Certains me disent : « Attendez la fin de la crise avant de parler du CPE. » Pourquoi attendre ? Les pour et les contre sont déjà tous perdants et le savent. Ils auront toutefois vécu cet événement comme le seul type d’aventure qui reste à l’homme moderne qu’enferme dans des lois de plus en plus nombreuses un système de plus en plus morne.

Photo : Sylvain H. (Wikimedia)
Le CPE apporte-t-il la précarité ? Remet-il en question de la loi du travail, comme disent les syndicats ? Il sera toujours temps de manifester si la loi du travail est menacée un jour. Quant à la précarité, c’est le manque de travail qui la crée, depuis longtemps, et l’on ne peut pas reprocher au gouvernement d’essayer de décider des employeurs à créer quelques postes salariés non indispensables, qui procureraient peut-être un plus à leur entreprise, à leurs clients, à la qualité de le vie. Si mon plombier avait un ouvrier de plus, je n’aurais pas à attendre un mois avec un seau sous l’évier (à changer deux fois par jour) tant que le siphon fuit. Mais je sais que le problème est d’une autre ampleur : Il faudrait sauver l’industrie française, qui délocalise, qui fait perdre aux Français savoir-faire et compétences en formant ailleurs un personnel moins cher. L’industrie ne fait pas face aux plombier concurrents du quartier, mais au dynamisme du commerce mondial.
Pourquoi les media n’ont-ils montré que les jeunes anti-CPE ? Parce que, pour un journaliste, les jeunes qui sont pour le CPE ne constituent pas un événement, même s’ils forment l’immense majorité. Beaucoup d’entre eux disent même : « Le CPE peut nous donner l’occasion de montrer qu’on est capables de bosser pour un apport créatif, qui peut relancer et sauver la machine industrielle, l’obliger à revoir ses doutes ? » Pourquoi tant de media tendent-ils à faire croire que les jeunes Français veulent majoritairement un régime soviétisé, qui garantirait l’emploi et la retraite, comme si en France les choses ne pouvaient pas finir aussi catastrophiquement qu’elles finirent en URSS ? Quant aux cinq grands syndicats, le CPE leur donne l’occasion de retrouver une importance qu’il ont perdu, puisqu’ils représentent, à eux cinq, moins de 9% des salariés en France. Quant à la gauche, elle oublie qu’elle provoqua aussi des émeutes comme celle fameuse contre la loi Allègre, ministre socialiste de l’éducation nationale sous Lionel Jospin. Ce n’est pas faire de la politique que d’observer ces faits et de rappeler que Le Signe a raison de dire : La Vérité est que le monde doit changer (28/7). Travaillons à inciter les hommes à retrouver l’intelligence depuis longtemps perdue (32/5).
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.
© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés


Sur la flexibilité sacrifiée : l’échec collectif du CPE
Le CPE est retiré, mais je continue de croire que tout le monde, les pour et les contre, sont perdants. Tout à l'heure j'écoutais Bernard Thibault (CGT) chanter victoire et précisant le nom du vaincu : "la flexibilité ! La flexibilité, disait-il, doit rester interdite..." Je pense au contraire que la flexibilité est souhaitable pour une raison fondamentale : Il ne peut y avoir de progrès au sens le plus humain du mot sans liberté et il n'y a pas de liberté sans flexibilité. Il est temps que la jeunesse commence l'apprentissage de la liberté, car vivre libre (Signe 10/10) s'apprend. Au lieu de ça, on a poussé la jeunesse à la grève pour qu'on laisse à l'employé comme à l'employeur les chaînes de la loi, que la Parole du Père appelle la loi des rats. La victoire confirme la consternante sclérose de la société.
Le CPE n'était sûrement pas la recette pour tous les jeunes, mais il représentait une première chance pour des légions de jeunes qui n'ont pas grandes perspectives de carrières et qui pourtant se sentent valoir quelque chose et attendent une chance de le prouver. Il faut que les jeunes apprennent à affronter l'employeur les yeux dans les yeux et non par tribunal de prudhomme interposé. Ils doivent apprendre à se faire valoir avec une chance de réconciliation directe en cas de problème, une vraie chance de progrès donc. Rien n'est pire pour des hommes qui travaillent ensemble que de pas leur donner une chance de résoudre leurs problèmes ensemble. Cette chance, la flexibilité seule peut la donner. La politique a peut-être remporté une victoire partisane, idéologique, toute provisoire d'ailleurs, mais elle a fait beaucoup perdre à la jeunesse qu'elle pensait défendre. Il y avait mieux à faire que de réclamer le retrait sans condition du CPE, il y avait à en rediscuter les termes, à supposer qu'une loi fût nécessaire là où l'apprentissage de la liberté pouvait commencer. [15C5*10/04/2006]
Sur une véritable équité dans la société
Comme Le Signe préconise la disparition de la religion et de la politique, fille profane de la religion, je ne mets pas ma foi dans une politique, quelle qu'elle soit.
Ce qu'espère Le Signe pour l'homme social, c'est l'équité (Signe 28/10), et elle nie que le roi blanc (religions dominatrices) ou le roi noir (pouvoirs politiques, industriels, financiers, etc.) puisse établir l'équité, être autre chose qu'oppresseur (28/10). Dans cet esprit précisément, ma réponse précédente [15C5] sortait le problème du CPE des considérations politiques pour lui donner une dimension hautement humaine. L'équité comme la liberté s'apprend et Le Signe rappelle qu'elle ne s'apprendra pas par la loi des rats, mais par la remise en pratique de contacts humains trop longtemps "marionnettés" par des lois et qui, de ce fait, ne sont plus depuis longtemps des relations humaines.
On ne redonnera pas aux hommes la vie spirituelle : l'amour, la paix, l'intelligence, etc. sans remise en pratique et donc réapprentissage de relations humaines, vraies et directes, en tous domaines, y compris entre employés et employeurs. Ce sera très long, nul doute, mais il faut bien commencer un jour. La crise du CPE a caricaturalement démontré que les relations humaines n'existaient plus entre gouvernement et syndicats, pour une raison claire à mes yeux : Le premier ne représente qu’une fraction minoritaire de la population et les seconds représentent moins de 7% des salariés, autrement dit, ni le gouvernement ni le syndicat n'a la force de la légitimité ; de là leur surdité et des positions de rodomonts. L'équité ne peut exister que multilatérale entre gens en pleine possession d'eux-mêmes. C'est sur ce point que les partenaires sociaux auraient pu travailler ensemble pour sortir le CPE de termes trop courts comme celui de licenciement "sans avoir à donner de motif", au lieu de l'abroger. Que met-on à la place ? Rien. Oui, tout le monde est perdant. [15C7*11/04/2006]