Besoin et désir nous étranglent, l'échappatoire est la raison(Source : https://thesimpsonshomepage.com/)

Besoin et désir nous étranglent, l’échappatoire est la raison
(Source  : https://thesimpsonshomepage.com/)

Mon âge avance, les problèmes de santés m’ont ralenti. Vais-je me retirer dans la vie intérieure, dévote et éthérée  ? Non. Je n’ai jamais su me regarder moi-même. Sauf pour me raser et me peigner je n’use pas du miroir. Je ne me suis jamais vu marcher, remuer les bras, ni même parler, rire, pleurer.

Certains me disent  : « C’est une bénédiction  ; vous êtes un homme simple. » Je réponds  : « Non, c’est une question de conscience. Voyez-vous, jeune homme j’eus une amie danseuse classique  ; je la voyais travailler à la barre devant une vaste glace où elle s’observait entière  ; elle avait alors conscience du spectacle qu’elle devait incarner. Moi, je ne sais pas voir ce que je suis. Mon miroir, c’est les autres  ; je me regarde dans les autres. » Voilà pourquoi je m’emploie à parler de ce qui nous concerne tous  : par exemple le désir et le besoin.
Le mot désir n’apparaît qu’une seule fois dans Le Signe et dans un sens défavorable  : C’est quand Adam repousse le Dessein qu’a pour lui le Créateur et fonde son propre système (2/1 5), moment fatidique que Dieu traduit par  : Un désir de noce entre dans la cuisse (d’Adam) (Signe vii/7). Dans ce verset l’idée de désir s’oppose à l’idée de besoin, mot qui n’apparaît également qu’une fois dans Le Signe pour dire que le faucon n’a pas besoin de la loi des rats (xix/24). La rareté de ces deux mots, de plus utilisés dans un sens négatif, signifie-t-elle qu’ils n’ont pas leur place dans nos termes de foi et de vie  ?
J’ai passé des années, en suivant le conseil du Père  : Ne réponds rien de toi-même, demande un délai pour la prière (Signe 39/2), à méditer sur désir et besoin avant d’en parler. Voilà deux mots qui, quoique rares dans la Parole d’Arès, ont une place considérable dans la parole humaine.
J’ai besoin de me déplacer, mais je ne désire pas forcément aller où la foi me porte. Cette idée simple montre la différence entre les deux mots.
Besoin répond à nécessité. Désir répond à attirance. « Évident  ! Vérité de La Palice  ! » s’esclaffe-t-on. Pas tant que ça. Beaucoup de gens ne voient pas la différence entre besoin et désir et les autres me voient comme un relativiste irritant. Or, je sais pour côtoyer les pénitents que la pénitence n’aboutit pas si elle n’est pas intelligente (Signe 32/5) et donc flexible. Depuis que Le Signe coule dans les cœurs l’or de la Vérité — le Bien seul vaincra le mal —, l’intelligence redorée me tient à distance des positions extrêmes. Cela tranche dans le furieux monde des religions, idéologies et préjugés qui n’ont actuellement qu’une contrepartie  : le vide métaphysique. Chaque jour nos missionnaires croisent religion, idéologie, préjugés et vide métaphysique, qui rendent leur moisson si difficile.
Je ne suis qu’un homme commun. Comme tel qu’ai-je observé  ?
Que mon besoin a toujours un objet  : outre dormir, boire, manger, m’habiller, être aimé, être pardonné, avoir la paix, être intelligenment écouté, voir les autres libres de tous préjugés envers moi.
Que mon désir peut ne pas avoir d’objet  : Je peux ne pas désirer aimer, pardonner, faire la paix, réfléchir avec intelligence, me rendre libre de préjugés.
Que le besoin ne perd jamais sa force attractive, tandis qu’une fois acquis, l’objet du désir, si j’en ai un, peut perdre son attrait et mon désir s’éteint.
C’est ainsi que les révolutions et leurs idéologies provoquent le désir puissant d’un monde nouveau, mais qu’une fois ce monde à portée de main, il ne reste que cadavres, ruines, amertume pour les uns et pour d’autres l’aubaine du pouvoir sur leurs concitoyens.
Mais comme Pèlerin d’Arès qu’ai-je éprouvé  ? Le besoin ou le désir de trouver de changer ma vie (Signe 30/10-11) afin de changer le monde (28/7)  ?
Ni l’un ni l’autre, car j’ai compris qu’entre besoin et désir je suis comme un funambule entre la fil bien tendu et le vide au-dessous. Les messages soigneusement calculés de compassion et de fraternité des grandes religions n’ont pas mis en perce la barrique étanche de l’individualisme et de l’égoïsme. Nos vies sont étranglées par les doigts de la religion, de la politique, de la loi, des règlements, des calendriers et horaires, des deux mains que sont besoin et désir, qui existent, quoi qu’on fasse, parce qu’elle sont les antagonismes dont est faite la liberté.
L’échappatoire est dans une troisième incitation  : la raison.
Raison
comme besoin et désir n’est également citée qu’une seule fois dans Le Signe et dans un sens péjoratif  : Voilà un langage de raison  ! s’écrient ceux qui retournent se coucher (26/3) au lieu d’entrer en pénitence. Mais ils crient cela par antilogie, parce qu’ils savent au fond d’eux que le vrai langage de raison est la Parole de Dieu.
La raison m’avait montré le bout de son nez dans les années 60 quand, ayant compris que le marxisme était en réalité un romantisme fourvoyant, je cherchais une voie dans divers domaines et, explorant l’océan métaphysique, je trouvai le Christianisme, qui ne me satisfaisait pas entièrement, mais qui me sembla une hypothèse raisonnable.
La raison ensuite grandit en force et devint déterministe en moi après les visites de Jésus et L’Évangile Donné à Arès en 1974. Ce fut comme si la raison avait consulté mon calendrier et s’était dit  : C’est mon heure  ; maintenant que je vais être comprise et vécue. Ainsi, quittant la lourdeur du besoin et la frivolité du désir, la raison entra en moi et y installa la grande mécanique des causes et effets formidables qu’actionne la pénitence.
La raison qui me guide n’a plus de parenté avec le besoin ou le désir. Elle est devenue une maîtrise. Je sais que seule la pénitence me conduira au salut et changera le monde en bien, si nous ne perdons jamais courage.
Pour finir, si je n’avais ni le besoin, ni le désir, ni la raison de vivre en pénitent, qu’est-ce qui me ferait vivre  ? Quelques décennies de respiration avant de mourir comme un chien  ; autant dire que personne ne m’aurait mis au monde.

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