Tout comme on m’a dit  : « Justice et conscience (#178) ne sont pas conséquents l’un à l’autre » et que je dus répondre  : « Si, ils résultent l’un de l’autre, » on me dira  : « Changement et paix n’ont rien à voir ensemble. »
Je vais répondre  : « Si  ! Changement et paix sont deux problèmes conjoints. »

Jésus, colombe, agneau, une image pour la fin des temps.Pour l'heure nous luttons intérieurement. (Source : Designer IA, Microsoft)

Jésus, colombe, agneau, une image pour la fin des temps.
Pour l’heure nous luttons intérieurement.
Source  : Designer IA (Microsoft)

Descartes dit  : « Je pense, donc je suis. » J’ajoute  : « Je pense, certes, mais je suis un faisceau de nerfs qu’animent de forts atavismes. Aussi ne puis-je changer ma vie (Signe 30/11) que par une lutte permanente contre ma nature. Mes frères et sœurs font de même pour devenir des hommes du temps qui vient (30/13). Changer exige peine (37/9) et courage (6/1). Donc, la paix n’est pas dans ma main (xix/6). »
Le monde est devenu une jungle après qu’Adam eut choisi un mauvais mode de vie (Signe 2/1-5) et je ne suis guère qu’un fauve qui se dompte. « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, » dit Jésus (Matthieu 10/34, Luc 12/51), pour évoquer la guerre intérieure du pénitent. Ma paix extérieure, bien que déjà une grande victoire sur ma nature, résulte d’une constante lutte intérieure. Ma paix est rarement sérénité, rarement ce que j’appelle paix.
Le Père seul est Saint (Signe 12/4). L’humain ne l’est pas. Être pénitent, c.-à-d. aimer tous les hommes, pardonner toutes les offenses, faire la paix avec tout le monde, avoir l’intelligence spirituelle, se rendre libre de tous préjugés, n’est pas naturel aux hommes, tous étant devenus fragiles, émotifs, méfiants, mais ils ont le pouvoir de vivre en contradiction avec leur nature pour que paix devienne un jour la Paix comme jour deviendra le Jour (33/8). « Changer  ? Impossible  ! » s’écrient ceux qui croient que rationalisme est intelligence. Ils disent  : « Il est dans notre nature de nous nourrir pour vivre, de mourir, de nous reproduire, nous pouvons nous aimer mais aussi nous haïr et qui haït ne peut aimer. Chacun a une nature complexe et inchan­geable. » Ils disent encore  : »On diffuse des idées pour changer le monde, mais c’est la nature qui décide, » ou bien  : « Mais pourquoi changer  ? Si je suis ce que je suis, c’est que j’appartiens à ma propre vie. C’est qu’il y a une raison à mon existence. Je reste ce que je suis. »
Or, le changement est possible, puisque le Créateur dit  : La Vérité, c’est que le monde doit changer (Signe 28/7). Pourquoi appelerait-Il l’humain à changer de vie et en changeant de vie à changer le monde, si c’était impossible  ?

Il faut conjointement et solidairement travailler au changement en soi et à la paix en soi. Tous nous naissons soumis à nos natures et violents, même si les moments où la nature et la violence percent le voile des bons usages varient beaucoup selon les individus. « La non-violence sous sa forme active consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe  ; c’est l’amour pur, » dit Gandhi, voulant dire qu’il ne s’agit pas seulement de renoncer à la violence physique, mais à la violence sous toutes les formes possibles  : autoritarisme, fâcherie, colère extérieure ou intérieure. Pour cela il faut la volonté de neutraliser le mal — pour que nous fassions Ta Volonté (Signe 12/4) —. Nous sommes tous des êtres doubles, des êtres bienveillants et francs autant que des menteurs, des voleurs, des assassins — « Je suis frère de tous les assassins, parce que si je n’ai jamais tué, c’est que les circonstances de ma vie ne m’ont pas mené au meurtre, » disait aussi Gandhi —. Même si ces péchés ne s’activent pas en nous, parce que les circonstances ne les réveillent pas, nous devons savoir qu’ils sont potentiels. Il faut donc être vigilant et il se trouve, de surcroît, que la vigilance elle-même suffit à perturber notre paix intérieure.

La guerre est contraire à la paix, mais le procès est tout autant contraire à la paix. La soumission à la loi et mille circonstances de la vie sociale sont contraires à la paix et notre apparente soumission n’est autre qu’un état de rebellion intérieure enchaînée et muette. Aussi la plus grande difficulté que rencontre le pénitent n’est-elle pas d’accepter l’amour, le pardon, la paix, l’intelligence spirituelle et la liberté absolue comme principes, c’est de les rendre actifs en ses tréfonds où bouent les tentations contraires, car même quand les nerfs ne craquent pas et quand la peur et la vieille envie d’en découdre ne surgissent pas, il faut résister aux tentations en silence et résistance n’est pas paix.
C’est grâce à la liberté, la liberté d’être, que nous résistons au péché et que nous nous forçons à la paix. Ce n’est pas par folie, mais par sagesse que le poulain, que devient le pénitent libre du harnais, court loin des docteurs (Signe 10/10) de la religion, de la politique, de la loi, de la finance, de la culture, du rationalisme. Il fuit le dualisme qu’a créé le monothéisme religieux pour qui le royaume de Dieu est céleste, non terrestre, et qui a ainsi séparé Dieu et l’homme. D’où la disjonction du spirituel et du temporel, qui a fourni au Mal une liberté totale et qui a désarmé l’humain face à lui-même. Le spirituel, le pur et non-duel spirituel — Dieu et l’homme comme un seul tirant le Bras de l’Autre (Signe xxxi/15) — a pour ainsi dire disparu, puisqu’il ne reste ici et là sur terre que quelques vrais spirituels, dont nous sommes, je l’espère. Le triomphe des contre-valeurs religieuses et politiques s’est fait dans la trahison du génie de Jésus qui était la non-dualité même. L’homme ne doit être au service d’aucune religion, d’aucune politique, mais seulement de l’Image et Ressemblance du Créateur au fond de lui (Genèse 1/26-27).

En entrant en pénitence vous déclarez au fond de vous une guerre ontologique. Deux puissances identitaires luttent en vous  : le Bien et le Mal tous deux propres à l’humain, la Paix du Bien et la paix du Mal, un seul mot (paix) deux concepts. Les petites unités humaines se fonderont sur la vigilance de l’homme face à eux, de sorte que seul le Bien domine.
C’est en cela que
Vivre le mosaïsme (#176) sera changer en se délivrant en permanence de la religion comme de la politique.
Vivre l’anarkhia (#177) sera changer en remplaçant en permanence les pouvoirs par les gestionnaires,
Vivre dans la justice et la conscience (#178) sera changer en se délivrant en permanence des lois et en plaçant la faute sous le regard de l’amour, du pardon, de l’intelligence spirituelle, de la liberté absolue.
Car attention  ! religion, politique, pouvoirs, lois continueront longtemps (Signe 22/14) de vivre dans quelque obscur placard de l’esprit.
L’homme est chair, esprit et âme (Signe 17/7), mais n’oublions pas que ces trois composants divergent sans cesse l’un de l’autre. La chair est animale, l’âme est angélique et l’esprit, leur trait-d’union, est le trône de l’hypocrisie humaine. Leur co-existence ne peut générer la paix intérieure sans l’effort permanent de la pénitence.
Jusqu’au Jour du Père rien ne sera acquis — la Bête sera derrière l’horizon (22/14) —. Même dans la meilleure situation  : la cohabitation en petites unités, il n’y aura de bonheur collectif et de paix intérieure qu’aussi longtemps que les hommes ne cesseront pas d’être pénitents.

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