
Source : http://www.ibiblio.org/wm/paint/auth/blake/ancient.jpg (Wikimedia)
Dieu m’a parlé, mais depuis lors je ne sais plus dire ce qu’Il est.
J’ai déjà écrit une entrée « Dieu ? » (entrée 65), mais pendant ce Pèlerinage 2013 je souffre plus que d’ordinaire de l’invisibilité et de l’imperceptibilité de Dieu. Alors, je reviens sur le sujet du grand et glorieux Obscur, du miséricordieux et lointain Étalé (Signe ii/4), Qui me visita en 1977.
L’Immensurable réduit à un clou (Signe ii/21) me parla, là où je prie au Pèlerinage. Au centre d’une fantastique conflagration de brillances et de sons sa Voix jaillit du pommeau d’un bâton de marche, taillé dans la Lumière (12/4). J’avance désormais dans la vie, une main sur ce bâton de marche, l’autre main montrant au monde Le Livre qu’Il m’a dicté — Deuxième partie du Signe.
Les monothéistes autorisés : juifs, chrétiens, musulmans, voient Dieu comme l’Être suprême, unique, transcendant, universel, le Créateur de toutes choses, parfait Sauveur des hommes, Providence du monde, dont la Parole est révélée ici et là au cours de l’Histoire. Beaucoup de philosophes Le voient comme l’explication suprême de tout. Bref, c’était mon Dieu quand j’étais dans l’Église avant 1974.
À présent, je peux concevoir Dieu bien au delà des représentations théologiques, mais je ne Le décris ni ne Le définis. Qu’est le peu que je peux savoir de Lui, outre la Parole qu’Il m’a laissée pour que je L’accomplisse (Signe 35/6) ? Rien comparé à l’insaisissable Tout que je réalisai qu’Il était.
Comment peut-Il, sinon par Amour — un Amour inintelligible puisque tellement frustré —s’intéresser à moi l’infime poussière sur la Terre, une autre poussière dans l’Univers, Lui Qui aura fait mille nouveaux soleils quand notre soleil sera dispersé comme plumes (Signe xxii/12) ? Lui Qui parle depuis des 1000 et 1000 ans (xLvii/1), un temps incommensurable, quand sa seule Parole connue ne remonte guère qu’à Noé, qui vécut avant-hier.
Les hommes antiques furent polythéistes, parce qu’ils avaient perdu la notion claire du seul Dieu. Ils le pulvérisèrent en débris qui pussent faire partie du monde lequel, étant foule d’hommes, ne pouvait être selon eux que foule de dieux. En croyant ainsi mieux Le saisir, ils Le perdirent.
Dieu pour et par les Juifs rétablit la notion de son Unicité. Ce fut la Bible. Mais Il resta Celui que l’homme, depuis trop longtemps pécheur, ne pouvait plus saisir.
Or, qu’est le pécheur ? Question capitale : Il est impossible de comprendre ne serait qu’un peu du vrai Dieu si l’on ne comprend pas un peu de l’homme, Son image (Genèse 1/26-27).
Le pécheur, un vivant fugace — 70 ou 100 ans… presque rien — d’une complexité déroutante, qu’on comprend mieux, je prétends, par son contenu spirituel que par sa nature psychique et biologique.
On sait (Le Signe l’indique mieux qu’aucune autre Parole) que l’homme ne retrouve pas sa divinité — son Salut — en passant d’une nature inférieure à une nature supérieure par des purifications, des sacrifices, des prières, des sacrement, des ascétismes et allez savoir quoi encore. L’homme ne peut pas changer de nature, mais il peut changer de polarité. Pas par une métamorphose. Par la pénitence, par le changement dont parle Le Signe : le réveil de la bonté préexistante mais actuellement en coma chez la plupart des hommes.
Les animaux ignorent le péché. L’homme n’est donc pas un animal et l’on ne comprend pas Dieu si l’on ne voit pas que le péché ou mal est aussi naturel à Dieu qu’à l’homme. Dieu peut faire le mal : Il tua les hommes par le Déluge et décida ensuite de ne plus faire que le Bien : « Je ne maudirai plus jamais les hommes » (Genèse 8/21). Dieu est donc Volonté, Volonté de Changement et l’homme, contrairement à l’ordre chimico-physique de l’Univers, contrairement aux minéraux, aux végétaux, aux animaux, est aussi un être voulant capable de joindre sa volonté à cette Volonté-là (Signe 12/4).
Mais les choses se compliquent par l’indépendance. La providence comme gouvernement et prédétermination n’existe pas. Si Dieu faisait le destin de l’homme et du monde, Il ferait les pécheurs. Or, ce n’est pas l’intention créatrice. Dieu fait l’homme absolument libre (Signe 10/10). Conséquence ontologique colossale de cette liberté, l’homme peut faire son destin sans Dieu et l’athéisme envahissant montre qu’il ne s’en prive pas, ce qui sera peut-être salutaire à terme en éliminant les religions. Alors, contrairement à ce qu’on croit, le refus de Dieu lie l’homme plus que jamais à Dieu et montre que les rapports de l’homme à Dieu ne sont pas nécessairement conscients.
Dieu n’est pas juge. Son Tribunal c’est l’homme lui-même s’évaluant et la contrition ne sert à rien : Je ne pardonne pas les péchés, dit-Il. Mon salut n’est pas au bout du pardon, mais de la pénitence (Signe 30/10). Par suite, quiconque pardonne un homme ne lui pardonne pas tous ses péchés — nul ne peut pardonner les péchés en général — mais seulement le mal que l’autre lui a fait.
Dieu n’est pas concevable dans le passé, le présent, le futur, c.-à-d. dans le temps. Il est hors du temps (12/6). C’est dans ce sens qu’il est l’Éternel, non dans le sens d’un Être sans commencement ni fin, idée plus inconcevable encore pour un cerveau humain.
Dieu est la réalité de tous les instants de ma vie, pour que le Royaume de Dieu , par quoi Jésus désignait la Vie Spirituelle, s’installe en moi et en ceux et celles qui me suivent.
Quand un miracle se produit, les uns disent : « C’est Dieu, » mais moi je dis : « C’est l’homme restaurant en lui l’image et ressemblance du Créateur, car un miracle n’est jamais qu’une création ou une recréation de situation, de santé, de vie. La preuve, Jésus n’attribuait pas ses miracles à Dieu, mais à la foi de l’homme : « Va, ta foi t’as sauvé. »
Ainsi les hommes ont-ils besoin de Dieu comme Dieu a besoin des hommes. C’est la synergie que je m’efforce, comme pèlerin, de réaliser idéalement par mon Pèlerinage.
© Michel Potay 2013 — Tous droits réservés


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