…et même un pénitent joyeux (Signe 30/11)

© Christiane et Nina Potay
Question rêve, je suis un affreux rationaliste. Je ne m’intéresse pas aux rêves qu’on me raconte et moins encore à mes propres rêves. Mais, la nuit du 28 au 29 novembre, exception ! Je fais un songe amusant.
Me voilà au Vatican, accompagné de gens indéterminés. Dans l’antichambre de l’oratoire privé du pape, une voix : « Sa sainteté va entendre vos confessions et vous donner lui-même l’absolution. »
Le pape — un pape indéterminé — du fond de son oratoire m’aperçoit habillé de blanc comme lui (ma tunique sans doute), m’identifie. Son regard devient méprisant, l’air de dire : « Il ne manque pas de culot, celui-là, en venant ici ! »
Un flou. Ensuite, les gens indéterminés qui m’accompagnaient sortent, l’un après l’autre, de l’oratoire papal sans me regarder — pensez, un type aussi dédaigné de sa sainteté ! —, les mains jointes, dans une sorte d’hébétement.
Quand il ne reste plus que moi, le pape me reçoit. Il n’est plus le pontife méprisant de tout à l’heure. Respectueux et même ému, il m’ouvre ses bras, me dit : « Pas de chichis, pas de confession entre nous ! Seule la pénitence sauve. À vous Dieu a donné le sublime bonheur de relancer la pénitence dans le monde, la simplicité du salut. Moi, hélas, on m’a placé au sommet d’une organisation si compliquée qu’aucun retour à la simplicité n’y est possible. Mais vous, continuez d’appeler le monde à la pénitence ! »
Moi : « C’est ce que nous faisons, moi et mes compagnons, tous les Pèlerins d’Arès, depuis trente-six ans, mais si vous voulez donner un coup de main, vous êtes bienvenu à l’assemblée ! »
Lui : « Bigre ! Je peux être pape et Pèlerin d’Arès ? »
Moi : « Vous le pouvez, bien sûr ! Il ne manque déjà pas de coquins parmi nous : quelques banquiers, magistrats, flics, militaires, politiciens et hommes d’affaires… Pourquoi pas des papes ? Nous sommes tous pécheurs. »
Je me réveille.
Le 25 décembre, depuis des temps immémoriaux, l’homme fête la renaissance de la lumière ; or la pénitence — c’est comme ça que Le Signe appelle la mort intérieure du mal et la renaissance intérieure du bien — en se moissonnant elle-même de pénitent en pénitent rallumera la lumière originelle du monde : le bonheur perpétuel (Signe 36/23 xxvi/12) ; Noël fête la pénitence, donc !
La pénitence m’a tout donné. Elle m’a donné tout ce qu’un homme ne peut ni acheter, ni voler, ni hériter : mon âme, mon salut, la force d’aimer, de pardonner, la paix, l’intelligence du cœur et la liberté absolue, en ceci qu’elle m’a rendu libre des préjugés et des peurs qui m’empêchaient de changer ma vie (Signe 30/11) et de contribuer à changer ce monde (28/7). La pénitence a été, ce faisant, mon école de volonté, de sagesse, de liberté, d’équilibre et de caractère.
Être pénitent, c’est d’abord aimer. Tout mon changement de vie (Signe 30/11) en découle.
J’aime mon prochain — tout humain — au sens absolu, c.-à-d. je ne l’aime pas par sentiment, mais par raison et devoir, par sagesse en somme. La sagesse seule déligote l’amour, le laisse courir libre, l’universalise, le divinise. Retour à la Source.
Ainsi dois-je même aimer trop comme le Père trop aimant (Signe 12/7), donc aimer même mon ennemi et prier pour accomplir (31/6) sans haine et avec mesure (7/6, 25/9, 35/7, 39/3) ma défense contre les persécuteurs (Matthieu 5/44), parce que — ô dilemme du pénitent ! — je dois aussi me défendre, puisque je n’ai pas pouvoir de me ressusciter (Signe 29/5) de la mort sociale ou de la mort physique, je dois durer pour accomplir le Bien.
L’amour-sentiment peut m’égarer, mais l’amour-sagesse (ou amour-devoir) me rend lucide.
Mais ma pénitence fait plus encore. Elle résout en moi une insoluble contradiction.
Elle entremêle ma racine humaine et la racine sacrée de l’univers (Signe 12/4), fait remonter à mon cœur la sève génésiaque et reverdir en moi l’image du Créateur (Genèse 1/27).
Pénitent, je suis le saint des saints (Exode 26/33), le cœur de l’indestructible Temple au contour duquel je suis moulé (Signe 1/11-12). Le temple de Jérusalem était destructible et fut détruit. Aucune importance ! Nulle autre cage (Signe xxxvi/3) que l’Univers ne peut contenir le Père (12/4) — Tu ne feras pas de cet endroit un sanctuaire (40/2).
Dans le temple de Jérusalem le saint des saints représentait la contradiction absence-présence du Créateur. Nos frères juifs savaient qu’on n’enfermait pas le Père dans une cage de pierres et des tuiles plus que Jean-Baptiste n’enfermait le saint esprit dans l’eau de son baptême (Signe 20/3-7), mais ce même Jean Baptiste prêchait aussi la solution de la contradiction : « Faites pénitence, car le Royaume des Cieux qui est proche entrera en vous ! » (Matthieu 3/3). C’est ce que me rappelle Le Signe, qui m’a ainsi amené à la pénitence. Pénitent, j’ai une âme, où le Père n’est pas, parce qu’on n’enferme pas le Père même dans une âme, mais où il est aussi, parce qu’elle est son image.
C’est en priant que je rétablis le plus consciemment, le plus objectivement, ce va et vient entre Créateur et créature en moi. En priant je prononce la Parole que j’oublie sans cesse au quotidien, mais que je choisis d’accomplir (Signe 31/6) et que l’ancêtre Adam avait choisi de dénier (Signe 2/1-5). Il engendra le malheur et la mort. Je contribue à engendrer le bonheur et la Vie. Tout ce qui me resterait du Dieu vivant qui me parla à Arès, si je n’accomplissais pas ma pénitence — ma renaissance spirituelle — serait un livre de papier, censurable et déguisable, inflammable ou pourrissable.
La pénitence a réveillé en moi l’homme existentiel. Seule escalade praticable vers la Lumière, la pénitence m’a permis de fuir l’obscur tombeau métaphysique de l’homme spirituellement mort.
J’ai découvert alors que je n’étais pas le justiciable d’un juge céleste ou terrestre. La pénitence m’a donné des yeux intérieurs et j’ai vu que je portais en moi mon propre jugement, mon propre tribunal.
Maintenant je sais que je peux, pénitent, me sortir du péché et me justifier par moi seul. Je suis porteur de formidable espoir. En me multipliant je fais la race (Signe xii/5) qui changera le monde en bien (28/7).
Plus d’espace vierge, plus le moindre interstice dans le tissu social moderne pour y réinstaller Éden. La loi des rats (Signe xix/24) contrôle tout géopolitiquement. La pénitence seule permettra à un peuple rédempteur, dont l’amour et la sagesse seront plus forts que le système, de se constituer sans territoire propre. Parce que la liberté absolue (Signe 10/10) qu’exige une telle perspective ne se trouve plus qu’au fond de l’âme. Désormais, c’est toi pénitent, toi seul, toi multiplié, multiplié par la moisson, qui empêchera le péché des péché (38/2) de plonger l’humanité dans les ténèbres.
La pénitence m’a fait prendre conscience du temps. Comme la larve se transforme lentement je dois accomplir mon temps (Signe 24/2) — Le Père seul est hors du temps (12/6).
La conscience du temps, que donne la pénitence, n’interdit pas la joie et la fête de la vie (30/6). Elle les rend au contraire plus délicieuses en les entrecoupant de plages d’exaltante vitalité intérieure : la vie spirituelle. Aucun chef d’œuvre n’est chef d’œuvre sans bon dosage des contrastes.
La religion est en passe d’échouer parce qu’elle fait parler les morts. Elle se réfère toujours à des morts de l’Histoire ou de l’au-delà et prépare les vivants à la mort. La pénitence, elle, fait parler la vie. D’elle réémerge la Vie. Tant que vous n’avez pas ressenti ça, vous n’êtes pas complètement pénitent. Plus hardie votre quête de l’image vivante du Saint, la Vie, plus exacte votre pénitence.
ô l’Amitié exquise du Souffle qui vous caresse, du Regard qui se porte sur votre pénitence et des foisonnantes ressources de l’Intelligence qui les accompagne et se communique à vous !
© Michel Potay 2009 — Tous droits réservés


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