Quand une sous-société locale, dominée et faible, secoue et effraie la société dominante, elle ne dit rien. Même par signe elle ne parle pas. Elle passe brusquement du marasme plat au marasme agité, c’est tout. Elle fait ça naturellement, sans stratégie ni tactique concertées. Comme la mer s’agite quand un vent souffle fort. Ce que les capitaines oublient sitôt que ce vent tombe et qu’ils lui repassent sur le ventre avec leurs bâteaux.

Une émeute en France, 2007(Photo : Mikael Marguerie, Wikimedia)

Une émeute en France, 2007
Photo  : Mikael Marguerie (Wikimedia)

J’ai lu les augures dans les journaux : « L’émeute de Villiers-le-Bel est signe de ceci… signe de cela… »
Non, ce n’est pas un signe !
Depuis des millénaires ceux qui mangent les pommes aigres des montagnes arides s’insurgent par à-coups contre les puissants de la vallée grasse qui gouvernent et prêtent l’or (Signe 26/5-6). Personne n’a besoin de signe pour savoir qu’une sous-société jeune, en chômage et non intégrée à 40%, se fait régulièrement tempétueuse.
Dans Le Signe le mot Signe a un tout autre sens. Quand elle dit que le Signe n’est pas encore donné (XLIV/5) elle veut dire que l’amour, le partage, la paix, la liberté, l’intelligence spirituelle, ne sont pas encore passés entre les hommes et ne sont pas prêts de l’être — Quatre générations ne suffiront pas (Signe 24/2).

À Villiers-le-Bel un « émeutier », un gamin qui avait chapardé à son père son fusil de chasse, a blessé deux policiers et c’est déplorable, encore que… quand  je pense au cinéma criminel chaleureusement autorisé à la télévision, je trouve que si cet art de la tuerie en tous genres ne fait pas plus d’imitateurs, c’est tout à l’honneur des « émeutiers ». Mais les policiers ont un Ministère de l’Intérieur et des syndicats pour informer le pays, les media, l’opinion, de tout ce qui leur arrive et même pour se poser en victimes et s’absoudre de toute erreur. La « racaille » et les « bandes organisées », quant à elles, n’ont ni syndicat ni service de presse pour parler de leurs amochés et donner leur version des faits. Il est vrai qu’il s’agit de « déliquants récidivistes, » très probablement menteurs, qu’il faut donc faire taire. Mais pourquoi la population accoudée aux fenêtres semble-t-elle les soutenir ? On peut en déduire que même les retraités du quartier sont des « déliquants récidivistes. » Quand j’étais gamin dans ma banlieue et que de tels accrochages avec la police avaient lieu, celle-ci usait d’un autre mot : « repris de justice, » ce qui était évidemment faux, mais de toute façon les journaux n’en parlaient pas à l’époque. Il semblait à tout le monde normal que des jeunes explosent de temps en temps dans un système qui, lui, se comportait déjà (et depuis très longtemps) en véritable « bande organisée. »
Tout cela, il est vrai, dépend du côté où l’on se trouve. Si Mme Alliot-Marie était née et vivait dans le ghetto arabo-africain de Villiers-le-Bel, elle parlerait autrement sans aucun doute. Cela ne signifie pas qu’elle soit une bourgeoise méprisable. Nous l’aimons d’amour évangélique comme nous aimons tous les policiers qu’elle dirige et tous les émeutiers qu’elle réprime, mais l’abîme qui sépare ces humains montre qu’il y a beaucoup à faire pour que tous jouissent sans discrimination des maisons chaudes, de la nourriture, de la beauté, des joies, des sources, du fer et du feu, tels que le Créateur les a déjà donnés (Signe 26/8-10).
Le Signe
a un beau message à adresser à ces banlieues pour leur assurer tout à la fois que le Créateur ne les a pas oubliées, étant venu leur parler en 1974 et 1977, et que, s’ils en ont la patience, il vaincront par la pénitence, c’est-à-dire par la quête du bien et non par la vengeance, le mauvais sort qu’on leur a fait. Notre mission de Paris y a sûrement déjà songé, mais je réalise bien que la réflexion et la préparation d’une aussi délicate campagne d’information demande un peu de temps.

 

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