[DR] Source et auteur inconnus

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À Bordeaux, près du palais de justice, on voyait encore voilà peu, sur le mur d’un vieil immeuble, une monumentale peinture murale de Montesquieu avec une citation du grand personnage sur les préjugés qui ne sont que présomptions gratuites et sources d’erreur. Ironie du hasard, la pub, un des plus puissants vecteurs de préjugés que l’homme s’est inventés, a recouvert Montesquieu d’une gigantesque affiche qui annonce le chantier d’une « adresse d’exception pour un nouvel art de vivre. »
Cet immeuble de rêve sera peut-être utile, mais s’il est utile, pourquoi une publicité ? Cette question m’amène à  méditer sur la publicité, pas spécialement immobilière, la pub qui partout et à  propos de tout substitue le tentant à  l’utile, car tout le problème est là , dans l’hyperbole. Des gens sans souci ni déshonneur peuvent se trouver accablés de souci et de déshonneur, quand ils sont surendettés pour quelque chose que, par préjugé qu’induit la pub hyperbolique, ils crurent propre à  transfigurer leur vie.
Je sais que si l’on cessait soudainement de vendre le superflu, entre 50 et 75% de l’industrie, donc de l’emploi, cesserait immédiatement. Voilà  le grand hic social de notre type d’économie, que compensera seule la vie spirituelle en se répandant et fondant un autre type d’économie par naturel changement de logique et naturel transfert des valeurs et des désirs. En attendant, est-ce mal faire que critiquer la pub ?

Globalement, ce que la pub suggère aux hommes d’acheter est au-dessus de leurs moyens. Sinon, il n’y aurait pas besoin de pub. La disproportion entre la somme des offres et la somme des moyens fait que la tentation se fragmente, se pulvérise en millions de poussières acheteuses, qui font oublier mais non disparaître la disproportion. La pub ne s’adresse qu’aux pauvres, parce que les riches sont trop rares pour expliquer les énormes budgets publicitaires et les riches savent ce qu’ils veulent simplement parce qu’ils peuvent l’avoir.

La pub n’est pas qu’hyperbolique, elle est innombrable. Une affiche de promotion immobilière ayant escamoté Montesquieu, l’intelligence, j’ai porté pendant quelques jours mon attention sur la publicité en bloc. Elle fourmille ; elle ne peut que troubler une myriade d’esprits. On croit ne plus la remarquer, mais elle est là , taches sans nombre, chacune dans son cadre, son affiche, son panneau déroulant, sa page jaune, son écran de télévision ou sa page internet. Elle est là  comme un bijou dans son écrin, comme un joli mannequin ou un bel athlète dans ses dessous moulants, vous disant que c’est à vous qu’elle ou il songe jour et nuit, c’est vous, oui, qu’elle ou il attend. Les considérables progrès de la couleur, de l’imprimerie ou de la photo rendent ces tentations quasi palpables, font de ceux qui les convoitent quasiment des violeurs. Le pauvre acheteur perd la tête. Soudain saisi d’une folle confiance en soi, il va s’endetter, voire même voler ! De l’instabilité ou de la déception résultantes le monde souffre au-delà  de ce qu’on imagine.
Nous Pèlerins d’Arès avons beaucoup à  faire pour réveiller dans l’homme la conscience que la vraie beauté (Signe 12/3) n’est pas celle que vante la pub

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© Michel Potay 2007 — Tous droits réservés