Seule la chair transfigurée, celle de Jésus face à moi à Arès en 1974, a une vision réelle et totale du Tout.
La chair pécheresse, la mienne, la vôtre, est un enfermement ; sa vision ne peut être pure et totale.
L’imagination seule permet à la chair pécheresse de se représenter l’inaccessible.
Or, l’imagination, inséparable de la chair pécheresse, est le moteur de la superstition.
Aussi la superstition est-elle inévitable chez le pécheur, mais elle doit être minimale. Ce minimum, par exemple, oblige au mieux à voir Dieu comme un vide ou un trou dans la pensée, quoique Dieu ne soit ni vide ni trou et qu’il remplisse tout au contraire, puisqu’il est l’Être par excellence. Ce vide dans votre pensée est donc superstitieux, mais mille fois préférable au grand-père barbu au plafond de la Sixtine, à l’hostie censée être corps du Christ-Dieu, aux médailles de la Vierge ou de st-Christophe, au signe de croix ou aux neuvaines.
Tu aboliras toutes les superstitions, surtout celles venues de la malice des princes du culte, de leurs docteurs et de leurs prêtres… (Signe 21/1). Cette superstition religieuse, je l’ai abolie de ma vraie piété (35/6). Depuis longtemps j’ai tranché hardiment la corde qui m’attachait au monde et aux princes du culte… j’ai fermé les portes du temple… puis après que le Père m’eut élevé comme une tour… et que comme l’aigle je me fus ri du vertige (33/2-5), j’ai ouvert à nouveau le temple devant le Peuple (33/10) pour une vraie piété (35/6) d’esprit non-superstitieux.
Cependant, même si je suis passé par-dessus le soleil (Signe xxii/18), ce n’est qu’une première étape sur le très long sentier vers le Jour (31/8), je clope (je boite) sur l’os (xxii/3-18). Pécheur, même si la pénitence m’a fait beaucoup moins pécheur que je le fus, je reste un infirme spirituel, Je ne peux pas chasser complètement de ma vue les idoles de l’esprit (23/8) et de mes oreilles le bruit de la chair lourd (xxxii/9), car je suis fait de chair, que le péché a rendue myope et mortelle, et mon rapport à l’invisible Éternel passe par mes sens d’animal transitoire.
Jusqu’au Jour du Père aucun humain, même pénitent, ne sera une image et ressemblance (Genèse 1/26) parfaite du Créateur, parce que, jadis créé perpétuel, il marche maintenant dans l’ombre d’Adam qui a choisi d’être maître de la terre en passant par les plaies de Job et par la fosse (Signe 2/1).

Exemple de superstition de dimension maximale :
Les Parisiens implorant le secours de « sainte » Geneviève. Matérialité, charnalité et théâtrale misère humaine emplissent la toile ; quand même un tout petit peu de spiritualité en haut, mais Geneviève pourrait aussi bien être Héra, Gaïa, Athéna ou Tyché.
(œuvre de Jean-Gabriel Doyen, église st-Roch, rue st-Honoré, Paris)
Domaine Public (Wikimedia)
Ma chair n’est pas transfigurée comme celle de Jésus qui m’apparut en 1974. Je ne peux pas faire de ma vie spirituelle un idéal absolu, parce que quantité de problèmes pratiques et grossiers hantent ma portion animale. Je pense à l’invisible, immensurable et sublime Être dont j’émane : le Père, mais l’idée que mon cerveau s’En fait est un signe visible, circonscrit, désublimé. Ma pensée est matière mortelle comme l’onde hertzienne ou l’énergie solaire, qui a un commencement et une fin ; elle a l’étroitesse du cercueil qui m’attend. Quand je serai âme comment penserai-je ? Ma chair m’empêche de le savoir ; mystère de la mort.
L’autre nuit je fis un cauchemar : On me condamnait à être décapité, j’étais pieds et poings liés, on allait me trancher la tête et j’avais peur. Me réveillant angoissé, je me dis : « Toi, mon gars, tu es superstitieux. Être superstitieux, c’est être impressionné par les signes. Or, la matière n’étant que signes, le mort est signe par excellence puisque c’est la précipitation dans la matière la plus réductible à ses propres principes. »
C’est à ces principes-là que la science (Signe 26/3) voue l’humain, mais Dieu voue l’humain à la Vie, rappelle Le Signe. Cette opposition de deux visions de l’homme est tout le problème. Ici la gigantesque citadelle du monde, dont nous ne sous-estimons pas la force, là la pénitence et la volonté d’Être, dont nous connaissons l’actuelle faiblesse, mais la fantastique capacité de croissance. Je ne peux des murailles de la citadelle éviter l’ombre faite de ma propre chair, de ma propre peur, mais je suis pénitent et j’ai une âme.
Mon pied est planté (Signe xL/1) dans cette ombre noire, mais mon âme cherche la Vie, la pure Entité du Tout, que je ne pressens qu’à travers un écran de signes. Insatiablement je cherche la vie spirituelle jour et nuit, au travail, au Pèlerinage, dans mon lit ou dans la nature. Je tends ma pensée pour pénétrer jusqu’au cœur du Tout Puissant. Je ne cherche pas l’intériorité propre aux philosophes, mais la transfiguration propre à l’homme bon. Je la sens me pénétrer un peu pour l’heure, je la sentirai m’emplir entièrement un Jour.
Je flotterai jusqu’à ma mort dans quelque chose qui me dépasse, ma pensée vire et piaille (Signe 13/1) dans le grand mystère de ma vie spirituelle, que j’ai voulue — pour que nous fassions Ta Volonté (12/4) —. Un Jour je retrouverai la Vie (24/5) au-delà de ma chair actuelle, dans une autre chair comme Jésus descendu me parler en 1974. Je vais vers une autre matière que les mots insuffisants de la langue appellent résurrection. Mais pour l’heure je volète, je ne vais pas loin. Je fais ce qu’il faut cependant. Mes béquilles sont ma propre matière ; je lui donne force, même si je vague dans un injetable, inévitable reste de superstition inhérente à ma chair, mes sens, tous les organes de ma faiblesse immense. Mais celle-ci est prévue dans le plan que nous propose Le Signe (36/5)..
Toute religion sépare l’individu de la collectivité ; elle ne promet le salut qu’à l’individu exemplaire selon ses règles. Toute autre est la perspective du Signe : L’individu n’est pénitent et ne se sauve qu’en vue du salut collectif : La Vérité, c’est que le monde doit changer (Signe 28/7). Tantôt la religion dogmatise en feulements et rauquements d’hébreu le triomphe de Yhwh Sabaoth (Dieu des Armées) et de son peuple, les enfants d’Israël. Tantôt elle dogmatise par la Croix qui rachète les péchés et par la gloire des saints et des anges sur des vitraux au son des orgues. Tantôt elle dogmatise par les Piliers de l’Islam et la charia qui, vénérés et accomplis, donnent au fidèle un paradis de coussins verts et de sources cristallines avec un service d’houris aux beaux yeux. Pour ne citer que quelques triomphantes superstitions où la Vie est réduite à de grossières matérialités féériques ! Ainsi les religions se sculptent-elles de grandes et faciles renommées et donnent-elle cohérence à l’impossible, alors que le seul possible après le mort est une primaire participation à la Lumière, quelque chose d’une extrême simplicité, que la religion trouve fade et inattractive.
Ce qui me reste, à moi, de superstition n’est plus que bribes de ces énormes superstitions-là et ne m’empêche pas d’avancer dans la pénitence vers le salut, mais ça me pèse, quoique je m’en défende.
Reste que le Bien ce n’est pas Dieu qui me le donne ; c’est moi qui me le donne.
La transfiguration, le pénitence s’efforce de l’approcher, mais il ne peut pas se débarrasser de sa lourde chair (Signe xxxii/9). Comme rappelé ci-dessus, il ne peut pas concevoir le Père ; il ne peut que l’imaginer. S’il voit Dieu dans la nature, il Le voit en poète ; il ne voit pas la Vérité. La Vérité absolue n’est pas comme la mathématique, elle échappe au pécheur et à son cerveau de chair.
Dieu en 1977 vint à moi escorté du visible et du sonore : brasillements et cliquements dans l’air, lumière coulant le long des murs, explosions dans la charpente et le bâton de lumière, parce que, pécheur, je ne pouvais pas Le sentir autrement. Mais, sauf la Parole qu’Il m’a dictée et qui constitue la seconde partie du Signe, rien de ce spectacle surnaturel n’exprimait la réalité profonde de Dieu. Je n’ai pu expérimenter Dieu que par une sorte de superstition, des signes matériels, seul subterfuge idéographique par quoi je pus Le percevoir.
Comme quoi, même délivré des superstitions majeures, grossières, j’ai besoin d’une entremise figurative pour trouver le Père. L’entremise de ma pensée au minimum. Suffirait-il que je me mire dans une glace pour voir Dieu ? Je dois être honnête : Qu’est Dieu dans mon image ? Qu’est Dieu dans la nature qui m’entoure, me nourrit, me réjouit ? Je peux juste Le comprendre comme les pèlerins d’Emmaüs comprirent qu’ils avaient partagé un repas avec le prophète ressuscité d’entre les morts après qu’il les eut quittés (Luc 24/31). J’ai bien conscience qu’en voyant Dieu dans la nature je suis seulement imaginatif, au mieux je suis ingénieux, superstitieux décidément. Je ne peux réduire totalement la superstition.
Je peux juste rejeter la superstition religieuse, excessive. La superstition religieuse, c’est l’adoration de la matière, des livres, des reliques, des symboles, des codes qui ont fait du salut une procédure légaliste : Tel rite, telle récompense. Tel manquement au rite, telle punition, etc. La superstition excessive, c’est l’oubli que Dieu est d’abord Amour.
Comment, autrement que par la pénitence, nous évader du monde orwellien, dans lequel le mensonge est la vérité, où le rationalisme et la loi sont des religions, où l’apparence est la réalité ? Il est urgent de changer le monde (Signe 28/7).
© Michel Potay 2017 — Tous droits réservés


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