
Joan Baez
Photo : Carlos Ramón Bonilla (Wikimedia)
« Ah ! Si Joan Baez partageait notre foi et chantait Le Signe, quelle avancée nous ferions ! » m’écriai-je devant un ami de cette grande troubadour. L’homme, une vedette des medias, se fit songeur, se frotta le menton, puis me répondit : « Non ! Joan est proche de vos espérances, mais même si elle chantait pour vous, vous n’avanceriez pas d’un poil. Comme vous dites parfois, frère Michel : « On ne vend pas la foi comme de la lessive ou du cinéma. » Ce n’est pas par un spectacle que Dieu percera la citadelle d’indifférence. C’est par votre pénitence, votre chaleur humaine, et elles seules. »
J’appartiens à une toute petite minorité de croyants, ceux appelés Pèlerins d’Arès. Ils ont beau ne représenter — pénitents (le petit reste) et sympathisants réunis — qu’un dérisoire 0,15% de la population francophone européenne trente-sept ans après l’apparition du Signe, c’est une humanité d’espérance, qui va occuper une place de plus en plus importante dans l’ascension des aspirations spirituelles et morale vers les Hauteurs Saintes (Signe 33/27, 36/19). Nous en voulons pour preuve l’apparition dans les discours, religieux, politique, intellectuel, etc., de beaucoup d’idées issues du Signe, parfois même textuellement.
Quelle utopie Le Signe exprime-t-il ?
Non seulement l’homme a été conçu capable de vivre dans une société libre (Signe 10/10), c.-à-d. autoréduite à des petites communautés autogérables autant qu’interfécondes, sans frontières, sans princes du culte politique, religieux, économique, sans princes de la pensée et de la raison uniques, sans loi autres que celle de la conscience, mais encore ce n’est que sous cette condition libre que l’âme (l’image et ressemblance du Créateur, Genèse 1/26-27) refleurira en l’homme, qui retrouvera au bout de sa pénitence (ou quête du bien, Signe 30/10) le bonheur et même l’éternité (Signe 35/3).
Apparemment cette utopie n’est pas vraiment nouvelle, mais la façon dont Le Signe l’exprime change l’utopie en faisabilité, parce que ce qui est utopique par la raison raisonnante, est réalisable par la foi (la foi déplace les montagne, Matthieu 17/20).
Dans Le Signe les considérations de race, de culture, de différences entre les hommes, n’entrent pas en compte. Ainsi que Jésus l’avait déjà fait, Le Signe enterre une fois pour toutes les considérations catégorielles de la vieille Bible, qui ont regrettablement fait les rivalités religieuses : judaïsme, christianisme, islam, etc., les rivalités économiques, les grandes propriétés. Le Signe altermondialise tout bien mieux que ne le font les idéologues de l’altermondialisme, parce qu’elle n’est ni de gauche ni de droite, ni religieuse ni rationaliste, ni politique ni libertaire, mais elle donne à l’altermondialisme une base spirituelle universelle dans laquelle tout homme de bonne volonté peut se reconnaître.
De ce fait, être Pèlerin d’Arès, un frère ou une sœur du petit reste, n’implique pas qu’on s’adresse à une catégorie humaine de pensée réduite. Le Pèlerin d’Arès s’adresse à l’humanité entière. Même s’il sait bien qu’il ne peut, par les temps qui courent, qu’y moissonner un petit nombre de pénitents actifs, il parle à l’immensité humaine comme l’amoureux des coquelicots que je suis embrasse du regard la beauté (Signe 12/3) des immensités de coquelicots au printemps, mais ne peut en cueillir qu’une petite poignée fragile qu’il aura, de surcroît, bien du mal à garder. Petit reste ne désigne pas une élite de croyants sûrs de leur vertu se protégeant des confusion et médiocrité extérieures, mais seulement des pénitents et des apôtres à l’écoute du Signe mais conscient qu’ils font encore partie de ces confusions et médiocrité extérieures.
De là ma réticence depuis 1974-77 à réfléchir en termes d’identité, parce que si mon identité est Pèlerin d’Arès, je ne suis qu’un homme — homme Michel (Signe 1/1, 2/20, 3/9, etc.) — au sens universel que le Père de l’Univers (12/4) a donné à mon humanité, une humanité qui aspire au Bien, au bonheur au lieu des peines (37/9) de mon rampement terrestre et à la Vie (24/3-5). Voilà une des grandes difficultés de notre mission : Quelle identité marquante y a-t-il à espérer le Bien, à vouloir être une âme libre, à rechercher une bonne Vie ? Ces mots banaux ne forment pas une de ces marques de fabrique ou étiquettes sociales bien distinguées, que notre époque prise. C’est pourquoi nous devons quand même nous désigner par un mot fort puisé à la Parole d’Arès, qui nous distingue bien, si nous veillons à le faire joyeusement tinter : pénitents.
Les désignations sociales : Socialistes, UMP, catholiques, musulmans, etc., sont toutes plus ou moins vite devenues statiques ; elles ne désignent plus des sociétés d’avenir mais des états d’esprit. Une société d’avenir doit bouger sans cesse. Pour nous moissonner est chercher de nouveaux pénitents, mais c’est bien davantage, c’est commencer à construire un autre monde, c’est donc une aventure spirituelle, donc humaine, des plus nobles et universelle.
Universelle… parce que nous savons que si, d’un côté, Joan Baez avec son talent et sa renommée ne ferait pas sortir notre mission de l’ombre, d’un autre coté une argumentation missionnaire enfermée dans Le Signe serait insuffisante pour changer le monde (Signe 28/7). Le prophétisme n’a-t-il pas la difficile tâche de rendre la Parole de Dieu lisible au monde impie, égaré ou indifférent ? Certes, la Parole de Dieu ne se négocie pas (Signe 15/6) et c’est pourquoi nous tous, missionnaires, annonçons d’abord cette Parole, mais si nous écoutons attentivement comment y réagissent nos frères humains (voir entrée 115), c’est parce que leur pensée n’est pas toujours aussi étrangère à nos espoirs qu’elle paraît de prime abord et que nous pouvons ici et là jeter entre les pensées du monde et la nôtre des ponts par où passera un jour l’action qui changera le monde. Nous ne négocions pas notre foi, mais nous ne nous claquemurons pas peureusement dans notre contexte identitaire arésien.
Difficile est notre mission ! Qu’il est dur d’être dans le Vrai ! Mais peu à peu nous finirons par être ce que nous nous sommes engagés à devenir : de vrais pénitents.
© Michel Potay 2011 — Tous droits réservés


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