Le Signe ne distingue pas politique de religion. Or, politique et religion gouvernent le monde. Aucun changement contraire à leurs visées n’a la moindre chance de succès universel.
Qu’espérer alors ?

Les princes sont ceux du culte politique comme du culte religieux. Outrage au pape ou outrage au président, même magnicide. Discours politiques ou sermons religieux peuvent changer de langage, les actes qui suivent restent les mêmes. La politique ne fait rien de plus que ce que les hommes qui l’acceptent ou qui l’élisent feraient sans politique comme la religion n’entérine rien de plus que les erreurs, superstitions et espoirs simplistes des pécheurs qui l’adoptent. La politique et la religion constituent depuis toujours le théâtre où devant le peuple joue ce robin des bois de chiffon, matamore justicier et consolateur, qui paraît défier les grossiums, dont en réalité il a émané en coulisse. Religion et politique se sont perpétuées par les rates jamais vides qu’engrossent d’âge en âge les rats qui font la loi (Signe XIX/24). Leurs prêtres d’église ou de politique de gauche, de droite et du centre, rivalisent de projets jamais vraiment réalisés, qu’écoute le peuple, l’oreille poliment tournée vers les hauts-parleurs et pensant : « Si les choses pouvaient changer, ça se saurait. » De là l’absence millénaire de révisions radicales, l’incurable incapacité à voir la vérité en face, la poursuite du mal, de l’erreur, du mensonge, du médiocre, le système verrouillé par où rien de neuf ne passe. Rien de neuf et surtout pas un vrai changement.

Paul Klee, Kampft mit sich selber, Kunstmuseum Bern, (Public domain)

Paul Klee, Kampft mit sich selber, Kunstmuseum Bern, (Domaine public, Wikimedia)

Qu’espérer alors ? Le changement par l’individu ! Et dans l’individu le changement par la seule force qui échappe au système : La force, perfectible par surcroît, du cœur et/ou de l’âme, de la volonté d’être, d’être quelqu’un d’autre. C’est la Voie hautement existentielle qu’indique Le Signe.
Ouvrir Le Signe, qui, comparée à l’Histoire millénaire, sonne après 33 ans aussi frais qu’elle sonna en 1974, vous donne d’abord l’illusion d’ouvrir une brèche dans la citadelle du mal (Signe 13/7-8). Vous sautez avec passion de mot en mot comme vous démantèleriez pierre par pierre la muraille du péché, rêvant d’y ouvrir devant le monde un trou large, par où pleuvrait le soleil du Ciel, et de crier aux hommes : « Évadez-vous ! » Puis vous déchantez. Moi, très vite, parce que Jésus la nuit du 14 au 15 janvier 1974 m’avait scruté avec compassion et amour triste, je sus que le malade du péché, c’était moi. Vous, vous garderez peut-être vos illusions un peu plus longtemps avant de ployer en sentant votre propre misère, mais comme moi vous saurez qu’il y a une muraille, plus épaisse et plus dure que religion et politique, c’est votre propre péché. C’est bien pourquoi quiconque vainc son péché n’a plus besoin de religion et de politique, dit en gros Le Signe. Cependant, la citadelle du mal une fois évanouie autour du pénitent, le monde ne lui paraît pas plus enclin à la pénitence et il doute encore qu’espérer soit raisonnable.
À force d’avoir cru en des paradis qui ne se sont jamais ouverts, la masse ne croit plus en Dieu ni en un monde nouveau. De plus, ne plus croire en rien occupe la conversation, fait sérieux, donne une contenance. Si par exception quelqu’un croit encore, mais veut garder l’air cohérent, il doit au moins parler de l’Himalaya, et encore, en ayant l’air plus ou moins camé pour qu’on lui pardonne sa folie. Sinon, il est « victime d’une secte. » Monter les marches de la basilique st-Pierre ne concerne plus qu’une poignée d’humains qui, d’ailleurs, rentrés chez eux, se gardent de parler de leur pèlerinage. Même les bonnes sœurs ne s’en confient qu’aux murs de leurs couvents vides. À force de se cacher de leurs secrets espoirs, tous les espoirs passent aux hommes. Voilà le monde que je trouvai en 1975 quand je commençai à me missionner dans la rue, monde qui m’apparut spirituellement mort. Paradoxalement, l’espérance me vint en réponse à cette idée de mort, après que j’eus soufflé les lamperons blafards, illusion protectrice, des icônes dorées de mon église et que j’eus commencé de faire pénitence, à installer le bien en moi qui avais été sans le savoir spirituellement mort de même — C’est alors que des hommes de religion, au lieu de réfléchir un peu à cette mort spirituelle du monde, me traitèrent, les pauvres, de blasphémateur et d’imposteur —. Je me mis alors à prêcher dans un univers qui me parut sans soleil ni lune, ni diurne ni nocturne, inexistant comme l’homme vous apparaît inexistant quand vous découvrez que ce qui le distingue de l’animal est le spirituel, mais que le spirituel a été anéanti (Signe 4/4).
Mon espérance ressuscitée par la pénitence, je sus que le spirituel anéanti pourrait renaître dans tout individu. L’évidence de cette possible renaissance grandit quand la pénitence grandissant en vous ramène dans votre cœur la Sainteté, la Puissance et la Lumière (Signe 12/4) et permet à votre âme d’éclore.

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© Michel Potay 2007 — Tous droits réservés