Le salut après la mort ? Concrètement, Le Signe n’en dit presque rien. Spirituellement, c’est la force de surmonter l’obscurité, la peur (16/6), l’impuissance d’une existence sans échafaudage charnel (17/2), en attendant le salut absolu : le Jour de la re-création et de la transfiguration de l’homme totalement reconstitué, chair, esprit et âme.
De toute la Parole que la famille d’Abraham a héritée, seul le Coran donne du salut des justes — le paradis, mot inconnu du Signe — des descriptions qui soient plus qu’une idée comme l’idée que donne Luc 16/23 (Le pauvre Lazare dans le sein d’Abraham). Toutefois, dans le Coran, la matérialité des descriptions forme plus une allégorie qu’une réalité, à moins qu’elle ne se rapporte au salut absolu, la vie après le Jour de la résurrection (Signe 35/2-3).

J'ai peu de photos de moi. Je me suis peu préoccupé de mon image. Voilà quand même une image récente (avril 2006) en compagnie de mon épouse Christiane, prise par notre fille Sara. (© Christiane et Nina Potay)

J’ai peu de photos de moi. Je me suis peu préoccupé de mon image. Voilà quand même une image récente (avril 2006) en compagnie de mon épouse Christiane, prise par notre fille Sara. (© Christiane et Nina Potay)

Du salut immédiat après la mort Le Signe ne dit presque rien concrètement. Elle présente la mort comme la dislocation des trois composantes de l’humain : la chair, l’esprit et l’âme (Signe 17/7). Elle prévient, en recommandant qu’on se mortifie pour les morts (33/32-34), que le moment de la mort est pénible pour tous, même pour les vertueux (XL/15). La mort en effet est une anomalie, puisque la chair meurt de la peste congénitale, le péché, léguée par Adam (2/1-5), dont l’humanité ne guérira qu’en consentant à une pénitence longue de nombreuses générations (24/2).
Quand vous mourez à l’âge de la conscience (les enfants et les simples, selon l’écriture, ne posent pas de problèmes de salut), soit vous n’avez plus que l’esprit, soit vous avez l’esprit et l’âme. L‘esprit seul ne peut que vous faire un linceul glacé (17/7), image de la stérilité spirituelle (les abîmes) et de l’inconscience souffrante (17/5) du spectre (4/6-7). L’âme par contre, si vous vous êtes créé une âme par la pratique du bien (Veillées 17 et 18), de l’amour, du pardon, de la paix, du renoncement aux préjugés (liberté), avec ou sans foi ou religion, l’âme vous pousse hors des abîmes comme une voile poussée par le vent spirituel que vous avez soufflé de votre vivant. Vous emportez donc avec vous les forces que vous vous êtes données sur terre. Où va l’âme n’est pas décrit, sans doute parce que le salut post mortem n’est pas la conclusion de la vie spirituelle. La finalité de la vie spirituelle est le salut absolu, le seul décrit dans Le Signe, qui viendra beaucoup plus tard après le Jour (Signe 17/7, 31/8-12, 33/9, etc).
Citons cependant le 2 octobre 1977, quand je fus propulsé hors du temps et hors de ma vulnérabilité charnelle à travers l’univers. Cette épreuve peut donner une idée de ce qu’est concrètement la vie de l’âme dans l’attente du Jour. « Pourquoi, me demandent certains, parlez-vous aussi peu de cette extraordinaire épreuve ? » Je réponds quelque fois : « Parce que ce jour-là, comme l’un des deux paumés, Vladimir et Estragon, héros d’En attendant Godot, je réappris quelques instants qu’étant un homme j’étais un animal métaphysique —C’est Ionesco qui disait cela de la pièce de Samuel Becket. Ce n’est pas moi, c’est le Créateur qui dans Le Signe (VI/1-4) décrit ma propre épreuve, parce qu’un homme ne peut pas décrire ses retrouvailles avec sa propre substance spirituelle. Impartageables retrouvailles, aussi inconcevables que Godot, Dieu lui-même, quoi ! »
Je dis parfois à des personnes déconcertées : « Je ne sais pas ce qu’est Dieu, je n’en ai que l’expérience que vous avez lue dans Le Signe. Cette expérience ne décrit pas grand-chose de lui, mais elle a le mérite d’être honnête. De même, je suis honnête avec l’idée de salut. Je n’en sais pas grand-chose, mais je sais qu’on ne meurt pas et que ce qu’on emporte avec soi, c’est grosso modo ce qu’on a fabriqué de bien ou de mal, de positif ou de négatif, en ce monde. »

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© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés