
Dieu pleure Jésus, prophète assassiné.
Mais Dieu n’est pas représentable.
Pour montrer sa Tristesse (13/5) il doit mêler
sa Larme invisible (xxviii/17) à celle visible de Marie.
Photo : Paul Hermans (Wikimedia)
« Peut-on prier Marie, me demande-t-on ? »
Je réponds : « Oui. Le Signe le dit ».
« Donc, Marie existe et peut exaucer une prière ? »
Je réponds : « Non, elle n’existe pas. »
Certains questionneurs me regardent alors comme un égaré.
Donc, j’explique : Quand je reçus Le Signe j’étais clerc de l’église orthodoxe qui, comme l’église catholique, est mariale. Ma culture mariale, que fossilisa dans mes piètres pensées la rencontre quotidienne de mes yeux avec le mot Marie dans Le Signe (9/6, 11/2, 12/12, 30/5, 32/2, 37/6), prit des années pour disparaître. D’avoir cru avant 1974 que Jésus, un mâle, était Dieu incarné virilisait Dieu dans mon mental, Dieu mâle, donc dissocié de Marie, femelle. De surcroît nom de la mère d’un prophète, pour moi alors la mère du Verbe (Signe 11/2), que le Sage, qui voyait mon emprisonnement culturel et le temps qu’il me faudrait pour en sortir, utilisa pour désigner Sa face tendresse et pitié.
Depuis des temps immémoriaux, le Créateur, à cause des faiblesses immenses (Signe 36/5) dans quoi Adam (2/1-5) avait jeté l’humanité, distinguait son côté Père en Se nommant Dieu, Yahwé, Allah, Brahma, etc. de son côté Mère en Se nommant Marie ou d’autres noms, présentant ainsi aux petits (33/9) de la Terre une réalité pour eux inintelligible :
Dieu n’a pas de sexe !
Il me fallut vingt-cinq ans pour Le sentir comme le Tout Autre, pour tout à fait Le sentir comme l’Être infini dont je n’avais que l’image et ressemblance spirituelle (Genèse 1/26-27), mais non l’identité de nature.
Même aujourd’hui mon mental ne peut pas, sauf comme axiome trop intellectuel pour être exprimable, se représenter un Être Suprême bien au delà de l’état de Père et Mère. Certes matériel, puisque Créateur de la matière, sa substance et son fonctionnement me sont inconcevables, parce qu’Il peut tout à la fois se réduire à l’état d’un gros clou (Signe ii/21) et, plus qu’immense, infini, créer en permanence un univers infini (xxii/12).
Comment et pourquoi cette Sainteté, Puissance et Lumière (Signe 12/4) s’intéresse-t-Elle à l’humanité, minuscule mouton de poussières sous Son lit infini, ainsi qu’à moi, à vous, moins qu’infinitésimaux et si engourdis par le péché que nous ne pouvons pas comprendre en moins de vingt-cinq ans qu’Il ou Elle peut être en même temps Seigneur et Marie ? Je ne sais pas, mais c’est ainsi et, de plus, Il ou Elle se fiche éperdument de la façon dont vous priez (Signe ,25/6), pourvu que vous soyez pénitents.
Pratiquer la vraie piété n’est ni glorifier ni supplier, mais accomplir (Signe 35/6). Toutefois, glorifier et supplier n’est pas interdit. Si vous suppliez — dans la douleur et l’inquiétude extrêmes, c’est irrésistiblement humain —, tournez-vous du côté Mère, Marie, plutôt que du côté Père, mais n’oubliez pas que les hommes supplient depuis des millénaires sans grand succès, parce que n’existe pas ce petit reste de pénitents (24/1, 26/1) capable de jeter entre les âmes et le Ciel ce pont que Le Signe appelle polone (Signe xxxix/12-13) — quelque chose comme l’âme collective, une autre chose pour nous encore inconcevable.
Pour ma part, je cessai de prier Marie, il y a des années, quand je pris conscience qu’existait une seule et unique Force de Bien, quelles qu’en soient les ramifications. Je m’applique seulement à faire pénitence, à moissonner et à prononcer la Parole pour l’accomplir, mais je comprends que certains aient besoin du côté maternel de Dieu pour se sentir chéris et protégés.
Certains vénérateurs de Marie me demandent, sur un ton de défiance : « Si Marie n’existe pas, quelle est cette Marie qui apparut à Lourdes, à La Salette, etc ? » C’est la Marie, je réponds, qui apparaît de même dans les pays orthodoxes (mais là c’est la vraie, ce n’est pas le louche pâlichon fantôme catholique de Lourdes). C’est celle qui apparaît dans les pays musulmans sous le nom de Fatimah, fille de Muhammad. C’est celle qui apparaît en Inde sous le nom de Kâli, Devî, Usha, etc., toute une flopée de déesses Bref, c’est l’apparition de partout dans le monde sous mille noms, simplement parce que nous les êtres biologiques ne sommes pas les seuls vivants et que la vie invisible autour de nous se manifeste parfois, mais il en va là comme il en va de Marie, l’homme a besoin d’enfermer l’apparition — qui n’est autre que la vie non charnelle — dans un placard avec un nom sur la porte.
© Michel Potay 2012 — Tous droits réservés


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