Le 1er juillet, les Britanniques commémoraient l’énorme prix humain payé sur la Somme le 1er juillet 1916 et je me pris à méditer le prix exorbitant de nos combats socio-politiques.

Une tranchée anglaise : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Une tranchée anglaise  : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Il y a 90 ans, au petit matin, 13 divisions d’infanteries britanniques sautaient les parapets de leurs tranchées à l’attaque du front allemand. À découvert. Elles allaient payer le prix le plus lourd payé par une armée, toutes guerres confondues, en une seule journée : 40.000 blessés et 20.000 morts, dont seulement 30 officiers — On a beaucoup épilogué sur cette disproportion —. Mais les dommages causés par nos glorioles idéologiques : patriotisme ici, socialisme et capitalisme là, christianisme, judaïsme et islamisme, etc., n’élargissent pas que les cimetières, elles élargissent les problèmes économiques, les législations, les emprises administratives, les déceptions.
Combien de glorioles, sources de douleurs ou de problèmes, au nom d’idéologies en « isme », allons-nous encore imaginer ? Même si les 35 heures, la grande attaque socialiste sur « le front du travail » n’a pas coûté de vies humaines, elle a dans le même esprit idéologique abîmé notre outil de production et les perspectives de créativité, donc d’emplois — « pour avoir les patrons » comme c’était « pour avoir les boches » (1916), « pour avoir les aristos » (Russie, 1917), « pour avoir les riches » (France, 1936), « pour avoir les juifs » (Allemagne, 1937), « pour avoir les amerlos » (New York, 2001). Aucune de ces fausses gloires, quand elles n’ont pas apporté que des méfaits, dans la brutalité d’armes ou de lois de fer, n’a résolu de problèmes qui ne se seraient tôt ou tard résolus dans la paix ! La seule vraie gloire (Signe 37/9) sera celle d’Éden retrouvé, non retrouvé dans la vengeance sans fin (27/9), mais retrouvé dans l’amour, le pardon, l’intelligence et, ne les oublions pas, la mesure, la patience (35/7) et le travail (37/8).
« Oui, mais nous ne voulons pas d’économie de marché concertée entre riches, » me dirent récemment certains, peut-être bien altermondialistes. Je leur répondis : « Si vous êtes pressés, si vous ne pouvez attendre que le monde en changeant — forcément lentement : plus de quatre générations, 24/2 — fasse disparaître naturellement l’économie de complicité, vos luttes coûteront toujours plus qu’elles n’apporteront. Qu’a gagné la jeunesse émeutière des banlieues par la violence en novembre 2005 ? L’exutoire bref d’un moment de folie, rien de plus (J’ai connu ça dans ma jeunesse). Ç’aurait pu leur apporter le CPE (voir 0014 et 0015), qui fut conçu pour eux, mais d’autres jeunes, les étudiants, qui n’ont pas besoin de CPE pour trouver du boulot, le firent abolir. La folie mène à plus de folie. » J’ajoutai : « Tout comme le système avait les moyens de tuer 20.000 soldats britanniques et d’en envoyer 40.000 à l’hôpital en une seule jounée, le 1er juillet 1916, sans compter les milliers de soldats allemands qui moururent ou souffrirent ce jour-là, le système (par la rue comme par la bureaucracie) aura toujours les moyens de casser tout changement d’allure trop audacieuce. C’est pourquoi le Père par Le Signe nous donne des armes incassables. Celles qu’aucune usine ne forge, qu’aucun marchand de canons ne négocie, qu’aucune compagnie de CRS ne brandit, qu’aucune loi ne peut appliquer : l’amour, la paix, la miséricorde, l’intelligence, la liberté spirituelle absolue, données à l’homme pour la simple peine d’une pénitence personnelle (Signe 28/25). L’avenir heureux est forgé dans le cœur. » Ceux qui m’avaient écouté me regardèrent comme on regarde un vieux baboin s’épouiller, puis ils repartirent errer dans ce monde vide, dont tous les ressorts spirituels et même moraux ont été cassés, sauf leur ressort à eux, croyaient-ils. Moi, je crois qu’ils auront l’occasion de repenser à ce que je leur ai dit.

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© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés