La lettre de Guy Môquet à sa famille, que le Président Sarkozy a demandé aux professeurs, sans leur en faire obligation, de lire aux élèves, beaucoup de gens en parlent. Peu la connaissent. La voilà, si simple :

Carrière des Fusillés, photo de Guy Môquet, Fr-44 Châteaubriant
Photo : Llann Wé (Wikimedia)
Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas !
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.
À toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime.
Guy
Bouleversante lettre d’un gosse, qu’attend un peloton d’exécution. En ces jours tragiques on ne distinguait plus entre communistes et réactionnaires, entre ouvriers et bourgeois, quand tout humain digne, conscient qu’il ne pouvait se coucher devant l’un des pires systèmes que la politique ait inventée : le nazisme, n’avait qu’une préoccupation : résister, combattre ou mourir !
Le 22 octobre, certains professeurs (environ 5%) n’ont pas lu à leurs élèves la lettre de Guy Môquet. Quelques uns trouvaient indécents les bons sentiments qu’exprime la lettre. D’autres pensaient que cette lecture servait surtout les intérêts politiques de M. Sarkozy. Ce qui est certain, mais qui dans ce monde ne défend pas ses idéaux ? Moi-même je ne manque aucune occasion de faire valoir le mien. Ça n’enlève rien à la grandeur et au courage d’un tout jeune homme, qui forcent une admiration qui n’a rien de malsain. Je ne crois pas non plus que l’intention de M. Sarkozy était de demander aux enseignants de former des durs de durs offrant leurs poitrines aux balles avec une imbécillité guerrière. Je crois qu’elle est simplement de montrer à des jeunes, qui ne connaissent pas leur bonheur de vivre dans la paix et hors de contraintes féroces, que de terrifiantes épreuves peuvent revenir demain et qu’il faudra y faire face dans la dignité, la bravoure et même l’amour propres à l’homme comparé à l’animal. Ce gosse, né dans une famille non croyante, retrouve dans les minutes ultimes de sa courte vie les émouvantes et honorables émotions de Jésus sur la croix, qui ne maudit pas ses bourreaux et qui pèse la valeur de son sacrifice.
Notre mission, trente années durant, a elle aussi rappelé aux Français que la grandeur, le courage… bref, l’héroïsme (Signe XXXV/4-12) , peuvent être des valeur constructives, qu’il ne faut pas rejeter comme « pompières » ou « ringardes » (deux mots que j’ai récemment entendus), parce que les hommes ne se sortiront pas avec bonheur des épreuves qui les attendent sans retrouver la tendre et sobre majesté de la lettre de Guy Môquet, qui est aussi un des multiples éléments de la pénitence.
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.
© Michel Potay 2007 — Tous droits réservés


On peut être très loin de la religion, des dogmes, et être très près de la Vérité
Qu'importe que les circonstances aient été si différentes, le miracle du Père, qu'Il entrât en moi par une révélation physiquement sonore ou en Guy Môcquet par l'intuition qu'il faut oublier les divisions terrestres et ne plus songer qu'à exprimer la paix du cœur et l'amour pour les autres, oui, le grand miracle opéré en nous par le Père est le dépassement qu'Il nous fait opérer. Alors l'homme retrouve de la grandeur à l'image et ressemblance de la Grandeur Divine.
Comme quoi, on peut être très loin de la religion, des dogmes, et être très près de la Vérité. J'ignore si Guy Môquet est sauvé ou non — qui sait qui est sauvé et qui n'est pas sauvé ? —, mais les derniers instants de sa vie lui promettaient peut-être la Vie. Alleluia ! [70C1*25/10/2007]
Sur la lettre choisie par M. Sarkozy
M. Sarkozy aurait très bien pu choisir la lettre d'un Français d'Algérie. Pourvu, je pense, qu'elle ait la même charge de grandeur et d'émotion dans le dépassement qu'à celle de Guy Môquet. Peut-être M. Sarkozy a-t-il préféré la lettre d'un adolescent, presque une enfant, d'une période historique plus éloignée et sûrement plus cruelle encore, dont les passions commencent à être éteintes. Ce qui n'est peut-être pas encore le cas pour la guerre d'Algérie.
Ceci dit, je ne connais pas d'homme politique qui ne prenne une décision gouvernementale qui ne soit pas politique dans le sens de sa politique à lui. C'est pourquoi j'ai dit, à ce propos : "Ce qui est certain..." sur le ton d'une vérité de La Palice. Une façon gentille de dire à ceux qui ont pensé à un "coup" politique de M. Sarkozy qu'ils ne faisaient que dénoncer une évidence ou parler pour ne rien dire. [70C2*25/10/2007]
Sur la seule Voie possible, celle de l’action patiente à l’intérieur de nous-mêmes, la pénitence et celle de la moisson
Quatre générations ne suffiront pas, dit Le Signe, soulignant qu'il nous faut maîtriser notre impatience et notre indignation face aux iniquités et spoliations dans ce monde, parce que Dieu seul est hors du temps, mais nous, nous sommes dans le temps. Nous ne pouvons agir qu'en usant de l'épée ou de l'outil temps, très lent mais invisible, parce que ce monde est organisé pour nous briser, si nous allons vite. Guy Môquet en est un exemple aussi tragique qu'éclatant. Ahmed Zabana est un autre exemple aussi tragique qu'éclatant.
C'est pourquoi le Père nous indique la seule Voie possible, qui est celle de l'action patiente à l'intérieur de nous-mêmes, la seule efficace : la pénitence et l'effort de moissonner d'autres pénitents, et déjà nous avons fort à faire pour qu'à l'intérieur de notre assemblée de pénitents cette action ne soit pas inconsciemment étouffée sous l'esprit de religion, c'est-à-dire indirectement et inconsciemment sous l'esprit de système. Néanmoins, je crois qu'en dépit de la grande difficulté de se déculturer, les Pèlerins d'Arès parviendront à être ce qu'ils doivent être dans les générations qui viennent. Je le crois très fermement car, malgré les reproches que nous nous faisons souvent, dans notre propre désespérance de devenir meilleurs, nous avançons quand même.
J'ai pour ma part la chance, que n'eut pas du tout Jésus, que n'eut pas suffisamment Muhammad, d'avoir bientôt 34 ans de recul (en janvier 2008) pour observer les progrès lentement faits depuis 1974 parmi nous et pour justifier mon espérance que ces progrès continueront.
Ce n'est pas par hasard que j'ai fait suivre cette présente entrée sur "Mort et honneur d'un gosse" (0070) par une entrée sur "Un grand besoin de spirituels" (0071). [70C3*25/10/2007]
Sur un témoignage d’un professeur
Un commentateur, professeur de son métier, me fait part d'un témoignage qu'il a vécu le 22 octobre : il a reçu un tract, distribué à l'entrée de son lycée, qui déclarait que, « puisque M. Sarkozy… instrumentalisait cette lettre, il fallait la boycotter." Ce genre d'argument est triste par sa stupidité. Je me rappelle de trois évangélistes qui m'avaient apostrophé dans la rue un jour de 1981 ou 1982 où je faisais ma mission à Bordeaux ; ils me crièrent : "Puisque vous n'appartenez à aucune église, vous n'êtes pas qualifié pour parler de Jésus..." Comment des gens dans la rue peuvent-ils percevoir sans méfiance les tracts de nos missionnaires après qu'ils eurent lu ici et là des tracts du genre de celui que vous citez, même sans rapport avec les nôtres, mais d'une telle pauvreté ratiocineuse ? Pour eux tract = n'importe quelle bêtise ! Ce genre de tract n'engage même plus un débat. C'est de la partisanerie de très bas étage. C'est la liberté d'expression, de toute façon, et nous l'acceptons et la défendons, mais c'est pour moi aujourd'hui, avec votre témoignage concernant ce tract, un sujet de réflexion. Vous devez penser que je tombe des nues, que je suis naïf... Cela m'interpelle quand même en ceci que nous devrons toujours plus soigner nos tracts.
93% des établissements scolaires ont accepté la proposition de M. Sarkozy de lire la lettre de Guy Môquet, dites-vous ? La télévision avait annoncé 95%. Votre chiffre est donc un peu moins bon, mais il est très bon quand même. [70C4*28/10/2007]
Dieu me demande de montrer la direction de certitude et il demande à mes frères et sœurs de la suivre avec confiance et volonté d'aboutir.
"Qu'a-t-on à perdre à travailler avec Dieu ?" m’écrit un commentateur. Ces paroles me font penser à Pascal qui dit la même chose, de diverses façons, dans ses "Pensées," par endroits si émouvantes, outre si intelligentes. Rien ici, à moins d'être lourdement mécréant, ne prête à sourire. C'est simplement marqué du bon sens.
J'ai quand même failli ne pas publier ce commentaire pour deux raisons. D'abord, parce que tout en citant Guy Môquet il nous éloigne quelque peu de lui. Ensuite, parce que je me suis dit : Encore un qui sera pris pour être un suiviste ou un trop dévoué, voire un flagorneur, et une fois de plus on dira que j'aime les compliments. Mais à ce niveau de beauté et de hauteur de vue, votre commentaire est simplement un propos héroïque. Exactement ce que le Père nous demande. Il me demande à moi de vous montrer la direction de certitude et il vous demande à vous, mes frères et sœurs, de la suivre avec confiance et volonté d'aboutir. C'est, d'une façon moderne, notre passage de la Mer derrière Moïse. Confucius disait : "L'homme grossier rit," et sans nul doute certains rient en nous lisant. Qu'ils rient ! [70C5*29/10/2007]