J’ai envoyé ma fille Nina chez Mollat à Bordeaux, « première librairie indépendante de France », acheter le « Véda » le matin du 20 mars 2018 après que j’eus commencé le brouillon de cette entrée. Elle est revenue bredouille, me disant : « Ils n’ont pas de Véda. Ils m’ont dit  : Personne ne demande ce livre  ! » Nina conclut  : « Bordeaux est vraiment une ville de mécréants  ! » Le livre sacré d’un milliard d’Hindous est introuvable dans la septième agglomération de France. Stupéfiant, mais très significatif en France de l’indifférence aux Sources sacrées et de l’ignorance des liens entre elles.

Il faudrait un vaste espace pour parler du Véda, la plus ancienne Révélation connue ou plutôt, à mon humble avis, de ce qu’il en reste, parce que les Appels du Ciel encore contenus dans le Véda depuis le mauvais choix d’Adam (Signe 2/1-5) ont été comme tous les Appels du Ciel ailleurs sur terre altérés, défigurés, manipulés par la religion.
Faute d’espace, je ne fais qu’évoquer ici le Véda. Je le fais pour donner aux lecteurs du blog qui en ignorent l’existence une petite idée de ce qu’il est.

Upanishad = Leçon du maître à quiconque écoute attentivement(Source : Blog Edgard L.)

Upanishad = Leçon du maître à quiconque écoute attentivement.
Source  : Adi Shankara avec ses disciples, Fondation Ganesh Shivaswamy, Bangalore (Domaine Public, G Arts and Culture)

L’ignorer n’est pas blâmable  ; on peut ignorer le Véda comme la Bible ou le Coran. Seule Le Signe est pur de toute glose, l‘Appel inaltéré à la pénitence et à la moisson des pénitents lancé par le Père, par la Vie.
Depuis des millénaires Dieu appelle les humains à revenir à la vertu édénique.  De moins en moins d’humains L’écoutent, hélas, mais les souvenirs les plus lointains de l’Appel demeurent.

« Pourquoi la Parole de Dieu fut-elle donnée au désert  ? Pour que personne n’en réclame la propriété, » dit une tradition juive évoquant les temps lointains où les déserts n’appar­tenaient à aucune nation. Le Véda est aussi une Révélation sans hôte ni propriétaire, parce qu’il est seulement connu  dans sa déjà très ancienne traduction en sanscrit, mais on sait qu’il fut révélé immémorialement dans des langues depuis longtemps éteintes. On parle du XIXe siècle avant Jésus Christ pour ses plus anciennes parties. L’universalité du Véda est indiscutable. On s’étonnerait qu’il ait fini par subsister seulement en Inde, si l’on ne savait que chacun des ambitieux fondateurs de religion dans le monde a voulu avoir son propre livre sacré et a écarté tous les autres, le Véda y compris.
Comme toute source divine, même caviardée, déformée, alourdie de livres d’hommes (Signe 16/12, 35/12), le Véda vibre de Vie (24/5), n’est pas un livre mort. Veda en sanscrit signifie vision et savoir (vision intérieure). Derrière ses formes altérées, paganisées, il continue de donner à ceux qui le lisent libres (10/10) de préjugés une vision intime, intuitive du Créateur  ; il échappe aux servitudes du monde pécheur et permet à des pénitents de trouver leur sentier propre vers les Hauteurs (25/5). Notamment, le Veda permet à quantité d’Indiens, s’ils échappent à la superstition, de réveiller l’image et ressemblance du Père, la vie spirituelle en eux et à s’extirper du Mal. Son style extrême-oriental ne doit pas le faire rejeter par l’occidental, car la Vérité est bien plus vaste que l’Écriture qui, partout sur Terre, n’est qu’une façon grossière et maladroite de dire l’Indicible. Le Veda déconcerte un Occidental en mentionnant des « dieux » comme Brahma, Vishnu, Shiva, etc., mais c’est comme Le Signe parle du Père et de la Mère, par impossibilité de présenter au pauvre cerveau compartimenté du pécheur le Créateur, le Tout-Autre polymorphe et infini.
Les Upanishads, qui marquent le passage du védisme vers l’hindouisme mais gardent leur fond védique, disent  : « La flamme est la même, quel que soit le combustible, et les vaches, grosses ou maigres, blanches ou multicolorées, ont toutes le même lait, et la Vérité est comme le lait. » L’homme doit vaincre la dualité (voir « nondualité #171) et notamment vaincre ses basses envies qui le coupent du Vrai et retrouver l’Unité avec le Divin et avec soi (Signe xxiv/1). Il faut faire taire le bruit (ii/7-13, vii/4-16, etc.) pour entendre la musique spirituelle. Cela, quoique dit différemment, se trouve dans le Veda comme dans Le Signe.

Notons la très importante parenté entre le Veda et l’Avesta, le livre sacré des Zoroastriens qui eurent pour prophète Sarsouchtratame (Zoroastre, Signe xviii/3).

On comprend mieux le lien entre Véda et vie terrestre en se rappelant que le Mahatma Gandhi confondait « la lutte pour la liberté sociale » avec « le besoin de rencontrer Dieu face à face ». Ce concept actuellement irréalisable en Occident, il nous faut nous aussi l’atteindre ainsi que Le Signe le recommande manifestement. Le Veda, masse énorme de textes introuvables en entier en langue française — cette masse existe en anglais  : « The Sacred Books » —, est divisé en Hymnes, Charmes, Liturgie, Spéculations, mais ces quatre parties s’interpénètrent dans un classement plutôt incohérent. On peut ainsi parler de Védas au pluriel. L’aspect exotique du Veda, son côté « légende » et « conte de fées » est à oublier. Ce qui multiplie les personnages et divise les idées quand on le lit aujourd’hui n’était sans doute pas ressenti comme multiplié et divisible au temps très lointain de la Révélation  ; les mots ont perdu leurs sens primitifs, mais lu sans préjugés on retrouve le chemin de l’Unité.

Mais c’est sur la mort que la découverte, la redécouverte, la lecture régulière du Véda doivent véritablement orienter la réflexion d’un Juif qu’obsède la Bible hébraïque, d’un Chrétien qu’obsèdent les Évangiles, d’un Musulman qu’obsède le Coran, d’un Pèlerin d’Arès qu’obsède Le Signe, de n’importe quel croyant exclusivement collé à sa Source sacrée.
Il nous faut tous mourir, car « la vie est courte mais la mort est longue » (« Le Christ Recrucifié » Nikos Kazantzakis) et pratiquer un idéal spirituel est aussi philosopher, donc « apprendre à mourir » (Platon, Cicéron, Montaigne) et, pour finir, tous les croyants de toutes les religions et incroyants de toutes les raisons de ne pas croire, pourvu qu’ils aient cette bonté qu’aspire la Lumière, iront dans ce même espace infini, que le Père, ouvrant ma cage, étala devant moi (Signe vi/1-5).
Que s’imagine un Juif mourant  ? Lui seul sauvé et les goïm (les non-juifs) au shéol. Que s’imagine un Chrétien mourant  ? Lui seul sauvé, les autres dans l’hadès. Que s’imagine un Musulman mourant  ? Lui seul au paradis, les autres en enfer. Et ainsi de suite. Mazette  ! Que de monde au shéol, en hadès, en enfer, dans toutes sortes de géhennes réservées aux suppliciés.
Mais non  ! L’homme une fois mort, la religion disparaît. Ce n’est pas ce que l’on croit, lit, ritualise, qui crée l’âme et qui sauve, mais l’amour, le pardon, la paix, qu’on pratique libre de tous préjugés, de tout système, c’est ce que Dieu à Arès nomme pénitence (Signe 30/11). Ce n’est pas le mécréant ou le croyant d’une autre religion qui devient spectre (4/6-7, 16/15-17, 33/32, etc.), mais tout esprit sans âme. Le spectre n’est à peu près rien  ; il est malheur (33/32), pas souffrance, car l’homme seul est cruel et fait souffrir, mais Dieu ne torture pas. Au reste, le Jour de Dieu (31/8), Il se souviendra de la plus infime esquille au fond des abîmes, de la moindre cendre (33/29), quoi qu’ait lu le croyant (Bible, Coran, Véda, Tao Te King, Guru Granth Sahib, Kojiki, etc.) ou n’ai pas lu le mécréant, dont elles sont les restes.
Le sort commun à tous les morts démontre que les Sources sacrées sont toutes consubstantielles. Elles sont très dissemblables en surface, parce que marquées par les cultures, les langues pauvres et incapables d’exprimer l’absolu sauf par ellipses et allégories, les routines locales, les événements historiques, les intérêts religieux et politiques, qui caractérisent ce monde pécheur. Cependant, derrière les mots, les styles, les époques, les personnages, les mythes, demeure l’éternel Retour (Signe i/1) de notre commune appartenance au Tout, à la Vie absolue, dont Dieu, le Père, Allah, l’Incréé, le Grand Esprit, celui qui a mille Noms, n’est qu’une représentation.

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