Un fraternel rectificatif à ceux, assez nombreux, qui me parlent du Signe comme d’une expérience mystique :

Le mystique traditionnel a pour caractéristique de croire possible l’expérience directe de Dieu et de son salut par la piété, l’ascèse et le renoncement au monde sans passer par la religion, ses lois, ses sacrements.

Le Pèlerin d’Arès croit lui aussi possible l’expérience directe de Dieu et du salut sans passer par la religion et ses règles, mais pas par la piété, l’ascèse et le renoncement au monde. Pour le Pèlerin d’Arès Dieu et le salut sont trouvés au bout de la pénitence (Signe 16/17, 30/10-11), c.-à-d. par la pratique de l’amour, du pardon, de la paix, de la délivrance (libération) de tous les préjugés, de l’intelligence spirituelle et de la moisson (Signe 5/2, 6/2, 31/6, etc.) d’autres pénitents qui, de génération en génération, s’ajouteront les uns aux autres pour former le petit reste d’hommes de bien dont l’influence finira par déclencher le Jour du bonheur universel (31/8-12). Cela se fera non dans un isolement mystique, mais au beau milieu du monde et de son quotidien de peine (28/25-26, 37/9) comme de joie et de fête (9/7, 30/11).
Si tant est que la mystique, comme expérience du salut sans religion, soit un mot applicable à la Vie spirituelle comme l’entend Le Signe,
le Pèlerin d’Arès n’est tout au plus qu’un mystique sympa, conscient qu’il ne se sauvera qu’en cherchant à devenir bon et à rendre d’autres hommes bons et que c’est ainsi qu’il redevient l’image du Créateur de l’amour (Genèse 1/27).

Adma et Eve, March Chagall(Photo : Ian Alexander, Wikimedia)

Adam et Eve, Marc Chagall
(Photo  : Ian Alexander, Wikimedia)

On me dit : « Mais vous avez vu et entendu Jésus en 1974 puis Dieu en 1977. N’était-ce pas l’expérience directe de Dieu, une expérience mystique ? »
Je réponds : « Non, ce ne fut qu’une expérience directe du surnaturel. J’acquerrais l’expérience de Dieu beaucoup plus tard, après avoir longuement accompli ma pénitence, c.-à-d. après être devenu un homme bien meilleur que je n’avais été. Jusqu’à cet accomplissement tout ne fut que virtualité, tout ne fut qu’efforts sans preuve qu’ils fussent raisonnables et qu’ils aboutissent. Jusque là tout ne fut que mots et idées dans les pages du Signe. Celle-ci ne commence réellement d’exister qu’accomplie (Signe 35/5-6). Je crois personnellement en Dieu, mais notez bien que la pénitence peut même s’accomplir sans reconnaître Dieu (28/11-14), pourvu qu’on croie dans le Bien. Quelle espérance ! Quelle générosité du Créateur ! »
Notre mystique, si c’en est une, a un rapport direct au monde. C’est la mystique du Bien pratique.
Une telle mystique n’a pas d’iconographie flatteuse. Notamment, sa gloire (Signe 37/9) disparaît derrière le problème du temps, du temps énorme dont a besoin l’effort de bien.

Cette nécessité du temps n’est pas comprise par certains qui, nouveaux venus dans l’assemblée, s’attendent à n’y trouver que des hommes de bien achevés. Ils se frottent à des frères et des sœurs qu’ils jugent décevants. Ils ne voient pas que ce début de petit reste n’est pas une assemblée d’anges, mais un magma de pénitents en chantier, de frères en devenir et non de frères immédiats. Ils ne comprennent pas que l’assemblée n’est pas un refuge mais un pétrin et ils s’en vont, parce qu’ils ne veulent simplement pas être pétris, se croyant déjà bon pain. Hélas, presque personne n’est bon pain en ce monde. Il faut autant d’amour et donc d’humilité pour persévérer dans l’assemblée qu’il en faut pour vivre heureux dans le monde où l’on ne reçoit que ce qu’on donne, quand on y reçoit quelque chose.

La foi arésienne n’est mystique que dans un réalisme absolu, qui n’est pas la caractéristique de la mystique traditionnelle, qui ressort de l’illuminisme.

Étymologiquement sacrifice signifie « accomplir le sacré. » Or, le Pèlerin d’Arès sait qu’il n’est pas sauvé par le sacrifice sur la croix d’un dieu incarné pour la rédemption de son péché, ni par le sacrifice de sa propre personne à une ascèse sévère. Ce que le Pèlerin d’Arès sacrifie, c’est son péché, autrement dit son droit au mal — en vertu de sa liberté de bien et de mal — par l’effort d’être bon.
Un Pèlerin d’Arès sait que l’addition des bontés, si les pénitents se multiplient, finira un Jour (Signe 31/8) en Bonté universelle, dont sa part de bonheur sera un des milliards d’atomes.
C’est un long chemin rocailleux (Signe 25/5), tout le contraire de ce qu’un fameux mystique traditionnel, Krishnamurti, disait : « La Vérité est un pays sans chemins. » Quand Le Signe dit que la Vérité, c’est que le monde doit changer (28/7) il veut dire que le changement se fera par de longs chemins vers la Montagne Sainte (7/1-9) et que quatre générations ne suffiront pas (24/2) pour arriver au bout.

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© Michel Potay 2008 — Tous droits réservés