Je parle ici — en termes bâclés faute de place — d’un monument de la pensée  : Spinoza.
Je ne peux pas en quelque soixante-dix lignes présenter en plénitude sa très particulière intelligence, erronément dite athée, des forces qui régissent la vie et de la Force qui régit la Vie (voir entrée 193), mais je ne veux pas, sous prétexte qu’il en faudrait plus pour le faire bien connaître, le soustraire à l’attention de mes frères et sœurs.
Spinoza s’exprima au XVIIe siècle en Hollande, mais sa pensée est perpétuelle. Elle permet d’approcher de plus près l’Inconcevable, le vrai Père, celui du Signe.
Plus qu’un philosophe, je vois en Spinoza un grand sage, qui n’opposa jamais la raison à la passion, qui distingua subtilement l’actif du passif. Il dut malheureusement délayer des idées simples dans un flot de blabla, curieusement aussi acceptable que peu nécessaire, parce qu’il vivait en des temps où mieux valait cacher sous un brumeux verbiage les idées « suspectes ». De là notamment, selon moi — tant pis si l’on me prend pour un gourdiflot — la superflue et lourde forme géométrique euclidienne de « L’Éthique », son œuvre capitale. Spinoza dut aussi comme nous tous pallier à l’insuffisance du langage qui oblige à dire beaucoup sans parvenir à exprimer clairement la réalité la mieux ressentie.

Il existe plusieurs portraits de Baruch Spinoza, quine se ressemblent pas. Celui-ci passe pour proche de ce qu'il était, un matois génial (Source : Herzog August Library, Wikimedia)

Il existe plusieurs portraits de Baruch Spinoza, qui ne se ressemblent pas. Celui-ci passe pour proche de ce qu’il était, un matois génial
Source  : Herzog August Library (Domaine Public, Wikimedia)

Depuis la Théophanie d’Arès (1977), Dieu n’est plus pour moi le suprême et sublime roi et juge de la religion. Je sais seulement qu’Il est. Il EST au plus profond de moi comme Il est dans l’infini, silhouette indistincte. Jacob ne dit-il pas  : « Yahweh était là et je ne le savais pas » (Genèse 28/16), Élie ne Le sentit-il pas dans le son d’une brise légère (1Rois 19/12) et Celui Qui crée mille nouveaux soleils (Signe xxii/12) ne dit-Il pas aussi  : Je serre, Je serre comme le clou (sous le marteau) (ii/21)  ?
La religion dit que Dieu est personnel pour que l’homme s’imagine établir avec Lui une relation comme avec une autorité humaine. Faux. Quand j’enseigne à prier, je dis  : « Vous priez, mais vous ne savez jamais si Dieu vous écoute. Alors soyez honnête  ! Parlez-vous à vous-même, car vous êtes l’image et ressemblance du Très Haut (Genèse 1/26)  ; Dieu est en vous. » C’est ainsi que Spinoza priait peut-être, s’il priait, ce que j’ignore.
Dieu est et n’est pas extérieur à l’homme. Votre psyché d’Enfant (Signe 13/5), de Fils (xi/13) est directement issue du Père de l’Univers (12/4). Votre parenté avec Lui est directe comme elle l’est avec ce que Spinoza appelait Nature ou que Le Signe appelle Vie, Souffle. Je ne peux pas définir Dieu, parce que je n’eus de Lui, en 1977, que l’expérience d’une Voix (Signe xLii/13) et d’une escorte fantastique (« Récits, Notes et Réflexions du Témoin », Le Signe, p. 114-175), mais Il est pour moi la Sainteté, la Puissance et la Lumière (12/4), dans lesquelles je vois l’infini et indivisible Bloc « immanent et non transitif » de Spinoza, l’insécable Vie ou Nature.

Baruch Spinoza né juif à Amsterdam en 1632, banni de la synagogue en 1656, mort de phtisie en 1677, fut à peine connu de son vivant. Ensuite il fut mis à l’index par la religion juive ou chrétienne et vu par les intellectuels comme un gentil ratiocineur, guère plus, pendant trois siècles. Il y a peu de temps qu’un certain nombre de livres le biographient avec une quasi-vénération, parce que la vénération jette les feux derrière quoi les interprétations les plus diverses, vraies ou erronées, peuvent se cacher. Mais dans les années 70-80, après que je fus Témoin du Père, j’étais encore un des rares croyants qui citaient Baruch Spinoza comme un esprit très proche du vrai nœud métaphysique central.
Je ne parle pas du Spinoza du « Traité Théologico-Politique », qui prétend nécessaire une loi qui protège l’homme des théologiens — l’intention est louable mais l’homme libre (Signe 10/10) n’a pas besoin de loi —, ni de celui du « Traité Politique », bien que son idée sur la multitude y soit assez proche de celle qu’a Le Signe (12/8-9, 26/1, 37/2), peut-être une antichambre des petites unités humaines.
Je parle du génial Spinoza de « l’Éthique » qui révèle, sous un délayage trop long mais étonnamment clairvoyant, que Dieu est une « cause immanente mais non transitive ». « Par Dieu j’entends un Existant absolument infini, un essentiel fait d’une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. » Pour lui Dieu n’est pas l’indépendant roi suprême. Il est la cause même de Son propre Être et du Tout qui en découle. Dieu n’est pas au-dessus de l’Univers, de l’homme, de la nature  ; Il s’y fond. En bref, Dieu est la Vie (voir entrée 193) qui s’étend à tout ce qui existe, Lumière comprise, même dans la matière où ne circulent ni sang ni sève. Ainsi Dieu ne juge ni ne condamne ni ne récompense personne sur Terre, puisque tout humain est son Image et Ressemblance (Genèse 1/26-27) et puisqu’au-delà de l’humain Tout est Lui et Il est Tout. La Colère (Signe 24/4,30/6-9) de Dieu insatisfait de l’homme et celle de l’homme insatisfait de lui-même ne font qu’un.
Le concept de Dieu par Spinoza est parent du concept qu’a de Lui la Parole d’Arès. Quiconque libre de tous préjugés l’étudie avec humilité et sagesse s’en rend bien compte. En d’autres termes, Spinoza ne voit pas en l’homme un être cerné par la nature et dirigé par Dieu, mais il le voit comme partie intégrante de l’Être total, de la Vie au sens universel du mot. À cause de cela les religieux, juifs, chrétiens, musulmans et autres, ont vu dans l’auteur de « L’Éthique » un rationaliste athée comme ils voient en moi un impie, parce que j’enseigne que Le Signe voit l’humain comme l’Univers en mouvement et en devenir perpétuels  : Tout donc peut changer, le  monde de Mal peut devenir un monde de Bien.
Dans le domaine ontologique, l’idée que Spinoza se fait de l’être humain inverse ou nie l’ordre des causes et effets. Ainsi pour Spinoza l’homme ne fait pas la société, mais la société fait l’homme. De même, Le Signe nous fait prendre conscience que ce n’est pas l’homme, mais la culture que le système (autre étiquette pour société) imprime dans le cerveau humain, qui rejette et déforme la Parole et qu’il suffirait de changer l’éducation pour changer l’homme. Immense, long et difficile chantier, celui-là même qu’ouvre la Parole d’Arès. Quatre générations n’y suffiront pas (Signe 24/2). Nous sommes pour l’heure des hommes du Mal qui ont des velléités de Bien, parce qu’un peu d’atavisme au fond de nous fait remonter à nos cerveaux le souvenir des heureux jours d’Éden.
Mais c’est sans doute plus que dans les autres dans le domaine de l’amour, du pardon, de la paix et de la liberté que Spinoza est un grand modèle de pacifique mais ferme « insurgeance ». Parce qu’il remplaçait les dogmes et les croyances par les lumières de la Raison quand celle-ci se manifeste à l’état pur, sans déformation, il fut accusé d’athéisme. Pourtant, bon et pieux est l’homme qui écrivit  : « Si les Turcs et les Païens offrent en prière à leur(s) Dieu(x) le culte de la justice et l’amour de leur prochain, ils ont en eux l’esprit de Jésus. Ils seront sauvés. »

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