres et des malheurs qu'elles répandent, où qu'elles aient lieu, au Yémen ou ailleurs, car il y a dans le monde de très nombreux conflits armés. Sur cette carte du monde les parties en rouge couvrent des lieux, actuellement en 2022, où l'on cohabite très difficilement, où l'on se hait, où l'on se tue, où l'on se détruit, à divers niveaux. L'affaire d'Ukraine retient particulièrement notre attention, parce qu'elle a lieu à notre proximité, mais elle n'est pas la seule, loin de là sur la Terre.
[DR]
Rainer Maria Rilke, bien que poète autrichien, avait été secrétaire d'Auguste Rodin, sculpteur qui donnait vie à la pierre. Rilke écrivit les vers sibyllins que voici dans "Le Torse Archaïque d'Apollon", des vers qui m'ont paru quand je les découvris vers 1985 un appel prémonitoire au Signe, un appel à l'humanité entière, comme il y en a eu tant les siècles durant, à l'humanité partout menacée par le péché, point d'origine de la folie meurtrière humaine, où qu'elle s'enflamme et pour quelque raison que ce soit :
"Et la pierre sinon, raccourcie, déformée, serait soumise sous le linteau transparent des épaules
et ne scintillerait comme fourrure fauve
ni ne déborderait de toutes ses limites comme une étoile,
car il n’y a pas d'endroit qui ne te voie.
Tu dois changer ta vie."
C’est une image poétique de l’Un relié à tout ("il n’y a pas d'endroit qui ne te voie") qui est en même temps l’Infini, l’Illimité — "la pierre qui déborde de toutes ses limites comme une étoile." L'image de Rilke est ici celle du passage de la philosophie de l’être à la philosophie de l’Un, cause d'un changement du monde. On trouve partout dans le monde, pourvu qu'on cherche un peu, des hommes et des femmes inquiets pour le sort de toute l'humanité, au-delà même de nous Français, qui vendons des armes à l'Arabie Saoudite, c'est dans toute l'humanité sans exception qu'ici et là, hier, aujourd'hui, demain, s'allument des bisbilles qui deviennent des mouvements meurtriers et destructeurs qu'on appelle conflit, guerre, révolution, rébellion, règlements de compte, etc.
Nous avons besoin du cœur humain attendri par l'amour comme ambassadeur sur Terre de l'Amour du Créateur. Oui, parce qu'aussi "honteux" puissent être les uns et les autres de ce qu'ils arment les belligérants — l'approbation à elle seule est un armement autant que les canons et les bombes — nous devons aimer tout le monde.
Je déplore que Poutine ait engagé contre l'Ukraine cette guerre folle, guerre d'autant plus absurde et énigmatique que je ne vois pas quel intérêt il aura de "posséder" un pays qu'il aura détruit — preuve que l'humain, Poutine compris, aime la guerre, cette folie —, mais Poutine est mon frère humain que je dois aimer. Oh, certes, l'amour ne s'active pas lui-même ; il faut le vouloir — pour que nous fassions Ta Volonté (Le Signe 12/4) —, et l'amour que j'ai pour Poutine est évangélique, il n'est pas sympathie ; il est mon frère humain, un frère visiblement malade, il n'est pas mon ami. L'amour est le décodeur et transmetteur du pardon, de la paix, de la liberté, de l'intelligence du cœur, de la générosité. C'est l'amour, le métal dont sera faite la clef du Jour de Dieu (31/8). L'amour n'est pas une simple discipline morale ; c'est un outil capable de changer le monde (28/7) et, par voie de conséquence, l'Univers.
L'intelligence du cœur manque dans le monde, c'est évident, mais à voir agir le chef d'une nation aussi vaste que la Russie, on peut dire que l'intelligence intellectuelle manque encore davantage. Elle manque partout, tragiquement. Le sens de la perfection a totalement déserté ce monde ; et l'on comprend qu'il soit tellement difficile pour l'homme abruti par son rationalisme d'accepter l'existence du Parfait, du Père, de la Vie, de l'Éternel, du Très-Haut, du Créateur, d'Allah, de Brahma, etc., l'existence seule du Parfait dont nous découlons sans même entrer dans les idées qu'on peut s'en faire. Le péché a posé des lunettes noires devant nos yeux, obturé nos oreilles, a gonflé notre moi d'orgueil comme d'air une vessie de porc.
Nous sommes enchantés par nos progrès techniques sans même voir qu'ils nous ont, en fait, totalement désenchantés de la seule chose qui compte : l'amour. J'ai vu ce matin, à la télévision, les foules ukrainiennes dans les gares ou sur les routes, les femmes au regard grave ou en larmes, serrant les mains de leurs enfants, tristes et inquiètes de laisser en arrière leurs époux qui vont faire un baroud d'honneur avant de succomber, d'être mutilés ou d'être prisonniers... Où est l'enchantement du téléphone, du train rapide sur ses rails, de la voiture, de la route lisse comme un billard, etc. quand le malheur a jeté l'humain dans l'angoisse ? Qu'est-ce que signifie sur un tel arrière-plan la piteuse "générosité" d'un ennemi bardé de chars d'assauts et d'avions de bombardement qui accorde brièvement "un couloir humanitaire" ? Quelle lugubre pitrerie nous joue Monsieur Vladimir Vladimirovitch Poutine, homme visiblement grossier et limité ? Il ne se rend même pas compte lui-même de ce qu'il fait et l'on ne peut que penser à Jésus souffrant sur la croix et murmurant : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23/34).
Le style comique, moqueur ou amer que certains utilisent dans les eMails qu’il m’adresse n'est pas une méchante chose en soi, mais il entretient chez celui qui l'utilise un nuage qui étouffe sa pénétration spirituelle. Je comprends que cela permette d'évacuer par moments son ressentiment face aux évènements, mais c'est une couverture qui étouffe aussi le cri de Lumière que nous devons lancer au monde. Nous devons changer votre vie (30/11) dans ce domaine aussi en adoptant un ton plus réfléchi, il me semble. Le Père a besoin de nos frères et sœurs, j'ai besoin de mes frères et sœurs, la mission a besoin de vous tous pour se perpétuer.
Vous pouvez être digne et réfléchi ; soyez-le ! [238C43*07/03/2022]
Sur l’importance de rester aussi proche que possible de l’idéal que le Père nous propose, même pour le prophète
N'étant qu'un homme, je ne suis pas parfait, mais je fais tout mon possible pour rester aussi proche que possible de l'idéal social, fondé sur l'amour, que le Père nous propose depuis que des prophètes parlent en Son Nom à toute l'humanité. Quand, parfois aspiré vers les bas par mon ascendant culturel, je m'éloigne un peu de cet idéal, je me reprends et je retrouve le niveau de bien que Le Signe m'impose d'atteindre. [238C51*10/03/2022]
Sur la perspective de construction spirituelle des Pèlerins d’Arès
Le Signe, Voix du Père, de la Vie, de l'Éternel, de la Source de tout, nous demande à nous Pèlerins d'Arès de poser en ce monde les bases d'une métaphysique de l'affectivité qui retisse en un nouveau et immortel tissu tous les fils de l'amour, de la vie, de l'espérance, de la sempertinalité — ce mot, je pense, n'existe pas ; je l'engendre —. Nous devons pressentir, faire vivre, adapter, car les contradictions ne manquent pas, l'univers infini de la Vie, dont nous humains, étoiles, poussières sommes les miroirs dans le cosmos. Nous sommes l'Un — Sois un dans toi ! (Le Signe xxiv/1) —, tout ce qui existe est déjà en chacun de nous. Nous vivons donc dans une perspective de construction spirituelle de Tout, dans une perspective d'achèvement de la Création que notre péché a stoppée. Ce que la Parole d'Arès appelle changement est en fait achèvement. C'est une mission submergeante en cela qu'elle nous dépasse, que nous nous en sentons incapables, et pourtant...
Nous fabriquons par la pratique du Bien nos âmes ; l'âme devient l'être vrai ! La polone, c'est toujours l'âme, ou l'hâ, mais à la dimension infinie.
Nous ne sommes pas les seuls à œuvrer à la construction d'un monde d'amour ; il y a — Dieu merci — des croyants ou incroyants qui eux aussi œuvrent à la construction d'un monde d'amour, mais je pense que c'est à nous, Pèlerins d'Arès, que la Vie demande d'élaborer le modèle. C'est pour cela que la Parole nous demande d'être des héros (Le Signe xxxv/4-12). Il y a eu les "pères du désert" ; nous serons les pères et mères de l'âme. Il existe un très ancien texte, appelé "l'Histoire Lausiaque" attribué à Pallade de Galatie, rédigé vers l'an 420, qui raconte les premiers temps du monachisme chrétien en Égypte, et qui cite un très vieil ermite du désert d'Égypte, à qui l'on demande comment il peut supporter l'étouffante chaleur du désert, et qui répond : "Le désert me tue ? Je le tue !" Eh bien, moi-même qui, atteignant ma quatre-vingt-treizième année, ai parfois quelques difficultés à faire un certain nombre de choses, je murmure : "Ai-je du mal à faire ceci ou cela ? Je tue ce mal !" C'est pourquoi il m'arrive de dire : "Quand on devient vieux, on peut à peu près faire tout ce qu'on faisait jeune, sauf que c'est beaucoup plus difficile. Voilà !" Comment pourrait-il me venir à l'idée que je prenne ma retraite de faiseur de Bien ?
Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1/26-27), et de ce fait, nous éprouvons dans nos vies d'humains pécheurs un manque permanent, le besoin irrésistible d'être reliés à une source, une ascendance. De là nos patronymes, nos cartes d'identité, nos passeports, et de père en grand-père, en arrière-grand-père, etc. nous cherchons la Source ; c'est évidemment la Vie. C'est pourquoi tout s'arrête à la Vie ; pensant à la Vie originelle nous trouvons le repos de l'âme. Nous retrouvons l'Eau, l'Eau Sainte, dont nous venons ! [238C52*10/03/2022]
Sur l’anarkia et la pensée de Jacques Ellul
Dans "Anarchie et Christianisme" Jacques Ellul a écrit : "Plus le pouvoir de l'État et de la bureaucratie augmente, plus l'affirmation de l'anarchie est nécessaire, seule et dernière défense de l'individu, c'est-à-dire de l'homme." Étant un croyant, je suis par analogie d'espérance proche d'un homme comme Ellul, protestant qui, peu avant sa mort, affirmait encore que "le christianisme (d'Église) est la pire trahison du Christ."
Dans son ouvrage "Anarchie et Christianisme", Jacques Ellul considérait la Bible comme un livre libertaire. Je considère Le Signe comme un livre libertaire et c'est ce que je lui dis dans la lettre que j'avais jointe à l'exemplaire du Signe que je lui adressai en 1985 ou 1986. Je dois bien avoir quelque part une trace de cette lettre ; je me souviens en tout cas que je la commençai à peu près comme ceci : "C'est avec joie et émotion que j'adresse ce livre descendu du Ciel à l'homme qui a pour devise "Exister, c’est résister." Je pense évidemment au verbe "résister" que les protestantes prisonnières à Aigues Mortes gravèrent avec leurs ongles dans le mur de leur cellule après la Révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV. Oui, il faut résister aux pressions du milieu social, des conformistes, des "bien-pensants."
Jacques Ellul ne répondit jamais à ma lettre et, à ma connaissance du moins, ne cita jamais Le Signe. Je me suis dit qu'il restait en lui un lourd reliquat de conformisme (dame ! il était professeur aux universités de Montpellier et Bordeaux) ou que, comme beaucoup, il me prenait pour un fumiste, et j'ai jusqu'à une époque récente évité de le citer. Mais son âme erre maintenant dans les étoiles ; il est libéré de tous les préjugés humains. Je le nomme maintenant volontiers. [238C57*14/03/2022]
Sur le temps est venu où Ma Parole s’accomplit (28/14)
Bonne question : "Qu'est-ce donc qui a changé qui fasse dire au Père : Le temps est venu où Ma Parole s'accomplit (28/14) ?" Je pense, pour ma part, que nous sommes entrés dans un temps où les antagonismes ont changé de nature et sont, notamment, moins radicaux. On le sent notamment dans la guerre russo-ukrainienne qui vint d'éclater. Certes il y a des destructions et des morts, mais pas autant que le permettraient les armes modernes redoutables ; on sent qu'il y a des hésitations et que celles-ci viennent probablement du scepticisme qui marque fortement, depuis quelques décennies, les populations.
L'amour n'est certes pas là, mais il y a le scepticisme qui me paraît l'indice d'un commencement non pas d'amour, mais de doute sur l'utilité pratique de la violence ; ce doute est le début d'une certaine mansuétude, fille de l'hésitation. Il est possible que la seconde guerre mondiale qui a fait quelque cinquante millions de morts et des destructions sans pareille ait commencé à graver dans les esprits que ce massacre et ces ruines n'ont servi à rien et que les armes d'aujourd'hui sont plus faites pour faire peur que pour faire des dégâts. Même chose pour la confrontation des idéologies qui se fait inévitablement quand nos missionnaires rencontrent quantité de gens qui optent pour autre chose que pour ce à quoi nous leur proposons d'opter. Il y a un adoucissement, certes relatif, mais adoucissement quand même des oppositions. Alors, quelque chose passe ! Nous ne rallions pas encore à notre cause beaucoup de monde, mais nous laissons quelque chose dans les esprits et les cœurs et ce quelque chose ressortira à la faveur d'un vent de pensée et/ou d'un événement.
[238C60*14/03/2022]