J’engage ma voiture dans un étroit raccourci, petite rue habituellement déserte. Un motard m’enjoint de m’arrêter, calot gaillard, bottes cirées miroir, son cheval (race BMW, superbe !) sur béquille à proximité. Un peu plus loin sont garées des voitures bien chamoisinées autour desquelles piétinent des hommes en uniforme noir ou complet-veston gris croquemort.
Le motard se penche vers moi : « Êtes-vous des invités, Monsieur ? » Il doit s’agir d’une cérémonie d’inauguration.
Je ris : « Le vent de la République ou de la politique ne m’apporte jamais d’invitation, sauf l’invitation à payer des impôts. »
Un chauve en civil, brossé-repassé, s’approche de nous : « Qu’est-ce que vous dites sur la République ou sur la politique ? »

Giardano Bruno célébra, comme divine, l’infinie diversité de la nature universelle.
(Domaine public, Wikimedia)
Je souris large : « La preuve du vent, c’est l’agitation des arbres, la houle sur la mer… » D’un geste large mais sans la moindre irrévérence je désigne le rassemblement d’autorités dans la rue. « Mais nous devons payer pour le vent. Je n’ai rien dit de plus »
Lui, subitement énervé : « Sortez de la voiture ! Montrez-moi vos papiers. »
Moi (sans sortir de la voiture): « Je vais chez mon coiffeur, j’ai probablement oublié mes papier… » Je farfouille. « Vous avez de la chance ! J’ai mon permis. » Je lui tends un porte-carte transparent.
Lui : « Sortez le document du porte-carte ! » Je m’exécute. Il saisit le vieux carton rouge, ramolli, écorné par les ans. Le vieux photomaton sur le permis et le vieux barbu devant lui ne se ressemblent plus vraiment ; ça le fait tiquer. Manipulant le document comme un laborantin une crotte de chien il essaie de déchiffrer mon nom : « Vous vous appelez..? »
Moi : « Michel Potay. »
Ça lui rappelle quelque chose. Quelques secondes il fouille sa mémoire. « Nous nous connaissons, » demande-t-il ?
Moi : « J’en serais tellement heureux. Hélas, je ne crois pas. »
Il se remet à déchiffrer mon permis. « Vous êtes né en 1929 ? »
Moi : « Exact. Vais-je être fiché, quoiqu’il y ait très longtemps que je n’ai pas eu 13 ans (Je pense à Edvige, le nouveau fichier de police)? Des fiches administratives ou des feuilles d’impôt, c’est à peu près tout ce que le vent m’apporte comme preuve de son existence. »
Lui, tranchant : « Pour vous la République est du vent ? Vous devriez vous taire, Monsieur ! »
Moi : « Si vous appelez République, ou politique, la bise que vous soufflez sur moi ici, inopinément… J’en déduis que ce n’est que du vent. Giordano Bruno disait : ‘Prenons l’évidence pour unique juge du vrai, et sans évidence sachons douter.’ On regrette que Giordano Bruno fût réduit en cendres, lui, une évidence de la sublimité humaine, une évidence que la grande évasion de l’âme loin des ténèbres religieuses et politiques est possible. Mais qu’est-ce qui souffla sur son bûcher sinon le vent ? »
Lui : « Qui ? Jordo quoi..? »
Moi : « Giordano Bruno, XVIe siècle. Les forces de sécurité de son temps en tourmentant ce bonhomme croyaient agir pour la sécurité du peuple, mais comme notre Père du Ciel je doute que les pouvoirs aient jamais assuré autre chose que leur propre sécurité. Ne voyez pas de mépris dans ce que je dis ! » Il bout. J’ajoute, pour détendre un peu l’atmosphère : « Puis-je savoir à qui j’ai l’honneur ? »
Il se détourne, me rend le vieux carton rouge fatigué. « Il faut faire refaire ce permis ! » Il claque dans ses mains : « Allez ! Circulez ! » avec la souveraine condescendence du confesseur qui absout (à regret) le grand pécheur.
Je démarre, fixant anxieusement dans mon rétroviseur ces prêtres du prince du culte politique que Le Signe ne distingue pas des prêtres du prince du culte religieux.
La politique et notre sécurité ? La politique, cause des gigantesques massacres de 1914-1918 et de 1939-1945, qui ajoute à sa liste d’abattoirs ceux d’Iraq, d’Afghanistan, de Géorgie ? La politique qui ne peut rien contre la hausse des prix ou contre la crise économique, mais qui, par contre, fiche les citoyens « susceptibles de troubler l’ordre » (personne ne sait ce que ça signifie exactement) dès l’age de 13 ans ?
Certes, les hommes sont violents, mais leur violence ne disposerait jamais, sans la politique, des pharamineux moyens de guerre, de conquête, de destruction ou de répression massives que nous déplorons. Certes, les hommes sont menteurs, voleurs et querelleurs, mais ne pourraient jamais donner à tous ces péchés commis individuellement les fantastiques dimensions que la politique seule peut leur donner institutionnellement.
Le Signe dénonce le roi noir comme le roi blanc, parce qu’ils s’autorisent les pires péchés pour lesquels, par ailleurs, ils condamnent l’individu qui s’en avise. Outre son souci de garder aux hommes leurs défauts et faiblesses pour mieux les manipuler — de là son incapacité à faire le bonheur des hommes —, la politique a hérité de sa mère la religion la sacralisation du pouvoir et de la loi, l’incarnation du tout puissant, l’excommunication ou l’inquisitionnement des détracteurs. Le Signe dit que, même quand la politique fait le bien, les hommes feraient ce bien sans la politique, et feraient même beaucoup mieux. Comment ne pas douter du bien-fondé de la politique ?
Quant aux victimes de la politique et de sa mère la religion, mille pages de ce blog ne suffirait pas à en faire la liste, mais pourquoi ne pas au moins dire quelques mots de Giordano Bruno, puisque je l’ai cité — pure contingence — à l’officier de police (peut-être un commissaire)? Je ne partage pas toutes les idées de Bruno, mais son méfait, je le partage, à savoir chercher la vérité et la dire.
Giordano Bruno était prêtre et docteur en théologie en 1578, à Naples. Il eut alors le courage de penser. Il en vint à dire et écrire que beaucoup de ce qu’il était sensé croire et chargé d’enseigner était faux, n’était que dogmatisme, le trône ancien, le vieux truc « sacré » sur lequel s’était assis tout pouvoir depuis toujours (Signe 22/5-6). Comprit-il que le vrai siège du bonheur des hommes était ailleurs, dans l’amour, dans le Bien libre ? Oui, mais il était moins doué pour la spiritualité, chez lui imprégnée « d’émanatisme » néoplatonicien, que pour la logique. Il eut ainsi l’intuition logique des infiniment petits et des infiniment grands s’enchaînant, innombrables, pour constituer tout ce qui existe, y compris l’homme. Il comprit alors l’infinitude de l’univers. Des concepts contraires à ceux alors enseignés par l’église. Giordano Bruno dut fuir l’inquisition catholique. À Genève il crut trouver des vrais croyants libres, mais ne trouva que l’inquisition protestante. Il fuya à Paris, Toulouse, Londres. Il enseigna dans chacune de ces ville, puis, sans doute par mal du pays, il revint en Italie, où il mourut sur le bûcher de l’Inquisition d’une mort atroce, à Rome en 1600. Quand, avant d’allumer les fagots, un moine éleva vers lui une croix pour qu’il l’embrasse, il s’en détourna avec colère, ayant depuis longtemps compris que cette croix-là n’était que le bâton de commandement des princes (Signe 3/6).
Augusto Guzo, qui étudia la vie et l’œuvre de Giardano Bruno, dit : « [On peut discuter des idées de Giordano Bruno, mais] ce qui demeure indiscutable, c’est la force de l’enthousiasme intellectuel avec lequel il célébra, comme divine, l’infinie diversité de la nature universelle. »
Depuis le bûcher de Giordano Bruno, la politique semble avoir triomphé de l’obscurantisme, en laissant librement s’exprimer croyances et pensées. En fait, l’obscurantisme a seulement été réencadré. La politique consiste toujours à prendre le pouvoir, à le garder et, pour ainsi faire, à empêcher d’agir toute contradiction attendue ou inattendue. En politique la seule chose qui a évolué, ce n’est pas le fond, c’est l’expérience. La politique a appris qu’il ne sert à rien d’empêcher de penser pour penser, parce que quiconque pense pour penser — on appelle ça l’activité intellectuelle — allume un feu dans le désert. Vu de loin, c’est même joli et la politique laisse dans le désert se multiplier les feux dont le spectable évoque les effusions de la sainte générosité de l’État. Mais qu’un de ces feux — c’est rare, mais ça arrive — déborde du désert, poussé par le Souffle du Créateur, éclaire, réchauffe et produise de la vapeur qui actionne la machine humaine, l’obscurantisme réémerge aussitôt. L’obscurantisme réapparaît dès qu’une pensée « incorrecte » s’active concrètement, s’accomplit (Signe 35/6).
Au temps de Giordano Bruno, l’obscurantisme, c’était la théologie. Toute rediscussion des dogmes était considérée comme pensée active, le penseur était flétri et mis à mort. Ça paraissaît tout naturel à la masse moutonnière. Aujourd’hui, la valeur « sacrée » de la théologie s’est changée en valeur « sacrée » de l’opinion, laquelle est savamment actionnée comme un instrumnt de torture, voire d’exécution. Plus besoin de tuer l’homme, faire douter de son honorabilité suffit. Ça paraît tout aussi naturel à la masse rendue, par le moyen des media, tellement plus moutonnière qu’au XVIe siècle.
Je crois que la police au service de la politique sait tout cela, mais, que voulez-vous ? il faut bien gagner sa vie. C’est une souffrance que d’expérimenter, au détour d’une petite rue, la distance qui nous sépare de ces hommes, nos frères, parce que la dureté de l’existence les force à choisir d’ignorer l’évidence. Cette évidence dont parlait Giordano Bruno. C’est aussi une raison de plus pour intensifier notre mission, faire de mieux en mieux connaître nos grandes espérances.
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.
© Michel Potay 2008 — Tous droits réservés


… Face à un homme qui n’a pas peur d’elle et ose expliquer pourquoi
Je n'ai pas conçu cette entrée 85 sous l'angle de la comparaison historique entre la tracasserie policière dont j'ai été l'objet il y a quelques jours* et le sort malheureux de Giordano Bruno en 1600.
J'ai conçu cette entrée sous l'angle d'un principe qui me paraît le même dans les deux histoires : l'excès, l'injustice, dont est capable toute autorité trop nerveuse dès qu'elle se sent contrariée par un homme qui n'a pas peur d'elle pour la seule raison qu'il n'a pas peur d'elle et qu'il ose expliquer logiquement, calmement pourquoi il n'a pas peur.
Le policier qui m'a interpellé : "Sortez de votre voiture, montrez-moi vos papiers," simplement parce que je plaisantais sur le fait — absolument vrai — que la République ou la politique ne m'envoie jamais de lettres d'invitation, sinon à payer des impôts, était très désagréable et même hostile. Je ne lui en veux pas. Je n'ai pas vu non plus en lui un homme qui m'aurait condamné au bûcher ; je n'ai pas commis ce genre de présomption ou "d'exagération."
Mais j'ai légitimement vu en ce policier hyper-zélé, qui mettait plus que du sérieux dans sa mission policière, la "force de sécurité" potentielle qui m'arrêterait, si une nouvelle Inquisition lui en donnait l'ordre.
Cet homme ne me menaçait pas du bûcher, c'est vrai, mais j'ai vu en lui le premier maillon de la chaîne "judiciaire" qui, en certaines circonstances (on en a vu malheureusement au cours du XXe siècle), finirait par me lier au poteau du bûcher, parce que ce que je pense et espère "trouble l'ordre" politique du moment.
Je crois que ceux qui crient : "Attention, l'Inquisition politique après l'Inquisition religieuse (et peut-être l'alliance des deux) peut toujours ressurgir, il faut veiller à ne pas en reforger les instruments," ont raison de le crier. Je pense notamment que le fichier Edvige, qu'un décret vient d'ordonner, est un de ces instruments potentiels.
*La tracasserie est décrite dans l’Entrée 85 [85C01*09/09/2008]
… Face aux idées et textes en vigueur qui s'abattent comme un couvercle sur leur raison et leur sensibilité
Si l'on s'en tient aux seuls faits, on a raison de dire qu'on ne saurait comparer la vérification d'identité dont je fus l'objet il y a quelques jours et le sort atroce subi, il y a 408 ans, par Giordano Bruno. Mais si l'on creuse les causes, on voit que le principe de l'obéissance aveugle des bourreaux de l'an 1600 ou de mon vérificateur d'identité de l'an 2008 aux idées et aux textes en vigueur, qui s'abattent comme un couvercle sur leur raison et leur sensibilité — pour ne rien dire de leur susceptibilité — est grosso modo le même. [85C11*12/09/2008]
… Et le conflit de foi qui oppose notre espérance à leur désespérance
On pourra dire qu'il "ne faut rien exagérer et qu'il n'y a pas de commune mesure entre une vérification d'identité nerveuse et le sort dont fut victime Giordano Bruno" (extrait d'un commentaire reçu ce matin que je n'ai pas publié, faisant double emploi avec 85C01), mais ceux qui disent cela sont eux-mêmes inconscients que les policiers ou autres fonctionnaires qui se laissent à des réactions primaires de soupçon et/ou de susceptibilité conservent les caractéristiques de la barbarie. Le policier a réfléchi — pas sans un certain regret, du reste —, mais après s'être laissé aller à sa réaction primaire, un regret retardé, un après-coup, également caractéristique de la barbarie.
Il faut relativement peu de choses pour changer de telles dispositions policières brutales en outils criminels, ainsi que nous l'a montré il y a 65 ans le nazisme avec sa Gestapo et ses SS qui, au départ, n'étaient pas des hommes plus mauvais que le policier qui m'a interpellé.
On pourra aussi se dire que "les hommes sont comme ça" et qu'on "n'y peut rien", mais j'ai reçu pour mission de ne pas accepter cette fatalité tout comme la Parole du Père, Le Signe, ne l'accepte pas, simplement parce que l'homme est capable de bonté. La politique pour garder à son service des chiens de garde, des hommes bien dressés, polis, mais violents au fond, se garde de rééduquer les hommes pour qu’ils deviennent bons. La politique, qui est le pouvoir et la gestion de l'immédiat, rien de plus, ne croit d'ailleurs pas du tout que les hommes puissent acquérir amour, pardon, paix, liberté et intelligence spirituelles — mon Pentagone à moi, ma force contre le mal telle que le Père me l'indique.
On est évidemment ici dans un conflit de foi. D'un côté la politique et sa mère la religion, qui ne croient pas que l’humanité ne puisse jamais devenir bonne et qui s'efforcent de contenir, chacune à sa façon, le mal qu'elles pensent inévitable, que le mal soit contre elles ou à leur service. Le Signe est venu nous rappeler le contraire : le Bien libre et universel est possible. [85C17*14/09/2008]
… Et la négation de l’humanité chez celui qui les utilise consciemment
Ce policier avait raison, mais seulement par rapport à ses propres engagements vis-à-vis d'une loi, dont je ne nie pas l'existence, dont je ne nie pas qu'elle a ses serviteurs zélés, mais dont
Je nie l'humanité dès lors qu'elle autorise et même utilise consciemment des "réactions primaires de soupçon et/ou de susceptibilité" qui sont "les caractéristiques de la barbarie" indépendamment des conséquences qui peuvent suivre : bûcher il y a 400 ans, camp de concentration et four crématoire il y a 65 ans ou simple vérification d'identité la semaine dernière. [85C18*14/09/2008]
… Et la distance infinie qui nous en séparent
Je n'ai pas montré l'anecdote de la vérification d'identité sous le jour du conflit de forces — le fort serait celui-ci et le faible serait celui-là —, mais si mon texte a, malgré moi, fait ressortir cela, c'est par pure maladresse d'écriture.
Je ne crois pas qu'on puisse parler de fort et de faible entre deux hommes dont les vocations et aspirations profondes sont si étrangères l'une à l'autre.
On ne peut comparer que des comparables. Or, ce n'était pas le cas ici. Je ne diminue pas le policier, je le ne juge pas, je ne le crains pas davantage, je pleure sur le fait que ce frère humain soit sur une autre planète que la mienne. Le Signe nous invite à créer une autre planète. Le policier est sur la vieille planète. J'ai déjà un pied sur la nouvelle planète. Je me recrée. Se recréer est le terme que j'emploie pour expliquer faire pénitence.
Ceci dit, pour en rester au terre à terre, qui est le fort d'un éléphant ou d'une souris ? Un éléphant peut renverser un arbre et il dissuade de l'attaquer tous les prédateurs connus, sauf l'homme, mais une souris peut survivre à des prédateurs et d'autres dangers innombrables. C'est peut-être elle la plus forte. Il est finalement impossible de dire lequel est fort et lequel est faible dans des conditions d'existence si peu comparables. [85C22*15/09/2008]
… Et sa relation avec la foi et donc le rapport du savoir et de la foi
À ce commentateur qui ne saisit pas le lien entre foi et contrôle d'identité : de telles questions sont d'autant moins recevables que la France est un État laïc. Et si cela ne nous convient pas, il nous suggère d'aller aux États-Unis ou dans des pays où notre foi serait officiellement reconnue et protégée, Michel Potay répond :
Il n'a pas été question de foi entre le policier qui a vérifié mon identité avec soupçon et susceptibilité et moi, quoiqu'il ait pu m'identifier — quand il me demanda : "Nous nous connaissons ?" — comme homme de foi assez connu par ici.
Je suis désolé qu'on opère ce glissement vers le problème de la foi face à la politique laïque, problème qui n'était pas dans les intentions de l'entrée 0085. Mais ce glissement a été amorcé par d'autres commentateurs avant vous et, je le reconnais, je leur ai répondu. Ce faisant, j'ai accepté des échanges sur ce terrain-là. Je ne souhaite quand même pas aller trop loin hors du sujet.
La foi est la croyance en quelque chose d'invérifiable. C'est du moins ma formulation personnelle de la foi. Je suis témoin de deux événements surnaturels, visibles, sonores, bref physiquement manifestés, et j'ai foi en l'origine de ces manifestations comme venant du Créateur, bien que je n'aie aucun moyen de vérifier cette origine. Ma foi n'est pas mise dans le surnaturel lui-même, qui n'est qu'un fait physique, visible et sonore, mais dans la valeur de son message. Quand un Républicain laïc et incroyants dit qu'il a foi dans l'homme, il n'a évidemment pas foi dans l'animal parlant et pensant à deux pattes et deux bras qu'on appelle homme, dont l'existence est physiquement évidente, mais il a foi dans les possibilités de grandeur et de bonheur de cet homme qui ne sont pas vérifiables, loin de là, sur la terre pour le moment. Le policier qui contrôlait mon identité en me soupçonnant d'être un ennemi de la République avait foi dans cette République sans qu'il soit vérifiable qu'elle représente le meilleur système de société, ce qui nous autorise, nous Pèlerins d'Arès, à affirmer qu'il peut y avoir beaucoup mieux pour la peine d'une pénitence qui est une joie pour l'homme pieux (Signe 28/25).
Je ne suis pas d'accord avec vous, quand vous dites que" la foi n'a rien à voir dans tout ça," parce qu'on peut aussi voir les choses sous l'angle de la foi.
Le vrai problème est toujours le rapport du savoir et de la foi. Pour le policier le savoir qui "justifie" sa foi est la loi. Pour moi c'est Le Signe. Là était, en somme, quoique non-dit, le problème entre cet homme et moi, parce que la loi que le policier doit servir étant purement conventionnelle et ma conviction que Le Signe est la vérité qu'il faut accomplir étant également une pure convention de mon cœur, il n'y a pas d'argument strictement rationnel pour trancher.
Ce qui s'est passé n'est autre qu'un épisode de plus dans le perpétuel et insoluble conflit entre les administrateurs (les policiers en sont) et les administrés (les Pèlerins d'Arès en sont).
La seule réflexion ne peut pas résoudre ce problème contrairement à ce qu'ont pu penser Descartes, Spinoza, Fichte ou Hegel. La seule réflexion est nécessairement inapte à résoudre complètement les problèmes fondamentaux de l'origine du monde, de l'immortalité de l'âme, de l'existence de Dieu et, au bout de la chaîne des problèmes, de la bonne gestion de la société : vie tribale, communisme, capitalisme, république, royauté, droit naturel fondé sur l'amour ?
Feuerbach ou Marx avait donc raison en disant que la foi ne peut se rapporter qu'à ce qui n'existe pas, parce que seul ce qui existe peut être l'objet d'un savoir. Je ne peux pas donner à ma foi la description anatomique d'un chien disséqué. Si j'ai parlé du "vent" qu'est la République, c'est parce que je pense que la République n'existe pas en tant que bien réellement prouvé, parce qu'elle n'est que politique, et a apporté ainsi une montagne de maux (les guerres de 1914-18 et 1939-45, purs produits de la politique, que mon entrée 0085 cite) et d'erreurs, dont la crise qui s'amorce est une manifestation.
La foi mise par le policier dans la loi n'a pas plus de valeur en soi que ma foi dans l'homme et dans son Créateur, mais je peux considérer celle-ci comme plus digne d'intérêt, parce qu'elle se définit non comme le maintien de l'ordre, point final, ce qui n'est vraiment pas exaltant, mais comme l'espérance non infondée, à défaut d'être pour l'instant prouvée, que l'homme peut acquérir le bien au point de se passer de la loi et de faire beaucoup mieux que ce que la République peut faire. [85C19*14/09/2008]
Sur le respect des hauts pouvoirs, fondé sur la peur qu'ils entretiennent
Je ne suis pas du tout contre le fait qu'on assure la sécurité des chefs d'état, préfets, pape, etc., dont je déclare, comme le fait Le Signe, les pouvoirs illusoires (21/1, 30/14), mais auxquels en tant que frère humain je ne souhaite pas de mal.
Je suis contre le fait que non seulement on n'assure pas la sécurité de tous les citoyens de la même façon, mais encore qu'on soupçonne tous les autres citoyens comme agresseurs potentiels des chefs d'état, préfets, pape, etc.
Il est vrai que ce soupçon d'hostilité ou d'agressivité étendu à tous les citoyens montre bien que les grands de ce monde ou de son administration sont vraiment très peu sûrs du bien-fondé de leurs hauts pouvoirs et que le respect qu'ils obtiennent ne peut reposer que sur la peur des "forces de sécurité" qu'ils entretiennent.
La paix du cœur, la dignité, le courage, constituent une force qui, à terme, ne pourra empêcher la pénitence de triompher de la violence et l'obscurantisme, dont la sécurité d'État n'est trop souvent, hélas, qu'une forme légalisée. [85C02*10/09/2008]
Sur le fichier Edvige et ce qui se cache derrière la relative indifférence qu’il suscite
Je ne suis pas sûr, hélas, que "l'une des principales qualités des Français consiste à être allergique à ce formatage" par le dossier Edvige. Il existe une minorité valeureuse qui a le courage de dire non et d'expliquer pourquoi elle dit non, mais je crains fort que le citoyen moyen de la grande majorité française y soit indifférent, voire même trouve ce dossier Edvige très bien parce que, dans son idée, ce fichier est fait pour les autres, mais pas pour lui. En cela il se trompe, mais quand il s'en apercevra, il sera trop tard. L'Histoire toujours, toujours recommencée... Il faut arrêter l'Histoire. [85C03*10/09/2008]
***
Ce matin, dans le TGV, voyage de retour à Bordeaux d'un déplacement de travail pour régler une question financière difficile concernant les travaux que nous allons reprendre sur nos saints lieux d'Arès, je lisais "Le Figaro" et j'y trouvais un sondage sur le dossier Edvige précisément.
Ce n'est évidemment qu'un sondage, mais qui va dans le sens de ce que je dis :
55% des Français approuveraient, selon ce sondage, le fichier Edvige, demandant seulement une révision de certaines de ses conditions, notamment la suppression des renseignements concernant les habitudes sexuelles et les dossier de santé (mais pas la suppression des informations sur les tendances religieuses) des personnes fichées,
45% seulement demanderaient la suppression pure et simple de ce projet de fichier.
Et, je me permets d'ajouter que si ce projet de fichier passe quand même, ces 45% de Français n'entreraient pas pour autant en insurgeance ouverte.
Mais ce n'est que mon point de vue.
J'en profite pour rappeler que Le Signe est totalement muet sur les raisons qui ont amené le Créateur à parler à un bonhomme comme moi et en France en 1974 et 1977, mais — et ce n'est encore qu'un point de vue — je ne crois pas du tout que ce soit parce que les Français auraient une capacité particulière de rébellion contre le système. J'ai déjà bien des fois exprimé mon opinion (qui n'est qu'une opinion, rien de plus) sur les raisons qui ont amené le Père à cette démarche en 1974 et 1977 et je ne vais pas me répéter ici. Je crois, bien sûr, que les Français peuvent jouer un rôle important dans le processus de changement du monde, mais pas par leur capacité de "refuser le formatage" politique.
Sur le problème de fond que pose ce fichier, voir par exemple : https://www.senat.fr/questions/base/2008/qSEQ080905551.html [85C06*12/09/2008]
Sur l’insurgeance qui, contrairement à la rébellion ou la révolution, vise à changer le monde par la bonification volontaire de chacun
Passant devant un kiosque de presse et y apercevant le périodique "Marianne" que me cite un commentateur, je l'ai acheté. Je viens de le parcourir et je suis tombé sur Giordano Bruno cité avec Antigone, Jeanne d'Arc, Galilée, Emile Zola, Jean Moulin, Nelson Mandela et même Martin Luther King (assez curieusement mentionné là, puisqu'il n'a pas été victime de la politique, mais d'un individu fanatique), tous cités en un peu en vrac, mais qui ont tous eu, c'est vrai, pour bourreau l'obscurantisme sous diverses formes.
Je tiens à rectifier tout de suite quelque chose d'important. Les rébellions historiques dont parle ce numéro hors-série de "Marianne" se sont déroulées dans un cadre politique et, quand elles ont réussi, n'ont jamais débouché que sur un nouveau régime politique qui, bien souvent, n'a pas été tellement meilleur que celui qu'elles avaient renversé. Ce n'est pas à ce genre de rébellion-là que nous invite Le Signe. Le Signe nous invite à changer le monde (28/7) par la bonification volontaire de chaque individu (changement de vie personnelle, 30/11) d'un petit reste qui, de génération en génération, finira par instaurer, par contagion, effet de voisinage, le règne de la spiritualité et éteindra, ipso facto, la peur des pouvoirs politique et par voie de conséquence fera disparaître celle-ci. Pour cette raison j'ai encouragé mes frères à ne pas utiliser les mots de révolution ou de rébellion, marquées dans l'Histoire par la violence, le sang et la cruauté, mais à utiliser le mot "insurgeance" par le refus du péché en commençant par soi. Ceci n'est évidemment qu'un résumé extrême. [85C11*12/09/2008]
Sur Giordano Bruno
Sur Giordano Bruno qu'en dire, en bref, en plus de ce que dit déjà mon entrée ? Entré au couvent des Dominicains de Naples, il étudia, outre la théologie catholique, beaucoup d'auteurs anciens : Héraclite, Démocrite. Sa pensée, souvent d'inspiration panthéiste et néo-platonicienne, le fit condamner à Rome pour hérésie vers 1580. De là sa fuite en France et en Angleterre et même en Bohême (Prague). Il est depuis longtemps un des grands symboles de la liberté de pensée générale et, plus spécifiquement, par sa pensée antidogmatique, il est souvent considéré comme un des artisans de l'apparition de la Renaissance. Il préconisait de n'utiliser que l'expérience et la raison dans la recherche de la vérité contre toute conviction obstinément aveugle. Ceci aussi n'est qu'un résumé extrême.
Michel Servet a été lui aussi victime de l'Inquisition, mais protestante. Il fut brûlé vif à Genève. Quant à Girolamo Savonarola, il fut brûlé sur le bûcher — après avoir été pendu, je crois — pour ses dénonciations de la corruption du clergé catholique et notamment des turpitudes du pape Alexandre VI. [85C11*12/09/2008]
Sur les Pèlerins d'Arès, chrétiens de droit spirituel
À un commentateur Pèlerin d'Arès appelé à siéger comme juré devant la Cour d'Assises, et qui rend compte de l'attitude qui fut la sienne en cette circonstance, Michel Potay répond :
Merci de porter ici témoignage de votre attitude bien dans la ligne chrétienne qui est la nôtre — celle du Sermon sur la Montagne (Matthieu Chapitres 5 à ) et du Signe, pas celle des églises et de leurs dogmes —. Ce que le public voit rarement, c'est que les Pèlerins d'Arès sont des chrétiens de droit spirituel — de droit spirituel légitime et parfaitement logique et même au sommet de la logique, si l'on exclut, comme Le Signe nous le recommande, l'évangile de Jean et les épîtres de Paul (Signe 16/12). N'oublions pas qu'à l'époque où fut établi le canon des Écritures des églises (la Bible dite chrétienne) il y eut des oppositions à l'intégration de l'évangile de Jean et des épîtres de Paul. Oppositions auxquelles Le Signe apporte son appui.
Je vous dis toute mon approbation fraternelle de l'attitude que vous avez eue comme juré désigné d'office, dans la paix et le respect des autres. Je regrette peut-être un peu que vous n'ayez pas simplement évoqué le Sermon sur la Montagne, que je viens de citer : Tu ne jugeras pas ! En général, les magistrats, même ceux qui ne sont pas chrétiens, situent cette citation comme un acquis de la culture générale et la respectent. C'est d'ailleurs, je crois, en vertu de cette citation fondamentale des sources chrétiennes que les citoyens membres des clergés, catholiques, protestants, orthodoxes, etc., ne sont jamais convoqués à rejoindre un jury (Comme quoi, il existe déjà un fichier quelque part.…). J'aurais dit : "Jésus n'aurait pas accepté d'être juré. Pourquoi donc moi, un chrétien, l'accepterais-je ?" Mais peut-être l'avez-vous dit aussi. La présidente d'Assises aurait sûrement répliqué : "Mais la plupart des jurés ici présents sont des Catholiques," et vous auriez répondu : "Ils sont des chrétiens catholiques et je respecte leurs convictions. Je suis simplement un chrétien et j'essaie de vivre selon les Sources évangéliques."
[85C15*13/09/2008]
Sur la justice, sujet immense, difficile à cerner
La justice est un sujet immense, tellement qu'aucun homme ne saurait le cerner et que, pour cette raison, les magistrats ne sont que des fonctionnaires du Ministère de la Justice et, s'ils sont honnêtes, le savent. Je me suis donc bien gardé d'étendre la question à la justice — au sens noble et universel du mot —, parce qu'il ne s'agit que d'un blog dans ces modestes pages de l'Internet, il ne s'agit pas d'un séminaire sur le sujet de la justice.
C'est bien parce qu'il sait bien que sa loi n'a de justice que le mot et qu'il en a conscience que l'État a depuis toujours renoncé à faire autre chose que "faire régner l'ordre." Comme l'État sait très bien qu'il n'y a d'ordre que conventionnel, il ne s'embarrasse pas de finesse dans ce domaine, sachant qu'il n'existe pas de convention qui ne soit discutable. C'est pourquoi je crois que le grippe-coquin qui arrêta Giordano Bruno dans les années 1590 n'était guère différent, quant à sa façon de comprendre son rôle, que ne l'était le policier qui m'a tracassé, 400 ans plus tard, dans une rue où j'avais, de toute façon, parfaitement le droit de passer et uniquement parce qu'au lieu de répondre simplement "Non" à la question du motard : "Êtes-vous des invités, Monsieur ?" j'ai fait une réponse poétique et joyeuse où l'on a cru percevoir un manque de respect, voire de lèse-République ou peut-être même de subversion. Le type qui m'a tracassé était sincère, sans nul doute, avec, en plus, une évidente antipathie pour le genre de type libéré qu'il flairait en moi.
Si la masse populaire ne proteste pas plus contre ce genre d'attitude policière, c'est parce que — mémoire des peuples — elle voit sans surprise depuis des siècles les "forces de l'ordre et l'État leur maître" faire le contraire de la justice et confirmer l'esclavage universel. À ces esclavagistes universels, rendus sceptiques et parfois cyniques par le pragmatisme même qui les sous-tend, la philosophie a toujours paru dangereuse. Giordano Bruno philosophait, ce qui était déjà criminel en soi en ce temps-là, et moi la semaine dernière j'ai paru philosopher poétiquement et, selon le même réflexe, j'ai été considéré quelques instants comme dangereux. On m'a laissé aller parce que, comme l'explique mon entrée, l'expérience historique a montré aux forces de l'ordre que les idées n'étaient pas dangereuses tant qu’elles n’étaient que pensées ou mots. C'est Spinoza, je crois qui disait que "Dieu est partout présent et aime tous les hommes selon toute évidence, mais malheur à qui l'enseigne !" De même nous pouvons dire : "La liberté de conscience est partout présente et concerne tous les citoyens sans exception, mais malheur à qui le rappelle tout haut !" C'est ce que j'ai fait face à ces policiers.
Nous avons, nous Pèlerins d'Arès, la très rude tâche d'effacer cette mémoire des peuples, dont je viens de parler, parce qu'elle a rendu les hommes fatalistes. Tâche ardue, qui sera inévitablement longue.
Le fatalisme s'installe quand des policiers en viennent à croire que le monde est irrémédiablement déraisonnable, et qu'il est alors logique d'imposer une déraison qui maintienne la paix, faute de justice. C'est bien là ce que le Créateur n'accepte pas. C'est bien parce qu'il est convaincu que l'homme n'est pas tombé si bas qu'il doive se résoudre à ce pragmatisme médiocre qu'il lance Le Signe. C'est surtout parce que le mal, le malheur et la mort séviront toujours en ce monde tant que l'homme ne réveillera pas ce sens sublime de la justice, qui ne va pas sans celui de la liberté, qui est la Ligne Morale même du Créateur. [85C16*13/09/2008]
Sur cette raison de bonté, intervenant avant que le mal ne soit fait et qui est créatrice de l'âme
J'aime et j'admire Spinoza pour la liberté de pensée qu'il manifestait par rapport aux contraintes culturelles de la synagogue, qui d'ailleurs l'excommunia, mais je n'ai jamais dit que j'étais spinoziste.
Je reconnais l'extrait de ce philosophe, tiré de "Philosophie et Politique" (ou "Théologie et Politique", je ne me souviens pas exactement), que je lus il y a fort longtemps, quand je fis ma théologie, méditation de Spinoza sur le Droit Civil opposé au Droit de Nature. Le Signe intervient, d'ailleurs, au cœur du conflit perpétuel entre le Droit de Nature, auquel le Créateur nous demande de revenir en faisant confiance à la nature humaine que la pénitence peut rendre bon et raisonnable, et le Droit Civil qui n'est que le pis-aller auquel le système d'Adam (Signe 2/1-5) a dû se résigner pour contenir le mal qu'il avait déchaîné en déclenchant le péché.
Je suis bien d'accord avec Spinoza sur le fait que, dans l'état actuel des choses, la raison ne prévaut pas sur les réactions immédiates de l'homme et qu'une loi est nécessaires pour rendre ce monde vivable, laquelle loi d'ailleurs n'empêche pas les dites réactions de l'homme et les punit seulement après-coup, ce qui est également une caractéristique de la barbarie organisée, contrôlée. Dans le système, tel que la politique le conçoit, le mal précède toujours la loi, qui s'applique au mal fait, perpétré, passé, raison pour laquelle le mal sévit toujours.
Mais Baruch Spinoza, s'il a écrit "L'Éthique" — un traité du salut par la conscience que Dieu est en l'homme, mais passant par le rationalisme absolu, une croyance sans sacré ni mystère — n'avait pas la foi au sens transcendant, transfigurant, que nous, Pèlerins d'Arès, donnons au mot foi. Il va sans dire que pour Spinoza l'âme n'est autre que ce que Le Signe appelle l'esprit, parce que l'âme véritable est l'élément existentiel que l'homme de bien crée et ajoute à sa nature (Signe 17/1-7).
Ce que le Père attend de nous, c'est de convaincre l'homme que sa raison peut intervenir avant la réaction barbare, avant le mal. C'est cette raison de bonté, intervenant avant que le mal ne soit fait, qui est créatrice de l'âme. C'est une autre façon de définir la pénitence, telle que Le Signe comprend ce mot. [85C18*14/09/2008]
Pourquoi Michel Potay cite les philosophes
À un commentateur, agrégé de philosophie, qui voit dans le Prophète un guide d’une intelligence et d’une sensibilité peu communes, une chance pour les Pèlerins d’Arès, mais qui se demande quand même s’il est bien nécessaire de citer des philosophes, Michel Potay répond :
Si je cite quelques philosophes, ce n'est pas pour étaler mon savoir, qui n'est pas aussi étendu qu'on peut le penser, d'ailleurs. C'est seulement pour montrer que je suis, comme tout être humain, le résultat d'une évolution de la pensée humaine qui m'a très longuement précédé, des siècles et des siècles durant, et que je ne suis pas un génie qui sort tout de lui-même comme le Créateur sortit l'univers. Je dois tout au Père de l'Univers (Signe 12/4) et à beaucoup d'hommes qui m'ont précédé, dont les philosophes, dont j'ai d'autant plus besoin que je dois prophétiser, qui ne signifie pas prédire l'avenir, mais expliquer et vulgariser dans le monde le sens d'une sublime Parole que j'ai reçue et qui ne me doit rien.
Dit autrement : Homme qui ne doit pas grand-chose à lui-même, le monde me doit moins encore. Je remplis ma mission de transmetteur et d'explicateur d'un grand Message de la Création en m'appuyant sur les outils — mais non nécessairement sur les idées — que m'ont légués des hommes qui ont su penser et exprimer leur pensée avant moi.
Voilà pour ce qui concerne les philosophes. [85C20*15/09/2008]
Sur la vocation d'un homme de Dieu, qui n'est pas d'étaler un savoir abstrait, mais d'entrer dans le vécu des hommes
Pour le reste, mes réponses sont faites pour expliquer aux commentateurs pourquoi je ne suis pas d'accord avec eux sur tel ou tel point. Non pour les contredire, mais là encore pour prophétiser, c'est-à-dire remplir ma mission de transmetteur et d'explicateur d'un Message. Il y a de nombreuses raisons au fait que le monde n'a pas trouvé — ou plutôt retrouvé après la mauvais choix d'Adam (Signe 2/1-5) — sa ligne spirituelle génésiaque, mais l'une de ces raisons est que les rares spirituels qui ont pu s'exprimer, quand ils n'étaient pas brûlés vif ou emprisonnés, n'ont peut-être pas compris que leur seule raison d'être était de s'adresser à des non-spirituels. Ils se sont changés ou ont été forcés de changer en théologiens, comme vous dites.
L'humanité ne peut pas être convaincue de se spiritualiser à partir du discours théologique, hermétique pour le tout-venant. C'est pourquoi un François d'Assise (le jars, Signe xxxvi/3) et un Curé d'Ars ont fait plus pour ramener la vie spirituelle et l'amour évangélique autour d'eux que n'ont fait les papes et les grands prédicateurs patentés. Encore ne suis-je pas sûr, pas du tout sûr en ce qui me concerne, d'avoir vraiment trouvé la voie très simple de ces hommes très simples. J'essaie d'aller un peu plus au fond des choses et je crains que cela obscurcisse un peu mon prêche.
Il faut que le discours spirituel soit directement en prise avec la réalité. C'est ce que j'essaie de faire par ce blog, dont beaucoup d'entrées sont fondées sur des événements de l'actualité, de la réalité. Alain disait que "la morale de Kant (grand philosophe de la raison pure) est celle du savetier." J'essaie aussi de faire de mon discours spirituel celui du cordonnier — on ne dit plus savetier, je me modernise — ou du moins de l'instituteur, qui essaie de faire passer des sentiments subtils, et oubliés, par des paroles compréhensibles. La vocation d'un homme de Dieu n'est pas d'étaler un savoir abstrait, mais d'entrer dans la vie quotidienne des hommes. [85C20*15/09/2008]
Sur notre force dans la confrontation avec les autorités : l’amour, le pardon, la paix
À un commentateur qui raconte un différend avec la police alors qu’il était en activité de moisson dans la rue, Michel Potay répond :
Il est bon de rappeler calmement aux policiers qui interpellent qu'ils outrepassent leurs droits en interprétant la loi de façon par trop gaillarde.
Mais outrepassent-ils vraiment leurs droits ? Je ne le crois pas. À mes yeux du moins, les choses ne sont pas aussi simples.
Je ne crois pas du tout que le policier qui vous a interpellé quand vous étiez en activité de moisson ait été sanctionné. Je ne crois pas non plus que celui qui m'interpella la semaine dernière, parce que je disais en riant que "le vent de la République et de sa politique ne m'apportait guère que des invitations à payer des impôts," aurait été sanctionné si la situation s'était aggravée.
S'ils ne sont pas sanctionnés, c'est qu'ils font ce que leur hiérarchie attend d'eux. Ils sont dans leur droit, sinon au sens des Codes, du moins et essentiellement au sens des habitudes — ou du droit coutumier ? — de la police.
Un homme de ma génération ne peut pas oublier que les juifs ont été interpellés et conduits dans des camps de concentration par des policiers allemands ou des policiers français — oui, parfaitement, la police française pendant l'occupation arrêtait nos concitoyens juifs — sur des territoires européens dont les lois écrites garantissaient la liberté de religion (y compris la religion juive), d'opinion, de circulation. On peut aussi demander à Amnesty la liste des pays signataires des Droits de l'Homme dont les polices et même parfois les tribunaux ne respectent pas ces Droits ; la liste serait impressionnante. Comme quoi, pour le policier, le droit, c'est le droit que lui donnent ses chefs ! Ce ne sont pas les textes.
Je vois le droit de police comme le droit des circonstances et je ne crois pas que les plus hautes autorités de la France leur dénie ce droit, parce qu'elles peuvent avoir besoin de police en toutes circonstances, y compris les plus moches.
Si votre interpellation s'est bien terminée, c'est probablement parce que vous étiez un Pèlerin d'Arès, membre d'une famille de foi et de pensée pas si mal vue que ça, considérée comme une sorte de christianisme radical — Ce qui, quoiqu'un peu court, n'est pas faux au sens du Sermon sur la Montagne (Matthieu ch.5-7) —.
Il y a donc bien le Droit écrit et le droit que se donnent les autorités. J'ai même entendu des juristes dire qu'il y a le Droit écrit et l'interprétation du Droit par les tribunaux qui ne coïncident pas nécessairement.
Je dis tout cela, un peu pour rappeler quelque chose que tout le monde sait, mais surtout pour rappeler que, en ce qui me concerne en tout cas, j'ai toujours à l'esprit la Parole de Dieu bien avant le Droit écrit du pays, que la Parole de Dieu met sans cesse en doute et appelle loi des rats. Oui, cette formule irrespectueuse : loi des rats, qu'il vaut certes mieux taire sur l'instant d'une confrontation (parabole du serpent et de la colombe), ne vient pas de nous, mais du Créateur.
Sans savoir de jure à quel texte nous nous référons, différent du leur, les policiers et les autorités sentent bien, par pur flair, que notre foi de facto nous conduit à une conception du droit extérieure à la leur. Ils expriment par leurs tracasseries une intuition avec laquelle nous jouons au chat et à la souris, mais qui n'est pas fausse. Nos plus grands atouts — notre force — dans cette confrontation seront toujours l'amour, le pardon, la paix, bien plus que l'argumentation de Droit. [85C23*16/09/2008]
Sur la liberté d’expression que nous voulons pour tous
On m’apprend que les Témoins de Jéhovah ont repris leur mission publique depuis un an environ. Je ne l'avais pas remarqué. Je devine qu'ils ont retrouvé le chemin de la voie publique pour y porter leur témoignage depuis que le Conseil d'État leur a donné raison sur des points capitaux contre l'attaque qu'ils ont subie de l'Administration Fiscale. Nous, Pèlerins d'Arès, ne partageons pas l'interprétation de la Bible à laquelle se vouent les Témoins de Jéhovah, mais nous nous réjouissons que ces frères croyants aient retrouvé leur liberté d'expression publique.
Je fais mienne, et notre Père du l'Univers ne la démentirait pas, cette phrase d'une célèbre conférence faite à Rome par Jean-Paul Sartre dans les années 50, sur le sujet de l'Algérie : "...car je ne suis pas libre, si tous ne le sont pas." [85C27*17/09/2008]
Sur la responsabilité directe de la politique et de la loi dans la démultiplication et la subsistance du mal
À commentateur nous reproche de rejeter la politique et la loi, y voyant une forme d'inconscience et d'aveuglement. Selon lui, l'Ordre doit régner, faute de quoi c'est le chaos. La loi, dit-il, n'est ni un credo ni de la philosophie : elle est simplement là pour que le monde ne devienne pas un terrain de rapine libre. Et la politique, dans cette perspective, est là pour assurer le peuple que tout est raisonnable et solide, Michel Potay répond :
Ce que votre commentaire oublie d'essentiel ou — plus inquiétant — ce qu'il implique silencieusement comme essentiel et salutaire, c'est que La loi est toujours celle du plus fort, c.-à-d. celle de celui qui détient la force de décision et d'application, ce qui a conduit à d'immenses catastrophes et de tragiques malheurs — les guerres pour ne parler que de ces malheurs-là —, que nous voyons se perpétuer aujourd'hui, ici et là dans le monde et pourquoi pas chez nous demain ?
C'est pourquoi j'ai pris le soin de signaler dans mon entrée 0085 ceci :
"Certes, les hommes sont violents, mais leur violence ne disposerait jamais, sans la politique (et sans ses lois), des pharamineux moyens de guerre, de conquête, de destruction ou de répression massives que nous déplorons. Certes, les hommes sont menteurs, voleurs et querelleurs, mais ne pourraient jamais donner à tous ces péchés commis individuellement les fantastiques dimensions que la politique seule peut leur donner institutionnellement."
Ne voyez-vous pas le grand crack bancaire qui se prépare — des banques US de l'importance de Merryl Lynch et Lehman sont en banqueroute, les actions de l'UBS (Union de Banques Suisses) sont tombées de 80 à 20, le n°1 mondial de l'Assurance AIG a été sauvé in extremis de la faillite ce matin, d'autres vont suivre avec des conséquences imprévisibles sur l'économie mondiale ?
Ce crack bancaire, s'il n'est pas stoppé d'une manière ou d'une autre, va conduire le monde à une ruine généralisée, à un vol gigantesque du fruit de notre travail. Pourquoi à la racine ? Parce que le développement économique s'est fait, autorisé par la loi, partout sur l'endettement et qu'il a été dépensé plus d'argent que les banques elles-mêmes n'en ont. Tout ce désordre avec l'autorisation et le contrôle de la loi qui ne favorise que ceux qui la font ! Il est par exemple légal pour la France d'avoir 1.100 Milliards d'Euros de dette, mais cet argent qui lui est prêté n'est pas rendu aux prêteurs (banques) et ceux-ci en arrivent à ne plus rien avoir et ne plus pouvoir investir, sinon en s'endettant eux-mêmes et s'endettant de vent, puisqu'il n'y a plus d'argent ? Enchaînement fatal des endettements. Oui, un tel dérèglement n'aurait pas existé sans les lois funestes qui l'ont autorisé et si vous ou moi faisions la même chose à notre tout petite échelle, cette même loi nous punirait. Quelle admiration pouvons-nous avoir pour la politique et ses lois ?
Mais, oublions un instant les questions d'argent en espérant qu'elles s'arrangeront.
Parcourez l'Histoire et vous verrez à quels horribles abus sur la personne humaine la loi du plus fort a conduit dans des circonstances répétées. Le stalinisme, le nazisme, etc. Or, ce que vous impliquez, c'est qu'Il importe peu que la loi soit celle du plus fort, pourvu qu'il y ait une loi. Vous ne voyez la loi que dans ses applications pacifiques et bénéfiques : — sécurité, santé, retraite — mais ce ne sont jamais celles-là qui triomphent à terme. Des pouvoirs, politiques, financiers, religieux, etc., savent toujours, à un moment ou à un autre, s'emparer du principe de la loi pour leur profit, parce que c'est la loi qui leur permet d'amplifier ce profit dans des proportions impossibles sans la loi.
C'est vous qui êtes inconscient parce que vous ne voyez pas que le principe de la loi utilisé par des gens raisonnables en temps de paix et prospérité publiques a été utilisé — et les lois elles-mêmes d'ailleurs, car on peut les interpréter de diverses façons — pour le malheur, voire l'horreur, chaque fois qu'un absolutisme ou une tyrannie a succédé à ce temps de bonheur relatif, ce qui est régulièrement arrivé et qui arrivera encore. C'est ce cycle infernal que Le Signe nous prie de stopper par la rééducation du cœur de l'homme qu'elle appelle pénitence.
Vous dites que la loi n'est pas un credo et je dis que c'est heureux. Si les Pèlerins d'Arès n'ont pas de credo, remplacé par leurs consciences évolutives et constructives, c'est pour ne pas figer l'expérience du bien qui se cherche sans cesse pour triompher du mal. La vie est mouvement, évolution continuelle, que la loi stoppe. La loi est par principe contre nature.
Vous dites que la loi n'est pas une philosophie et je dis que c'est dommage, parce qu'elle serait alors mobile, adaptive au bon sens du mot. Alors, ce ne serait plus une loi figée au sens qu'on donne au mot loi, ce serait alors la Loi à venir dont parle Le Signe, autrement dit la vie sans loi des rats, mais régie par la Loi (Signe 28/7-8) de l'Amour et de la Raison que Le Signe appelle Intelligence (32/5). La philosophie c'est la recherche d'intelligibilité de tous les actes humains. C'est aussi une recherche morale et spirituelle. La loi des rats n'est jamais cela, même quand elle paraît bonne, parce que son principe figé la rend inévitablement arbitraire, lui enlève toute spiritualité. [85C28*17/09/2008]
Sur les analogies en bien ou en mal à manier avec circonspection en l'absence d'une analyse approfondie du comparable et du non-comparable : le cas de Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau.
À un commentateur qui fait le lien entre le cynisme-scepticisme de policiers qu’il côtoie dans sa famille et… celui de Thomas Hobbes, Michel Potay répond :
Je n'ignore pas qui était Thomas Hobbes (prononcé Hobz et non Obèz ni Obesse comme beaucoup font) et personne avec quelques notions de philosophie ne peut l'ignorer. Matérialiste intégral en effet, pour qui il ne pouvait rien exister de connu que physiquement ressenti par l'homme. Comme pour lui l'âme n'était pas ressentie (comme on ressent son nez si on le touche), elle n'existait pas, et ainsi de suite... C'est l'utilitariste-type des temps classiques et même modernes, puisqu'il vécut très vieux, mourant à 91 ans vers la fin du XVIIe s., je crois. Il est célèbre pour certaines formules comme "L'homme est un loup pour l'homme" (qu'il avait probablement repris de la Bible : Matthieu 7/15) ou "C'est la guerre de tous contre tous."
On peut voir Hobbes, en effet, comme précurseur du cynisme-scepticisme citoyen moderne. Selon lui, le gouvernement est lié au peuple par un accord en vertu duquel le peuple confère au gouvernement tous les droits, ce que pensait peut-être le policier qui m'a interpellé, en effet. Cette idée d'accord tacite passé entre le peuple et son gouvernement (le roi à l'époque de Hobbes) a été combattue par les philosophes du contrat social, dont Jean-Jacques Rousseau ("Le Contrat Social") est sans doute le plus connu.
S'il fallait classer les gens par familles philosophiques, le policier qui m'a interpellé serait plus hobbiste — on dit hobbist en anglais, mais en français ? — que rousseauiste, encore qu'il soit bien imprudent, en quelques minutes passées, tendues, avec un policier, de porter un jugement sur ses idées profondes. Tu ne jugeras pas, dit avec sagesse Le Signe.
Vous remarquerez que je ne cite pas davantage Rousseau, ce qui peut paraître étonnant étant donné la proximité de certaines idées de Rousseau avec les idées qu'apporte Le Signe. C'est justement en raison de cette proximité que j'évite de laisser penser que Le Signe est rousseauiste. Il ne l'est pas, parce qu'il va beaucoup plus loin, pénètre et occupe tout l'espace spirituel de l'homme, ce que ne fait pas Rousseau, loin de là. Hobbes n'est pas davantage l'opposé-type des idées du Signe, parce qu'il n'est pas représentatif du mal absolu, il ne nie pas absolument l'espace spirituel de l'homme, heureusement pour lui. Dans ce monde, qui aime les clichés, lesquels lui évitent de réfléchir, les proximités en bien ou en mal sont à manipuler avec prudence tant qu'on ne peut pas s'étendre largement sur ce qui est comparable et ce qui ne l'est pas. Or, je ne m'étends pas sur ce terrain. [85C33*18/09/2008]