Comme ce chantier nous travaillons jour et nuit à changer l’homme
pour changer le monde. Mais la mission n’est pas subliminale.
Il faut la concilier avec les dures réalités du moment. Comment ?

Photo : Kabiur Rahman Riyad (Unsplash)
Par moments, dans l’Histoire, l’homme désespère. Alors, le Père intervient. Ainsi envoya-t-Il Jésus au Juif, désespéré sous le joug romain, pour lui dire en substance : « Si tu prends les armes, tu seras vaincu ! Si tu es servile, tu deviendras un chien. Voilà comment te délivrer du système : Fais-toi une âme et vis par-delà la contrainte politique en créant une autre humanité, la race (Signe xii/5) de Bien (xxxiii/11), sur laquelle l’empire de Rome et par suite tout autre puissance, n’aura plus de prise. » Et ce fut le Sermon sur la Montagne (Matthieu ch. 5 à 7).
Mais ni le Juif ni aucun peuple n’a encore écouté Jésus jusqu’à aujourd’hui.
Le Français désespère aujourd’hui, mais cette fois le Père à précédé la désespérance, en s’exprimant par Jésus en 1974 puis Lui-même en 1977, parce qu’il savait que la désespérance aurait de tout autres dimensions. Non seulement la France commence de désespérer, mais aussi l’Europe et peut-être le monde. L’édifice politique s’extrémise à nouveau. L’homme voit se fissurer puis verra s’effondrer la démocratie après avoir vu la tribu puis la monarchie s’effondrer, parce que l’architecte de ces citadelles est toujours le même : le système, depuis le mauvais choix d’Adam (Signe 2/1-5).
L’expérience millénaire enseigne que tout d’abord, à un certain degré de désespérance tout enthousiasme s’évanouit et l’indifférence s’installe ; c’est elle que nous croisons dans la rue actuellement. Ensuite survient le refus de la fatalité. Ce refus peut finir en révolution, quelque forme qu’elle ait. Des temps malheureux poignent. Mais si dans l’Histoire chaque révolution a toujours cru être la dernière avant le paradis terrestre, plus personne ne le croit aujourd’hui. Aujourd’hui une révolution risque seulement de faire apparaître et couronner le Big Brother d’Orwell, parce que quand l’humanité perd foi en elle-même, elle met sa foi dans un seul maître. Staline ou Hitler, c’est encore tout chaud ; les gens n’ont pas encore envie de les revoir. Aussi l’oreille publique peut-elle encore entendre une autre solution, mais celle que propose le Père est une très longue entreprise… dans un monde très pressé. C’est notre dilemme missionnaire.
Nous apôtres de la pénitence, nous la seule solution une fois de plus depuis Jésus, nous nous sentons peu convaincants face à la tempête qui noircit l’horizon. Le Signe est conçu pour vaincre l’Histoire, mais ce n’est pas évident dans notre discours missionnaire, parce que nous parlons vrai, mais hors du temps comme Dieu, alors que l’événement est dans le temps. Il est là face aux gens que nous rencontrons. Nous allons devoir enrichir notre discours pour qu’ils comprennent que le changement de vie, la pénitence (Signe 30/11) n’est pas une religion de plus dont personne n’a besoin, mais la seule solution du mal dont ne se désembourbe pas l’homme, qui a fini par croire que le mal est l’inévitable réalité du monde. Mais pour être clairs il nous faut montrer la fil tendu entre le présent et un futur très lointain et ça, c’est le long fil du fil-de-fériste, que le public croit impossible à parcourir.
Démontrer en quelques mots à un monde pressé la relativité du temps dans une entreprise de changement radical est si difficile que je l’ai cru moi-même impossible. C’est pourquoi notre discours apostolique est bien reçu, mais comme un bon rêve, sauf par les rares épis mûrs. Nous n‘avons pas politisé notre mission, parce que toute politique est quête de pouvoir et que nous sommes, avec Le Signe, contre tous les pouvoirs pour un monde changé apolitique, mais l’homme de la rue, lui, est confronté à la politique. Cette réalité me hante. Les âmes en puissance que Dieu m’envoie moissonner, se laisseront-elles toutes réveiller par mon seul message spirituel ?
Car il ne s’agit pas de retomber dans la « mission sociale » ; nous sommes spirituels et le restons.
Changer sa vie (Signe 30/10-11) n’est pas une action qui donne la grâce de la vie éternelle comme l’église pense donner la vie éternelle par ses sacrements, ou comme l’islam pense la donner par la pratique des Cinq Piliers, ou comme le judaïsme pense la donner par la simple fait d’être juif et de respecter la loi de Moïse.
La pénitence est un acte hautement créateur, qui fait de l’homme plus que son propre sauveur, le cocréateur d’une Création toujours inachevée, le finisseur de sa propre humanité, qui met nu le pécheur qu’il est et lui taille un manteau neuf (Signe 1/1), le manteau du Bien.
La pénitence fera un monde d’âmes, tellement plus juste et plus fort qu’un monde de cerveaux trop vulnérables à tout ce qui les divise et les domine : la culture, la religion, l’idéologie, la politique… La politique !
Seulement voilà, la pénitence est une action personnelle à commencer tout de suite pour un monde qui changera (Signe 28/7) dans très longtemps. L’homme pressé peut-il concevoir ce décalage ? Certes, c’est un long temps relatif et tout sur terre n’est que question de perception, mais par quels mots changer la perception qu’ont les hommes d’une immédiateté qu’il croient une immuable réalité et qui n’est que relativité ? À cette difficulté s’ajoute un autre, qui est quelque peu son contraire : La masse pour croire nos missionnaires doit cesser de voir en eux quelques anges attardés sur terre avant de disparaître avec Dieu déjà déclaré mort (Nietzsche « Le Gai Savoir »). Elle doit voir ces prêcheurs de relativité comme les artisans immédiats d’un temps encore impalpable. Enfin, parler politique, c’est épingler à notre foi hors du temps une réalité qui approche de nous à grand pas, non le Bonheur, mais l’épreuve.
On va me dire : « Le Père écarte les princes de la politique comme Il écarte les princes de la religion, de la finance, de la science. Comment introduire, ne serait-ce qu’un peu, dans notre mission la politique qu’écarte le Créateur ? » Je ne sais pas encore, mais nous devons et nous pouvons trouver comment, parce que nous ne sommes pas de purs esprits. Nous sommes aussi bien en chair ; le monde nous concerne, donc la politique nous concerne tout comme la religion, même si nous travaillons à faire disparaître l’une et l’autre.
Pour y réfléchir, voyons où nous en sommes en France : Subit refus de la politique fiscale lié à une subite peur générale d’effondrement industriel. Colère de la Bretagne : Le dynamitage des portiques d’écotaxe est comparé à la démolition du mur de Berlin. Faut-il attendre un embrasement du pays ? La fronde fiscale des camionneurs et des agriculteurs peut-elle s’étendre aux chefs d’entreprise, aux artisans, aux usagers des transports qui vont subir en janvier la hausse de la TVA ? — « Je n’augmenterai pas la TVA, » disait M. Hollande pendant sa campagne électorale, un mensonge politique de plus —. Le gouvernement, semble-t-il, n’a plus de prise sur ce marasme ; il ne peut plus que réprimer. Or, la répression sans compensation est toujours l’instant où la révolte peut surgir.
Le Français attend un changement. Plutôt qu’une révolution et ses malheurs nous lui proposons de changer de vie pour changer le monde (Signe 28/7, 30/10-11). Mais le désespéré peut-il attendre ? Et comment faire comprendre au désespéré, impatient par nature, que l’immédiat salut de son âme conduira au salut social à très long terme ?
Nous Pèlerins d’Arès connaissons la joie du changement personnel, qui est la nécessaire molécule immédiate du changement massif médiat : Éden un jour recréé.
Mais comment aider l’épi mur à se souvenir que changer est un bonheur, d’abord le bonheur que donne l’audace de dire non avec amour, non avec des invectives et des armes, et lui rappeler que cela est déjà politique en soi ? Comment aider l’épi mur à se souvenir que la plus forte façon d’être rebelle c’est de l’être avec amour et intelligence spirituelle et qu’être libre absolument (Signe 10/10) est l’être avant tout intérieurement pour que cette liberté personnelle absolue diffuse en liberté sociale absolue, qui n’est pas faire fi de règles de vie, mais les fondre dans la Vie ? Comment aider l’épi mur à se souvenir que notre force métaphysique est supérieur à la force physique et que la vertu est en quelque sorte une politique plus puissante que la politique des princes, parce qu’elle ouvre les portes d’un univers sublime ? Comment… sinon en le lui disant tout simplement peut-être ?
Je fais appel à la réflexion de tous sur ces points, difficiles à infiltrer dans notre mission spirituelle sans la dénaturer.
Je m’attends aux lettres et peut-être à quelques commentaires des missionnaires.
© Michel Potay 2013 — Tous droits réservés


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