© Christiane et Nina Potay

© Christiane et Nina Potay

Dans les derniers jours du Pèlerinage, un pèlerin inconnu m’aborde sous le clocher. Je lui dis gentiment : « Je ne fais plus la conversation, sauf nécessité du service. Mon cardiologue dit que je parle trop passionnément, que ça éprouve mon cœur. »
Il approuve de la tête, mais parle quand même : « On ne se connaît pas… Je suis seulement de passage. J’ai voulu voir l’endroit où Le Signe a réveillé dans le monde une foi très simple. La foi dans le Bien, la foi qui conduit à Dieu, même si au départ Dieu n’intéresse pas, comme la simple abeille conduit finalement à la ruche. Je voulais aussi vous exprimer mon respect. Vous avez pendant trente-deux ans défendu sans concession cette simplicité qui dissout la religion. De plus, quelle navigation difficile contre le vent de la déchristianisation… »
Moi : « …et de la déspiritualisation, ce qui est pire. J’espère qu’en retrouvant les idées simples qui forment cette Parole sur le lieu aussi simple où le Créateur l’a redonnée, votre volonté de poursuivre le Bien sera renforcée ! Ici l’homme retrouve la capacité et le plaisir de l’enfant d’entendre indéfiniment une histoire qu’il connaît déjà. »
Lui : « Le Signe répond à toutes les questions. Pas besoin d’interprétations discutables, de théologie, de dogmes. Il n’y a qu’à lire et accomplir. »
Moi : « J’ai quand même dû rappeler le vrai (Signe II/8-9, XX/2, XXXIV/1-4), c’est-à-dire annoter abondamment, parce que la culture religieuse ou les habitudes de penser brouillent ou déguisent le vrai, mais peut-être étiez-vous athée ou agnostique, sans préconçus. »
« Non, je suis juif. » Il lève les yeux vers le clocher. « Depuis des siècles, les religions que vos écrits appellent abrahamiques voisinent sous le même clocher, le même minaret ou le même tabernacle sans se tourmenter de ce qui les désunit. J’en ai pris conscience en découvrant Le Signe. » Il devient emphatique : « Là est le crime, le déicide ! » Il a un geste large et las vers l’Orient. Il pense au Liban, c’est sûr. Sa voix s’adoucit : « Et pourtant, le Coran n’est jamais qu’une bible arabe, au fond, comme la bible chrétienne n’est jamais que la bible juive. »
Moi : « La finalité de la foi n’est pas la Parole. La Parole, c’est la philosophie du Père, le virtuel. Au pèlerinage on philosophe légitimement sur le salut, le bonheur, la fin des soucis et des douleurs terrestres, la vie changée (Signe 30/11) et le monde changé (28/7), mais sitôt fini le pèlerinage, le réel nous attend. C’est accomplir qu’il faut. Par là se jouent vraiment le destin de l’individu par la pénitence et le destin du monde par la multiplication des pénitents. C’est là que tous les hommes bons, même ceux qui ne reconnaissent pas la Voix du Père (28/12) et même ceux qui le haïssent (28/14) contribuent au changement du monde, à la Vérité finale (28/7). Ce clocher n’évoque pas que les religions abrahamiques. Il évoque le monde entier. »

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