
Photo : Eugene Golovesov (Unsplash)
Un beau jour, Lucette P., avocate, grand soutien de notre mission pendant de longues années, aujourd’hui partie où notre dernier souffle nous poussera tous, projeta de publier Le Livre (2ème partie du Signe) sans les termes entre parenthèses.
Elle pensait qu’était seulement vrai ce qui m’était entré par l’oreille. Elle doutait de ce qui m’était entré par le cœur, imprimé entre parenthèses. Autrement dit le son, pas le Fond (Signe xxxiv/6-12).
Je lui répondis : « Vous rationalisez à la manière du prétoire où l’on entend la voix du témoin, mais pas sa pensée. Lors des Théophanies, en 1977, je percevais les deux, parce que le Père me mettait en état de perception totale. C’est cela un prophète : celui qui perçoit tout. » Elle tergiversa un peu pour sauver la face, puis renonça à son projet.
Dernièrement, quelques messages m’avertirent qu’une sœur Maryse voudrait publier Le Signe sans mes annotations et commentaires, qu’elle considèrerait comme doctrinaires et insupportables.
Je répondis à l’un des messagers : « Ma parole est la Parole du Père(Signe i/12, xxi/10), j’ai le Vent, je parle aux frères comme Dieu ne leur parle pas (xx/12-19) et le rôle du juste prophète (35/5, xxxi/10, xxxvii/2) est d’expliquer. Je n’ai jamais forcé personne à m’écouter et, de toute façon, comme dit Gamaliel au sanhédrin : « Si mes propos sont de moi, ils disparaîtront d’eux-mêmes, mais s’ils sont de Dieu rien ne les détruira. Ne combattez pas Dieu (Actes des Apôtres 5/38-39). »
Savoir… Concernant Le Signe ai-je le savoir ou seulement un savoir parmi d’autres ?
J’ai le savoir. Je l’ai reçu en même temps que la Parole. Sinon, serais-je la Justice de juste (Signe xxxi/10) ? Cependant, d’aucuns disent que j’ai un savoir, mais discutable, et d’autres disent que j’ai mal compris ce savoir et ils le corrigent. Qui peut savoir et quoi savoir ?
Puis-je, de toute façon, contraindre qui que ce soit à croire à mon savoir sans son consentement ?
Chacun peut dire qu’il croit et peut ne pas croire intérieurement.
De toute façon toujours, tous nos missionnaires le savent, le témoin de l’unique vrai Maître ne pèse pas lourd devant le maître (Signe 18/1-3) pullulant du monde, qui sait tout, qui a tout compris, qui lit Le Signe et/ou mes annotations en haussant les épaules, ou en s’indignant. Il ne se passe pas de quinzaine que je ne reçoive la lettre d’un explicateur ou d’un désexplicateur condescendant. Est-ce parce qu’on n’accepte pas que ce que je dis ne dépende pas de ce que disent tous les autres ? Est-ce parce qu’on veut que la vérité soit démocratique, mise en discussion générale, serait-elle sans fin, mais ne sorte jamais de la tête d’un seul ? Est-ce parce que chacun veut trouver sa voie uniquement au fond de soi ?
Bref, on ne veut pas d’une Pensée unique, mais Le Signe n’est pas une Pensée. C’est la Vérité et encore ! la Vérité qui n’est pas, mais qui pourrait être : le monde changé (Signe 28/7) en bien. Autrement dit, c’est le savoir de ce qui doit être, mais pas de ce qui est et qui ne sera peut-être jamais si le péché des péché (38/2) survient avant que n’advienne le changement.
La Vérité du Signe n’est pas une correspondance entre le discours et le fait, mais entre le discours et le Dessein, dont l’accomplissement est une prérogative de l’homme. On est là aux antipodes des dogmes religieux qui ne voient Dieu que comme la fin de tout sur terre.
Pour Le Signe c’est l’homme la fin de tout sur terre. Il n’est pas un savoir qui résout « la ténèbre du mystère de l’humain voué à la liberté du Bien comme à celle du Mal (Jorge Semprùn) ». Il est seulement le savoir de l’alternative. Ceux qui y voient un savoir absolu perdent leur temps. Ceux qui y voient le logos (la raison) ont mieux compris : La raison du Père est que le Bien est préférable au Mal, mais il laisse l’homme libre de penser l’inverse. Sa Vérité n’est pas le privilège indiscutable d’un Maître, qui punit ses contradicteurs, mais un choix libre. C’est pourquoi, par exemple, un Socrate pouvait être un prophète quand il affirmait ne rien savoir pour aider les autres à mieux réfléchir, tout comme Le Signe ne sait pas où l’homme ira, vers le Bien ou vers le Mal ; il ne fait que prévenir que le Mal peut conduire à des souffrances de plus en plus grandes sans retirer à l’homme la liberté de les préférer.
Il nous reste, à nous missionnaires du Signe, à appeler à la préférence du Bien en rappelant aux indifférents ou aux inconscients que les forces spirituelles que tout homme peut réveiller en lui, s’il le veut, dégagent les « puissances qui font et défont les vérités (Paul Valéry) » et que la vérité du Signe est la meilleure sans être, aujourd’hui, ni la seule ni la plus convaincante. Peut-on par là mieux voir que nous ne sommes pas une religion, mais un savoir, le savoir d’une alternative encore possible, mais pour combien de temps ?
Qu’est-ce que la Bible ou le Coran offrent d’autre que des alternatives ? Ce qui, dans leur contenu n’est pas alternative, mais récompense absolue ou condamnation absolue, a été ajouté par l’homme. Pour cela il a souvent suffi au transcripteur de changer un ou quelques mot(s). Or, si Dieu est Miséricorde, c’est parce qu’il admet l’existence du Mal et montre, par sa Compassion, la voie du Bien comme alternative. Qui n’est frappé par la contradiction entre le « Au Nom d’Allah le Miséricordieux, le Compatissant, » qui couronne toute sourate, et des contenus qui proclament des condamnations sans compassion ?
L’homme est pourvu du pouvoir autonome de choisir, de sorte que si la Parole se voulait une sorte d’annonce péremptoire absolutiste, elle n’obtiendrait rien de plus ; l’homme garderait le choix. Tout homme « pense par soi-même, » disait dans sa préface de « L’Encyclopédie » l’incroyant d’Alembert qui ne savait pas qu’ainsi il exprimait la vraie foi. Si nous allions par les rues comme les évangélistes avertissant que l’alternative est le Christ ou l’enfer, nous serions des juges et non des apôtres. Mais, si nous ne savions pas qu’un petit reste de pénitents suffira à sauver le monde, nous ne vaudrions pas mieux que les évangélistes quand nous allons par les rue montrant deux voies : la voie du Bien qui conduira l’humanité à Dieu, même ceux qui ne croient pas en Lui aujourd’hui, et la voie qu’Adam a choisie (Signe 2/1-5), où qu’elle mène, et si elle mène aux ténèbres glacées (16/15, 33/33) ou au péché des péchés (38/2), croyez-moi, les gens s’en fichent comme le fumeur se fiche de la fumée.
Notre savoir donne force à notre foi, par laquelle nous ferons ce petit reste de pénitents qui sauveront le monde, mais s’il se réduisait à un argument de propagande ou à un raisonnement intellectuel, avouons-le, l’avenir serait très incertain.
© Michel Potay 2012 — Tous droits réservés


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