Je suis déjà ralenti par l’âge, mais je vais être freiné davantage par d’autre maux et des soins particuliers dans les mois qui viennent. J’espère que j’irai mieux après.
J’ai des difficultés à rédiger des entrées nouvelles, non parce que les sujets me manquent, mais parce que ma vue baisse et je vois de plus en plus mal pour écrire et dessiner. Je dois être opéré de la cataracte prochainement.
Les thèmes ou matières d’entrée ne se dérobent pas à ma pensée, cependant, je propose pour cette entrée 253 une interview de Boris Cyrulnik, médecin psychiatre, un peu plus jeune que moi (89 ans ans ; je vais en avoir 95), que je ne connais pas personnellement, mais dont j’aime beaucoup la pensée, la modestie, les livres, la connaissance de l’humanité.
Son itinéraire, tout différent qu’il soit du mien, nous a conduits l’un et l’autre à bon nombre de conclusions très proches concernant l’humain.
(La vidéo a été retirée peu après la publication de l’article.)
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.
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Sur la vengeance
La vengeance vint de la loi du Talion. On ne sait pas exactement d'où vient la loi du talion. D'où vient ce mécanisme de réaction primaire ancré dans le cerveau humain, issue d’une pulsion de notre inconscient. Depuis le tout début de notre vie, on nous apprend à faire ressentir à l'autre ce que nous expérimentons nous-mêmes : culpabilité, peur, tristesse, colère, etc. Ce que nous avons éprouvé nous donne envie de le renvoyer à celui ou celle qui nous l’a infligé, en bon ou en mauvais. De là vient la peine de mort : Tu as tué, tu seras tué ! Ce principe de réciprocité déclenche le besoin de vengeance. Mais d’où vient l’envie de se venger ? Du latin "vindicare" (réclamer en justice) et justice de "judicare" (dire le droit), la vengeance, acte de nuire à une personne dans le but d’obtenir réparation d’un acte jugé offensant, est un comportement ancré dans l’humain très probablement depuis des millénaires.
Ce réflexe de vengeance, plutôt négatif, a sans doute eu quelque avantage à l’époque des clans, tribus, petits groupes, mais la vengeance, jadis appliquée en acte de justice par la loi du Talion, a depuis bien évolué. Force pulsionnelle et émotionnelle puissante, elle prend racine dans une douleur insupportable, une blessure profonde, dont on ne voit pas comment on pourrait guérir autrement qu’en rendant la pareille à celui ou celle qui nous l’a faite. C’est une émotion qui s’est créée après une mauvaise expérience, dont on est sortis bouleversé.
En fait, on s'interroge encore sur le désir de se venger, qui n'est pas vraiment explicable. La colère alimente ce désir, mais aussi apaise la blessure, puisqu’on est auto-rassurés sur le fait qu’on trouvera le moyen de se venger, sans endormir le côté intolérable de l’affront. L’imagination d’une vengeance permet dans maintes occasions de transformer l’émotion intolérable en émotion qui apaise. Même si l’on dit que la "vengeance est un plat qui se mange froid", il y a comme une urgence à réagir, une obsession de réparer ce qui nous a si profondément offensé. On se promet alors de ne pas oublier et de ne pas laisser le quotidien, les compromis ou l'absence de courage nous empêcher d'aller au bout de la vengeance. Aristote a écrit : "Tout mouvement de colère est suivi d’un soulagement dû à l’espoir de se venger. Il est considéré comme normal de penser qu’on obtiendra même un certain plaisir qui calmera la colère, parce que la vengeance se vit mentalement. "
Avantages et désavantages du passage à l’acte. On se le promet souvent après avoir essuyé un affront, subi une humiliation ou des actes violents, verbalement ou physiquement : on rendra la pareille, afin de faire souffrir l’autre au moins autant que nous. Cependant, depuis toujours des hommes comme Boris Cyrulnik et Robert Badinter ont dénoncé comme inutile et une grave faute contre le désir de vengeance toute réciprocité. Ces hommes de cœur ont démontré largement l'inutilité de vouloir punir au lieu de vouloir corriger, parce que la pulsion de vengeance ne provoque qu'un bref soulagement et peut provoquer de la souffrance peu après l’avoir assouvie.
Comment transformer le désir de vengeance en une énergie positive ? Par l'amour. [253C2*09/02/2024]