En français amour — comme délice et orgue — est masculin au singulier et féminin au pluriel. Il n’y a donc pas de fautes d’orthographe dans cette entrée.
Le sujet est immense. J’essaie quand même de ne pas en mutiler l’essentiel.
J’ai vu récemment à la télévision « Les Dix Commandements » de Robert Dornhell. Ce nouveau filmage du texte biblique est beaucoup plus intéressant que le célèbre « Les Dix Commandements » de Cecil B. DeMille (1956), trop boursouflé, hollywoodien. Le film de Dornhell m’a notamment fait voir plus clairement que jamais ce qui manque totalement à l’histoire de Moïse et de l’Exode : l’amour.
À part l’amour sentimental, inventé par le scénariste, de la princesse égyptienne et de son fils de sang pour le petit Moïse adopté, rien ne laisse percevoir l’amour dans l’Exode. Ces esclaves bruts et arriérés non seulement n’avaient pas une idée claire de la liberté, mais ils ne percevaient pas l’Amour de Dieu, n’étaient pas eux-mêmes des hommes d’amour ; ils ne pouvaient donc ni vivre ni raconter l’Exode sous cet angle. C’est pourquoi l’Exode s’est fini dans la très longue impasse de la synagogue, des églises, de la mosquée, et Dieu a dû revenir en 1974 et 1977 appeler les hommes à la pénitence, qui n’est pas remords et autopunition, mais création, dépassement, amour !

Photo : AnnaER (Pixabay)
Qu’un jour l’amour, l’amour rédempteur, règne enfin sur le monde !
C’est à nous Pèlerins d’Arès de réaliser la libération, l’Exode, par quoi il aurait dû se dérouler : par l’Amour d’En-Haut auquel répondrait l’amour d’en bas. L’Exode de Moïse rata.
Il ne fut dans un désert qu’errance de râleurs qui étaient même à l’occasion païens et violents,
jamais aimants. D’où la conquête sanglante de Canaan et, à sa suite, toute l’Histoire politico-religieuse pendant trois mille ans jusqu’à nous.
Dans un livre dont j’ai oublié le titre Milan Kundera, évoquant les rencontres en catimini d’opposants au communisme en Tchécoslovaquie, avouait que ces jours de chaude complicité n’avaient pour moteur que le malheur ; ils cachaient en fait des désaccords moraux et philosophiques fondamentaux ; rien entre ces anticommunistes n’était jamais basé sur l’amour.
Quand Le Signe fera-t-il sauter le couvercle de cette marmite où bout depuis des millénaires tout ce qui oppose les hommes, notre salmigondis malodorant d’humains mauvais, individualistes et sots opposant leurs orgueils, leurs égoïsmes, leurs jalousies, leurs bêtises ?
J’enseigne qu’il y a trois amours rédemptrices : l’amour évangélique — amour absolu du prochain —, l’amour romantique — grande fusion génératrice, prémices d’Éden — et l’amour parental qui prépare les générations qui changeront le monde (Signe 28/7). De ces trois amours nous magnifions particulièrement dans les épousailles (Signe 33/21+) les hautes valeurs créatives, spirituelles et humaines.
Oh ! Jésus lui-même était d’un optimisme très mesuré : Je n’apporte pas la concorde, mais l’épée (ou la lutte). Je viens opposer l’homme à son père, la fille sa mère, la bru à sa belle-mère ; on aura pour ennemi les gens de sa famille (Matthieu 10/34). Doutait-il de l’amour ? Non, mais il savait l’amour perdu depuis trop longtemps pour être facile à ré-acquérir. Il savait que des états d’esprit trompeusement appelés amours s’étaient répandus et serviraient de prétextes à ceux qui n’invoqueraient Jésus que pour donner à leurs péchés un halo de droiture. Ne vivant plus à cette époque nous ne savons pas ce qu’elles étaient alors, mais il existe d’autres trompeuses amours modernisées :
La vie moderne est pleine d’amours trompeuses : pulsions éphémères, moralismes et spiritualismes impuissants à hausser l’humain vers les Hauteurs Saintes. Les trompeuses amours ont produit, entre autres échecs, la cascade de divorces qui vicie et complique la société moderne, l’amour de la patrie, père d’un océan de victimes et de ruines, et cet amour de l’humanité appelé l’humanitaire, l’aide bien calculée, bien localisée, dont les officiels religieux, politiques, bien-pensants et les associations trompetantes tirent bénéfice moral et font passer pour suspectes de calculs sectaires les autres charités.
Qu’est-ce qui différencie les trois amours rédemptrices des autres amours ? Les autres amours ne conduisent pas à la Vie (Signe 24/5), ne permettent pas d’atteindre ce qui est l’exigence fondamentale de l’amour vrai : l’effacement définitif de l’égoïsme, la capacité de pleine communion avec les autres, la restauration générale des liens interpersonnels, le partage de l’universelle fragilité humaine.
Notons qu’on a coutume d’admirer, de ne jamais dénigrer, certaines de ces autres amours. Par exemple, l’amour mystique qui développe l’indifférence pour tout ce qui n’est pas son objet : Dieu ; l’amour mystique est souvent un égoïsme absolu. Par exemple encore, certaines amours maternelles pourtant admirées, mais qui sont en fait puissamment fixées sur leur seule progéniture à l’exclusion de tous les autres enfants. L’amour de la patrie génère la haine de l’ennemi et certains amours humanitaires ne font qu’une sélection arbitraire des secourus et des non-secourus — Je n’ai, à ce propos, jamais compris pourquoi des fortunes sont dépensées pour secourir des populations au bout de la planète, et pourquoi on ne fait rien pour améliorer le sort des prisonniers dans nos propres pénitenciers dont certains sont d’immondes taudis —. Toute démesure entre l’aimant et l’aimé, tout ce qui grève l’aimant d’arrière-pensées, de mauvais calculs et d’idéologie disqualifie l’amour.
Faisons une mention spéciale pour l’amour sexuel. Pour nous Pèlerins d’Arès le sexe est cette exceptionnellement intense munificence que Le Signe appelle les joies réservées aux époux (Signe 2/3, 9/7), mais qui devient dans l’adultère, que Dieu rejette avec véhémence (9/6,12/8, 26/11, etc.), un acte très malfaisant. L’adultère brise la base existentielle du bonheur fondamental (Signe 36/23, xxvi/12) qui exige le respect des engagements et l’effort de surmonter les faiblesses. Les époux doivent veiller à garder la félicité sexuelle dans la fidélité comme sur une condition de Vie, car la vraie sexualité quitte l’animalité et s’exalte en acte recréateur.
L’amour est seulement amour s’il innocente, justifie et sauve l’être humain comme image et ressemblance du Père.
L’amour est le sacrifice de l’égoïsme, de l’égoïsme pierre d’angle de la citadelle par quoi la race d’Adam a pu jusqu’à présent résister au Créateur.
L’égoïste, notez bien, n’est pas celui ou celle qui s’apprécie, s’attribue une importance très haute, une dignité particulière, car la Parole n’interdit pas à un humain de penser qu’il possède des qualités et possibilités. Que donnera un homme en échange de sa vie (ou de son âme) ? (Matthieu 16/26) disait Jésus en laissant comprendre qu’il faut garder conscience des mérites de sa propre vie, ne jamais perdre confiance en soi-même. L’égoïste est celui qui refuse aux autres son aide, son pardon, sa pensée sans préjugés, sa contribution. Le pire égoïste est celui qui refuse tout cela sous couverture morale et sociale. L’égoïste estime que la seule bonne manière de penser est la sienne. La vie privée imite aujourd’hui l’égoïsme politique devenu faramineux.
Tout différemment, l’homme d’amour transférera le centre de sa vie hors des limites de cet individualisme que la vie moderne considère comme une conquête de la liberté, mais qui ne l’est pas. Être libre (Signe 10/10) absolument est pouvoir vivre tout à la fois pour soi et pour les autres, aimer sa famille et le monde sans frontières, sans le barrage des nationalités, sans autre loi que la conscience pour distinguer le bien du mal.
Au premier jet cette entrée était trois fois plus longue. J’ai dû la réduire. Le squelette de texte restant donne peut-être l’impression, par endroits, que je manque d’amour pour les autres amours… que je manque d’amour tout court. Je rappelle que l’amour évangélique consiste à tout aimer, même l’ennemi (Matthieu 5/44) mais pas à tout accepter. Toutefois, comment tout harmoniser ? Pour l’heure, les bras vous tombent-ils ? Il ne faut pas ! Le problème est très difficile et nous Pèlerins d’Arès avons à le résoudre, mais nous le résoudrons.
© Michel Potay 2013 — Tous droits réservés


Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.