Le Signe est le moins mythique de tous les textes dits « révélés ».
Alors, même moins mythique que les autres, Le Signe est mythique quand même  ?
Oui, parce que parlant à l’homme, elle utilise nécessairement une langue humaine qui, quel qu’elle soit, est toujours trop pauvre pour exprimer les Merveilles (33/8) et la Vérité (28/6-10, 38/5)  ; elle doit pour être comprise recourir ici et là à des représentations d’objets, de faits et d’êtres paraboliques, guère plus qu’indicatives, voire même fausses mais communes dans la langue humaine (démons, rite, sacrifice, légions d’anges, Bête, etc.)
Le mythe résout tant bien que mal une extrême difficulté de communication entre les subtils mondes sans heure (sans temps) (Signe vi/3) et le lourd et épais monde terrestre.
Toutefois, Le Signe a le considérable et unique avantage d’être seulement faite de ce que le témoin a entendu et de ne pas être faussée par les livres d’hommes (16/12, 35/12), qui encombrent les grandes Écritures. Elle approche de l’expression pour nous inconcevable de ce que sera dans l’espace infini la communication des entités  : Vie, anges, âmes.
C’est pourquoi l’Auteur du Signe a fait de son témoin le Messager Fort (26/7), le prophète qui a vu la Justice (35/9), c.-à-d. celui qui explique ce qui est juste et qui l’enseigne (35/1).

Michel abat le démon (Apocalypse 12/7-9). Mythe !Ce mythe cache une vérité : Le Mal est destructible, l'homme peut abattre le Mal dont il est l'inventeur. Une seule arme, non la lance, mais la pénitence.

Michel abat le démon (Apocalypse 12/7-9). Mythe  !
Ce mythe cache une vérité  : Le Mal est destructible, l’homme
peut abattre le Mal dont il est l’inventeur.
Une seule arme, non la lance, mais la pénitence.
Source  : Luca Giordano (Domaine Public, Wikimedia)

Le Signe dit à l’humain ce en quoi il peut vraiment espérer et ce pour quoi changer sa vie (30/11) vaut la peine, même si sa langue reste dans la broussaille et les épines (31/6-10) du parler humain, elle déblaie assez le terrain grossier des hommes pour laisser transparaître la transcendance, la lumière des non-dits, et elle désigne un prophète pour les enseigner. Le Signe nous ouvre à une lisible discipline métaphysique  ; elle fait comprendre combien le Vrai, même s’il n’est que lueur accessible et non Vérité ou Lumière inaccessible à l’homme, est sublime autant que très simple.

La simplicité Une (Signe xxiv/1) est l’amour. Tout dans la Parole d’Arès émane de lui, repose sur lui. Cette simplicité, est irréductible  ; elle efface le mythique dogmatisme religieux, que ses propres énoncés et complexités réduisent à des superstitions, parfois à des fétichismes, et forment la cause principale du scepticisme, de la déspiritualisation et de l’athéisme.

De la religion comme du scepticisme, de la déspiritualisation et de l’athéisme il nous faut sortir le monde pour le changer (Signe 28/7). C’est une tâche qui, quoique très simple  : vivre en pénitence — amour absolu, pardon de toutes offenses, paix absolue, intelligence du cœur libre de tous préjugés —, est ardue et mobilise l’existence.

Le Pèlerin d’Arès superficiellement observé semble ne pas différer de la religion, qu’elle soit théisme (Judaïsme, Christianisme, Islam, etc.) ou antithéisme (scepticisme et athéisme souvent pratiqués comme des religions), mais vu de plus près le Pèlerin d’Arès apparaît très différent quoique déroutant, parce qu’on ne peut que très rarement, faute de visibilité, dire sous quels rapports.
Le vécu arésien est différent du vécu généralement observé chez les croyants. Le Pèlerin d’Arès sait que ce qui sauve n’est pas croire, mais faire. Le Pèlerin d’Arès n’a ni n’enseigne le moindre dogme. Le Signe lui apprend que l’humanité est trop déspiritualisée pour percevoir la Vérité, qui régna antérieurement ou règnera ultérieurement (28/7) au péché, mais qui ne règne pas présentement.

L’homme, pécheur entouré d’obscurité ne dispose que d’une faible lumière, relative, sommaire, mais rédemptrice, que Le Signe appelle le Vrai (xxviii/21, xxxiv/1-4). Le Vrai, en substance, recommande à l’homme de vivre dans le Bien qui consiste à aimer, pardonner et faire la paix sans condition, trouver l’intelligence spirituelle libérée de tous préjugés. Le Signe appelle cela changer sa vie (30/11), entrer en pénitence (8/6, 31/2, 33/13). Tout le reste est mythe. L’homme, au demeurant, est son propre mythe, une machine trop préoccupée de sa propre mécanique pour percevoir les invisibles et immesurables puissance et lumière — l’âme — qu’elle peut engendrer par la pénitence dans le sillage de la Puissance et de la Lumière absolues (12/4). Le mythe, certes idée mais vide, ne damne personne  ; il ne sert à rien  ; il peut cependant avoir valeur métaphorique, parfois utile en ce monde où l’imagination compense tant bien que mal l’ignorance.
L’âme survit à la chair, on appelle ça le salut  ; elle contribue simultanément au changement du monde en apportant l’atome de Vie qu’elle est à la polone (xxxix/12-13), l’âme du monde changé en devenir. On peut dire des Pèlerins d’Arès qu’ils sont réformateurs, mais seulement au sens étymologique, parce qu’ils ne forment pas une religion. On ne comprend le Pèlerin d’Arès qu’en comprenant qu’il a commencé de pénétrer le mystère de sa propre vie sur la Voie de la Vie (24/3-5), le sentier (25/5, xxvii/6, etc.).
De la Lumière de la Vie nous ne voyons que des miettes  : le Vrai. La Vérité, elle, n’est encore qu’un rêve  ; elle ne peut être que future (Signe 28/7). Autour du fragment de Lumière qu’il perçoit, autour du Vrai donc, le pécheur ne voit encore que la grande nuit du mythe. Mais avec Le Signe quelque chose d’extrêmement important est arrivé  ; maintenant le pécheur distingue clairement la nuit du peu de Lumière, il différencie le mythe et le Vrai. Nous sommes ainsi ramenés au Sermon sur la Montagne, désastreusement oublié, qui affirme déjà que pourchasser le Mal et les mauvais est violence, donc que Mal contre Mal n’engendre que Mal. La Vie, aussi peu de Vie soit-il, ne peut engendrer qu’amour et lumière. La Parole d’Arès rappelle partout implicitement qu’il suffira de répandre le Bien pour que le Mal,  mythifié par la Bête (22/14) disparaisse de lui-même. « Jamais, à aucun moment la mort, » disait Bouddha  ; c’est ce que dit, sans être un bouddhiste, le Pèlerin d’Arès qui génère et respecte toujours la vie, même celle de l’ennemi (Matthieu 5/44), parce que toute vie vient de la Vie et peut y retourner au prix de la pénitence, qui n’est quand même pas la mer à boire.
Il s’agit, non de suivre une religion, mais d’être le Sel de la Vie. Le Sel invisible mais si fortement senti dans l’aliment désigne l’inexplicable vécu de la Voie, ligne directe de la vie finie à la Vie infinie (17/3). Il n’est pas de mot pour désigner la vie sans-fin, même le terme vie éternelle est insuffisant, mais il est possible de la vivre, parce qu’elle est potentielle dans l’image et ressemblance du Père (Genèse 1/26) qu’est tout humain. L’indescriptible Infini est la Voie du Pèlerin d’Arès. Mieux vaut voler sur ce mystère que sur un dogme.
Le Pèlerin d’Arès prie librement (Signe 10/10)  ; la prière n’est même pas obligatoire dans l’Assemblée arésienne, pourvu que se construise la pénitence. Prononcer la Parole (d’Arès et toute Parole qui lui ressemble) pour L’accomplir (35/6) est la seule vraie piété. Jésus dit  : Quand tu pries entre dans ta chambre, ferme la porte, et là face à ton Père prie (Matthieu 6/6), mais il ne dit pas comment  ; le comment découle de la pénitence qui diffère complètement d’un humain à l’autre. Il n’y a qu’une Voie, celle de l’amour, qui a une multitude de sentiers (25/5), pratiquement autant de sentiers que d’hommes sur Terre.

Commentaires et réponses d’origine
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.

© Michel Potay 2020 — Tous droits réservés