D’une radio nasillarde, lointaine, je perçois au vol : « …Nobel de littérature 2007… Madame Doris Lessing. » Pas possible ! Cette « sympathique écorcheuse, » comme je l’appelle ? Je tends l’oreille. « …reçut le prix Médicis pour Le Carnet d’Or en 1976. » Je ne savais même pas qu’elle avait été traduite en français. Ce que je savais — de simple bon sens — c’est que quiconque l’avait lue en anglais ne pouvait que la voir comme l’un des grands étendards de l’opposition au système doublée de l’opposition à ces utopies sociales qui empêchent l’humanité, peureusement cachée derrière la politique, les pouvoirs et les lois, d’affronter son vrai destin. Pèlerin d’Arès, Doris Lessing ne l’est vraisemblablement pas, mais une « insurgeante, » elle l’est — avec quelque chose en plus de provocateur et de terrible, que je n’ai pas —, au sens où  j’ai « frappé » le mot « insurgeance » comme la « monnaie de l’âme arésienne » (Mes nombreux écrits sur ce thème).

(Photo : Elke Wetzig, recadrée par Juan Pablo Arancibia Medina, Wikimedia)

Photo  : Elke Wetzig, recadrée par Juan Pablo Arancibia Medina (Domaine Public, Wikimedia)

Je n’ai pas tout lu de Doris Lessing, il s’en faut, mais je sais d’elle deux ou trois choses qui nous rapprochent.
Elle fut communiste et je l’étais à l’époque où je la découvris d’un bouquin oublié par un touriste britannique sur une banquette du rapide Paris-Lyon.
Elle se mit à écrire non pour écrire, mais pour faire part aux hommes de son expérience de la vie et leur crier en substance : « Vous êtes des affreux ! » Je me mis à écrire non pour écrire, mais pour faire part aux hommes d’une autre expérience : celle du Créateur, et pour ajouter au cri de Doris Lessing et de tous les dénonceurs du mal humain, « Oui, mais vous pouvez changer ! »
Elle ne s’intéresse pas aux jolis compliments. Je ne m’y intéresse pas. Nous y répondons, l’un comme l’autre : « Quelle importance ?! »
Elle ne s’arrête pas aux méchancetés et malices. Je ne m’y arrête pas, parce que la vie est trop courte pour s’attarder aux calomnieuses rosseries, quand il faut d’urgence faire voir aux homme combien leur existence, quand elle n’est pas carrément médiocre, insignificante ou repoussante, est loin d’être digne de leur possibilité métaphysique d’amour et d’éternité.
Je pense que les complimenteurs et les clabaudeurs sont comme les roses et les moustiques. Aujourd’hui les uns parfument, les autres piquent, mais ils n’existeront plus demain. Ils n’inspirent au monde lucide rien pour créer du neuf ni même évoluer. Elle pense comme moi avec d’autres mots. Quoique mon vécu et le vécu de Doris Lessing, mon aînée de dix ans, soient sans ressemblance, ils ont dévalé la même chair humaine comme des torrents. L’homme lucide peut y voir miroiter dans les remous son image tordue, décevante, mais par déception décider de se re-créer autre et faire renaître de grandes espérances.
Doris Lessing serait-elle seulement « la femme émancipée, » comme dit l’Académie Nobel ? Pour moi elle est bien plus que ça, l’humain émancipé.
Quand elle avait 65 ans et était déjà écrivain consacré, Doris Lessing fit une expérience intéressante : Elle envoya, sous un faux nom, un manuscrit à son éditeur, qui le renvoya comme médiocre et/ou impubliable. Ça l’amusa beaucoup et lui fit voir une fois de plus la très grande relativité des valeurs du monde. Alors je m’amuse à l’idée que j’aurais peut-être obtenu le résultat inverse, si j’avais, en 1974 et 1975, adressé aux 47 éditeurs qui allaient me refuser le manuscrit de L’Évangile Donné à Arès (Première Partie du Signe) sous une fausse présentation, celle d’un livre cyniquement écrit par moi et non surnaturellement reçu du Ciel. Des éditeurs auraient peut-être réagi positivement.

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