Au 17e siècle, Jules-Clément Scotti, jésuite défroqué, nomma injurieusement solipses — du latin soli ipsi : agissant pour eux seuls — les jésuites, ses anciens congénères. Jules Clément Scotti en rage oublia que comme humain il était lui-même solipse. Le mot solipse a disparu ; seuls, ses dérivés : solipsisme et solipsiste trônent dans le vocabulaire des érudits, mais ils désignent moins clairement ce que je veux dire ici. Alors, je ressuscite solipse, parce que nous vivons dans un monde d’humains solipses.
De même que le plus grand des philosophes ne peut ignorer ses maux de dents, disait Shakespeare, de même que Bouddha ne put pas ne pas souffrir du mal de ventre dont il mourut à Pava chez le forgeron Cunda, je ne peux, moi pécheur, ignorer que je suis un solipse et que ma vie sera trop courte pour que je puisse me délivrer de cette tare (Signe 2/12). Mais moi et mon petit reste faisons en sorte que l’humanité entière finisse par en sortir.
Alors ce sera le Jour (Signe 31/8).
Le Père, on ne sait pourquoi, S’est prolongé en l’homme. Il souffla Sa Vie spirituelle (Sa Voix) dans un animal pensant (celui qui couchait sur l’ombre, Signe vii/1-6) ajoutant ainsi à la chair et à l’esprit l’âme (17/7), que Genèse 1/26 appelle Son Image et Ressemblance, pour que l’homme Vive pleinement, intensément, avec Tout ce qui Vit (Signe 24/5).
On ne sait quand, le libre Adam choisit (Signe 2/1-5) de réactiver en lui l’animalité pensante. Il devint une créature hybride, mi-spirituelle mi-animale. Depuis lors, le dosage en lui de la vie spirituelle fluctue et, sauf exceptions, elle est devenue très basse.

L’homme continue d’ignorer ce dont il est capable.
Entre le tango que danse passionnément celui-ci et la transfiguration il n’y a pourtant qu’un pas, celui de la pénitence.
Source : fsHH (Pixabay)
Ainsi l’humanité aimante et généreuse que Dieu créa n’existe-t-elle plus qu’en puissance ; l’animalité est revenue et a rendu l’homme solipse. L’humanité a, dans son ensemble, perdu conscience du Tout auquel elle appartient, s’est emmurée dans un monde où a à peu près disparu l’amour du prochain, où les uns jouissent, les autres souffrent et quelques -ns cherchent à retrouver la Vie (Signe 24/5), mais ne peuvent la retrouver dans une seule vie humaine trop courte — Des générations seront nécessaires (24/2).
À présent, l’homme vit en meute. Une meute n’est jamais liée par l’amour ; chaque bête y est soi, s’unit aux autres pour survivre et se reproduire, non pour les aimer ; le mâle dominant est soi et il série selon leurs inégalités ses congénères, dont chacun est soi, un solipse.
L’humain oublie qu’il est d’abord spirituel, frère de tous sur terre, élément du Tout. L’émancipation collective à quoi appelle l’Évangile Palestinien n’a pas eu lieu ; l’amour, le pardon, la paix, l’intelligence spirituelle restent rares et strictement individuels. L’humain ne voit pas qu’être libre n’est pas être seul, que c’est être libre d’aimer, libre de se recréer, de se fondre dans le béton du Bien que façonne l’amour des autres.
Ardu il est de rappeler cela au monde, parce que l’apôtre doit lui-même s’efforcer d’être le moindre solipse possible — Tu n’es plus rien pour toi-même (Signe 40/6).
Les hommes se croient souverains, mais ils ne vivent pas libres (Signe 10/10) ; tous pensent, vivent, obéissent comme on leur a dit de penser, vivre et obéir. Je suis né en France et je ne peux éviter de penser en français, d’avoir des mœurs françaises, d’agir en Français même si c’est le moins possible. Nous sommes tous issus d’un formage, dont même les plus affranchis gardent quelques séquelles, qui maintiennent chacun au-dessous de lui-même, au-dessous du grand Dessein pour lequel il fut créé. Depuis des temps immémoriaux il n’existe plus d’humains qui prolongent totalement le Créateur dans la matière vivante.
D’où une crise morale permanente, éparpillante, disloquante, dont personne n’a conscience. Crise par exemple bien ressentie au cours de la dernière campagne électorale présidentielle en France, où pour bien faire il aurait fallu 47 millions de candidats pour 47 millions d’électeurs. Le Signe explique cette permanente crise millénaire : Faux est le concept qu’a l’homme de sa raison d’être, de la liberté et de l’amour. L’hubris, orgueil tenace, pousse l’homme à la démesure de l’égoïsme et à l’erreur dans la bassesse comme dans l’élévation, il entrave l’ascension de l’esprit. À cause de cela la pénitence et les âmes sont encore très rares.
L’homme ne peut pas se réaliser.
Le solipse, membre d’une espèce innombrable en ce monde, ne voit de lumière que dans sa seule pensée. De ce mécanisme mental fatalisé par l’hubris, aussi puissant que la pesanteur, quelques élites depuis les millénaires tirent profit en introduisant leurs idées dans le cerveau solipse de telle sorte qu’il les croit siennes. Ainsi le solipse est-il fatalement subjectivé, parce qu’il manque généralement du savoir universel qui lui permettrait de dégager une raison puissante. Étant solipse, je suis subjectivé, mais j’ai le rarissime privilège de l’être par Dieu. Hélas, voyez les grandes idéologies ! Celles des grandes religions : Quand on pense que le Christianisme brûla Jeanne d’Arc, Michel Servet et beaucoup d’autres devant des foules qui ne protestaient pas. Quand on pense que soixante-huit millions d’Allemands crurent sans broncher au Reich d’Adolf Hitler, prévu pour mille ans et qui ne dura que douze ans et finit en désastre après avoir mis l’Europe à feu et à sang. L’URSS de Lénine et Staline dura 72 ans, mais tint tout ce temps au prix de 65 à 93 millions de victimes (« Livre Noir du Communisme », éd. 1997). Si je croyais cette tragique histoire derrière moi, je me tromperais ; l’histoire s’est seulement déguisée de charme.
Je suis un solipse, comme chaque homme sur terre je ne suis que le jésuite de mes propres convictions, seraient-elles aussi proches que possible de celles que m’a insufflées Le Signe ; malgré mes efforts je n’atteindrai pas d’ici ma mort son extraordinaire Esprit d’absolu dépassement, car Le Signe parle à toute l’humanité — relisez 25/6 ! — Mon pauvre cerveau, après des millénaires d’involution, est rétréci à des limites que je ne peux dépasser, mais ma descendance (24/2) lui redonnera ses dimensions génésiaques. Jamais je ne m’étais à ce point rendu compte que le Père est Liberté absolue. Comment être dans cette génération Sa totale Image et Ressemblance ?
Certes, j’ai beaucoup évolué en bien depuis quarante-trois ans. Je me bats contre moi-même chaque jour pour avoir la force du pardon, de la paix, de l’intelligence du cœur, mais la force de l’amour total et de la liberté totale, on ne peut la conquérir dans cette génération parce qu’on patauge, on colle à la boue du monde, quatre générations ne suffiront pas à s’en dégager totalement. La nuit, quand je prie parmi les âmes qui prient avec moi, je leur dis : « J’ai compris que la mort permet l’évolution qu’empêche ma chair rendue faible et avare au cours des siècles de péché. J’aspire à vous rejoindre, à quitter mon esprit et à ma chair corrompus de solipse et à revivre dans mon âme comme vous, frères, sœurs, parent(e)s, ami(e)s. Le meilleur de moi-même ploie sous la condition humaine. Je devrais être un fou de Dieu, mais les règles du sérieux m’engeôlent. Mes obligations matérielles, pour ne parler que d’elles, m’empêchent d’opter pour l’abandon total, celle du clochard absolu. Oh ! Père, tu es le Clochard Absolu. Appuyé au mur de l’Univers Tu me tends Ta Main et je n’y dépose qu’une piécette alors que je voudrais m’y jeter tout entier. »
Homme de Dieu, où es-tu ? Tu n’es ni dans frère rabbin, ni dans frère jésuite ou prêtre, ni dans frère imam, ni dans frère « saint », ni dans frère prophète, qui n’est qu’un écho du Père, mais qui n’est rien lui-même (Signe 40/6). Homme de Dieu, tu n’es dans personne dans ce monde de solipses. L’homme a tué l’homme. Comment avons-nous pu étouffer le poumon de l’Univers ? L’homme est mort comme Dieu est mort, en quelque sorte, puisque nous ne pouvons même plus Le voir. Telle est la situation. Mais Le Signe est descendue dire que sortir de cette mort-là est possible. La sortie est au bout d’un très long couloir, celui de la pénitence. J’y fais et les Pèlerins d’Arès de cette génération y font les premiers pas. D’autres le parcourront, les solipses disparaîtront, le Jour se lèvera.
© Michel Potay 2017 — Tous droits réservés


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